E81 : Trauma complexe et rapport à l’argent
Hello bienvenue sur ce 81e épisode de Relationnellement Vôtre.
Moi c’est Kelly, je suis psychologue et l’objectif de ce podcast est de vous encourager à une meilleure conscience de soi, de votre mode de fonctionnement et des outils qui s’offrent à vous pour avancer sur le chemin de vos guérisons et donc améliorer vos relations.
Nous sommes actuellement dans une série d’épisodes sur le traumatisme complexe, avec ses caractéristiques, ses conséquences et les manières d’en sortir. Comme vous avez pu le voir dans le titre, oui, le trauma complexe a même des répercussions sur notre rapport à l’argent. Comme évoqué dans l’épisode 75, le stress des expériences négatives de l’enfance ouvre la porte à des traumas complexes aux multiples répercussions.
Les insécurités, l’instabilité, le manque, les négligences, les abus, la violence ou les maladies vécues dans votre environnement familial ont-ils affecté votre manière de gérer votre argent ? Les moqueries, le harcèlement, les blessures de rejet vécu durant votre adolescence à cause des faibles revenus de vos parents vous ont-ils marqué au fer rouge au point de conditionner votre gestion financière ? Votre rapport à l’argent est problématique et vous ne savez pas comment changer ce mode de fonctionnement ? Alors installez-vous confortablement, c’est exactement ce que je vous propose de développer dans cet épisode.
Avant d’aller plus loin, voyons un détail important concernant l’argent :
L’argent est le principal moyen utilisé pour répondre à nos besoins. Il nous permet d’acheter de quoi manger, boire, avoir un logement et donc avoir un lieu sûr où dormir, entre autre, il y a d’autres besoins physiologiques. Il contribue à répondre à nos besoins de sécurité, de liberté par exemple.
Si nous prenons quelques secondes pour y réfléchir, nous remarquerons que l’argent représente un défi pour chacun de nous et il y a une étroite corrélation entre ce qui se passe à l’intérieure de nous et notre manière de gérer nos finances.
Vous avez certainement déjà entendu qu’il est déconseillé de faire des courses quand vous avez faim, sinon vous risquez d’acheter tout et n’importe quoi en guise de remplissage, mais pas ce dont vous avez besoin. Ou il vous est sûrement arrivé de faire des achats « impulsifs », sur un coup de tête, après avoir vécu un choc émotionnel, une émotion intense ou une situation bouleversante : une rupture, un deuil, un accident, etc. Ce lien étroit entre l’argent et ce qui se passe en nous découle de nos besoins. Un besoin non comblé sur le plan affectif va procurer une sensation désagréable que nous allons tenter de compenser en nous procurant ce qui pourrait servir de substitut. Par exemple, acheter de la nourriture pour compenser un besoin de réconfort. Acheter des vêtements de marque pour répondre à un besoin d’acceptation, de validation. Economiser à l’excès afin de répondre à un besoin de sécurité. Dépenser jusqu’à se mettre à découvert pour se sentir beau / belle, apprécié, aimé et répondre à un besoin de relation, de connexion…
Vous me direz, ok, on a compris le lien entre les deux et est-ce que cela veut forcément dire que je souffre d’un trauma complexe ?
Alors, non votre rapport à l’argent n’est pas un élément diagnostic pour savoir si vous souffrez d’un trauma complexe. Souffrir d’un trauma complexe n’est pas la seule explication à votre rapport à l’argent. Votre personnalité, la culture familiale, la culture sociétale, votre environnement amical, votre situation personnelle et professionnelle sont un échantillon de facteurs pouvant influencer votre rapport à l’argent. Tout ne repose pas sur les blessures et expériences négatives de l’enfance.
Alors en quoi des traumatismes complexes affectent-ils notre gestion de l’argent et quelles sont les conséquences ?
– Qui dit traumatisme complexe dit environnement où insécurité, instabilité ont pu régner. Vous n’étiez pas sûr de l’humeur de votre père ou de votre mère. Il fallait marcher sur des œufs.
Certains d’entre vous ne savaient pas s’ils auraient de quoi manger d’un jour sur l’autre parce que papa et maman avaient des dettes. Les problèmes d’argent étaient sources de disputes.
Votre enfance a été marquée par l’instabilité et c’est ce qui a créé une partie du traumatisme parce que vous vous sentiez seul.e face à toute cette instabilité, ne sachant pas comment y faire face.
Une fois adulte, vous vous dites peut-être qu’avoir beaucoup d’argent à la banque, vous donnera de la stabilité. Ca permettra de faire face aux imprévus et tout ce qui peut rendre ma vie instable. Vous épargnez autant que possible. Vous vous dites que vous avez besoin d’argent, d’encore plus d’argent, de beaucoup d’argent pour répondre à ce besoin de sécurité, ce besoin de stabilité. Vous voilà, bourreau de travail, ne comptant plus vos heures. Votre couple est au bord de la séparation, vos enfants souffrent du manque de temps de qualité avec vous. Vous pensez faire tout cela pour votre bonheur à tous, mais finalement ça ne fonctionne pas.
