E78 – Le perfectionnisme : non pas une qualité, ni un défaut mais une réponse traumatique ?

Hello bienvenue sur ce 78e épisode de Relationnellement Vôtre.

Dans la famille des épisodes sur le trauma complexe, je demande le perfectionnisme. Une entrée directe dans le vif du sujet, vous l’aurez compris, dans cet épisode, il est question de comprendre ce qui se cache derrière le perfectionnisme et de voir comment en sortir. Ce mode de fonctionnement est parfois valorisé grâce à l’aspect consciencieux, soucieux de bien faire qui l’accompagne. Cependant le perfectionnisme peut rapidement devenir toxique. C’est alors que la citation de Montesquieu prend tout son sens : « le mieux est le mortel ennemi du bien ». Cette citation nous rappelle que la recherche de perfection peut avoir des conséquences contraires à l’objectif visé :

  • On peut s’éloigner du but initial et donc obtenir un résultat loin d’être satisfaisant. Par exemple, vous vouliez un intérieur dans lequel vous sentir bien. Sauf que vous voulez que tout soit parfaitement propre, nickel. Votre chez vous ressemble à une maison témoin. Ill n’y a pas de vie. Au final, vous vous mettez tellement de pression et de stress à ce que tout soit nickel, que vous ne profitez pas de votre intérieur. Ce n’est pas un lieu reposant, c’est un lieu épuisant et vous ne sentez pas particulièrement bien à la maison.
  • A travers le perfectionnisme, on peut aussi se retrouver dans l’immobilisme ou à tourner en rond dans nos réflexions sur les manières de faire parfaitement. La peur de l’échec, la peur de l’imperfection empêchent de passer à l’action.
  • Ou encore, à travers le perfectionnisme, on peut détruire quelque chose de bien en voulant le rendre parfait. Et c’est souvent le cas dans les relations. A force de vous mettre la pression et à votre partenaire de vie pour avoir une vie de couple parfaite. Les temps passés ensemble sont disputes sur disputes.

D’où vient cette volonté que tout soit parfait à commencer par soi-même ?
En avançant dans les recherches et études sur le trauma complexe, j’ai fait une découverte intéressante, selon laquelle le perfectionnisme pourrait ne pas être une qualité naturelle, ni un défaut, mais la conséquence d’expériences négatives de l’enfance. En d’autres mots, le perfectionnisme serait un mode de fonctionnement potentiellement développé en réponse à un trauma complexe. C’est ce que je vous propose de développer sans plus tarder.

Qu’est-ce que le perfectionnisme à la base ?

Selon le Dr Brené Brown, le perfectionnisme est un système de croyances auto-destructeur et addictif qui alimente la pensée initiale suivante : si mon apparence, ma vie et mes actions sont parfaites, je peux éviter ou du moins réduire considérablement les sentiments douloureux liés à la honte, aux jugements et aux reproches.

Le perfectionnisme est auto-destructeur, tout simplement parce que la perfection n’est pas de ce monde. C’est un objectif inatteignable. De plus, le perfectionnisme s’attache à la perception. Nous voulons être vus comme parfaits, tout en sachant que nous ne le sommes pas. C’est là encore un objectif inatteignable, à savoir que l’autre nous voit comme parfait, car il est impossible de contrôler la manière dont autrui nous voit, nous perçoit, malgré le temps, l’énergie et les efforts investis dans la perfection.

Dans un articule du magazine Cerveau&Psycho, intitulé Du bon usage du perfectionnisme, 3 sortes de perfectionnisme sont mises en avant :

• le perfectionnisme orienté envers soi : s’imposer des exigences élevées, des standards presque inatteignables, exiger de soi-même la perfection. 

• le perfectionnisme orienté envers les autres : imposer des normes irréalistes aux autres et les évaluer très sévèrement.

• le perfectionnisme socialement prescrit : penser que les autres ont des attentes irréalistes envers soi et s’imposer des exigences élevées par peur de les décevoir. Ce perfectionnisme résulterait d’une pression exercée par l’environnement combinée à un sentiment d’impuissance.

Ces 3 formes de perfectionnismes se distinguent par leurs conséquences sur la vie quotidienne :

  • Le perfectionnisme orienté envers soi ne serait pas nécessairement pathologique mais serait un facteur d’anxiété et/ou d’épuisement.

  • Le perfectionnisme orienté envers les autres peut avoir des effets dévastateurs dans les relations sociales et notamment amoureuses, comme cité dans l’exemple d’introduction.

  • Le perfectionnisme socialement prescrit peut entraîner chez la personne qui en “souffre”, un grand désespoir pouvant mener à la dépression.

Une même personne peut combiner plusieurs de ces trois types de perfectionnisme. On peut tout de même se demander :

Dans quoi le perfectionnisme prend-il racine ?

