Episode 32 : Comment faire quand la peur de l’intimité crée de la distance ? ITW d’une psy et sexologue

Hello, on se retrouve pour le 32e épisode de Relationnellement Vôtre, le dernier de la série d’épisodes sur ces peurs qui entravent l’épanouissement relationnel et les différentes manières de les surmonter.

Après avoir abordé la peur d’aimer/d’être aimé, la peur de l’inconnu, la peur du regard des autres et la peur de l’engagement, que dites-vous d’aller voir ce qui se passe du côté de la peur de l’intimité.

Et comme c’est quand même plus sympa d’avoir des intervenants sur ce podcast, c’est avec une psy vraiment top qui en plus est sexologue que nous allons développer le sujet.

Hello Colombe et merci d’avoir trouvé un créneau dans ton agenda bien rempli, pour cette épisode.

Salut Kelly, c’est avec plaisir !

Alors Colombe, pour commencer, peux-tu nous dire ce qu’est l’intimité ?

Alors l’intimité, c’est le caractère de ce qui est intime, c’est vient du latin, on va faire un peu d’étymologie rapidement.

Ok !

Ca vient du latin « intimus » qui est le superlatif de « interior » pour l’intérieur, donc c’est vraiment ce qui est le plus en-dedans, au plus profond à l’intérieur de l’individu ou de la relation. Donc c’est ce qui reste généralement caché sous les apparences, qui est un peu impénétrable à l’analyse et qui est préservé des curiosités indiscrètes.

On peut retrouver du coup, cette intimité à la fois dans le côté individuel, rien de plus intime que les pensées finalement, par exemple ou dans les relations. On peut trouver une intimité dans une communion profonde avec des échanges sans réserve, une confiance totale ou des confidences particulières. 

Et aussi ce qui appartient à la vie érotique, secrète des relations amoureuses éventuelles. 

D’accord, donc là dans ta définition, je crois comprendre qu’il y a différentes formes d’intimité ?!

Oui, tout-à-fait, la 1ère c’est donc une intimité avec soi-même, qui est finalement ce qu’on va chercher dans le travail qu’on peut faire avec un psy, c’est-à-dire un moment où on essaie de bien se connaître, d’être à l’aise avec ce qu’on vit à l’intérieur de soi, de ce qui est là, de ce qui peut parfait être une blessure en voie de cicatrisation, des éléments de notre parcours de vie, de notre chemin, tout ce qui appartient à nos tristesses, à nos joies, aux choix qu’on peut faire aussi ou qu’on a pu faire et ce que ça a impliqué comme conséquences.

Le fait d’accepter ses qualités et ses défauts aussi. Finalement, je trouve que cette question rejoint, en tout cas, elle m’y fait beaucoup penser, au travail qu’on fait en tant que psy.

Oui

De se dire quelle est mon intimité ? On n’a pas besoin de voir un psy pour connaître son intimité, mais ça me fait vraiment penser à ce qu’on découvre dans le travail avec nos patients.

Et souvent une phrase qui me revient, c’est celle de Sartre. Alors, je la paraphrase, mais c’est :

« qu’est-ce que je fais de ce qu’on a fait de moi »

Et c’est un peu ça pour moi l’intimité. C’est de se dire voilà comment j’ai construit les choses avec ce que j’avais déjà à la base, ce qu’on m’avait donné, mon héritage familial, mon héritage culturel et ce que moi j’ai décidé de fabriquer, de construire avec tout ça. 

Et donc dans ces différentes formes d’intimité personnelles, on a un 1er point qui est

  • l’intimité émotionnelle : tout ce qui touche à la confiance en soi, le respect de ce que je suis, de ce qui vient à moi, comment j’accueille les choses,
  • l’intimité physique : se connaître un minimum, comment fonctionne le véhicule qu’est mon corps ? Comment il est, ce que j’apprécie, ce que je n’aime pas… c’est pas que des questions d’ordre sexuel, je parle tout simplement du fait d’apprécier le véhicule qu’est notre corps, de savoir en prendre bien soin, le garder en sécurité, le garder propre, le garder agréable, parce que c’est agréable de vivre dans un corps agréable, en fait. (rires)

Complètement d’accord. (rires)

Bah ouais, tant qu’à faire! Donc voilà, c’est aussi une intimité physique qu’on doit avoir avec soi-même et qui est importante pour être à l’aise avec les autres.