– Dans le cas d’un traumatisme complexe, on se retrouve avec ce qu’on appelle la honte. Ca a été évoqué dans les épisodes précédents, je ne reviendrai pas en détail sur la manière dont le traumatisme complexe amène à ce sentiment de honte. En tout cas, vous pensez que si j’ai été négligé, abandonné et maltraité durant votre enfance, c’est parce que vous étiez, mauvais, pas assez bien, que quelque chose ne va pas chez vous. Vous développez une croyance fondamentale qui dit que je n’ai pas de valeur. Ce qui peut alors se produire, c’est tout un tas de choses qui vont se croiser avec l’argent. Pour vous avoir de l’argent, ça signifie avoir des biens matériels, un certain train de vie et c’est ce qui va définir votre valeur. Si ce n’est pas le cas, alors le fait d’avoir un niveau de revenu modeste viendra accentuer le sentiment de honte. Vous vous sentez gêné.e de devoir recourir à des aides sociales. Le poids du regard des autres, la peur du jugement des membres de votre famille, de vos amis amplifient la voix de votre critique intérieure et accentue le poids de la honte : vous vous dites que vous n’êtes pas assez compétent, pas assez responsable, fiable…
– Autres situation propre au trauma complexe, si vous avez grandi avec beaucoup de honte et que vous pensiez que tout le monde vous regardait de haut et que personne ne vous respectait, parce qu’à la maison malheureusement personne ne faisait preuve de respect envers vous. Vous avez peut-être grandi en vous disant que si vous aviez un certain statut, notamment en ayant beaucoup d’argent, les gens vous respecteraient. Et maintenant, vous pensez désormais que c’est le fait d’avoir de l’argent qui vous permet d’être respecté.e.
Entendez-vous vous les fausses croyances insidieusement cachées derrière ces blessures de l’enfance et les schémas de pensées auxquels elles ont donné naissance ?
– Autre exemple de la manière dont le trauma complexe affecte le rapport à l’argent : vous avez grandi sans vous sentir à votre place où que vous soyez. Vous vous sentiez seul au milieu d’une foule. Et puis, dès que vous avez commencé à avoir de l’argent, à avoir un certain niveau de vie, vous avez eu de plus en plus « d’amis ». Tout le monde voulait être votre ami. Vous vous sentez intégré, accepté.e. Le sentiment d’appartenance vous donne l’impression d’exister, de compter Et vous vous dites, wow, l’argent m’aide à être à ma place. Et ce message s’inscrit dans votre cerveau. Message une fois de plus erroné, car votre place est-elle réellement déterminée par votre argent ou par la somme qu’il y a sur votre compte en banque ?
– Ou peut-être que vous avez souffert des moqueries de vos camarades parce que vous étiez en échec scolaire. Le système éducation nationale ne vous correspondait pas. Puis, une fois que vous avez trouvé l’orientation qui vous convenait vraiment, vous avez fini par faire un métier dans lequel vous vous épanouissez et qui vous apporte un certain confort financier. Vous pensiez être un.e ratée et au final, vous avez réussi, vous avez un certain niveau de vie qui vous rend fier.e. Vous vous dites que l’argent a été la solution à votre sentiment d’échec. Est-ce l’argent qui a été la solution ?
L’argent va donner l’illusion de pouvoir soigner les blessures et trauma de votre enfance :
– Sentiment d’infériorité : si j’ai beaucoup d’argent, je serai supérieur aux autres.
– vous ne vouliez pas qu’on sache que vous aviez des difficultés dans votre famille, sinon vous craigniez que les autres se moquent et vous rejettent. Et donc il a fallu sauver les apparences et porter un masque. Après tout, une bonne situation financière peut aider à garder et sauver les apparences. L’argent va donc vous permettre d’établir une image que les gens aiment et respectent. Mais est-ce vraiment la solution à cette honte ressentie ?
– en cas de traumatisme complexe, il y a constamment un vide émotionnel et de la douleur. Comme je vous le disais en début d’épisode, il y a cette représentation illusoire de l’argent comme étant le moyen de combler le vide à travers des substances, des activités qui procurent du plaisir pour masquer la douleur, des activités, des substances qui deviennent des addictions au final.
Ce n’est qu’un échantillon, il existe encore beaucoup d’autres effets du trauma complexe sur notre rapport à l’argent. En d’autres mots, les traumas complexes poussent à une vision déformée de l’argent, comme étant une solution. Cela peut même tourner à l’obsession, alors que les solutions reposent sur le fait de reconnaître qu’il est question de problématiques intérieures que rien d’extérieur ne peut réellement, profondément solutionner. Seule une guérison intérieure peut permettre un profond soulagement, une vraie paix, une vraie joie.
L’argent est neutre, il n’est ni bon, ni mauvais, c’est notre attitude, notre rapport à l’argent qui peut devenir problématique et nous causer plus de souffrance que de soulagement, parcce qu’on va placer notre espoir dans quelque chose d’éphémère, de matériel qui n’aura pas d’impact suffisamment durable pour nous soulager.
Alors comment développer une relation saine à l’argent, un rapport qui reflète une guérison des traumas, une santé trouvée ou retrouvée ?
