Episode 58 : Et si c’était une question d’empathie ?
Hello bienvenue sur ce 58e épisode de Relationnellement Vôtre.
Nous naviguons depuis quelques semaines dans la vaste étendue des émotions et cette semaine, j’aimerais faire une petite intrusion dans la série de questions posées par les abonnés pour vous parler d’une thématique en lien avec la question de la semaine prochaine, à savoir : l’empathie.
Ce serait dommage de parler d’émotions sans parler d’empathie n’est-ce pas ?
Qu’est-ce que l’empathie ?
Etymologiquement, le mot empathie est composé du préfixe en, qui signifie « dedans », et de pathie, apparenté au grec pathos, qui signifie « souffrance ».
Différentes définitions sont données à l’empathie. La plus courante, c’est :
cette capacité à se représenter et comprendre les émotions d’autrui, tout en étant capable d’avoir une réponse appropriée aux ressentis exprimés par l’autre.
Cela implique de pouvoir :
- écouter réellement ce que l’autre exprime,
- détecter les émotions de l’autre et identifier ce qu’il.elle ressent,
- imaginer ce que l’autre peut ressentir et de comprendre ce ressenti,
- déplacer son point de vue, afin de voir les choses du point de vue de l’autre en mettant son propre point de vue entre parenthèse,
- répondre avec une émotion adéquate, tout en faisant la distinction entre son propre ressenti et celui de l’autre.
C’est tout un package ! Voilà pourquoi l’empathie est considérée comme un pilier de l’intelligence émotionnelle*, qu’on peut définir comme :
La capacité à s’adapter aux circonstances en tenant compte de ses émotions et de celles d’autrui.
Selon les spécialistes, il existe 2 types d’empathie :
- l’empathie cognitive
- l’empathie affective ou émotionnelle.
Les études scientifiques ont montré que le cerveau ne réagit pas de la même manière en fonction du type d’empathie qui est activée.
L’empathie cognitive est cette capacité consciente et volontaire à se représenter les états mentaux de l’autre, donc de se représenter ce qu’il ressent et de percevoir des indices de ses intentions.
Par exemple, vous êtes au restaurant et vous voyez une personne se mettre à rougir et bafouiller, après avoir renversé son cocktail sur son invité.e. Vous vous dites que cette personne ressent probablement de la honte. Mais vous ne ressentez pas cette honte, vous identifiez l’émotion, vous vous représentez ce que cette personne peut penser et ressentir. C’est une démarche purement intellectuelle.
L’empathie affective ou émotionnelle, est involontaire, c’est un processus inconscient qui nous fait réagir de manière appropriée aux émotions de l’autre, en ressentant ce que l’autre ressent. Ce type d’empathie s’accompagne de réactions physiologiques qu’on ne retrouve pas dans l’empathie cognitive, telles que l’accélération du rythme cardiaque, la sudation, les tremblements, les maux de ventre, etc.
Si on reprend l’exemple du restaurant, dans le cas de l’empathie affective, vous vous mettez, vous aussi, à ressentir la honte, votre rythme cardiaque s’accélère, vous avez chaud, vous vous sentez mal à l’aise en voyant la réaction de cette personne qui vient de renverser le verre.
L’empathie est-elle innée ou s’apprend-elle ?
A la naissance, tout être humain est équipé pour apprendre et développer l’empathie. Le nouveau-né est doté d’un grand nombre de « neurones miroirs ». C’est un groupe de neurones qui s’activent lorsque nous effectuons une action ou lorsque nous voyons quelqu’un effectuer cette action. Les neurones miroirs jouent un rôle dans la communication entre individus, dans les interactions sociales et en particulier dans l’apprentissage par mimétisme, par imitation.
Ils sont impliqués dans l’apprentissage de l’empathie, qui semble être liée à l’imitation de l’émotion et ses mimiques expressives. Les sentiments s’expriment souvent de manière visible et sont contagieux. Les neurones miroirs, en copiant les émotions observées, nous permettraient de ressentir, de comprendre et de reproduire ce que font nos interlocuteurs et donc d’éprouver de l’empathie.
Cela démontre bien que l’empathie s’apprend et se développe plus ou moins en fonction de l’environnement social de l’enfant et au fur et à mesure des situations rencontrées, des expériences vécues.
