E80 – Vous sentez-vous responsable de beaucoup, pour ne pas dire de tout ?
Hello bienvenue sur ce 80e épisode de Relationnellement Vôtre.
Moi c’est Kelly, je suis psychologue et ce podcast a pour objectif de vous apporter des connaissances, des informations afin d’amorcer les démarches nécessaires à vos processus de guérisons.
Nous sommes depuis plusieurs mois dans une saison d’épisodes sur le traumatisme complexe. Les caractéristiques et conséquences des traumatismes complexes sont nombreuses et peuvent parfois se cacher derrière des comportements, des réactions non-identifiés comme tels. C’est le cas de la sur-responsabilisation ou l’hyper-responsabilisation.
Avez-vous tendance à vous sentir responsable de tout ce qui se passe non seulement dans votre vie et aussi dans la vie de ceux qui vous entourent ? Un événement se passe mal, vous pensez à ce que vous auriez pu faire pour éviter cela. Une personne réagit douloureusement à une discussion alors que vous y avez mis la forme et pris des pincettes. Vous vous culpabilisez et retournez la discussion dans tous les sens afin de savoir ce que vous avez fait de mal. Un de vos proches vit une situation frustrante, vous cherchez toutes les solutions possibles et imaginables pour le sortir de cette frustration comme si cela dépendait de vous.
Si vous vous reconnaissez dans au moins un des exemples cités, la suite risque de vous intéresser.
Qu’est-ce que l’hyper-responsabilisation, quelles conséquences a-t-elle sur vous, sur vos relations. Et comment cesser de porter le poids du monde sur vos épaules, comment vous libérer du sentiment de culpabilité associé quand vous cessez ce mode de fonctionnement ?
Ce sont autant de questions auxquelles cet épisode est censé répondre. Commençons donc par voir ce qu’est la sur-responsabilisation.
Qu’est-ce que la sur-responsabilité / l’hyper-responsabilité ?
C’est un moyen inconscient de se défendre d’un vécu désagréable. Se sur-responsabiliser c’est se mettre la pression de répondre aux attentes et aux besoins des autres parce que l’on croit qu’on est responsable de tout ce qui se passe autour de soi. La sur-responsabilisation peut alimenter les vécus de culpabilité et de stress. Cela peut également causer des attentes irréalisables ainsi qu’une distorsion de la réalité, en se croyant responsable de choses qui ne dépendent pas de nous.
Vous l’aurez compris cette sur-responsabilisation est fortement accompagnée d’une crainte de mal faire, d’une peur de l’échec et donc d’une certaine appréhension du regard des autres.
Quel rapport entre trauma complexe et hyper-responsabilité ?
La sur-responsabilité est un mode de fonctionnement dont le cycle démarre dans l’enfance en réponse à un environnement dans lequel l’enfant est livré à lui-même et donc chargé de responsabilité bien trop tôt. Ou encore, il peut aussi s’agir d’un environnement dans lequel les événements douloureux tels que la séparation des parents, la perte d’un proche, la maladie d’un membre de la famille, ou bien d’autres situations sont telles que l’enfant se sent revêtu de la mission d’être celui qui fait tout pour que le quotidien de chacun soit meilleur à la maison. Il prend soin de ses parents, de ses frères et soeurs, gère, anticipe, organise tout ce qui a besoin de l’être. C’est un enfant autonome, responsable, limite parfait, qui se surpasse et fait tout pour plaire.
Dans son raisonnement d’enfant, il se dit (ce n’est pas conscient tout ça) : « si je suis l’enfant parfait, je ne causerai pas de problèmes à mes parents. Ils n’auront donc pas plus de soucis à gérer, car nous en avons beaucoup dans cette famille. Je les soulagerai en assumant des responsabilités supplémentaires, ce qui leur permettra de mieux s’en sortir. C’est ce que mes parents espèrent. Donc je les aiderai et j’améliorerai la situation de cette famille. C’est ce qu’ils espèrent. » C’est typiquement ce qu’on appelle l’enfant héro.