C’est vrai

La 3e partie c’est

  • l’intimité intellectuelle : comment je sais que je suis curieux.se ou non. Je ne pense pas que la curiosité soit un vilain défaut, au contraire et connaître ses capacités et ses limites au niveau intellectuel, connaître les sujets qui vont nous intéresser, nous faire vibrer, tout simplement nous plaire, c’est important aussi. C’est important parce que ça donne confiance en soi. 

C’est important aussi au passage de faire la différence entre l’intelligence et l’éducation et l’instruction, plus que l’éducation. Bien souvent les personnes vont dire « ah bein oui mais moi, j’suis pas du tout intelligente, j’ai pas été à l’école… » c’est 2 choses différentes. L’instruction n’a rien à voir avec l’intelligence. Et c’est pas qu’une question d’instruction non plus, y’a des choses qu’on va apprendre autrement qu’à l’école et je le précise là, parce que ça fait aussi partie du regard qu’on porte sur soi et sur ses capacités intellectuelles.

C’est très vrai.

Un autre élément, c’est

  • l’intimité spirituelle : c’est ce qu’on cultive dans le rapport qu’on peut avoir à Dieu, la relation qu’on peut avoir éventuellement avec Lui, les valeurs qu’on met en avant, qu’on porte. Les questions éthiques aussi, notre façon d’essayer d’y réfléchir.
Et le dernier point, c’est le plus pratique :
  •  l’intimité des habitudes, des expériences, des routines, de comment je me ses à l’aise dans mon quotidien… Voilà des choses qui rassurent et qui font du bien, parce qu’on se sent plus soi quand on a ces p’tits rituels qui nous aident.

Très intéressant

Et dans le partage avec l’autre ou avec les autres, mais avec un autre de manière privilégiée, c’est pareil, on retrouve ces points là : 

  • intimité émotionnelle : où on va avoir besoin de la validation de l’autre, de sentir qu’on peut lui faire confiance, qu’on peut se montrer  vulnérable, qu’on rentre en communication avec facilement et qu’il n’y a pas systémtiquement des sous-entendus qui viennent compliquer les choses.
  • l’intimité physique partagée autour de câlins, de la réassurance dans le toucher, de la sensualité, éventuellement de la sexualité partagée quand on est dans le cadre d’un couple.

Parfois même dans le cas d’amitié, ou parfois même quelqu’un qui va tout simplement pas bien, avoir une main dans le dos et dire « ça va aller », rien que ça, ça fait du bien. Pourtant, ça reste de l’intimité physique, qui là, a un sens de réassurance, même si c’est pas de la sexualité. C’est pour ça que je le précise parce que souvent on se dit « ah intimité physique = forcément sexualité » non pas forcément.

 

  • il y aussi le partage de l’intimité au quotidien, les routines, de la spontanéité, des expériences partagées qui font un socle commun à la relation.
  • l’intimité intellectuelle : tout ce qui va être connivence, les moments où on se comprend et où on se rend compte c’est juste trop bien « ah mais toi aussi t’as pensé la même chose, ouais, on est trop connectés. » Le partage des valeurs, des combats communs parfois, les gens se retrouvent aussi sur ça, leur vision des choses, les conversations profondes, les croyances partagées, l’ouverture d’esprit, tout ça c’est des choses qui nourrissent au niveau intellectuel.
  • et en dernier point on retrouve aussi l’aspect spirituel, qui va se jouer dans les relations, au niveau du partage de la foi, de certains rituels pour certains, de prières, le fait de pouvoir prier les uns pour les autres, quand c’est quelque chose qui se fait dans les habitudes, ça peut aussi jouer sur l’intimité et la qualité de la relation, plus générale. 
J’peux en profiter pour parler juste du fait qu’on peut aussi être dans une intimité avec Dieu Lui-même, dans des temps spécifiques, qu’on peut ouvrir quand on est disponible à cette idée là aussi. C’est une question plus en débat pour certains, mais beaucoup peuvent témoigner de ça quand même, donc je le précise, même si là c’était plus sur la question humaine, mais je pense qu’on peut aussi parler de l’intimité avec Dieu au passage.

Complètement d’accord !

Comment reconnaitre une personne qui a peur de l’intimité ?

