E92 – Traumas complexes et sabotages amoureux : avez-vous tendance à vous adaptez-vous à l’inacceptable ?

Hello bienvenue sur ce 92e épisode de Relationnellement Vôtre.

Moi, c’est Kelly, je suis psychologue et c’est une joie pour moi de mettre à votre disposition de quoi cheminer dans vos guérisons. Oui, j’utilise le pluriel car il a différents niveaux de guérisons. Tout comme il y a différentes couches de peau et donc une profondeur variable à la blessure  lorsqu’on se coupe ou qu’on se brûle, eh bien disons que c’est aussi valable à l’échelle de notre être entier. Différentes sphères sont affectées par les traumas complexes. Ils peuvent impacter les sphères psychologiques, neuro-psychologiques, corporelles, relationnelles sans oublier la sphère spirituelle . Comme vous le savez tout est en étroite connexion et donc en interaction.

Nous sommes actuellement dans une série d’épisodes sur les auto-sabotages amoureux conséquences de traumatismes complexes. Nous avons déjà abordé le fait d’être attiré par des personnes émotionnellement indisponibles. Puis, nous avons parlé des déclencheurs émotionnels qui font de l’intimité un danger à fuir au lieu d’une alliée aux multiples bienfaits. Et enfin, dans l’épisode précédent, il était question de la confusion dans la répartition des responsabilités. Nous avons bien sur vu pour chaque auto-sabotage des moyens de sortir de ce mode de fonctionnement. C’est aussi ce que nous allons faire en abordant un 4e sabotage amoureux, qui consiste à s’adapter aux comportements et aux situations inacceptables.

D’où vient ce mécanisme d’adaptation à l’inacceptable ?

Etre confronté à des adultes violents, abusifs, addictes ou des camarades de classe violents physiquement, verbalement, pouvant aller jusqu’au harcèlement, tout ces comportements exposent  très tôt l’enfant à des situations difficilement tolérables auxquelles ce dernier cherche à survivre. Dans ces situations, l’éventail des options est limité : à savoir combattre, fuir, se figer ou se soumettre. La peur du rejet, la peur de l’abandon, ou encore la peur de la réaction de l’adulte pousse à la soumission. L’enfant va accepter la situation telle qu’elle est et subir, la supporter tant qu’il le peut. Tout comme une zone brûlée à répétition devient moins sensible à la chaleur. L’enfant va involontairement développer un seuil de tolérance élevé à la souffrance, à la violence, à l’abus, à l’irrespect. Lorsqu’il s’agit du comportement toxique d’adulte, l’enfant n’a pas vraiment de base de référence pour savoir ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Il va donc considérer ces comportements comme « normaux » envers lui, bien que son ressenti soit désagréable voire douloureux.

L’enfant va trouver des moyens de composer avec ces comportements, ces situations toxiques en intériorisant ses ressentis ou en trouvant une bulle dans laquelle se réfugier (le sport, l’école, la musique, l’art, un rôle joué tel que l’enfant gentil, l’enfant serviable, l’enfant parfait,…). Tout ceci se fait de manière totalement inconsciente et donc involontaire bien sûr.

Quelles conséquences cette suradaptation à l’inacceptable a-t-elle sur les relations amoureuses une fois adulte ?

Voici quelques exemples de comportements et de situations que cet enfant devenu adulte va continuer d’accepter. Des relations dans lesquelles il se retrouve coincé sans se rendre compte que mettre fin à la relation ou à la situation est dans son intérêt. Pour ne citer que quelques exemples, il y a :

  • La codépendance : vouloir réparer l’autre, c’est un projet intéressant quand on veut éviter d’avoir à s’occuper de soi, parce qu’on ne sait pas par où commencer pour construire sa vie ; avoir des projets et prendre soin de soi. Le hic, c’est qu’en focalisant tout et en centrant tout sur l’autre on s’oublie, on se perd et cela peut aller très loin.
  • Il y a aussi les relations de contrôle, d’emprise, à travers diverses formes de manipulation psychologique, telle que la culpabilisation ou le gaslighting*

Le gaslighting est une forme de manipulation mentale, de détournement cognitif, qui vise à remettre en question la réalité de la personne manipulée et à la faire douter de ses propres perceptions et souvenirs. Cette technique permet au manipulateur de maintenir intentionnellement son emprise psychologique sur la victime et de maintenir cette emprise aussi longtemps que possible.

