E84 : Hypersensibilité au respect et traumas complexes

Hello bienvenue sur ce 84e épisode de Relationnellement Vôtre.

 

Moi c’est Kelly, je suis psychologue et ce podcast a pour objectif de vous partager du contenu, des clés diverses et variées que vous pourrez utiliser sur le chemin de vos guérisons quelle qu’en soit la forme : guérison émotionnelle, spirituelles, physiques et/ou relationnelles.

Aller ! Il s’agit d’un dernier épisode sur le trauma complexe avant la pause estivale du podcast. Un épisode dans lequel nous abordons une autre conséquence du trauma complexe sur notre lecture des situations vécues. Il s’agit de l’hypersensibilité au respect.

Après avoir parlé de limites toxiques et de limites saines, je trouve intéressant d’aborder cette sensibilité toute particulière au respect. Dans la mesure où notre rapport aux limites est étroitement lié à notre rapport au respect.

Vous a-t-on déjà renvoyé que ce que vous considérez être un manque de respect ne l’est pas forcément ?

Vos réactions au sentiment d’irrespect semblent-elles extrêmement impulsives voire agressives ?

Je vous propose de découvrir en quoi le trauma complexe nous affecte au point de développer une telle sensibilité au respect. Puis, je vous proposerai quelques clés afin de sortir des réactions qui vous discréditent ou endommagent vos relations.

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un bref rappel de ce qu’est le respect et donc l’irrespect :

Le respect repose sur la conscience que nous avons de la valeur unique de chaque vie humaine. Respecter une personne c’est lui témoigner l’estime qu’on lui porte ; c’est reconnaître la dignité et  la valeur de cette personne. Je dis bien reconnaître et non estimer, ni évaluer la valeur de cette personne. 

L’irrespect est donc ce sentiment éprouvé lorsqu’une parole, une attitude, un comportement, une situation nous donne l’impression que nous n’avons pas de valeur ou pas suffisamment, que nous ne sommes pas dignes de considération, d’attention, d’écoute, de soin, etc.

Le respect est un principe qui est censé couler de source. Dans la mesure où tout être humain a de la valeur, tout être humain est digne de respect. Malheureusement la manière dont nos relations nous traitent va plus ou moins endommager la représentation que nous nous faisons de nous-mêmes et de la valeur que nous nous accordons. Un enfant ne sait pas quil a de la valeur, ni qu’il est digne de respect. C’est son environnement familial qui a pour rôle de le lui inculquer et ses autres environnements sociaux sont censés le confirmer : qu’il s’agit des relations amicales, du milieu scolaire, artistique, sportif. Sauf que dans le cas du trauma complexe et des expériences douloureuses de l’enfance, c’est bien l’inverse qui se produit. L’enfant est dévalorisé, peu considéré dans son milieu familial et les autres environnements sociaux viennent enfoncer le clou. C’est ainsi que nous nous mettons à croire que nous ne sommes pas assez ceci ou pas assez cela pour mériter le respect. Et donc la fausse croyance suivante s’installe : je dois gagner le respect des autres. Quelle qu’en soit la forme, le manque de respect fait mal, très mal. Cette émotion est profondément douloureuse car il s’agit d’une affirmation très négative qui vient toucher au fondement même de qui nous sommes, de notre identité.

Vous l’aurez compris, identité, estime de soi et sentiment de respect sont liés. En étant fermement établi.e dans votre identité, au sein d’un environnement qui vous apporte les repères nécessaires, l’amour, les soins dont vous avez besoin, vous apprennez ce qui vous caractérise et ce qui ne vous caractérise pas. Vous comprenez que votre valeur ne dépend d’aucun être humain. Vous réagirez donc à l’irrespect par rapport à cette connaissance de soi et aux limites que vous fixez. Vous ne vous sentirez pas dévalorisé.e, ni remis en question dans votre manière d’être.

 

Alors, en quoi le trauma complexe nous amène-t-il à être hypersensibles au respect ?