Alors souvent une personne qui a peur de l’intimité ne va pas le dire, sauf quand c’est pour la peur de l’intimité physique par le toucher, en général les gens vont dire « ah j’suis pas très tactile », mais les gens ne vont pas forcément dire qu’ils ont peur de l’intimité dans les autres sphères. 

Par contre ils vont le montrer, surtout dans le non-verbal, donc il faut être attentif tout simplement et délicat, quand on voit les autres prendre un peu de distance. Ils vont être dans une distance, soit dans l’intimité vis à vis d’eux-mêmes, où on va sentir qu’il y a des choses ou il y a des zones où on ne va pas pouvoir aborder certains sujets de leur vie parce que ça non, c’est pas possible. Donc il faut respecter, mais il faut être vraiment à l’écoute, quand on pose des questions. Parfois on arrive de manière complètement anodine, il y a des réponses qui doivent nous faire comprendre que là on ne peut pas aller plus loin, parce que la personne n’est pas à l’aise avec ce qu’elle a vécu ou elle pas assez à l’aise avec nous pour nous le raconter. 

De manière générale, la personne a peur de l’intimité quand elle a peur du corps de l’autre, elle va prendre de la distance, ça va être visible, elle va avoir une attitude soit fermée, soit de recul. Il va y avoir toute une crispation de l’ensemble du corps, pourquoi pas une rougeur, l’accélération de la respiration, ça se voit souvent quand c’est physique.

Par contre quand c’est la peur de l’intimité émotionnelle ou les autres, ça va plutôt être une distance, on va sentir quelqu’un d’un peu froid, la personne ne va pas relancer les sujets de conversation, ça aussi, il faut être sensible aux moments de non relance des conversations.

Sinon le côté sec ou vide parfois, le fait que les gens ne font pas faire de lien dans le quotidien.

Et sur la question spirituelle, pour certains, on sent que c’est un espace un peu fermé, bon bah, il faut aussi respecter le fait que pour certains la spiritualité, c’est vraiment quelque chose de déconnecté, mais voilà, au moins on sait que c’est fermé.

Et parfois chez certaines personnes ça va aussi se décliner, cette peur de l’intimité, dans un surinvestissement de l’intimité justement, qui n’est pas forcément une réelle intimité mais qui va être un peu une recherche effrénée d’une intimité surinvestie mais qui n’en est pas une réelle. Il va y avoir par exemple des personnes qui vont être dans la recherche systématique d’amis sur les réseaux sociaux et plus il y a d’amis, plus ça veut dire qu’il y a quelque chose qui se remplit en moi de connexion avec les uns, les autres, mais en fait c’est pas des réelles intimités, mais au moins, ça rassure. Sauf que ça ne rentre pas dans le cadre de l’intimité. Même si au final, sur les réseaux, on expose notre intimité et c’est ça qui attire les amis, mais est-ce la vraie intimité ou ce qu’on décide d’en exposer ? C’est pas tout à fait la même chose aussi je pense. 

Et dans un exemple très concret, on peut retrouver aussi ces attitudes de surinvestissement de l’intimité du côté réactionnel, suite à certains traumatismes, par exemple, on le voit très bien en sexo, avec les personnes qui subissent des violences sexuelles et qui pour certaines, vont trouver une réponse à ces violences sexuelles subies par des mises en danger, des rapports sexuels improbables avec des inconnus et une recherche excessive pour le coup et qui sort de l’intime, qui fait systématiquement rentrer dans quelque chose qui est une relation finalement assez insipide, parce que finalement c’est de la consommation, mais c’est pas un partage d’intimité. Et c’est là où on voit aussi une différence entre des personnes qui sont dans le surinvestissement de l’intimité par réparation qui ne fonctionne pas et ceux qui sont dans l’intimité, pour le partage avec l’autre, réel, profond et qui a du sens.

Oui. Et selon toi, quelles peuvent être les raisons de cette peur de l’intimité ?

On peut avoir peur parce qu’on ne se connaît pas assez. Parfois quand on a eu une éducation répressive, quand finalement on a été coupé d’une part de l’intime dans les relations qu’on a pu avoir avec nos parents ou avec nos familles, quand les figures importantes n’ont pas été assez stables et assez rassurantes, ça peut créer des failles aussi dans les personnes que nous sommes.

Ca fait qu’il y a des choses dont on va aller se couper parce qu’on se dit « je peux pas aller explorer cette partie là, parce qu’on nous apprend que c’est pas bon ».