En favorisant les capacités de l’enfant à exprimer ses besoins et ses émotions, on lui permet d’exprimer son intériorité. On l’aide finalement à définir les contours de ce qu’il vit et ressent. On l’aide à mettre des mots, à identifier, à comprendre et à réguler son ressenti. Avec l’aide de l’adulte l’enfant va pouvoir considérer que les autres aussi ont une intériorité, des besoins, des ressentis. En se comprenant lui-même, l’enfant peut alors mieux comprendre l’autre et donc développer son empathie.
Comme vous pouvez le comprendre, il y a différents degrés d’empathie, en fonction de la structure du cerveau de chacun, de la santé et du parcours de vie de chacun.
Peut-on être trop empathique ou pas assez ?
La réponse est très subjective. Tout ce qui est trop ou pas assez, c’est subjectif de toute façon. Ce qui va être trop pour moi peut être très bien pour vous et pas assez pour un autre. Donc sur le fait de considérer qu’une personne est très empathique ou pas suffisamment. Ca va être variable en fonction de chacun. D’ailleurs, chacun est empathique comme il le peut et en fonction de son parcours de vie, en fonction de qui il est.
Toutefois il existe des degrés d’empathie qui surprennent par leur niveau plutôt bas ou plutôt élevé.
On considère qu’il y a des personnes dont le niveau d’empathie est inférieur à la «moyenne», au sens scientifique du terme, par rapport à la norme de la population. Et donc on y retrouve différentes psychopathologies bien connues tels que : les troubles de la personnalité antisociale ou ceux de la personnalité narcissique.
Mais il existe aussi des troubles moins connus qui affectent plus ou moins temporairement la capacité à être empathique. Notamment ce qu’on appelle l’alexithymie* :
c’est un trouble de la régulation émotionnelle. Elle se concrétise par de grandes difficultés à identifier et à décrire ses sentiments et ceux des autres. C’est une inhabilité à pouvoir faire des connexions entre les émotions et les idées, les pensées, les fantasmes, qui en général les accompagnent.
Une précision en passant : l’idée selon laquelle une personne ayant une forme d’autisme, manque d’empathie n’est pas totalement vrai. Une personne atteinte d’un trouble du spectre autistique a des difficultés à nommer, identifier, se représenter les émotions et les intentions des autres, mais elle n’a pas de difficulté à les ressentir. On dira donc qu’une personne atteinte d’un trouble du spectre autistique a donc des difficultés à faire preuve d’empathie cognitive, mais elle peut avoir un niveau élevé d’empathie affective, qui va au(delà de la moyenne, en se connectant malgré elle aux émotions des autres.
D’ailleurs en parlant de niveau élevé d’empathie, certaines personnes ont un degré d’empathie bien supérieur à la moyenne. Ce sont des personnes dites empathes ou hyper-empathiques :
elles ont des facilités pour se connecter aux émotions et sentiments des autres, sans avoir besoin de leurs 5 sens. La connexion se fait malgré elles. Elles vont donc ressentir ce que l’autre ressent, et ça peut se produire sur 3 plans différents:
- l’hyper-empathie kinesthésique : vous ressentez les sensations physiques, tout particulièrement la douleur physique d’autrui,
- l’hyper-empathie émotionnelle : vous percevez les émotions des autres, qu’elles soient tristes ou joyeuses, agréables ou désagréables.
- l’hyper-empathie intuitive ou spirituelle : vous avez une intuition exacerbée, un discernement et une clairvoyance plus pointue, notamment par rapport aux intentions d’autrui. Par exemple, vous percevez les intentions honnêtes ou malhonnêtes d’une personne, vous vous dites, cette personne, je sais pas pourquoi je lui fais confiance ou au contraire je ne lui fais pas confiance. Il y a aussi cette capacité à ressentir ce qui se dégage de la personne en termes de forces, forces spirituelles. Si vous percevez une force opposée à celle qui se trouve en vous, ça va générer du malaise. Si cette force est de la même source que celle qui est en vous, vous allez vous sentir connecté.e.
Quoi qu’il en soit, l’hyperempathie est bien connue amener des situations de contagion émotionnelle*.
On parle de contagion émotionnelle, lorsqu’il n’y a plus de différenciation entre l’autre et soi, il y a comme une confusion entre ce que l’autre ressent et ce qu’on ressent. Qu’il s’agisse d’une sensation ou d’une émotion qu’elle soit agréable ou désagréable.
