Episode 41 : On a du mal à se comprendre… Serait-ce une question de filtres ?
Hello, bienvenue sur le 41e épisode de Relationnellement Vôtre.
Vous êtes-vous déjà retrouvé.e dans une situation où vous discutez avec un.e amie et vous vous mettez en colère vous sentant accusée par ce qu’il.elle dit et cet.te ami.e réagit en vous disant : « mais non, c’est pas ce que j’ai dit ». Après reformulation, vous réalisez que ce n’est pas ce que vous aviez entendu la 1ère fois. Situation embarrassante…
Il y a aussi la situation où vous expliquez à votre partenaire de vie combien son comportement, ses propos vous ont attristé.e et quand il.elle vous explique ses réelles intentions, vous réalisez que ce n’est pas ce que vous aviez compris. Une fois de plus un peu gênant.
Ou dans le cas inverse, c’est vous qui exprimez une idée, un ressenti, une expérience vécue, un projet à quelqu’un et de vous rendre compte que cette personne a entendu, compris, interprété une version totalement différente de ce que vous avez dit ?
C’est un problème récurrent dans les relations, qui peut provoquer une simple gêne lors d’une discussion, comme un énorme clash. Et le pire, c’est qu’en essayant de comprendre ce qui se passe, on réalise que c’est un problème de communication lié aux filtres respectifs. C’est ce qu’on appelle la déperdition d’information.
La déperdition de l’information c’est cette perte de compréhension entre deux personnes qui communiquent. Il y a comme un écart, une distorsion, une déformation, entre ce que l’une dit et ce que l’autre comprend et ce, à cause des filtres respectifs.
C’est quoi ces filtres au juste ?
C’est une sorte de système de classement des informations, qui se fait inconsciemment, involontairement. Notre perception de la réalité se fait donc à travers 2 types de filtres :
- Les filtres physiques qui opèrent principalement à travers nos sens, nos caractéristiques telles que la taille, l’âge,…
- Et les filtres psychologiques ou mentaux autrement appelés le cadre de référence. C’est l’ensemble de nos ressentis, nos idées, de nos opinions, nos croyances, nos valeurs, nos préjugés, nos certitudes. Toutes ces choses que nous construisons tout au long de notre vie, influencées par l’éducation reçue, l’environnement et la culture dans lesquels nous évoluons, ainsi que nos expériences vécues.
Chacun d’entre nous a un cadre de référence différent des autres. Et ce cadre de référence, ces filtres vont donc se superposer à notre vision du monde, comme une paire de lunettes à travers lesquelles nous regardons la réalité, avec un effet potentiellement déformant.
Donc les filtres font qu’on s’enferme bien souvent dans des croyances limitantes, des jugements hâtifs et des interprétations erronées. Voilà pourquoi il est important de confronter notre vision de la réalité à celle des autres, sans forcément chercher à avoir raison, car chacun à sa propre perception d’un événement, sa propre lecture d’une discussion. C’est là qu’une communication efficace prend tout son sens et toute sa beauté, parce qu’il s’agit de s’ouvrir à la vision de l’autre, à sa perception de la réalité, en tentant de comprendre ce qui l’amène à avoir une vision différente de la situation, une interprétation différente du message communiqué.
Que se passe-t-il quand nous communiquons ?
Il y a 9 étapes dans un échange et des filtres opèrent potentiellement à chacune d’elles :
3 étapes sont propres à la personne qui parle, en l’occurrence moi :
- il a ce que je pense
- ce que je veux vous dire qui est plus restreint que ce que je pense
- et 3e étape, il y a ce que vous dit réellement, parce que je ne vous dis pas tout ce que je veux vous dire. Soit j’en oublie une partie ou je n’ose pas vous le dire finalement, etc.
Donc la responsabilité de ce qui se passe durant ces 3 étapes ne dépend que de moi, de la personne qui parle.
Ensuite il y a 3 étapes propres à la qualité de l’échange entre une personne qui s’exprime et son interlocuteur. Et là, la responsabilité est partagée :
- Il y a donc ce que vous écoutez, qui est directement lié à ce que je dis.
- Ensuite il y a ce que vous entendez de ce que je dis.
- et il y a ce que vous allez comprendre de ce que je dis et là les filtres sont « au taquet ».