Les émotions déniées chez les enfants par exemple, quand les adultes vont dire « aller pleure pas, c’est pas grave ». Si mes émotions ne comptent pas alors il faut que j’apprenne à couper mes émotions, parce que je vois bien que l’adulte n’est pas content quand je pleure, alors que c’est grave, j’ai perdu mon doudou, c’est grave, il s’est passé un truc…

Et du coup, ça fait partie des choses, l’éducation répressive notamment, mais parfois à l’inverse une éducation trop laxiste peut… l’important c’est toujours de trouver un équilibre.

Exact

Parce que dans toutes les dérives qu’on peut avoir, ça va jouer, d’une façon ou d’une autre, sur la qualité de l’intimité qu’on va pouvoir développer adulte.

Donc quand on se connaît pas assez ou l’inverse parce qu’on se connaît trop et que c’est un combat, un combat moral, je peux pas aller sur ce terrain là avec toi, parce que si je commence à mettre le doigt dans l’engrenage on va se faire du mal. Je sais que je ne vais pas pouvoir trouver la bonne limite, la bonne attitude, la bonne distance vis-à-vis de toi sur tel ou tel terrain et j’ai peur de moi-même. Du coup, l’intimité, il va y avoir un pas qui va être fait, notamment chez certaines personnes qui se sont retrouvées à certains moments de leur vie dans des positions d’agresseurs, qui du coup vont avoir très très peur de faire du mal à l’autre et à ce moment, qui vont mettre à distance.

Donc finalement c’est un peu ce qu’on a peur de découvrir en soi et les grandes blessures qu’on peut avoir, les blessures profondes qui finalement ont pu être aussi liées à des abus d’intrusion sur cette question de l’intimité.

Hélas

Ca laisse des traces. Et les blessures que sont la trahison, l’abandon, l’humiliation, le rejet ou l’injustice. Elles laissent aussi des traces de ce côté là, ça vient marquer un peu au fer rouge, des moments où notre intimité a été bafouée d’une façon ou d’une autre. On a fait confiance et on a été déçu.e. Quelle que soit la forme de blessure, on a été déçu.e. 

Après il y a aussi les fausses croyances qui jouent pas mal sur les peurs liées à l’intimité

C’est vrai

Et ça c’est difficile à déloger parce que souvent, on est tellement persuadé que nos croyances sont des vérités, que du coup ça complique un peu la donne, donc c’est important de prendre le temps de réfléchir à ce en quoi on croit. 

Par exemple, quand en tant qu’enfant, on entend systématiquement les adultes, en parlant des parties génitales dire, que c’est sale, qu’il faut pas toucher. Forcément ça implique qu’on va avoir des à priori très négatifs sur la sexualité, sur le fait qu’il faut absolument être ultra propre, voir « javélisé.e » pour que les choses se passent bien. Alors que c’est pas forcément un pré-requis systématique à une intimité sexuelle, le fait d’être « douché.e de chez clean de chez y’a 3 minutes », voilà (rires) 

(rires) « douché.e de chez clean de chez y’a 3 minutes, j’aime beaucoup cette marque, si tu peux me la communiquer hors émission

(rires) Je t’enverrai le lien  (rires)

Ou alors, ça fonctionne aussi dans les familles qui vont forcément amener, notamment au moment de l’adolescence, si tu prends du plaisir même tout simplement à regarder dans une série un couple qui s’embrasse, c’est forcément que t’es tordu, c’est forcément que tu as des habitudes bizarres, des fréquentations bizarres…

Voilà, y’a des moments dans certaines familles, on se demande pourquoi il y a des liens qui sont faits. Bon bah forcément, quand les adultes réagissent mal à une scène d’amour, les enfants se disent qu’il y a un problème.

A partir de là, ça fait aussi partie des fausses croyances qui finalement d’une façon ou d’une autre vont s’insinuer.

Alors quand je parle de scènes d’amour, je ne parle pas de pornographie, c’est autre chose.

On est d’accord ! 

Du coup, selon toi comment peut-on surmonter cette peur ?

On peut surmonter cette peur à la condition, déjà que la personne qui a peur premièrement s’en rende compte, deuxièmement en soit gênée, que ce soit pour elle directement ou que ce soit une gêne occasionnée par le fait que ça perturbe quelqu’un d’autre ou que ça blesse quelqu’un d’autre. Et troisièmement, que la personne soit prête à changer. Et à ce moment là et seulement à ce moment-là, si la personne s’en rend compte, qu’elle en est gênée et qu’elle souhaite faire quelque chose pour changer, quelque chose est possible.