  • Un autre exemple se trouve dans les relations d’intimidation, à travers des violences physiques, verbales, psychologiques.
Ce sont 3 types de relations dans lesquelles l’adulte peut se retrouver enfermé en supportant la situation, en supportant la relation, c’est comportement qui à la base sont censés être intolérables, inacceptables, mais dont les psychotraumatismes vécus durant son enfance l’ont amené à tolérer, à supporter ce genre de situation.

La suradaptation est alimentée par les mécanismes suivants :

  • Une mésestime de soi avec des croyances erronées. Vous vous dites que vous n’êtes pas assez… pour vivre autre chose que de la souffrance dans la relation ou que vous attirez ce profil de personne, qui vous manque de respect, vous méprise… Non vous n’êtes pas un aimant à personne aux comportements toxiques. Par contre, peut-être qu’en changeant votre manière de vous voir, vous vous affirmerez et poserez des limites nécessaires dans vos relations.
  • Un autre mécanisme sous-jacent à la suradaptation à l’inacceptable, c’est La peur du rejet ou de l’abandon. Il peut arriver de s’accrocher de toute nos forces à une personne dont le comportement nous fait souffrir parce que nous avons peur de perdre l’amour de cette personne. Sauf qu’il ne s’agit pas d’amour, il s’agit d’un lien traumatique. Il y a une courte vidéo sur le sujet dans « ma box à ressources ». Le lien se trouve en description de l’épisode.
  • On peut aussi ajouter la tendance à se montrer hyper-compréhensif, au point de justifier le comportement toxique d’autrui en lui trouvant des circonstances atténuantes : « Il.elle n’a pas eu une enfance facile, ça se comprend qu’il.elle ait des accès de violences. » Vous n’accepteriez pas de vous comporter comme cela vis-à-vis d’une autre personne.Cela montre bien qu’il peut y avoir une compréhension accrue, voire même disproportionnée par rapport à des comportement censés vous faire réagir et vous amener à dire non, stop ! Ca je ne l’accepte pas.
  • Le syndrome de l’infirmier ou le syndrome du sauveur. Cette idée que vous réussirez à soigner les blessures de votre vis-à-vis, à faire évoluer son comportement en restant près de lui, près d’elle et en l’aidant autant que vous le pouvez. Sauf qu’on ne peut aider une personne que si elle reconnait en avoir besoin, qu’elle accepte de travailler activement aux processus de guérison. Si vous vous plier en 4 dans le but d’aider une personne qui pense que tout va bien, que son comportement est irréprochable, ou encore que le problème vient des autres donc c’est aux autres de changer. Dans ce cas, « vous risquez de vous épuiser, d’y laisser votre santé voire votre vie et ça non, ce n’est pas acceptable.

Si vous n’avez pas eu l’occasion de l’écouter, je vous encourage à aller sur l’épisode précédent, l’épisode 91 dans lequel je vous parle du fait d’arrêter de porter les responsabilités des autres. Le bien-être ou le mieux-être de votre partenaire de vie ne dépend pas de vous, mais de sa volonté de construire ce bien-être, ce mieux-être. Si une personne fait reposer sur vous une forme de culpabilité à travers des reproches du type : c’est de ta faute si je me suis comporté comme ça…, ou j’ai réagis ainsi parce que tu m’as mis en colère, tu m’as blessé.é, etc. Stop, vous êtes responsable de vos paroles, vos actes, votre vis-à-vis est responsable de ses réactions. C’est son choix. Je referme là la parenthèse concernant l’épisode 91. Vous pouvez l’écouter si vous le souhaitez.

Maintenant que vous voyez plus clairement les mécanismes qui amènent à s’adapter à des comportements, des relations, des situations inacceptables. La grande question, c’est :

Comment sortir de ces modes de fonctionnements ? Que faire pour mettre fin à cette forme d’autosabotage amoureux ?

Dans un premier temps, il est nécessaire de passer par un travail de restauration, de réparation de l’estime de soi, de l’image de soi, de l’identité avec un.e professionnel.le dont c’est la spécialité. Vous pourrez déraciner les fausses croyances, regarder dans le miroir et voir une personne qui a de la valeur, qui a fait du chemin et qui a non seulement beaucoup à donner et tout autant à recevoir dans des relations saines. L’objectif est de ce travail sur vous-même est de vous redonner une assise solide en terme de confiance en soi et d’affirmation de soi. Ainsi pour pourrez petit à petit exprimer vos besoins, vos émotions, vos limites, soutenir votre point de vue et vous installer dans des relations qui vous ressemblent, plutôt que vous adapter à des relations toxiques et d’y rester.