L’une des conséquences les plus négatives d’un traumatisme complexe, d’un enfant qui ne se sent pas en sécurité, c’est la honte. L’enfant pense que s’il est abandonné, négligé ou maltraité, c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez lui. Il se dit « je ne suis pas assez bien . Si les deux personnes qui font partie de ma vie, mon père et ma mère, ainsi que mes frères et sœurs, qui me connaissent le mieux, me maltraitent, me négligent, m’abandonnent, cela signifie que toute personne qui me connaîtra me maltraitera, me négligera, m’abandonnera ». La honte, devient donc l’identité de soi. L’image que l’enfant se fait de lui moi-même. Il en découle toutes sortes d’effets négatifs :

  • D’abord, la peur de l’abandon et du rejet. 
  • Ensuite, les croyances selon lesquelles : « si j’échoue, on se moquera de moi. On me rabaissera. On me fera encore plus de mal. » 

Voilà donc un enfant qui grandit, qui se cache, qui devient une personne qui ne veut pas qu’on la connaisse, qui est convaincue qu’être authentique est une mauvaise chose. Elle est convaincue que l’authenticité est une mauvaise chose et qu’elle sera toujours blessée. 
Mais cette personne a toujours des besoins qui doivent être satisfaits : cette envie d’être aimée. respectée et acceptée et de faire partie d’un groupe.

La honte produit toutes ces émotions négatives. La douleur, la peur, la colère, la culpabilité. Et vous ne pouvez pas les résoudre. Elles restent donc là et se développent. Et vous vivez avec toutes ces émotions douloureuses non résolues. Vous avez donc besoin que les autres vous valident. Tout cela vient de la honte. 

Le cerveau commence alors à explorer des options pour résoudre le problème de la honte. Il va donc vous proposer de porter des masques. L’un d’entre eux est le perfectionnisme. Le cerveau se dit alors qu’il a trouvé la solution à la honte. « Si je suis parfait, je peux me respecter. Je m’apprécie si je suis parfait. Et les autres m’aimeront. Les autres me respecteront. Les autres me valideront. Et ainsi, je gagnerai leur amour. Je recevrai de l’amour. Et si je suis parfait, je ne serai pas blessé. Je n’échouerai pas. »

Vous voyez le mécanisme qui se forme et à quel point c’est un cercle vicieux donc il est nécessaire de sortir ?
En comprenant les racines psychologiques de ce trait de personnalité, il devient possible de mieux le gérer et de trouver des moyens plus sains d’atteindre ses objectifs.

En explorant ces dynamiques sous-jacentes avec l’aide d’un professionnel de la santé mentale, il est possible de dénouer les liens toxiques liés à cette caractéristique du trauma complexe. Il est essentiel de reconnaître la toxicité du perfectionnisme.

Comment reconnaître un perfectionnisme toxique ?

Voici quelques caractéristiques :

  • Se fixer des objectifs irréalistes en voulant être parfait à tout prix
  • Ressentir une insatisfaction permanente
  • Se blâmer, se dénigrer, se dévaloriser
  • Avoir une peur extrême de l’échec
  • Ressentir beaucoup de stress, d’anxiété et de fatigue
  • Procrastiner à cause de l’angoisse générée par le besoin de perfection
  • Avoir un sens du détail, de l’ordre et de la méticulosité qui peut tourner à l’obsession
  • Avoir beaucoup de difficultés à prendre des décisions
  • Avoir des réactions excessives aux critiques et aux remarques
  • Avoir une certaine rigidité dans les routines et les attentes
  • Prioriser le travail au détriment de la santé personnelle
  • L’isolement social par peur du regard et du jugement des autres ou au contraire le versant inverse. Une telle recherche de validation, d’amour, d’appartenance que les relations sont multipliées mais cela accentue le comportement « parfait ».

Comment (re)trouver un équilibre et venir à un mode de fonctionnement moins toxique, plus sain ?

Je vous recommande un livre de Brene Brown , un best-seller international intitulé « the gifts of imperfection ». En français vous trouverez ce livre sous divers titres : « la grâce de l’imperfection », « la force de l’imperfection » ou encore « Cessez d’être parfait soyez vous-même ! »

Brené Brown propose 10 étapes pour apprendre à vous aimer. J’aime beaucoup cette phrase de la préface : 

« s’approprier son histoire et s’aimer soi-même est ce qu’il y a de plus courageux à entreprendre »

Voici donc les 10 étapes proposées afin d’en atteindre l’objectif de s’aimer soi-même et de se libérer du perfectionnisme.

Etape 1 : cultiver l’authenticité
L’authenticité est la pratique quotidienne qui consiste à ne plus attacher d’importance à la personne que nous sommes censés être d’après nous, pour accepter d’être qui nous sommes. C’est nous montrer tels que nous sommes réellement et laisser voir notre moi véritable.