Alors, la psy que je suis a tendance à penser qu’on a souvent besoin d’aide et d’accompagnement pour ça, mais en tout cas, c’est important de prendre le temps de tout mettre à plat, de discuter quand c’est possible, avec des membres de la famille, de l’entourage, pour comprendre là où y’a eu des ratés, des loupés, des maladresses. Pouvoir rediscuter, pouvoir vraiment refaire le tour des moments qui ont pu être décisifs sur la question de l’intimité et avoir des répercussions qui font que bah oui, aujourd’hui, je ne suis pas capable d’être dans l’intimité sur telle ou telle sphère, parce que j’ai eu des expériences qui m’ont complètement refroidi.e, voir qui m’ont traumatisé.e.  Et donc à partir de là, je ne peux pas refaire confiance, soit à moi-même, soit aux autres, soit à une partie définie de la population humaine, sur tel sujet parce que j’ai peur.

J’ai un exemple en tête de certaines personnes, des femmes notamment, qui vont penser que tous les hommes sont forcément des hommes qui trompent ou à l’inverse des hommes qui vont penser que toutes les femmes sont forcément des voleuses ou des tricheuses ou qu’elles vont forcément venir que pouvoir avoir un enfant et après elles ne s’intéresseront pas à eux en tant qu’homme.

Il peut y avoir des moments où on rentre par nos blessures dans quelque chose où on va mettre des gens dans des cases pour protéger, parce que l’intimité qu’on a pu offrir à d’autre s’est trouvée bafouée et à ce moment-là, on se dit : »voilà je ne mettrait plus d’intimité entre  moi et ce type de personnes. Sauf que ce type de personnes, on va mettre une case qui ne veut rien dire, parce que tous les hommes, toutes les femmes… ça n’existe pas, on est tellement trèss différents les uns des autres et les unes des autres.

C’est ça ! Alors chère Colombe que faire si on est ami.e avec une personne qui fuit l’intimité ?

Alors, si la personne est notre ami.e, je pense que l’important, c’est de l’aimer comme elle est. Je pense que c’est la priorité.

En fait, ce qui est intéressant avec l’amitié, c’est qu’on n’est pas dans un engagement au quotidien, y’a pas d’enfant, y’a pas d’achat commun majeur, y’a pas d’enjeux autres que la relation qui viennent s’imposer en plus du fait d’être dans une relation.

Finalement, là y’a simplement à accepter l’autre tel qu’il est et à l’apprécier tel qu’il se montre en douceur. Il s’agit de lui parler de ce qu’on ressent, de ce qu’on vit nous, de lui montrer un p’tit peu comment c’est possible de vivre avec une intimité, d’être bien avec, de partager une intimité et d’être à l’aise dans le partage de cette intimité. De pouvoir se dire en sécurité dans la relation. En fait, il faut presque montrer de manière pédagogique, mais sans que ce soit un cours, on fait pas un cours à l’autre, de montrer par l’exemple que voilà, je suis à l’aise avec mes vulnérabilités. Et ça, le fait de pouvoir assumer qui on est, de pouvoir montrer que finalement, ça va aller quand même, ça vient rassurer l’autre et lui montrer que quelque chose est possible. Ca le met sur la voie d’une possibilité de recherche plus tard, par lui-même, pour lui-même de quelque chose de nouveau. Mais il faut insister sur le fait que c’est pas dangereux d’être dans une relation, quand c’est une relation saine bien évidemment, si c’est une relation malsaine, là on ne se pose pas la question.

C’est sûr!

Après, il faut aussi être au clair avec le fait que la déception est possible, mais c’est pas ça le but de la relation. Oui peut-être que je vais te décevoir, comme n’importe quel humain. Mais t’inquiète pas, moi mon but c’est qu’on puisse construire des choses positives ensemble.

L’important aussi, je pense que ça va être d’aimer la personne, mais dans les limites que l’autre accepte et supporte. Parce que ça arrive souvent que ce que j’ai dit juste avant, soit fait avec trop de maladresse et que finalement, on envahit complètement l’espace de l’autre en lui montrant que l’intimité n’est pas dangereuse.