Et enfin il y a 3 dernières étapes propres à la personne qui écoute, en l’occurrence vous, dont vous seul.e avez la responsabilité, je ne peux en aucun cas intervenir sur ces 3 dernières étapes de l’échange, qui sont :
- Ce que vous allez accepter dans ce que je dis
- Ce que vous allez retenir de ce que je dis
- Et ce que vous allez faire de ce que je dis
Il peut donc y avoir tout un monde entre la 1ère étape, à savoir ce que je pense et la 9e étape, à savoir ce que vous faites de ce que j’ai dit.
Alors, comment limiter la déperdition d’information, comment favoriser la compréhension de ce qu’on veut dire ?
Tout d’abord, il est important de reconnaître l’existence de filtres propres à chacun. Ca implique d’accepter qu’on a une part de responsabilité limitée quant à la compréhension et l’interprétation du message.
Ce à quoi vous pouvez prêter attention :
- dans un 1er temps, c’est que l’échange se fasse dans un contexte favorable, dans un lieu et à un moment appropriés, en limitant autant que possible les nuisances sonores, les distractions, les interruptions, afin d’avoir 100% de l’attention de focalisée l’un sur l’autre.
- ensuite, il y a la manière dont vous allez communiquer le message, en réfléchissant à ce que nous voulons dire, au fond du message transmis, en vous adaptant à la personne à qui vous le dites. Vous ne communiquerez pas les mêmes informations en fonction de la maturité de votre interlocuteur, de la relation entretenue…
- on accordera aussi de l’attention à la forme utilisée pour communiquer, rappelez-vous qu’une forme bienveillante, une tonalité de voix ajustée disposent à écouter, entendre et donc éventuellement comprendre le message.
- Et pour vous assurer de la compréhension de ce que vous dites, il y a ce qu’on appelle le feedback de votre interlocuteur, ce retour verbal et non verbal par rapport à ce qui est dit. Cette personne peut le donner spontanément ou vous pouvez aussi poser des questions, telles que « ça te semble clair ? », « c’est important pour moi qu’il n’y ait pas de malentendu, peux-tu me dire ce que tu as compris ? ». L’écoute des réponses est fondamentale, afin de savoir s’il est nécessaire de reformuler certains propos, de développer, d’approfondir l’explication ou de vous ajuster autrement en termes de vocabulaire utilisé, par exemple.
Communiquer a pour but premier de se comprendre mutuellement. Ca demande donc d’être disposé à la fois à écouter l’autre de A à Z, à ne pas monopolise pas la parole. Vous êtes d’accord pour lâcher le micro n’est-ce pas ? Et ça nécessite aussi d’être ouvert à ce que l’autre a à dire, d’écouter avec EMPATHIE, que ça aille dans notre sens ou pas. C’est là que ça pique, parce que nos filtres, notre cadre de référence a plutôt tendance à amener de la fermeture et donc de la déformation.
Le fait d’être conscient de l’existence des filtres aide à être vigilant.e face à la manière dont ils opèrent. On n’agit pas et on ne réagit pas de la même manière quand ne sait pas ce qu’il se passe et quand on en a une petite idée.
Si une personne vous fait l’un des reproches suivants ou si vous avez envie de faire l’un des 3 à quelqu’un :
- Tu m’écoutes pas
- T’entends pas ce que je te dis
- De toute façon tu comprends rien
- C’est important pour moi d’avoir ton attention, est-ce que tu m’écoutes ?
- J’aimerais vraiment éviter tout malentendu
- J’ai l’impression qu’on se comprend pas
Il est possible que malgré vos efforts, la communication reste perturbée par les filtres respectifs. Il sera nécessaire de les identifier, en gardant une démarche respectueuse de qui chacun est et se sent prêt à livrer.
- Si le problème de communication porte sur le fait que le message n’est pas écouté.
Vous pouvez vous demander si vous étiez l’un et l’autre dans des conditions favorables pour être attentifs envers l’autre. Y avait-il des distractions externes (telles que du bruit, des va-et-vient, un appel téléphonique…), y avait-il des distractions internes : une préoccupation qui n’a rien à voir avec la discussion, mais qui mobilise l’attention et rend indisponible pour écouter l’autre. C’est là qu’il est nécessaire de poser des questions avec douceur et respect, afin d’essayer de comprendre ce qui distrait votre vis-à-vis. Ex : Je te sens ailleurs tu veux qu’on en parle ?