1. La première étape c’est bien sûr d’identifier ce qui a déformé votre rapport à l’argent, afin d’aller en profondeur soigner les blessures et traumas. C’est un travail qu’il est préférable de faire en étant accompagné par un.e professionnel.le de la santé mentale. Ca demande du temps, donc cela va solliciter votre patience et votre auto-compassion. En tout cas, ça en vaut véritablement la peine. Vous y arriverez un pas après l’autre, une étape à la fois et après coup quand vous regarderez le chemin parcouru, vous constaterez que le résultat valait vraiment, vraiment la peine.
2. Ensuite, il existe énormément de contenu sur la gestion des finances, je n’ai pas la prétention d’être une experte dans le domaine, donc je ne peux que vous encourager à vous informer auprès de spécialistes des finances, du budget.
Je me permettrai simplement de souligner les points suivants :
Avoir une relation saine avec l’argent passe par le fait de considérer les 3 dynamiques suivantes avec votre argent :
– Epargner
– Dépenser
– Donner
Avoir un équilibre dans ces 3 dynamiques permet de garder un équilibre entre penser à soi et aux autres, mais aussi de garder un équilibre à la fois entre spontanéîté et anticipation / planification, un équilibre entre obligations, contraintes et plaisir (qu’il soit immédiat à travers un achat instantané ou un plaisir différé si nous épargnons pour un projet particulier). Vous voyez à chaque fois il y a une dynamique qui permet de garder un équilibre soi/autrui, je donne, je recois, j’épargne, je dépense, je me fais plaisir, je paie mes factures, je réponds aux contraintes… voilà. Il y a toujours cet équilibre qui permet de ne pas rester constamment dans la contrainte et le stress que ça génère, ni dans l’extrême opposé du plaisir constant et du plaisir immédiat recherché.
3. Ensuite, améliorer votre relation à l’argent implique de savoir différencier vos besoins de vos envies et vous assurer qu’il y a beaucoup plus de réponse à vos besoins que de réponses à vos envies. Ca peut sembler anodin comme ça, pourtant, si vous vous prêtez à l’exercice vous vous rendrez rapidement compte qu’il n’est pas toujours aussi simple que ça de savoir différencier vos besoins de vos envies. Cette différenciation est nécessaire afin de déterminer si vos dépenses comblent essentiellement vos envies ou un équilibre entre vos besoins et vos envies. Si vos dépenses sont essentiellement la réponse à des envies, elles sont probablement impulsives et émotionnels. En identifiant vos besoins, vous verrez si vous les comblez d’une manière efficace ou éphémères. Combler un besoin émotionnel par du matériel, c’est comme mettre un pansement sur une blessure qui nécessite des points de suture. Ca ne pourra pas arrêter le saignement ou si le saignement s’arrête, la cicatrisation risque d’être compliquée s’il y a uniquement un pansement.
Prendre le temps de guérir en soignant véritablement le fond du problème est certes douloureux, toutefois n’est-ce pas ce qui permet d’avoir une guérison profonde, durable et de regarder la cicatrice sans être rebuté.e ?
On approche de la fin de cet épisode, mais avant de m’arrêter, en bonus, j’aimerais juste apporter une précision.
En bonus, juste une précision
La nature a horreur du vide donc nous allons naturellement avoir le réflexe de combler les vides ressentis aussi vite que possible, dans une quête de satisfaction, de soulagement, sans penser au caractère éphémère, superficiel du substitut, ni à la souffrance accrue qui prend place une fois que le substitut ne fait plus effet.
Si nous cherchons à combler un besoin de sécurité, d’identité, d’appartenance, d’amour, d’espoir, qui sont des besoins affectifs, relationnels, voire spirituels avec un élément matériel tel que l’argent, il est fort probable que nous ressentions de la déception. Pour que cela fonctionne, un besoin est en attente d’un élément de même nature pour combler le vide. Si vous avez faim et que vous essayer de répondre à ce besoin avec autres chose que de la nourriture, comme une discussion avec un.e ami.e, la faim frappera à nouveau à la porte dès que la discussion sera terminée. De la même manière il y a des besoins spirituels qui ne peuvent être comblés que par une relation avec Dieu, et que nous essayons de les combler par tout autre tentative, par l’achat d’objets en particulier, cette réponse sera-t-elle suffisamment profonde, durable, efficace?
Toute autre tentative, peut temporairement donner l’impression que le vide a été comblé, temporairement ! Mais si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes le besoin se fait à nouveau sentir, c’set juste que nous essayons de ne plus y prêter attention.
Quel que soit le besoin, gardons bien en tête que seul une réponse de même nature peut le combler. Si le besoin est une quête de relation avec Dieu, pouvons-nous vraiment le combler autrement ?
Ca ne demande pas forcément une réponse, mais peut-être juste une réflexion.
Voilà, ce 81e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager, vous pouvez le faire en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com.
Si cet épisode vous a été utile, pensez à mettre un j’aime et si vous estimez qu’il peut aider quelqu’un, je ne peux que vous encourager à le partager.
Rendez-vous dans deux semaines pour un nouvel épisode et d’ici-là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.