Alors le problème, c’est que là on est contre-productif, donc il s’agit de pouvoir tout simplement montrer qu’on respecte les limites de l’autre, qu’on les accepte aussi, qu’on les supporte aussi. Si un jour on peut avancer différemment, on pourra avancer avec plaisir autrement et qu’en attendant, on en est là où la personne nous laisse être. Et que déjà c’est super chouette. Mais que nous pour notre part, sur notre ligne parallèle de vie, on voit qu’il y a du mouvement possible. Mais il ne s’agit pas d’imposer ce mouvement dans l’intimité de l’autre. 

Et donc finalement, il s’agit d’être d’autant plus attentif aux signaux verbaux et non verbaux que les autres nous envoient, pour savoir, en toute amitié, est-ce que je t’aime bien ou est-ce que je t’aime mal ?!

Oui, c’est une nuance très importante !

Et du côté du couple ? Que faire si on est en couple avec une personne qui fuit l’intimité ?

Alors je pense que là, les choses se font comme je le disais avant. Il s’agit d’aimer la personne dans les limites qu’elle supporte et de l’aimer comme elle est. 

Alors si la personne est dans une fuite de l’intimité, déjà, il faut qu’on puisse nommer cette fuite, en parler, dire « voilà, je vois bien que quand j’essaie d’approcher ma main tu me repousses, je vois bien que quand j’essaie de te dire, j’ai besoin qu’on ait un temps de qualité, j’ai besoin qu’on aille au restaurant ensemble, au cinéma, j’ai besoin qu’on parle, je vois bien que tu me repousses… Ca ce sont des choses qui me font de la peine, qui me blessent et en fait, ça fait pas du bien à notre couple. 

Rien que le fait de pouvoir le dire déjà, c’est important, parce que ça permet à l’autre de prendre conscience que ah, y’a un décalage auquel j’ai pas forcément fait attention.

Le principe c’est que lorsqu’on se défend de quelque chose qui nous fait peur et qu’on fuit, on ne se rend pas forcément compte de ce que ça peut impliquer chez l’autre comme réaction. Donc le fait de pouvoir le dire c’est important et de pouvoir chercher éventuellement l’explication ensemble, mais pas forcément. Ca peut aussi se faire hors couple, voire même parfois hors famille et hors amis et dans un terrain neutre.

Je suis psy alors forcément, j’ai ce réflexe là encore une fois. Mais je pense que d’arriver sur un terrain neutre pour dire « bon, attends, moi j’ai identifier ce problème mais je suis pas là pour le résoudre forcément, j’suis à tes côtés pendant que tu le résous mais c’est pas à moi de le résoudre pour toi. Et c’est toi qui va faire le chemin, parce que ça peut être parfois juste des choses qui ne me concernent pas finalement. »

Après il s’agit aussi, encore une fois, de se montrer à l’aise avec ses propres vulnérabilités, en essayant de comprendre.

Mais une partie importante, c’est de comprendre dans un couple est-ce que cette fuite de l’intimité est un problème ? Parce que certains vont fuir l’intimité mais n’y verront pas de problème et pour d’autres c’est ok, c’est un problème et pour qui ? C’est pas parce que l’un des 2 fuit l’intimité que c’est forcément celui qui fuit l’intimité qui est en difficulté et à l’inverse c’est pas forcément celui qui se plaint de la fuite qui est le plus en difficulté.

C’est quelque chose qu’on voit bien souvent quand on suit les couples « oui vous vous rendez-compte il est comme ci il fait comme ça… Sauf que le jour où la personne change, ah mais oui, oui mais en fait moi ça me convient pas du tout, je préférais quand il faisait comme avant parce qu’en fait moi j’y trouvais mon intérêt ». Et c’est là, où du coup quand il y a un changement qui s’amorce dans un couple, d’un côté ou de l’autre, c’est important de l’accompagner, d’accompagner le couple en lui même et de l’accompagner des 2 côtés, parce quand l’un des 2 bouge, ça fait bouger l’ensemble.

Alors après dans le couple, il y a aussi la partie de la sexualité qui peut tout simplement être concernée par cette fuite de l’un ou l’autre des partenaires. 