Les traumatismes complexes se produisent dans des environnements où on est négligé, maltraité, violenté, abusé, abandonné, critiqué, comparé, moqué, harcelé. Le manque de respect découle de tous ces comportements, ces attitudes, ces mots qui viennent « cracher » sur notre valeur au point de nous en faire douter.

Et comment un enfant qui grandi dans ce genre d’environnement répond-il à cela ?

Il croit que tout le monde le méprise. Sa manière de regarder le monde se fait à travers les filtres du manque de respect. Je vous laisse imaginer les conséquences sur ses relations. Les paroles, les actes, les attitudes, les silences, tout est interprété comme un manque de respect. Là où c’est complexe, c’est qu’on ne peut pas nier l’émotion d’autrui. Si une personne vous dit qu’elle ne s’est pas sentie respectée, c’est ce qu’elle ressent point, il n’y a pas de discussion. Par contre, cela ne veut pas dire pour autant que votre intention était de lui manquer de respect. Il y a donc des situations où une personne peut ne pas se sentir respectée, sans pour autan qu’il y ait réellement eu manque de respect dans la démarche. Et c’est là qu’il est important de communiquer. Qu’est-ce qui t’a donné l’impression que je te manquais de respect ? Y a-t-il une autre manière de lire la situation, d’interpréter ce que j’ai dit, fait ou ne autre manière d’interpréter ce que je n’ai pas dit, pas fait ?

Prenons un exemple :

Madame X échange des messages avec Monsieur Y en tout début de journée. Au bout de 2 échanges, Monsieur Y ne répond plus aux messages de Madame X. C’est alors qu’une heure passe, deux heures, trois puis la fin de journée approche et toujours pas de nouvelle de Monsieur Y. Il est un peu plus de 20h, Madame X reçoit enfin un message de Monsieur Y, auquel elle répond sur un ton sarcastique : « ravie de savoir que tu es en vie ». Monsieur Y ne comprend pas la réaction de Madame X. Il a eu une longue journée de travail. Il préférait attendre de se poser tranquillement pour poursuivre sa discussion avec Madame X. Il n’est pas fan des discussions par SMS qui durent toute la journée. Il préfère se concentrer sur son travail et accorder à Madame X l’attention qui lui revient en dehors des heures de travail.

Madame X a vécu l’absence de réponse comme un profond manque de respect. Pour elle, Monsieur X n’avait qu’à lui expliquer qu’il avait beaucoup de travail et qu’il préférait reprendre la discussion après le travail. Monsieur Y n’avait pas l’intention de manquer de respect à Madame X, d’ailleurs il ne voit en aucun cas cette situation comme un manque de respect. Par contre, il trouve la réponse de Madame X exagérée et peu respectueuse envers lui. Selon lui, il n’a pas disparu pendant plusieurs jours, et de plus, elle sait qu’il travaille, un travail qui lui tient énormément à coeur. Pour Monsieur Y, Madame X n’accorde pas assez de considération à son activité professionnelle.

Ce qu’il faut savoir c’est que Madame X fait difficilement confiance aux hommes. Les relations toxiques partagées dans le passé ont laissé de nombreuses insécurités. De son côté, Monsieur Y souffre encore du manque de considération ressenti dans sa précédente relation. Vous voyez la manière dont des blessures passées peuvent laisser des filtres plus ou moins opaques sur les lunettes avec lesquelles nous regardons les situations vécues ? Alors je vous laisse imaginer à quel point les filtres peuvent être déformants lorsque vous avez vécu dans un environnement où la violence, les négligences, les abus faisaient partie du quotidien.

Avec du recul ou en étant extérieur à la situation, on a de suite l’impression que les réactions sont disproportionnées. Mais ce n’est pas le ressenti de Madame X, ni Monsieur Y, qui considèrent leurs réactions légitimes et qui ont du mal à comprendre la réaction de leur vis-à-vis.