- Si le problème de communication porte sur le fait que le message n’est pas entendu
Vous pouvez vous demander ce qui est venu interférer, brouiller le message dans votre communication verbale ET non verbale. Parfois la charge émotionnelle qui accompagne ce qu’on exprime avec notre bouche ou le reste de notre corps va être transmise en même temps que le message. Les émotions et les gestes ont un pouvoir de déformation qui est exponentiel. Par exemple, vous discutez avec un ami et sans le vouloir ce que vous communiqué est chargé d’impatience parce que vous avez prévu quelque chose après et vous avez vraiment hâte d’y être. Votre ami peut croire que cette impatience est dirigée contre lui, que vous n’avez pas envie de passer du temps avec lui. Ca va fortement parasiter votre échange.
Parfois il suffit d’une association d’idées, d’un élément de l’échange sur lequel votre interlocuteur reste bloqué ou même de l’activation d’un déclencheur émotionnel chez lui, dont on a déjà parlé plusieurs fois, des déclencheurs qui vont faire que votre interlocuteur ne peut plus entendre ce que vous dites, car ce qu’il pense ou ressent crie trop fort. Ca peut-être intéressant de se demander: « qu’est-ce que le message émit vient toucher en moi ou qu’est-ce qu’il vient toucher chez l’autre », en posant des questions, avec une écoute ouverte, non-jugeante des réponses. Des questions telles que : comment tu te sens là, tout va bien ? Ai-je dit ou fait quelque chose qui t’a touché.e, dérangé.e ??
Par exemple une simple divergence d’opinions, de valeurs, de croyances peut parfois être entendu comme une forme de jugement. Si vous dites à quelqu’un : « Il faut du courage pour se lancer dans les investissements immobiliers ». Une personne pourra entendre, ceux qui n’investissent pas sont des lâches. Pourtant ce n’est pas du tout ce qui a été dit.
- Si le problème de communication porte sur le fait que le message n’est pas compris
Ca signifie que malgré vos reformulations, la compréhension du message diverge du discours. Il est nécessaire d’aller voir ce qui se passe derrière les lunettes de votre interlocuteurs, de lui poser des questions ou s’il s’agit de vous, d’aller voir derrière vos lunettes, de vous interroger, pour essayer de comprendre quels filtres sont en action.
Si vous vous adressez à votre interlocuteur : « dans ce que je dis qu’est qui te faire croire ça ? », « peux-tu m’en dire plus sur ton raisonnement ? » ou « Je crois qu’on s’est mal compris tu veux bien m’expliquer ton point de vue ? »
Alors ce n’est vraiment pas une démarche facile, parce qu’au delà de notre propre cadre de référence, c’est humain d’avoir profondément envie d’être compris. Je ne pense pas être la seule à ne pas supporter qu’on me prête des intentions qui ne sont pas les miennes, ni qu’on interprète mal mes propos… Pourtant il est important de replacer les priorités à un moment donné, de se demander qu’est-ce qui est le plus important pour moi : tout faire pour être comprise ou tout faire pour comprendre l’autre ? Sachant que si les 2 ont pour priorité de comprendre l’autre, alors le besoin d’être compris sera comblé.
Donc, c’est en allant voir ce qui se passe derrière les lunettes de votre interlocuteur que vous pourrez réaliser les filtres à travers lesquels il comprend, il perçoit la situation. Ensuite, si c’est vraiment important pour vous de communiquer votre version, libre choix à vous de le faire une fois que vous avez tenu compte des besoins de votre ami.e, de tenter de lui prêter vos lunettes pour l’amener à voir ce qui se cachait derrière vos intentions, vos mots, vos actes. La démarche sera plus efficace si vous l’amener à cheminer avec vous de son point de vue vers le vôtre, que si vous voulez le forcer dès le départ à voir à travers vos lunettes. Toutefois, gardez bien en tête que votre vis-à-vis n’est pas obligé.e d’accepter de voir les choses comme vous.
Si vous remarquez des problèmes de communication sont récurrents, que vous avez tendance à basculer dans des interprétations erronées, des conclusions hâtives ou que vous vous faites des films dignes des meilleurs scénaristes, ça peut être un bon indicateur que vos filtres vous empêchent d’accéder à la réalité de l’autre, à la perception de l’autre. Vous pouvez solliciter l’aide d’un.e professionnel.le pour vous aider à assouplir les filtres, en rendre certains moins opérants, de manière à ramener de l’ouverture dans l’éventail des possibilités de lecture d’un message, d’un discours, d’un comportement ou d’un événement.
