E93 – Traumas complexes et sabotages amoureux : quand être seul.e est problématique…
Hello bienvenue sur ce 93e épisode de Relationnellement Vôtre.
Pour celles et ceux qui découvre le podcast, moi c’est Kelly. Je suis psychologue et Relationnellement Vôtre est une plateforme à votre disposition pour prendre soin de vous et de vos relations.
Nous sommes actuellement dans une série d’épisodes sur les auto-sabotages amoureux liés aux traumatismes complexes. Nous avons déjà abordé :
- L’attirance envers des personnes émotionnellement indisponibles. (épisode 89),
- Le fait de fuir l’intimité (épisode 90),
- La confusion dans la répartition des responsabilités (épisode 91),
- Et dans l’épisode 92, vous avez pu découvrir la sur-adaptation aux comportements et relations « inacceptables ».
Pour chacun de ces auto-sabotages, il a été question de comprendre les mécanismes en présences et de voir quelles clés sont à votre disposition pour y mettre fin. Je vous propose d’en faire tout autant avec ce 5e et dernier auto-sabotage amoureux abordé, à savoir : la difficulté à accepter d’être seul.e.
Pourquoi les psychotraumatismes entrainent-ils cette peur d’être seul.e ?
Les traumas complexes étant vécus dans des relations et durant une période précoce de la vie, ils laissent une empreinte désagréable de l’expérience relationnelle. Comment avoir confiance en l’autre quand vous avez eu un parent absent, maltraitant, violent, abusif ? Ou comment relationner sainement avec une personne lorsqu’on n’en a pas appris les codes. Il n’y avait personne à qui parler en dehors des cris échangés à la maison. Pas évident d’oser parler de soi quand personne n’écoute. Pas évident de parler de soi, vous quand ce que vous ressentez c’est principalement le désir de vous cacher parce que les traumas vécus vous amènent à avoir honte d’être vous.
Vous l’aurez compris, l’une des conséquences majeures des traumatismes complexes, c’est la difficulté à entrer en relation avec les autres et à tisser du lien, à partager en étant soi. Il s’en suit donc une forme de retrait et un profond sentiment de solitude. Pourtant le désir d’être en relation, d’être aimé et d’aimer est bien présent. Sauf qu’il est compliqué d’y répondre sans avoir peur de l’inconnu, peur souffrir, peur de faire souffrir, peur de mal faire…
Les liens dit traumatiques ont pour dynamique l’imprévisibilité émotionnelle. L’enfant veut être aimé, mais le parent se montre parfois aimant, parfois distant, violent, abusif ou absent. L’enfant n’est pas sûr d’être aimé. Cette incertitude affective crée de l’insécurité, elle alimente l’attachement insécure. Je ne reviendrai pas sur ce qu’est ce type d’attachement puisque nous l’avons abordé dans les épisodes précédents. En tout cas, cette incertitude représente un vide et comme la nature a horreur du vide, l’enfant va chercher à le combler. De manière inconscientes, des stratégies sont mises en place pour recevoir de l’attention, être apprécié des adultes, se sentir aimé dans ses relations scolaires, amicales puis amoureuses.
Vous avez par exemple :
- l’enfant qui dit oui à tout, pensant que c’est ainsi qu’on est aimé.
- Il y a l’enfant prêt à tout pour aider, pour se rendre utile qui se fait abuser parce qu’on lui donne toutes les tâches à faire, notamment les plus ingrates.
- Celui qui fait des cadeaux pour avoir des amis.
- Il y a aussi l’enfant qui veut être populaire, qui fait tout pour avoir les vêtements à la mode, les jeux, les objets tendances, les activités que tout le monde a ou veut avoir.
A l’adolescence, avec la puberté et les rapports intimes on retrouve des jeunes prêts à donner leur corps pour se sentir aimés. Ce qu’ils n’obtiennent malheureusement pas en retour, bien au contraire. Il leur arrive plutôt des coeurs brisés et des ennuis sur les réseaux sociaux.
