Questions de connexions #9 : Connexion entre l’âme et l’esprit : que faire de nos émotions quand on est croyant ?

K : Hello, bienvenue pour ce 9e numéro de la rubrique Questions de Connexions.

Nous poursuivons les épisodes en réponse à vos questions au sujet des émotions. Et cette semaine, la question a été posée par une personne qui a souligné le fait que beaucoup de croyants considèrent qu’avoir une relation avec Dieu implique de mettre de côté ses émotions ou encore que cette foi en Dieu interdirait plusieurs émotions pour que seule la joie soit exprimée.

Sauf que penser qu’être croyant implique de nier ses émotions, d’en bannir certaines ou de les mettre de côté reviendrait à vouloir déconnecter l’âme de l’esprit. Autant dire que c’est un exercice compliqué. Alors que faire des émotions ressenties quand on est croyant?

Et bien c’est à Willem que je vais donc poser la question et bien d’autres.  Bonjour Willem !

W : Bonjour Kelly

Hâte de découvrir ce que tu vas nous partager sur les manières de composer avec cette connexion entre l’âme et l’esprit.

Quand on parle d’émotions, le panel est large, il peut s’agir des 6 émotions primaires que sont la joie, la colère, la peur, la tristesse, le dégoût et la surprise. Comme il peut s’agir des émotions secondaires qui en découlent ou de ressentis plus complexes que sont les sentiments.

Si vous voulez plus d’éléments sur comment identifier et comprendre vos émotions, l’épisode 56 du podcast est à votre entière disposition. Le lien se trouve dans la description de l’épisode.

Alors, dans un 1er temps Willem, selon toi d’où viendrait cette idée d’incompatibilité entre foi et émotions ?

W : Tout d’abord merci infiniment d’aborder ce sujet important pour nous permettre d’apporter quelques éclairages, qui je l’espère, aideront les personnes dans le besoin à vivre un meilleur équilibre dans leur spiritualité.

K : Oui, espérons-le !

W : La première raison qui me vient à l’esprit et que j’ai rencontré ici et là dans certaines communautés spirituelles, c’est la personnalité du dirigeant, ou du leader spirituel. On aurait pu également développer le côté culturel du leader spirituel, ses origines, son éducation spirituelle, c’est-à-dire ce que lui-même a appris de la part de ses aînés spirituels, ce qui se pratiquait dans la communauté qui l’a vu naître, et bien d’autres choses.

Tous ces facteurs influencent grandement la manière dont la communauté spirituelle va se construire, car un leader attire naturellement des personnes de sa culture, des personnes qui ont les mêmes valeurs que lui, qui ont des concepts d’organisation équivalents, des personnes qui se reconnaissent dans sa manière de faire, etc. Mais je vais ici me restreindre à la personnalité du leader.

K : Oui, c’est-à-dire ?

W : Si ce dernier possède une personnalité du type sanguin / colérique et donc naturellement extraverti, plutôt positif, et sachant exprimer le bon côté de la vie, justement avec joie et bonne humeur, il va tout aussi naturellement transmettre à sa communauté ce qu’il vit personnellement sur le plan humain. La plupart du temps il arrivera dans une rencontre, une réunion ou un culte avec joie et entrain et il aura du mal à s’adapter à un auditoire qui ressent l’exact inverse ou qui lui semble être froid, ou peu motivé, sans pour autant que cela soit une réalité, cela peut être qu’un ressenti à cause de ce qu’il est lui-même.

Le problème dans cette situation, c’est que le leader va spiritualiser le désagrément en exhortant son auditoire à vivre immédiatement ce que lui est en train de vivre ! Il ne souhaite pas les rejoindre dans leurs besoins, ni les comprendre dans leur ressenti, il souhaite, au contraire, être rejoint pour que l’atmosphère de la rencontre soit plus agréable et que l’on passe un bon moment. 

C’est à ce moment que des passages de la Bible, des interprétations rapides, peuvent être utilisés comme prétexte pour arriver à des résultats qui correspondent à la personnalité du leader. Il est dommage de constater que ces interprétations deviennent au fil du temps des dogmes ancrés dans la communauté et certaines personnes vont penser qu’il s’agit de principes bibliques, alors qu’il s’agit d’une tradition qui s’est installée petit à petit sans véritable fondement biblique. La personnalité du dirigeant y est pour beaucoup.

K : Très intéressant ! Donc un comportement provenant d’une figure d’autorité, peut être interprété comme un exemple à suivre, alors qu’en réalité, il n’y a pas de fondement qui encourage à suivre cet exemple en soi ?!