Rassurez-vous ! Ca ne veut pas dire que vous avez un profond problème. Ca signifie tout simplement que vous avez des expériences vécues, des blessures passées, des opinions des croyances qui prennent une teneur rigide et qui du coup vous empêche d’avoir la flexibilité nécessaire pour vous ouvrir, à ce qui se passe autour de vous et à ce que les autres peuvent percevoir.
Il n’y a aucun honte à ça. Vous faites bien appel à un spécialiste quand un appareil tombe en panne chez vous, n’est-ce pas? Ok, parfois vous essayez de réparer vous-même, au risque d’aggraver la situation. Et bien avec ce qui se passe en vous, c’est pareil. Il y a des spécialistes de la santé de l’âme à votre disposition, à savoir les psy et il n’y a aucun mal à les consulter, au contraire.
En tout cas, une chose est sûre, c’est que ce fameux cadre de référence n’est pas figés, il peut évoluer. Les opinions, les idées, les croyances peuvent bouger. Et même si nos expériences passées restent ce qu’elles sont, ce sont les ressentis qui y sont rattachés qui peuvent s’atténuer. Certes notre cadre de référence reste existant, reste opérant, on ne va pas tout effacer, sinon on perdrait notre personnalité, mais faisons en sorte de rester ouverts à la perception de l’autre. Identifions les filtres qui viennent nous parasiter, de manière à ce que la communication reste efficace et nos relations restent épanouies
En bonus, voici une offre défiant toute concurrence 🤣
Cette semaine, le bonus que je vous propose c’est de réaliser que vous avez le choix parmi un large panel de lunettes. De quoi faire de la concurrence à Afflelou.
Rien ne vous oblige à constamment subir vos filtres mentaux. Vous pouvez choisir les lunettes à travers lesquelles vous voulez lire les messages échangé dans vos relations. On peut dire que vous avez le choix d’utiliser les lunettes de l’amour, celles de la joie, celles de la paix, celles de la patience, celles de la fidélité, celles de la bonté, celles de la maîtrise de soi, celles de la douceur…
Il ne s’agit pas de vous mettre à voir la vie en rose, sans tenir compte de la réalité de ce qui se passe autour de vous. Je fais plutôt référence aux situations où vous avez envie d’interpréter négativement les paroles, le comportement d’une personne, tirer des conclusions hâtives alors que vous ne savez pas encore ce qu’il y a derrière, quelles sont ses intentions, etc. C’est là que vous avez la possibilité de choisir les lunettes avec lesquelles vous allez regarder la situation. Juste le temps de pouvoir en discuter avec la personne concernant et sortir des suppositions, parce que la communication est essentielle.
Par exemple, si vous avez l’impression qu’un proche vous cache quelque chose, en fonction des filtres de vos expériences passées, vous pouvez réagir avec des reproches, convaincu.e que ça se fait pas, dans une relation sincère on ne se cache rien… Et vous avez aussi la possibilité de choisir :
- Les lunettes de l’amour/amitié en vous disant : je ne vais pas commencer à soupçonner le mal, je vais voir si on peut en discuter, après tout, je peux me tromper tout comme il.elle peut avoir ses raisons.
- Les lunettes de la joie : je me sens d’humeur joyeuse et je compte bien le rester, il.elle fait ce qu’il veut. On en parlera à l’occasion.
- Les lunettes de la paix : je vais éviter de partir billes en tête, j’ai confiance en lui.elle, donc tant que je n’en sais pas plus, je pars du principe que je n’ai pas à m’inquiéter
Vous voyez, vous avez le choix. Et une fois que ce proche vous expliquera ce qu’il en était vraiment et bien là vous pourrez accéder à une vision de la situation plus proche de la réalité. Ca permettra à vos filtres d’intégrer cette expériences et d’être plus ouverts si une situation similaire se présente à l’avenir.
Voilà on arrive à la fin de ce 41e épisode du podcast.
La communication est indispensable pour entretenir le lien. Si on peut réduire les déperditions d’information, les déformations, ça évite que des malentendus viennent s’entasser en plein milieu de la relation, sachant qu’avec le temps, ils peuvent créer de la distance.
Si vous avez des questions vous pouvez les poser par mail, à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.
Bon et bien on se retrouve la semaine prochaine avec un nouveau numéro de l’émission Parlons Relations, Parlons Vrai.
Prenez bien soin de vous.