Après avoir grandi dans des dynamiques relationnelles comme celles évoquées, l’enfant devenu adulte est comme « émotionnellement affamé ». Les nourritures affectives ont été insuffisantes ou inadaptées à ses besoins. L’attention devient comme une drogue. Quand il en reçoit, il en demande encore, et encore. Des dépendances émotionnelles, des dépendances affectives se créent. Et elles sont bien souvent associées à d’autres formes de dépendance. En effet, il y a cette volonté de combler ce manque affectif ou d’en taire la douleur à travers la consommation de drogues, d’alcool, de nourriture, les jeux-vidéos, les jeux d’argent, les relations virtuelles, la pornographie,… Des substituts qui non seulement ne comblent pas efficacement le vide, mais en plus sont destructeurs.
Dès qu’une personne de l’attention à ce même adulte, il va y est très sensible et réactif. Il va vouloir en recevoir plus, au risque de foncer tête baisser dans une relation amoureuse qui ne lui correspond pas. Quand nous avons faim depuis trop longtemps, nous sommes prêts à manger la première chose qui peut apaiser cette faim n’est-ce pas ? Même si ce n’est qu’éphémère et pas très bon pour notre santé. Sur le plan émotionnel, le trauma complexe a les mêmes conséquences. La faim relationnelle, la faim affective pousse à s’ouvrir très vite, trop vite à une relation de couple sans prêter attention aux signes de toxicité présents dans les comportements, les interactions partagées. Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « une petite forme d’attention, d’affection, après tout, c’est mieux que rien !? ». Et si le prix que vous paierez en retour était bien trop élevé ? Le prix de votre identité, de vos valeurs, de votre santé mentale, physique, spirituelle, le prix de votre estime personnelle ?
Le sentiment de solitude ressenti peut devenir si insupportable que des décisions sont prises effectivement dans le but de fuir cette douleur intérieure, de ne plus avoir à la ressentir. Je peux comprendre que ce sentiment soit vraiment difficilement supportable. Le hic, c’est que ce sont des décisions regrettées par la suite, car elles sont prises à partir d’une fatigue émotionnelle, d’une perte d’espoir de partager une relation heureuse, épanouissante.
Comme évoqué dans les épisodes précédents, l’enfant vivant dans un environnement relationnel propice aux traumas complexes peut involontairement développer un seul de tolérance élevé aux comportements irrespectueux, abusifs et aux négligences. Une fois adulte, son désir d’être en relation, sa peur d’être seul sont telles qu’il va se retrouver comme enfermé dans une relation destructrice qu’il n’arrive pas à quitter parce qu’il y a cette forme de dépendance qui s’est installée. Même si la relation en elle-même est toxique. Vous avez l’impression de ne pas avoir le choix et d’être comme coincé.e. D’un côté, rester dans la relation est douloureux et de l’autre envisager la séparation, c’est douloureux. en plus, penser à la séparation réactive des angoisses, des blessures traumatiques, des problématiques liées au deuil à tel point qu’envisager de mettre fin à la relation n’est plus une option. Bien qu’il soit douloureux de rester dans la relation, cette relation devient le choix par défaut. Comme je le disais il y a quelques instants, il y a cette impression de ne pas avoir le choix et d’être comme coincé dans la relation.
Permettez-moi de vous dire qu’il y a malgré tout une issue. Par contre, elle nécessite de surmonter cette peur d’être seul.e. Vous vous demandez comment y arriver ? Ca tombe bien, c’est justement le point que j’allais aborder.
Que faire pour surmonter cette peur d’être seul et accepter de vous retrouver avec vous-même ?
La principale clé qui va être déclinée en plusieurs axes, consiste à ramener de la stabilité intérieure et donc de la sécurité.