La colère n’a fait que monter entre eux. Madame X s’est fermée et a coupé toute communication avec Monsieur Y, qui s’est met à lancer des piques, par SMS, comme pour la provoquer. Les réactions sont différentes et tout autant dommageables pour la relation.  Madame X se tapit dans le silence, une réaction passive-agressive et Monsieur Y adopte inconsciemment une forme de vengeance, sur un mode agressif à travers les piques envoyés. L’irrespect a tendance à provoquer la réaction suivante : tu m’as fait mal, donc je vais te faire mal en retour. Et ce, ouvertement sous un mode agressif ou alors sur un mode plus indirect, en étant passif-agressif.

Au fond, ce sont les déclencheurs émotionnels des expériences douloureuses et traumatiques du passé qui vous générer des réactions si intenses et si impulsives. Si je reprends l’exemple cité, se sont les trahisons vécues dans ses relations précédentes qui ont amené Madame X à réagir avec agacement au bout de quelques heures sans réponse de Monsieur Y. Tout comme ce sont les remarques blessantes, rabaissantes au sujet de son travail, les humiliations vécues par Monsieur Y dans sa précédente relation qui l’amènent à voir la réaction de Madame X comme un manque de considération concernant son activité professionnelle.

Quand on y regarde de plus près, il y a une émotion sous-jacente à tout cela, il s’agit de la honte.

 

Vous vous demandez peut-être ce que la honte vient faire là ? En quoi le sentiment de honte est-il lié au sentiment d’irrespect ?

A travers l’attitude, les paroles, les actes à l’origine du sentiment de manque de respect, il y a la possibilité d’entendre : tu ne me respectes pas, parce que je ne suis pas assez…, je ne mérites pas… et vous mettez ce que vous voulez derrière.

Comme expliqué dans l’épisode 76 sur la honte, les psychotraumatismes vécus dans l’environnement social, qu’il soit familial, amical, scolaire, associatif ou professionnel alimentent la fausse croyance « je ne suis pas assez, je ne suis pas digne, etc… ».

Les mécanismes réactionnels vont être de vouloir être irréprochable, de manière à gagner le respect et sortir de la honte. Si je veux être aimé, accepté, valorisé, considéré, respecté, il faut que…  et toute une liste d’obligations s’en suit, avec une injonction majeure : il ne faut surtout pas qu’on me critique. Je dois avoir raison, je dois tout faire parfaitement. C’est alors que se crée cette version de vous que vous pensez être celui.celle que les gens vont aimer et respecter. Je vous laisse imaginer les conséquences sur la santé mentale et sur les relations. L’hyper-contrôle, l’épuisement et le manque d’authenticité seront probablement au rendez-vous et c’est l’engrenage cultivé par la fausse croyance suivante qui prend place : si j’arrête de fonctionner comme ça, plus personne ne m’aimera, ne me respectera.

Toute cette pression intérieure associée aux blessures passées est un cocktail qui explique l’intensité et l’impulsivité des réactions face au manque de respect.

 

Alors que faire pour sortir de cette hypersensibilité au respect, afin de cesser de vous discréditer et surtout d’endommager vos relations ?

Si vous avez déjà entendu d’autres épisodes du podcast, vous savez que ce que je propose n’est qu’un petit échantillon des alternatives possibles. Donc sentez-vous libre d’aller plus loin, de creuser si l’envie vous vient. En tout cas, j’aimerais vous proposer 3 clés :

  1. La 1ère, c’est d’identifier les déclencheurs émotionnels, de voir quelles situations provoquent ce sentiment d’irrespect en vous ? Vous vous rendrez compte que les situations ont un facteur commun : différentes situations où :
  • on vous a crié dessus,
  • on vous a ignoré
  • on a tenu des propos moqueurs
  • votre avis n’a pas été entendu
  1. Maintenant que vous avez identifié les déclencheurs que ce sont ces facteurs communs, la 2e clé serait de vous demandez à quoi ces facteurs viennent-ils toucher en vous. Sont-ils liés à des situations particulières de votre enfance ? Lesquelles ?