W : Tout-à-fait. Et il est important également de souligner qu’à l’inverse, un leader spirituel qui aura une personnalité du type flegmatique / mélancolique sera donc naturellement introverti. Il sera certes compétent dans les différentes tâches de sa fonction, mais il aura plus de mal à exprimer publiquement une joie extravertie, un côté jovial avec des invitations pour l’auditoire à vivre cet aspect. Dans ce type de communauté, l’atmosphère est à l’image du leader, c’est-à-dire solennel, sans beaucoup de bruit, très calme, et en générale, on ne retrouve pas des invitations à la danse ou à des expressions manifestes de joie !

En soulignant ces deux aspects chez les leaders spirituels, on comprend mieux les tendances des communautés et les atmosphères qui y sont entretenues. Ce sont bien sûr des pistes et des considérations générales, car si l’on veut vraiment comprendre les pratiques qui régissent une communauté il faut pousser l’analyse un peu plus loin …

De plus, comme je l’ai dit, dans les deux cas, le problème est de spiritualiser la tendance naturelle du leader qui va ensuite vouloir l’imposer à la communauté. Il va demander en substance à son auditoire, sans pour autant utiliser ces mots-là : « soyez ce que je suis, vivez ce que je vis ! ».

K : OK. Donc il peut y avoir le cas du leader naturellement pris en exemple à cause de l’influence qu’il inspire à la communauté ou grâce à l’influence qu’il inspire à la communauté. Et le cas du leader qui suggère plus ou moins directement de suivre son exemple. C’est ça ?

W : Tout-à-fait !

K : OK ! Et toi Willem, en tant que leader spirituel, quel est ton avis sur la question ?

W : En tant que leader spirituel, il me semble que l’on ne devrait pas demander à son auditoire d’être ce que nous sommes ou de vivre ce que nous vivons. Ce qui implique de reconnaître ce que je viens de développer, à savoir, faire la différence entre mon type de personnalité qui me donne la capacité de vivre naturellement certains ressentis, même certaines émotions, et la nécessité de prendre en compte toute une diversité d’individus différents dans l’auditoire qui se présente face à moi. Il faudrait également que le leader ne spiritualise pas certains sujets pour arriver à ses fins comme dit précédemment …

Maintenant, il faut reconnaître qu’il n’y pas beaucoup de possibilité, que ce soit pour quelqu’un de l’extérieur ou même quelqu’un de l’intérieur, pour changer cet état de fait. Une communauté qui est disposée à danser à chacune de ses rencontres, je ne vois pas pourquoi il faudrait changer cela … à l’inverse, une communauté qui est disposée à garder une atmosphère solennelle à chacune de ses rencontres sans que personne ne bouge sur sa chaise, pas de problème, vous pouvez garder cela, puisque personne n’est dérangé.

Je pense que la formation des leaders spirituels est une des clés qui peut faire la différence, sinon LA clé qui peut apporter un équilibre dans les communautés. Formation académique qui peut se faire notamment dans des établissements reconnus et avec des parcours diplômant, ce qui apporte un peu plus de garanties sur comment le leader va orienter la communauté, ce qu’il va transmettre, l’enseignement qu’il va apporter, et surtout, de mieux garantir les bases sur lesquelles il se fonde pour donner ses enseignements.

Encore une fois, si l’on ne peut pas effacer notre type de personnalité, évidemment ce n’est pas ce qu’il faut faire. On peut l’améliorer, la travailler, mais pas l’effacer.

K : Exact

W : on peut par contre éviter de prendre des prétextes pour arriver à nos propres fins en apprenant à faire la part des choses entre ce que je vis et ce que la communauté devrait vivre, comment elle devrait s’épanouir, etc.

La formation académique, l’éducation et l’apprentissage sur le terrain par le mentorat pour les leaders spirituels sont de bonnes pistes pour mieux vivre la spiritualité en communauté. 

K : Merci pour ces précisions Willem.

Bien qu’il n’y ait pas d’incompatibilité entre foi et émotions, la foi interdit-elle de ressentir ou d’exprimer certaines émotions ?

W : Pas du tout ! Soyons clairs à ce sujet : la foi n’interdit nullement d’exprimer toutes ses émotions, je dis bien TOUTES ! 

K : vous avez bien entendus chers auditeurs, TOUTES !!

W : Oui, toutes les émotions sont compatibles avec la foi. Et pour reprendre la liste que tu as donné au début, il n’y a pas d’incompatibilité entre la foi et les 6 émotions primaires que sont la joie, la colère, la peur, la tristesse, le dégoût et la surprise. Oui, c’est vrai, certains d’entres-nous n’auront aucun problème à affirmer la compatibilité de la foi avec la joie et peut-être la surprise, mais alors la colère, la peur, la tristesse et le dégoût … j’entends d’ici des « holas » et de vives protestations s’élever contre mon propos!