- Avant tout, ramener de la stabilité intérieure commence par apprendre à vous re-réguler émotionnellement, nerveusement parlant, lorsque la dysrégulation vous surprend. Il y a différentes techniques d’ancrage pour vous aider à vous re-réguler. Vous pouvez par exemple utiliser vos canaux sensoriels préférentiels, faire une activité qui vous aide à libérer vos émotions par exemple. Plusieurs outils vous sont proposés dans une vidéo de « ma box à ressources », le lien se trouve ci-dessous.
https://youtu.be/IWWrsEt9vcQ?si=dWAf2TuI0sLu7feI
- Ensuite, dans ce même objectif de ramener de la stabilité intérieure et donc de la sécurité affective, il sera question d’apprendre à vous connaître sur le plan affectif. Quels sont vos langages de l’amour ? Quelles sont concrètement les ressources dont vous disposez pour les combler de manière saine ?
Par exemple, l’un de mes langages de l’amour se trouve dans les moments de qualité. C’est un besoin que je peux combler avec les membres de ma famille, avec des amis et aussi seule. J’apprécie de me faire des moments où je me fais plaisir, je prête attention à mes besoins, je vis à mon rythme. Je fais preuve de bienveillance envers moi. Ca peut vous sembler bizarre énoncé comme ça, pourtant c’est une démarche qui permet de continuer à combler nos besoins lorsque personne n’est disponible pour passer un temps avec nous et de bien le vivre finalement. Parce qu’il n’y a pas cette place, cet espace pour le manque, il est comblé différemment. Vous ne dépendez pas du fait qu’une personne vienne répondre à vos besoins affectifs, vous choisissez les manières de les combler en fonction de ce que vous avez. Il y a moins de frustration, voire même pas de frustration, car il n’y a pas d’attentes projetées sur vos relations. De vous à moi, sachez que ce mode de fonctionnement fait énormément de bien à la relation de couple. Le conjoint ne ressent pas de pression quant à vos besoins, quant à vos attentes, dans la mesure où vous savez comment partiellement les combler, vous n’êtes pas totalement en manque. Il apportera ses langages de l’amour quand il le peut, comme il le peut et c’est ok ! Je dis partiellement car nous sommes des êtres faits pour être en relation, donc nos besoins affectifs ne peuvent pas être totalement comblés par nous-mêmes. Nous ne sommes pas auto-suffisants.
- Un autre axe intéressant pour ramener de la sécurité intérieure et surmonter la peur d’être seul.e, c’est d’identifier ce que vous voulez fuir en évitant de vous retrouver avec vous-même. Ce n’est pas uniquement fuir le ressenti désagréable de la solitude. Sur ce point d’identification des éléments de « fuite », l’aide d’un ou d’une professionnel.le pourra vous être utile. Essayez-vous de fuir des pensées négatives envers vous-même, cette autocritique dure et exigeante qui ne parle que de vos défauts ou de ce que vous faites mal selon vous ? Ou essayez-vous de fuir la douleur de blessures de rejet, de blessures d’abandon, de trahison, d’humiliation, d’injustices et des souvenirs qui y sont rattachés ? Ces blessures nécessitent des soins particuliers. La relation patient-thérapeute est un lieu sûr où vous pourrez non seulement apprendre à prendre soin de vous et aussi apprendre à relationner de manière saine sans peur d’être jugé, ni rejeté. C’est vraiment le bénéfice de cette relation patient-thérapeute. Pour en avoir fait l’expérience durant plusieurs années, quand je vois les fruits qui en sont sortis, je vous assure que si c’était à refaire, je le referrai.
- Ce temps de restauration en thérapie vous amènera à un 4e axe qui est d’apprendre à tisser différemment des relations. Oui, quand on a souffert dans des relations, ça fait peur de prendre à nouveau le risque d’aimer, de faire des erreurs, de blesser, d’être blessé et il y a aussi la possibilité d’être apprécié, d’être aimé, de partager de magnifiques expériences de vie et ça, ça en vaut largement la peine. Vous pouvez aussi restaurer des relations amicales, familiales qui se sont distendues parce que vous aviez besoin de mettre de la distance. Que dites-vous de vous poser et de voir si les comportements de ces personnes envers vous étaient effectivement à fuir ou si vous avez eu peur de comportements sains ?