Ex : Par exemple, une collègue vous explique avoir été victime de propos diffamatoires et dégradants de la part d’une autre collègue. Elle s’énerve sur tous les objets qui lui passent sous la main et cris des insultes. D’un coup, vous avez-vous aussi des noms d’oiseaux qui vous passent par la tête (libre choix à vous de les prononcer ou pas) et dès que la personne à l’origine des rumeurs arrive, vous sentez la colère s’amplifier, une forme de chaleur vous envahit, vous vous mettez à trembler et vous n’avez qu’une envie c’est lui sauter à la gorge (bien sûr vous ne le faites pas). Pourtant cette personne ne vous a rien fait. C’est un cas typique de contagion émotionnelle.
Et oui, il peut parfois y avoir bien des glissements entre l’empathie et d’autres réponses émotionnelles. Et il peut être difficile de faire la part des choses, donc j’aimerais aussi utiliser l’opportunité de cet épisode, pour vous aider à mettre en lumière les différentes nuances.
Par exemple, si je vous demandais quelles différences y a-t-il entre l’empathie, la sympathie, la compassion, l’hyper-empathie, l’hypersensibilité… ? Ce sont différents termes qu’on utilise mais dont on ne connait pas toujours la définition et dont on ne voit pas forcément les différences.
Et donc si on commençait par comprendre ce qui se cache derrière
Hypersensibilité et l’hyper-empathie, quelles différences ?
Alors, à la base, je ne suis pas fan de mettre les gens dans des boîtes en collant une étiquette dessus. et loin de moi l’idée ou l’envie de vous encourager à vous coller des étiquettes. Les éclairages et les explications partagés sont vraiment dans l’objectif de vous apporter des éléments pour mieux connaître et mieux comprendre les différents modes de fonctionnements, et ça peut vraiment aider à relationner différemment et à s’accepter tel qu’on est ou accepter l’autre tel qu’il.elle est.
Alors, les nuances entre l’hypersensibilité et l’hyper-empathie :
L’hypersensibilité, comme son nom l’indique, est une sensibilité (temporaire ou durable) plus élevée que la moyenne. L’hypersensibilité est complexe et pour faire court, il s’agit d’une neuroatypie*, c’est-à-dire un fonctionnement du système nerveux qui diffère de la norme. Dans le cas de l’hypersensibilité, le système nerveux est en hyperactivité, Il perçoit beaucoup de stimuli et d’une manière plus forte qu’une personne dite neurotypique. Ce qui provoque des surcharges. Ces surcharges peuvent être uniquement sensorielles, uniquement émotionnelles, voire les 2.
Lorsqu’il y a une surcharge émotionnelle, on peut se retrouver en détresse empathique* :
Il s’agit d’un sentiment de surcharge est tel que la personne se sent vidée d’avoir eu trop de contacts avec d’autres personnes, qui étaient notamment en souffrance. Il s’en suit une perte d’envie de vouloir comprendre et écouter l’autre dans sa souffrance. Le réflexe de la personne va être de vouloir éteindre son empathie, en adoptant des comportements de distanciation et d’évitement des autres.
Les frontières sont aussi plutôt floues entre l’empathie, la sympathie et la compassion, quelles sont-elles ?
Ces notions peuvent avoir des définitions différentes en fonction du point de vue adopté. Ca peut être celui de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie ou celui des religions, ou encore des neurosciences. Leurs significations ne cessent d’évoluer, elle sont complexes et parfois même contradictoires. Voilà pourquoi je me contenterai d’adopter un point de vue psychologique.
Le Dr Emeric Lebreton a écrit un article très intéressant sur la différence entre l’empathie et la sympathie.
la sympathie implique la reconnaissance des sentiments d’autrui, mais sans nécessairement les comprendre, les partager ou les ressentir soi-même. Comme le rappelle le médecin et psychothérapeute Alfred Adler (1956) : « La sympathie est une relation entre personnes où l’on se tient côte à côte face à un problème commun ». Il est possible d’avoir de la sympathie pour une personne, c’est-à-dire de l’apprécier, sans pour autant chercher à se mettre à sa place.
Par exemple, un de vos amis vient de perdre son emploi, il est très abattu.
- si vous faites preuve d’empathie : vous allez l’écouter attentivement et accueillir avec bienveillance ses inquiétudes, ses questionnements, ses sentiments en exprimant que vous vous représentez bien la situation. Vous pourriez lui dire : « Je comprends que tu te sentes perdu et inquiet, tout ça est si soudain. »
- si vous faites preuve de sympathie : vous reconnaissez la situation difficile de votre ami mais sans partager ses émotions ou sans chercher à comprendre ce qu’il ressent. Vous pourriez dire : « Je suis vraiment désolé que tu aies perdu ton emploi. J’espère que les choses s’arrangeront bientôt pour toi. »
La différence entre l’empathie et la compassion est elle aussi très mince.