L’enfant s’efforce d’être cet enfant parfait. Or, c’est un cercle vicieux car les parents vont encourager ce mode de fonctionnement. Ils aiment ce rôle joué par l’enfant, car cela leur renvoie qu’ils sont de bons parents, cela renvoie une bonne image d’eux, de la famille, ça les met en valeur. L’enfant est lui-même mis en valeur, il s’en imprègne et fait de son mieux pour garder cette image, cette appréciation, cette validation des adultes.
C’est une fois qu’il devient lui-même adulte que les conséquences se font sentir tant sur le plan personnel que relationnel.
Quelles conséquences ce mode de fonctionnement a-t-il sur vous et sur votre vie relationnelle ?
Tout d’abord les mécanismes de la honte, de la culpabilité toxique et du perfectionnisme sont présents et pesants.
Au fond de vous, vous ne vous sentez pas à la hauteur, pas assez et vous mettez ce que vous voulez derrière… D’où le sentiment de honte. Mais il ne faut surtout pas que cela se sache. On en revient à l’épisode 76 sur la honte. Vous devez gérer, assumer, sinon la culpabilité vous rattrape. Vous vous dite que c’est de votre faute, que vous auriez dû, que vous auriez pu faire autrement… (épisode 77 sur la culpabilité).
Vous ne vous êtes pas posé plus de questions sur les raisons de ce mal-être car trop occupé.e à gérer un dossier plus important, à savoir tout faire pour atteindre la perfection. Toute votre énergie est investie dans la performance, dans le travail, les activités associatives… Or, qui dit sur-responsabilité, dit bien souvent tendance à vous surinvestir, à profondément vous investir dans ce que vous faites.
Ce qui se joue inconsciemment, c’est le besoin de continuer à être aimé, accepté, de garder cette image de l’enfant « parfait » devenu adulte. Vous vous dites probablement : « Je n’ai pas le temps de me réparer intérieurement, donc je dois tout faire pour que l’extérieur reste une image parfaite ». Et tout devient une question d’apparence : avoir un corps parfait, une maison toujours bien rangée, des enfants toujours bien habillés, qui font du sport et qui sont très performants. Une fois que vous parvenez à atteindre ces objectifs pour la plupart vous réussissez à atteindre ces objectifs durant un temps : les gens les applaudissent. Les gens disent : « J’aimerais bien être comme toi. Tu gères si bien. »
Vous acceptez de plus en plus de tâches, vous gérez de responsabilités tant dans la sphère professionnelle que dans la sphère privée. Vous avez peur de dire non, vous voulez plaire aux gens. Vous devenez un bourreau de travail et vous vous sentez de plus en plus épuisé.e. Vous commencez à en vouloir aux personnes qui en attendent autant de vous. Vous vous fâchez intérieurement, vous êtes fatigué.e et vous vous sentez au bord de l’effondrement, du craquage. C’est à ce moment que vous vous dites je prendrais bien des vacances. Sauf que dès que les vacances se terminent, vous remettez le cercle vicieux en marche, vous faites toutes sortes d’activités, votre entourage vous envie, veut être comme vous, vous valorise et vous demande d’en faire plus. Vous vous épuisez à nouveau.
Cela peut être à un point tel que votre partenaire de vie, vos enfants sont en colère car ils vous voient peu et quand ils vous voient vous êtes trop fatigué.e pour passer des moments de qualité avec eux. Votre famille, vos amis, frustrés se demandent à quand remonte la dernière fois que vous avez passé du temps ensemble. Les tensions et les conflits augmentent au sein de vos relations, mais il faut tout faire pour garder cette bonne image. Vous allez alors faire en sorte d’arrondir les angles, de porter un masque pour montrer que tout va bien, mettre vos émotions de côté parce qu’elles vous rendent moins performant.e. Vous faites en sorte d’être ce robot, c’est-à-dire cette version de vous non émotionnelle et très productive. C’est votre manière de faire en sorte que personne ne voit qu’à l’intérieur ça ne va pas. Vous vous occupez de toutes les personnes dans le besoin ou les personnes en difficulté dans votre entourage. Cela vous fait du bien, mais vous vous épuisez encore plus.
Tout ce qui vous semblait grisant, valorisant, tels que le sentiment de puissance car vous maîtrisez ce que vous faites, l’excitation d’être sur plusieurs fronts et les appréciations de votre entourage qui vous voit si efficace, si responsable, si formidable.