Pour rappel, le système nerveux peut réagir en mode danger à un comportement parce qu’il est inconnu, inhabituel. Ca ne veut pas dire que ce comportement est toxique pour autant. Quand vous êtes habitué à la toxicité relationnelle, votre système nerveux réagira en vous alertant si une personne se comportement sainement, parce que ce qu’il connait, c’est la toxicité. Le comportement sain est nouveau, inconnu donc il est alertant/ C’est pourquoi il est important de prendre le temps dont vous avez besoin pour faire le point sur vos relations, qu’elles soient familiales, amicales, professionnelles. Que ce soient des relations de voisinage ou encore des relations tissées au cours d’activités diverses et variées. Vous verrez que certaines personnes sont bienveillantes et se comportent de manière respectueuse vis-à-vis de vous, voire affectueuse. Vous n’êtes peut-être pas aussi seul.e que vous le croyez, au fond…
Si des diverses personnes apprécient votre compagnie, c’est qu’elle est agréable, pourquoi la fuir ? Je vous entends déjà me répondre, c’est parce que les gens ne me voient pas tel.le que je suis vraiment. Allez… de vous à moi, êtes-vous vraiment si différent.e que ça ou est-ce juste une question de limites que vous n’osez pas dire non. Mais au fond, vous êtes quand même plutôt vous même… je vous laisse réfléchir à tout ça !
Nous approchons de la fin de cet épisode et en bonus, j’aimerais vous proposer tout simplement un exercice.
En bonus, un exercice complémentaire
Comme précédemment, un support plus développé spécialement pour les abonnés à la newsletter sera dans « l’espace abonnés ». Si vous vous demandez ce qu’est « l’espace abonnés », c’est que vous n’êtes pas encore abonné à la newsletter. Si vous souhaitez que ce soit le cas, le lien se trouve en description de l’épisode.
Alors j’en reviens à l’exercice. Il s’agit de faire une liste de 20 activités que vous pouvez faire lorsque vous avez du temps libre. L’objectif est de vous éviter de tourner en rond quand vous êtes seul.e à la maison. Il suffit de piocher dans la liste.
Vous pouvez lister des activités en intérieur, en extérieur, des activités à faire seul.e et d’autres que vous pouvez faire avec une ou plusieurs personnes.
Les activités passives telle que vous poser dans un hamac, dormir, vous allonger au soleil dans un parc, vous faire masser sont tout aussi valables que les activités où vous êtes pleinement en action.
Pensez bien aux différentes sphères qui s’offrent à vous : sportives, artistiques, culinaires, botaniques, technologiques, esthétiques, ecclésiastiques, humoristiques. Il n’y a pas que des sphères en -iques ! Il y a aussi les sphères culturelles, associatives pour ne citer que quelques exemples.
Je vous propose d’en noter 20 mais si l’inspiration vous prend et qu’il vous en vient bien plus en tête, allez-, surtout lâchez-vous ! Cela vous fera que plus d’options au moment venu et c’est très bien comme ça !
C’est au cours de ces activités seul.e et avec les autres que vous oserez être pleinement vous et que vous apprécierez d’autant plus d’être vous. Or si vous appréciez d’être vous, plus besoin d’éviter d’être seul.e. Vous retrouverez alors le choix de la relation. Vous ne vous sentirez plus obligé d’être en relation pour éviter d’être seul.e. Plutôt sympa comme perspective non ?
Voilà, ce 93e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
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Si vous avez des questions ou un témoignage à partager vous pouvez nous les communiquer par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.
Peut-être qu’une personne de votre entourage sera encouragée et aidée à son tour en écoutant ce podcast, donc n’hésitez pas à le partager.
Comme annoncé en début d’épisode, il s’agissait du 5e et dernier auto-sabotage de la série d’épisode sur le sujet. On se retrouve dans 2 semaines avec un nouvel épisode et donc une nouvelle série dont vous découvrirez prochainement la thématique. D’ici là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.