K : oui, ça risque de faire débat, c’est sûr !

W : Oui, faire débat et peut-être davantage !

Mais laissez-moi quelques instants pour vous apporter quelques arguments, parfois textuels … je ne ferai pas ici une étude complète car ce sujet est très vaste et il y aurait beaucoup à dire, mais je donnerai seulement quelques pistes qui pourront aider à la réflexion.

Concernant la colère, on peut lire dans Ephésiens 4 v 26 : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ». Dans d’autres versions de la Bible, ce qui correspond à d’autres traductions, car la langue originale de la Bible est l’Hébreux pour l’Ancien Testament et le grec pour le Nouveau Testament et non pas le français. Or, toute traduction est le résultat d’un choix … Donc, dans d’autres traductions, celle de Parole de Vie par exemple, on peut y lire : « Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. » Ou encore la version Semeur qui dit carrément : « Mettez-vous en colère, mais ne commettez pas de péché ; ».

Toutes ces versions ont un point en commun sur la colère : rien n’interdit de se mettre en colère, rien n’interdit de vivre la colère, rien n’interdit de ressentir de la colère. Par contre, en passant par la colère, en vivant la colère, je dois faire attention à comment je l’exprime. Qu’est-ce que je dis ou qu’est-ce que je fais ? Ce qui ne doit en rien porter préjudice à ma personne et surtout pas à autrui, à mon entourage.

K : effectivement !

W : Concernant la peur ou même le dégoût, bien rusé celui qui me dira qu’il n’a jamais connu la peur, ou qu’il l’a éliminé de sa vie et que jamais plus, il ne connaîtra la peur jusqu’à la fin de ses jours ! 

De même pour le dégoût… On peut faire de l’humour avec cela, mais ça ne correspond en rien à la réalité.

Les individus sont différents et vont donc réagir différemment face à une même situation, mais encore une fois, ce que je vis ne peut être imposé comme une généralité pour le reste de la planète !

K : On est bien d’accord

W : La peur est une émotion naturelle qui est bien souvent vitale pour nous sortir de certaine situation, pour enclencher un processus de survie, de réaction nécessaire, etc. 

Quant au dégoût, comme dit le dicton : « tous les goûts sont dans la nature ! », ce qui veut dire que ce qui sera bon pour toi, Kelly, ne le sera pas forcément pour moi, ce qui sera dégoûtant pour moi ne le sera pas forcément pour toi, n’est-ce pas ?

K : c’est tout à fait vrai (rires)

W : Dans tous les cas, je ne peux imposer mes goûts et mes couleurs à tout le monde !

Concernant la peur plus spécifiquement, elle devient un problème quand elle se transforme en phobie par exemple. Ou quand plus simplement elle déclenche une paralysie systématique face à une situation qui revient régulièrement.

À ce moment, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel, psychologue ou thérapeute, qui aidera la personne à comprendre le mécanisme de ses peurs, à les dénouer. Et le professionnel proposera des pistes pour faire face aux situations, affronter ses peurs, ou adopter des stratégies qui permettront de débloquer les paralysies.

K : Merci pour ce précieux rappel Willem

W : Je terminerai avec la tristesse qui, de la même manière, ne peut pas être éliminée de nos vies ! Comment rester joyeux quand on vous annonce qu’un de vos parents bien aimé vient de décéder ? Comment ne pas éprouver de la tristesse, même momentanée, lorsqu’une mauvaise nouvelle nous tombe sur la tête ? Ce serait tenter de sortir de notre humanité si l’on voulait éliminer la tristesse !

Même le Christ a vécu une situation de tristesse où les mots qu’il emploie à ce moment-là sont très significatifs. On peut lire dans Matthieu 26 v 38 : « Il [Jésus] leur dit alors : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. »

Dans les différentes versions que j’ai mentionnées tout à l’heure on trouve quelques nuances : « Mon cœur est triste jusqu’à mourir ; Restez ici, restez éveillés avec moi.» ; « Je suis accablé de tristesse, à en mourir. Restez ici et veillez avec moi ! ».

On voit bien ici que Jésus ne cherche pas premièrement à se débarrasser de la tristesse, il exprime ouvertement ce qu’il ressent … par contre, il cherche en premier lieu la compagnie de ses disciples pour faire face à la situation qu’il traverse.