Viennent-ils toucher des situations particulières au sein de la relation avec votre père, vote mère, un autre membre de la famille, ou plutôt des relations amicales, scolaires, associative, un camarade, un enseignant, un coach ? Je vous proposerai de les noter et d’exprimer ce que vous ressentez, de libérer ce qui n’a peut-être pas pu l’être à l’époque. Vous pourrez ainsi non seulement donner de la voix à l’enfant qui n’a pu parlé et vous pourrez aussi légitimer ce qui ne l’a pas été par les adultes qui vous entouraient. C’est la légitimité apportée par l’adulte que vous êtes aujourd’hui qui vient au secours de l’enfant en vous. L’adulte vient donner de la valeur, de la considération à ce que l’enfant a vécu.

 

  1. La 3e clé, c’est de libérer le pardon. Le pardon est le processus par lequel on décide de couper les fils qui nous retiennent dans le passé. Ces fils qui nous rattachent douloureusement à la situation qui nous a blessé et à la personne à l’origine de la blessure. C’est un processus qui prend du temps. Les épisodes 20 et 21 aborde ce sujet. Il ne s’agit pas de minimiser, ni de banaliser ce que vous avez vécu. On ne va pas effacer ce qui s’est passé. Par contre, vous pouvez vous libérer du poids, de la charge qui vous empêche d’avancer. Le but de libérer le pardon c’est ça, c’est de pouvoir sortir de la prison des émotions parasites qui vous contrôlent. L’intensité et l’agressivité des réactions sont proportionnel les à la douleur qui demeure au fond de vous.

Je sais, ça fait mal d’aller toucher ces zones de votre passé. C’est plus facile à dire qu’à faire de couper ces fils. Pourtant si vous voulez pouvoir aimer à nouveau, aimer vraiment, aimer sainement, vous aimer et laisser l’amour circuler dans vos relations, le pardon est un processus incontournable. Je vous laisse y réfléchir.

Le temps passe vite. Nous approchons de la fin de cet épisode, mais avant de m’arrêter, en bonus, j’aimerais faire un petit rappel.

En bonus, un rappel

Les filtres des lunettes avec lesquelles nous regardons la vie peuvent être déformants. Voilà pourquoi il est nécessaire de faire régulièrement un petit nettoyage comme vous le feriez pour vos lunettes si vous en portez ou vos lunettes de soleil. Et ainsi, vous pouvez libérer les émotions qui ne l’ont pas été, écrire et déchirer les mots qui n’ont pu être exprimés et si vous êtes croyant.e, je ne peux que vous proposer de chercher refuge auprès de celui qui est Le Consolateur par excellence.

Il est vrai que lorsque les verres de nos lunettes sont sales, notre vue s’adapte et nous ne nous rendons plus forcément compte que l’image pourrait être plus nette. Une fois que nous passons un coup de chiffon, nous constatons la différence et là on se demande pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt. N’est-ce pas dommage de laisser les tâches du passé envahir les verres des lunettes avec lesquelles vous regardez la vie et vos relations. Qui sait ce que vous pourriez maquer, ce à côté de quoi vous pourriez passer. Que dites-vous de les nettoyer en prenant de le temps de soigner vos blessures ? 

Voilà, ce 84e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

Sentez-vous libre de commenter l’épisode directement sur la chaîne Youtube. Vous pouvez aussi poser vos questions ou partager vos témoignages par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.

Si cet épisode vous a été utile, pensez à mettre un j’aime et si vous avez reconnu une personne de votre entourage à travers cet épisode, que dites-vous de délicatement lui partager ?

 

Comme annoncé précédemment, cet épisode est le dernier du mois de juin, ensuite ce sera la pause estivale du podcast. Vous pouvez écouter, réécouter les épisodes proposés durant tout l’été. Il y a plusieurs playlists en fonction des thématiques et des rubriques du podcast. Donc profitez bien ! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bel été et une bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

signature

Laisser un commentaire