Tout cela finit par devenir pesant :
Vous vous sentez submergés par les sollicitations et vous manquez de temps pour y répondre. Vous avez le sentiment de constamment courir, le stress est incessant. Vous avez peu de marge de manœuvre car par le droit à l’erreur, c’est le prix de la perfection. Vous vous sentez seul à porter toute cette charge et peu soutenu, parce qu’après-tout, vous gérez très bien tout seul, du moins c’est ce que tout le monde croit. Vous ressentez les tensions nerveuses et physiques de ce surinvestissement très coûteux en temps, en énergie, en ressources diverses.
Heureusement, plusieurs personnes voient les signes d’épuisement et vous interpellent, sauf que vous ne savez pas comment sortir de ce mode de fonctionnement. A chaque fois que vous avez essayé, la culpabilité vous a envahi au point de choisir entre la peste et le choléra, l’épuisement plutôt que de ressentir cette douloureuse culpabilité.
Alors que faire pour sortir de ce cercle vicieux ?
Comment sortir de l’hyper-responsabilité et vous libérer de la culpabilité associée ?
Ce changement peut être amorcer à partir de différents axes :
- Un des axes c’est revoir la répartition de la responsabilité : il s’agit de faire le tri entre ce qui vous appartient (vos pensées, vos actions et vos émotions) de ce qui ne nous appartient pas (les pensées, actions et émotions des autres). Cela permet de trouver votre juste part de responsabilité dans une situation. Dans la mesure où les pensées, les actes et les émotions des autres ne vous appartiennent pas, vous ne pouvez en aucun cas être responsable de leurs décisions, ni des conséquences de leurs actes. Le libre arbitre est ce qui nous permet d’avoir du pouvoir sur nos vies. Nous contrôlons nos vies à travers nos choix, nos décisions. La « juste » responsabilité est associée à la fois au pouvoir que nous avons sur notre vie et donc à notre liberté. Autant laisser chacun assumer sa part de responsabilité, il garde ainsi du pouvoir sur sa vie et sa liberté.
- Un 2e axe d’approche pour sortir de la sur-responsabilisation, c’est de pouvoir se libérer de la culpabilité qui y est associée en considérant les points suivants :
1. Vous avez autant de valeur que les personnes que vous voulez aider, donc vous aussi vous comptez. Vous avez le droit d’être à l’écoute de vos besoins, de vos émotions, tout autant que vous êtes à l’écoute de ceux des autres. Ni plus, ni moins.
2. Rappelez-vous que dire non signifie que vous posez une limite par rapport à vos ressources : en énergie, en temps, en compétences, en disponibilité, en argent… vous êtes responsable de vos ressources mais pas de la réaction des autres à votre « NON ». Votre entourage a le choix de se montrer compréhensif ou de se mettre en colère, il a le choix d’accepter la limite posée et de gérer la frustration ou de vous faire une scène, ce n’est pas de votre responsabilité. Vos relations ont la liberté de choisir et donc sont responsables de leur choix.
3. Un autre rappel, c’est de garder en tête qu’aimer une personne, c’est sur la base de qui elle est, pas de ce qu’elle fait pour nous. Donc si une personne réagit négativement au fait que vous refusiez d’assumer sa part de responsabilité et que vous craignez que cela endommage la relation. Eh bien peut-être qu’il est préférable qu’une relation intéressée cesse, plutôt que vous ayez à en porter et subir la toxicité, qu’en pensez-vous ? Il est vrai qu’il y a des relations où vous ne pourrez pas mettre de distance ou couper les ponts, car il s’agit d’un membre de votre famille dont vous avez « la responsabilité » parce que cette personne n’est pas autonome. Aider une personne qui est physiquement dépendante de vous ne veut pas dire que vous êtes responsable de ses choix, ni de ses émotions. Elle reste tout à fait responsable de ce qui se passe en elle. Vous allez subir les conséquences de ses choix, de ses émotions, de ses décisions, mais vous n’en êtes en aucun cas responsable.