La compassion ne consiste pas simplement à se représenter ou partager le ressenti d’autrui, mais elle suppose une attitude bienveillante à son égard, dans le but de lui venir en aide.
En d’autres mots, la nuance entre l’empathie et la compassion porte le fait de se mettre ou non en mouvement pour venir en aide à autrui, sans se substituer à lui.
Si on reprend l’exemple du restaurant, faire preuve d’empathie, c’est ce que je vous expliquais plus tôt, vous restez assis à votre table et l’empathie cognitive fait que vous allez vous représenter la honte que peut ressentir la personne qui a renversé le verre. L’empathie affective fait que vous allez ressentir de la honte au point d’être vous-même gêné.e, tout en étant conscient.e que ce n’est pas votre ressenti.
Et si vous faites preuve de compassion, vous allez vous lever, aider la personne à nettoyer, tout en lui partageant des paroles réconfortantes qui contribuent à diminuer le sentiment de honte.
Bon et bien nous arrivons à la fin de l’épisode de la semaine, on récapitule :
L’empathie cognitive dit : j’arrive à me représenter ce que tu vis et ressens.
L’empathie affective ou émotionnelle dit : je me mets à ta place et je comprends ce que tu vis et ressens, je le partage avec toi.
L’hyper-empathie dit : je ressens ce que tu ressens et je le vis pleinement avec toi même si ce ressenti n’est pas le mien.
La contagion émotionnelle dit : je ressens plein de choses je ne sais plus ce qui vient de toi et ce qui vient de moi.
La compassion dit : ce que tu vis me touche, je partage ton ressenti et je veux apporter une aide, contribuer à une solution.
Et enfin, la sympathie dit : je me rends compte de ce que tu vis et j’espère que la situation s’améliorera si elle est négative ou qu’elle durera si elle est positive.
Alors vous l’aurez compris, il y a beaucoup à dire sur l’empathie, là ce sont quelques bases pour savoir ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Et en bonus, j’aimerais mettre l’accent sur une démarche fondamentale pour garder de l’équilibre dans l’empathie, c’est l’auto-empathie.
En bonus : l’auto-empathie ?… Qué sa ko ?
L’auto-empathie est un concept de la communication non-violente qui consiste à être à l’écoute de soi avec bienveillance et compassion. On va avoir tendance à le faire plus ou moins facilement avec les autres et à oublier de faire preuve d’empathie envers soi.
Comme on dit « charité bien ordonnée commence par soi-même n’est-ce pas ? »
Il est vrai que la nature humaine est telle qu’on va plus facilement avoir un discours intérieur dans la critique, le jugement, avec une perception négative de soi, de ce qu’on vit et ressent.
Choisir d’être en auto-empathie, c’est faire volontairement la démarche d’établir une relation saine avec vous-même en apprenant à :
- vous accueillir avec vos forces et vos faiblesses, ce que vous appréciez et ce que vous appréciez moins chez vous
- Ecouter et accueillir vos besoins et vos ressentis, qu’ils soient agréables ou désagréables, sans vous juger
- Apprendre à mieux vous connaître, à mieux vous comprendre et vous aimer, quelle que soit la version de vous-même. Que ce soit la version de vous enfant, ado, adulte. La version de vous d’il n’y a pas si longtemps, celle de maintenant, celle en solo, celle en couple, celle qui est parent, en privé, dans la vie professionnelle, etc.
J’aime beaucoup la manière dont « Apprentie Girafe » (Sophie Grosjean) l’explique. C’est un compte Instagram qui propose des illustrations, des jeux, des outils pour prendre soin de nos émotions et de nos relations. Si vous voulez y faire un tour le lien se trouve en description de la vidéo.
Voilà ce 58e épisode du podcast est terminé.
J’espère que tout ça a été clair pour vous. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez envoyer vos questions sur les points à éclaircir par mail à l’adresse : relationnellementvotre@gmail.com.
Bon et bien, on se retrouve la semaine prochaine avec un nouveau numéro de l’émission Parlons Relations Parlons Vrai. 3 invités vous partageront leurs expériences et leurs clés en réponse à une question d’abonné.e au sujet de l’empathie.
Si vous voulez être sûr.e d’être informé.e de la mise en ligne des contenus proposés, pensez à vous abonner à la newsletter et/ou à la chaîne YouTube.
Allez, à très vite et surtout, prenez bien soin de vous