Enoncé comme, ça peut paraître à la fois très tentant et effrayant. Ca demande du temps, ça nécessite de faire face à ce que vous voulez éviter, à savoir les zones sensibles, désagréables de votre parcours. Et c’est pour la bonne cause. Allez, il nous est déjà arrivé au moins une fois dû désinfecter une plaie, de douiller durant un certain laps de temps, parce que ça pique bien bien fort. Et puis la cicatrisation prend du temps. Ca fait mal et ça dure comme ça pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois dans le cas de certaines fractures. Mais au final, nous sommes bien content que cette blessure soit du passé, lorsque la cicatrisation est terminée, qu’elle soit refermée n’est-ce pas ? Il en va de même avec nos traumas. Sur le coup, ce n’est pas agréable de faire ce travail de nettoyage de la plaie. Mais après coup, ça fait tellement de bien.

Avez-vous envie de découvrir la version de vous guérie ? Envie de vivre des relations où vous n’avez plus à vous adapter à l’inacceptable, mais où vous pouvez être vous ? Alors faire ce travail personnel en vaut largement la peine.

Une autre clé, que vous pourrez ajouter au travail sur vous, c’est d’avoir en tête que soigner les traumatismes complexes implique de se redonner du cadre, de la stabilité de manière à apaiser votre système nerveux. Cela permet de fonctionner non pas dans la dysrégulation, mais dans la régulation. « Par cadre, j’entends des repères dans votre vie quotidienne, des vos manières de relationner, qui permettent d’avoir comme une routine, un fil rouge, un fil directeur,  mais rien de rigide. Vos valeurs personnelles et vos croyances profondes sont des repères. Cultiver des habitudes aide à garder un ancrage. Dans vos relations, avoir un certain cadre sur ce que vous n’acceptez pas, ce que vous n’acceptez plus, en fonction de vos valeurs et de vos croyances profondes, là aussi cela permet un ancrage. Or, l’ancrage est indispensable pour soigner les traumas. Il aide à  calmer le système nerveux et à réguler les émotions.

Qu’avez-vous envie de mettre en place dans votre routine ? Quelles sont les valeurs personnelles, les convictions profondes dans lesquelles vous avez envie de vous ancrer ? Ca n’a pas besoin d’être pesant, juste contenant, comme si des bras vous enveloppaient sans serrer trop fort, ni sans être trop mous. Juste ce qu’il faut de fermeté pour sentir ce soutien réconfortant.

Inutile de vous mettre la pression, vous allez vous provoquer du stress. Je vous propose de commencer avec un élément que vous voudriez mettre dans ce cadre, un seul. Lorsqu’on veut aller quelque part, on commence par faire un pas. Lorsque vous aurez maintenu cet élément de cadre pendant plusieurs semaines, vous verrez si vous voulez en ajouter un autre en restant dans le choix. Vous le faites parce que vous en avez envie et que vous savez que c’est bénéfique dans votre parcours de guérisons. Vous ne le faites ni par contrainte, ni par obligation, mais par choix, dans votre intérêt. Si votre motivation n’est pas appuyée par une volonté d’y arriver, un désir, un choix, je vous proposerais d’attendre que vous vous sentiez prêt.e à vous lancer en prenant la décision, ça sera d’autant plus bénéfique.

Nous approchons de la fin de cet épisode et en bonus, j’aimerais vous proposer un court exercice qui vous aidera à garder le cap sur le chemin des guérisons.

En bonus, un angle de vue complémentaire

Tout à l’heure je vous demandais si vous avez envie de découvrir la version de vous guérie. Eh bien je vous propose de vous faire une carte mentale de cette version de vous. Sur une feuille, vous notez votre prénon au centre et à partir de votre prénom, vous faites des branches au bout desquelles vous pourrez noter des caractéristiques de cette version guérie de vous.

Par exemple : je pose des limites dans mes relations ou j’entretiens des relations saines,…

Dans la mesure où nous nous dirigeons vers ce que nous regardons, avoir cette représentation de vous guéri.e, vous aidera à fixer cet objectif, à l’avoir sous les yeux et à persévérer sur cette voie, quels que soient les obstacles rencontrés en chemin.

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Voilà, ce 92e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

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Si vous avez des questions ou un témoignage à partager vous pouvez le faire par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.

J’espère que cet épisode a pu vous aider. Si c’est le cas, dites le moi avec un j’aime et pensez à le partager à celles et ceux que ça pourrait aussi aider.

On se retrouve dans 2 semaines avec un nouvel épisodes sur les traumas complexes. D’ici là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

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