Quand cette intimité au niveau sexuel, au niveau physique fait peur, bien évidemment, il faut jamais forcer et même quand on n’a pas peur il faut jamais forcer. Il s’agit toujours de demander les limites de l’autre. Et à chaque étape, on va vérifier que je ne passe pas tes bornes à toi, parce qu’à partir du moment où on commence à faire effraction sur le territoire intime de l’autre, où on n’est pas invité, à ce moment là on attaque toutes les étapes de la chaîne de la sexualité :

  • le désir
  • toute la capacité érotique et fantasmatique
  • l’excitation et l’excitabilité du corps.

Dans un couple, à partir du moment où l’autre nous fait comprendre que l’intimité est quelque chose non seulement qui fait peur mais qu’on fuit, il s’agit jamais de forcer, mais il s’agit toujours de dire ok, pas de pression, la sexualité n’est pas un besoin et là c’est la sexologue qui le dit. Peut-être que certains ne vont pas comprendre l’importance de ça, mais c’est important, la sexualité n’est pas un besoin.

Ca va faire débat, mais vas-y, je t’en prie Colombe. (rires)

Je n’ai pas de problème, on pourra en parler autant de fois que tu veux dans un autre podcast. Mais comme ce n’est pas un besoin, il n’est jamais, jamais question de forcer qui que ce soit là-dedans.

Par contre on peut vraiment trouver une façon de s’accommoder et de commencer tranquillou sur les choses qui ne posent pas de question et au fur et à mesure on grandit ensemble, on avance ensemble. Voilà, on va gagner en intimité.

Ca se travaille l’intimité, c’est quelque chose qui se construit, c’est pas un truc donné d’emblée. C’est pas parce qu’on va avoir une activité sexuelle qu’on est intime. Ca fait partie des éléments qui nous laissent penser qu’on est forcément intime, parce qu’on est dans un rapport sexuel, mais y’a plus que ça quand un couple décide d’avoir un rapport sexuel, c’est pas juste un mélange de positions, de partage des fluides, c’est bien plus que ça et je pense que c’est important de le dire aussi.

Oui, merci Colombe !

De rien (rires)

Dans la partie sexo, du coup, je rebondis. En tant que sexologue aurais-tu 3 conseils à donner à une personne qui a peur de l’intimité physique.

Alors oui, je pense que… déjà, si je peux vous proposer de ne pas regarder de pornographie. Pour commencer ça me paraît important, parce que beaucoup de personnes vont se dire si j’ai peur de l’intimité physique, je sais pas comment faire, je sais pas comment m’en sortir, je sais pas par quoi il faut commencer… Beaucoup et beaucoup de jeunes malheureusement vont avoir recours à la pornographie pour apprendre comment faire, sauf qu’il n’y a rien de plus destructeur, c’est vraiment une horreur pour la sexualité à venir. Je vais le dire clairement. Si vous voulez flinguer votre sexualité, commencez par regarder de la pornographie. Si vous voulez que les choses se passent bien essayez de faire plutôt travailler votre imagination, votre capacité à imaginer, à penser vous-mêmes des choses, même si vous ne savez pas trop comment mettre en route le jour où il y aura une intimité physique ou sexuelle, vous allez en rire, vous allez mettre de l’humour et ça va passer et ça va bien se passer, parce que justement vous n’allez pas être dans des schémas pré-requis complètement farfelus qu’on vous impose comme étant un protocole à suivre pour être un bon coup, vous allez juste découvrir tranquillement qu’en fait ça se construit, mais c’est chouette justement parce que c’est pas un protocole.

Et donc, sinon je pense que l’important c’est déjà de commencer par oser dire à l’autre qu’on a très peur. « Tu sais j’ai vraiment la trouille, parce qu’en fait, soit parce que j’ai vécu des expériences qui ont pas été top, soit parce que t’es ma première expérience, soit tout simplement parce  qu’on ne l’a jamais fait ensemble et que bah, je sais pas trop comment ça va se passer. Donc on va apprendre, mais moi je flippe en fait. » C’est un point de départ à avoir en tête, en général, toute 1ère relation sexuelle, toute intimité, les 1ère fois dans un couple, même s’il y a eu d’autres histoires avant, c’est des 1ères fois quoi qu’il arrive. 