4. Vous pouvez aussi penser à tout ce que vous avez déjà fait au lieu de regarder uniquement à ce que vous n’avez pas fait ou ce que vous pourriez faire. Cela vous aide à rétablir le fait que la culpabilité n’a vraiment pas sa place, car vous avez déjà fait beaucoup et vous ne faites rien de mal.
- Un 3e axe d’approche afin de sortir de la sur-responsabilisation, c’est celui de l’accompagnement en thérapie, solliciter un spécialite en santé mentale : libre choix à vous pour la forme, en tout cas, l’objectif, c’est d’aborder le trauma complexe, pouvoir parler de ces situations de votre enfance où vous avez dû gérer beaucoup trop pour votre jeune âge et vous l’entendre dire. Considérer que porter autant de responsabilité et devoir jouer le rôle de l’enfant parfait, de l’enfant héros était une stratégie de survie et que désormais vous pouvez sortir de ce mode de fonctionnement. Avoir un espace dédié où découvrir un mode de fonctionnement dans lequel vous ne vous épuisez plus et où vous apprenez à être vous et à voir que vous pouvez être aimé.e, accepté.e tel.le que vous êtes.
On approche de la fin de cet épisode, mais avant de m’arrêter, en bonus, j’aimerais vous partager une phrase que nous avons déjà tous entendu au moins une fois et qui pourtant demeure compliquée à intégrer
En bonus, une phrase bien connue expliquée
j’aimerais juste prendre quelques instant pour rappeler cette phrase et vous partager quelques prises de conscience : « je ne suis pas responsable des émotions des autres, chacun de nous est responsable de ses émotions ».
C’est compliqué à intégrer car nous avons l’habitude de dire, tu m’as mis.e en colère, tu m’as déçu.e, tu m’as blessé.e, tu ne m’as pas respecté.e. Ce qui est un raccourci pour exprimer nos ressentis en lien avec ce que notre interlocuteur a dit ou fait. Dans toute relation, la responsabilité est partagée : l’interlocuteur est responsable des conséquences de ses paroles et de ses actes et nous sommes aussi responsables de la régulation de nos émotions, de la gestion de nos attentes et de nos besoins.
Dans le cas de la sur-responsabilité, ce qui est fortement redouté, c’est la phrase « tu m’as déçu.e » ou toute formulation dérivée qui y ressemble. Sauf que la déception repose plus sur les attentes de la personne qui se sent déçue que sur ce que vous avez fait ou n’avez pas fait. En d’autres mots, vous n’êtes pas responsable de sa déception, cette personne l’est.
- Vous avait-elle fait part de ses attentes ? Si vous n’étiez pas au courant vous ne pouviez pas savoir qu’il y avait ces attentes et si l’intéressé.e ne les a pas verbalisées, c’est le seul.la seule responsable du faire que vous n’ayez pas pu y répondre.
- Est-ce votre rôle d’y répondre ? des personnes peuvent être déçue alors que c’était leur responsabilité de le faire, leur rôle d’accomplir la tâche.
- Ses attentes étaient-elles réalistes ? Si elles n’étaient pas réalistes, c’est normal que vous n’ayez pas pu y répondre et donc la déception ne dépend pas de vous mais du fait que les attentes n’étaient pas réalistes.
- cette personne a-t-elle tenus compte de qui vous êtes, du contexte dans lequel vous vous trouvez par rapport aux attentes posées sur vous ? Ou a-t-elle tenu compte uniquement de ce qu’elle voulait, d’elle, de sa situation, ses besoins ?…
Vous voyez, il y a beaucoup de paramètres qui vont dépendre de la personne qui émet les attentes et donc la déception sera la conséquence de la construction de ses attentes, plutôt que le fait que vous y ayez répondu ou pas. Dans toute relation, la responsabilité est partagée. En laissant à chacun la part de responsabilité qui lui revient, vous vous offrez la possibilité de vivre des relations saines, respectueuses des membres qui la composent.
Voilà, ce 80e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager, vous pouvez le faire en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com.
Si cet épisode vous a été utile, pensez à mettre un j’aime et surtout si vous pensez qu’il peut aider quelqu’un, je ne peux que vous encourager à le partager.
Sur ce, je vous dis à très vite et surtout bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.