Le problème n’est donc pas la présence des émotions qui nous traversent, mais la réponse que nous allons donner à ce que nous ressentons, et la manière dont nous allons interagir avec les personnes de notre entourage. Vont-elles subir mes réactions ou seront-elles des ressources pour m’aider dans ma traversée ? Ce qui leur démontrera que je suis humain et que j’essaye de faire avec mon humanité. J’essaie de me réconcilier avec elle, ou du moins, ne pas la rejeter, tout comme les personnes de mon entourage sont invitées à le faire. Et si nous le faisons tous, nous nous tenons la main pour affronter la vie …

K : Waouw, c’est magnifique la manière dont on revient à un équilibre entre foi et spiritualité. Finalement, on accepte notre nature humaine dans l’accueil de nos ressentis, tout en veillant à la manière dont on les exprime et on peut trouver dans la foi en Dieu ainsi que dans nos relations avec les autres des ressources pour faire face à ce qu’on traverse.

W : Tout à fait! 

K : D’ailleurs, du coup, ça répond en partie à ma question suivante qui est : Comment conseillerais-tu de composer avec ce qui circulent en nous sur les plans émotionnel et spirituel ?

W : Effectivement, ce qui vient d’être dit peut-être une bonne base pour la réponse à cette question.

Premièrement, la reconnaissance de mon humanité, l’acceptation de qui je suis à l’instant T avec mes imperfections peuvent m’aider à composer avec ce qui circule en moi sur le plan émotionnel. Sur le plan spirituel, cela me donne l’occasion de faire le point sur ma situation présente, afin de m’en remettre à plus grand que moi quand je suis déstabilisé par ce qui circule en moi.

La prière est un bon principe qui aide à me décharger, dans la foi, sur plus grand et plus puissant que moi. Je peux citer par exemple 1 Pierre 5 v 7 qui dit : « déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. » Le problème n’est pas la présence du souci, mais qu’est-ce que j’en fais !

Deuxièmement, comme on vient de le voir avec Jésus, inviter une ou quelques personnes de confiance à nous aider dans notre traversée est une stratégie à envisager sérieusement.

Être isolé dans une situation de détresse ou de tourment peut être terrible sur le plan émotionnel … se sentir seul à vivre une situation difficile peut alourdir davantage notre fardeau. Au contraire, lorsqu’ une ou des personnes de confiance sont d’accord pour simplement se tenir à nos côtés, nous tenir la main, parfois sans rien dire, sans prononcer des mots qui ne seraient pas adéquats, alors nous nous sentons soutenus, épaulés et la traversée en bonne compagnie se fait de manière plus assurée…

Si en plus, ces personnes nous aident à prier, et que nous nous remettons à Dieu ensemble, cet apport de spiritualité ajoute une force, une énergie, des capacités supplémentaires pour transformer notre situation, nous transformer nous-mêmes, et vivre l’espoir que demain sera meilleur…

Et troisièmement, je conseille souvent à mes interlocuteurs de se procurer des livres écrits par de bons auteurs sur les sujets qu’ils traversent. On peut par exemple aller sur le site des librairies en ligne qui proposent des critiques des livres qu’elles vendent. On peut aussi faire des recherches sur le Net sur les avancées des chercheurs sur les sujets qui nous concernent, trouver des articles avec une rigueur scientifique d’à peine une dizaine de pages qui permettent de mieux comprendre certains principes médicaux, psychologiques, émotionnels et même spirituels.

Bien sûr, dans tous les cas, rien n’est à prendre au pied de la lettre, mais ces différentes lectures peuvent permettre d’élargir notre horizon, d’apporter des éléments nouveaux de compréhension et surtout d’entrevoir l’avenir sous un angle différent. On peut également poser des questions aux spécialistes des différentes matières avec qui on peut entrer en contact…

Encore une fois, s’instruire, se former, s’éduquer, sont des clés importantes pour vivre soi-même un équilibre de vie et inviter les autres à vivre ensemble en harmonie !

K : Merci beaucoup Willem pour ces précieux conseils et les ressources proposées. Je glisserai quelques liens des suggestions que tu as pu faire, dans la description de l’épisode.

Voici une fois de plus un contenu d’une grande qualité Willem, un grand merci à toi pour la richesse apportée avec ta participation. Merci beaucoup.

Voilà, ce 9e épisode de Questions de Connexions est terminé.

Si vous avez des témoignages à partager ou des questions à poser, vous pouvez nous les envoyer par mail à l’adresse : relationnellementvotre@gmail.com

Pour celles et ceux qui suivent le podcast, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode, sinon rendez-vous après la pause hivernale du podcast, avec quelques nouveautés, en février 2024.

Quoi qu’il en soit continuez à prendre bien soin de vous et à très vite !

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