Ensuite, je pense qu’il faut oser commencer tranquillement, sans ambition, en étant cool. On arrive, on commence avec un p’tit bisous, on s’attrape le petit doigt dans la rue, on se caresse le poignet, l’air de rien. On va se dire, mais ça c’est pas de la sexualité, ok mais c’est de l’intimité physique, qui commence à mettre quelque chose de l’ordre du… « voilà tu vois, je suis pas un danger et ton corps réagit bien au mien, rien que quand je t’attrape la main dans la rue rien que quand je pose la tête sur ton épaule. »

C’est un 1er pas pour que tout simplement par la suite il puisse y avoir des choses qui dérapent un p’tit peu, mais quand c’est dans le bon cadre et qu’on est ok avec le cadre dans lequel on fait les choses, en fait on peut commencer light, ça veut pas dire que ça va être nul, ça veut juste dire qu’on va être à l’aise avec ce qui va se passer, parce qu’à chaque étape on a pris le temps d’être à l’aise avec l’autre.

Et finalement le 3e point il rejoint ça, c’est finalement de prendre le temps à chaque étape de communiquer sur les limites qu’on se met « est-ce que t’es ok pour qu’on aille un peu plus loin ». Ca va se dire dans le regard, dans les mots, dans les gestes « je comprends que ça t’es pas prêt, bon bah c’est pas un problème », voilà, on y va tranquille.

En fait nous, c’est ce qu’on voit en sexologie, c’est-à-dire, même des couples qui parfois ont eu des tas d’expérience de folie dans le passé et bien réapprendre les bases, à savoir la tendresse, la sensualité, c’est un passage obligé pour réapprendre à vraiment avoir une sexualité épanouie, même quand on a fait des tas de trucs complètement farfelus avant. Quand je dis farfelus, c’est pas un jugement c’est juste… il peut y avoir vraiment un panel tellement diversifié que parfois on se dit « waouw », les personnes qui ont fait ça et ça et ça et ça, qu’est-ce qu’on pourrait trouver à leur faire redécouvrir.

Et bien un grand, grand merci Colombe pour toutes précieuses informations si bien amenées, si bien expliquées.

Avec grand plaisir

Je ne te dis pas au revoir, j’te dis juste à la prochaine, parce que je pense que tu vas être sollicitée sur d’autres podcast.

C’est bien, alors à bientôt !

Merci encore en tout cas !!!

Voici les conseils donnés par Colombe :

  • Le 1er conseil, c’est de ne pas regarder de pornographie : ça va bien se passer, parce que justement vous n’allez pas être dans des schémas pré-requis complètement farfelus qu’on vous impose comme étant un protocole à suivre pour être un bon coup, vous allez juste découvrir tranquillement qu’en fait l’intimité physique et sexuelle, ça se construit, mais c’est chouette justement parce que c’est pas un protocole.
  • Le 2e conseil, c’est d’oser dire à l’autre qu’on a très peur, en gardant en tête, qu’en général, toute 1ère relation sexuelle, toute intimité, les 1ère fois dans un couple, même s’il y a eu d’autres histoires avant, c’est des 1ères fois quoi qu’il arrive. 
  • Le 3e conseil, c’est oser commencer tranquillement, sans ambition, en étant cool. C’est un 1er pas pour que tout simplement par la suite il puisse y avoir des choses qui dérapent un p’tit peu, mais quand c’est dans le bon cadre et qu’on est ok avec le cadre dans lequel on fait les choses. On va être à l’aise avec ce qui va se passer, parce qu’à chaque étape on a pris le temps d’être à l’aise avec l’autre.
  • Le 4e conseil, c’est de prendre le temps à chaque étape de communiquer sur les limites qu’on se met « est-ce que t’es ok pour qu’on aille un peu plus loin ». Ca va se dire dans le regard, dans les mots, dans les gestes « je comprends que ça t’es pas prêt, bon bah c’est pas un problème », voilà, on y va tranquille.

Voilà on arrive à la fin de ce 32e épisode de Relationnellement Vôtre.

Si vous avez des questions ou si vous souhaitez faire appel aux compétences professionnelles de Colombe, il vous suffit d’envoyer un message, en cliquant sur « je contacte Relationnellement Vôtre » en bas de page ou par mail à relationnellementvotre@gmail.com

La semaine prochaine, ça sera déjà le dernier mardi du mois, du coup, on se retrouvera sur la chaîne YouTube de Relationnellement Vôtre pour l’émission Parlons Relations, Parlons Vrai avec 4 invités et une thématique qui promet de vous intéresser… J’en dis pas plus. 

Aller…On se dit à très vite !

 

Laisser un commentaire