Etape 2 : cultiver la compassion envers soi-même
Selon le Dr Kristin Neff, directrice du laboratoire de recherche « self-compassion », la compassion envers soi a 3 aspects :

  • La bonté envers soi : se montrer bienveillant et compréhensif envers soi
  • Le sentiment d’humanité : reconnaître notre nature humaine et donc que la souffrance et le sentiment de ne pas être assez…, le sentiment d’insuffisance font partie de la vie.
  • La pleine conscience : adopter une attitude équilibrée à l’égard des émotions négatives qui ne doivent être ni supprimées, ni exagérées, mais accueillies et régulées.

Etape 3 : cultiver un esprit résilient
Il s’agit de trouver les moyens de surmonter l’adversité. Je ne vais pas revenir sur la résilience, elle a déjà été abordée plusieurs fois dans le podcast, dernièrement dans l’épisode 76 que vous pouvez écouter ou réécouter. Ce qui est intéressant à cette étape de culture d’un esprit résilient, c’est de garder espoir en faisant preuve de souplesse et de persévérance.

Etape 4 : cultiver la gratitude et la joie
Nous avons besoin de créer des expériences qui nous rendent heureux et d’identifier celles qui ont déjà cet effet dans nos vies. En y ajoutant une pratique qui procure de la joie, à savoir la gratitude.

Etape 5 : cultiver l’intuition et s’en remettre à sa foi
Il s’agit de nous défaire de notre besoin de certitude. L’intuition, c’est être capable de garder de la place pour l’incertitude et accepter de nous fier aux nombreuses voies à travers lesquelles nous avons développé nos idées et nos connaissances : l’instinct, l’expérience, la foi, la raison… La foi consiste à croire sans voir. Chacune des étapes énoncées est une forme de lâcher-prise.

Etape 6 : cultiver la créativité
Cela consiste à arrêter de nous comparer aux autres. La créativité est en tout être humain, libre choix à nous de l’exprimer. Elle est présente, mais il arrive qu’on ne l’exploite pas. Notre seule et unique contribution nait de notre créativité. Si nous voulons donner du sens à notre vie, nous aurons besoin d’être créatif, quel que soit le domaine. « Tant que nous créons, nous créons du sens. » Ce n’est pas de moi, c’est de Brené Brown et je trouve cela magnifique.

Etape 7 : cultiver le jeu et le repos
Laissons tomber l’épuisement comme symbole de réussite et la productivité comme critère de valeur. Nous nous persuadons que le jeu et le repos sont des pertes de temps, alors que le temps est précieux. Or le repos est indispensable à notre santé, c’est scientifiquement prouvé. Et nous sommes biologiquement programmé pour jouer. Le cerveau fonctionne beaucoup mieux dans le jeu. Le jeu redonne de l’enthousiasme, de la fraicheur dans nos activités, même professionnelles. Il fait partie du processus créatif, il peut donc nous aider à gérer les difficultés, car lorsque nous jouons, nous sommes moins stressés. 

Etape 8 : cultiver le calme et l’immobilité
Il s’agit d’abandonner l’anxiété et le stress comme mode de vie.

Etape 9 : cultiver un travail porteur de sens
Nous possédons tous des dons et des talents. Ne pas les exploiter engendre de la souffrance, une insatisfaction profonde. Chacun définit ce qui fait sens pour lui. Personne ne va définir ce qu’est un travail porteur de sens pour vous. La seule personne qui puisse le faire, c’est vous. Donc chacun définit ce qui fait sens pour lui en fonction de qui il est et des talents qui lui sont propres.

Etape 10 : cultiver le rire, le chant et la danse
Cette étape consiste à lâcher prise sur le besoin de se contrôler et de tout maîtriser. Parfois, avoir un moment de grand n’importe quoi, ça fait du bien (rires).

Ceci n’est qu’un résumé. Si vous voulez plus de détails sur ces différentes étapes, je vous encourage à lire le livre. Quoi qu’il en soit, il s’agit vraiment d’y aller un pas après l’autre, sans pression en tenant compte de vous, de votre manière d’être, de faire et de vos besoins.
Nous approchons de la fin de l’épisode et j’ai pour principe de terminer avec un bonus.

Une citation en bonus

Compte-tenu de toutes les clés qui ont été énoncées, je ne vais pas en rajouter. Il s’agira donc juste d’une citation de l’artiste Terri St Cloud : 

« elle ne pouvait jamais revenir en arrière et améliorer certains détails. Elle ne pouvait qu’avancer et rendre l’ensemble magnifique. »

Rien à ajouter.

Voilà, ce 78e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager sur la thématique du perfectionnisme, vous pouvez le faire en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com.

Il y eu beaucoup d’informations donc sentez-vous libre de réécouter à volonté. Si vous vous reconnaissez dans le perfectionnisme toxique, solliciter l’aide d’un ou d’une professionnel est un moyen de sortir des modes de fonctionnement nocif. La demarche peut sembler désagréable au départ, mais vous vous rendrez rapidement compte que cela peut vous faire le plus grand bien, tant sur le plan personnel que relationnel.

Bon aller, je me tais. A très vite et surtout bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

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