Episode 46 : Une fois adulte, comment entretenir une relation saine avec ses parents ?

Hello bienvenue pour ce 46e épisode de Relationnellement Vôtre.

Aujourd’hui c’est en compagnie de Marianne Millia Demalvoisine, une consoeur psychologue que va se dérouler cet épisode.

Bonjour Marianne

Bonjour Kelly, merci de me donner l’opportunité de participer à ce podcast.

Avec grand plaisir. Merci à toi d’avoir accepter l’invitation. Nous allons donc aborder ensemble une thématique en lien avec le 9é numéro de l’émission « Parlons Relations, Parlons Vrai », à savoir la relation entretenue avec les parents, une fois devenu adulte.

La dynamique de cette relation est teintée par bien des éléments propres à chaque parent, à chaque enfant, à la construction du lien entre eux et à la qualité de leurs interaction. Cette relation parent-enfant est le lieu de bien des évolutions au rythme de la croissance et du développement de l’enfant jusqu’à l’âge adulte, notamment dans le positionnement et tout ce que ça implique pour réussir à prendre position pour soi et s’affirmer face à ses parents.

D’ailleurs, Marianne, parlons justement de l’affirmation de soi, peux-tu nous expliquer comment elle se développe de l’enfance à l’âge adulte ?

Alors, avant d’expliquer comment elle se développe, je pense qu’il est important de définir ce que c’est. 

Donc l’affirmation de soi, elle consiste en la capacité d’exprimer ses émotions, ses pensées et ses opinions, de même que de défendre ses droits, tout en respectant ceux des autres, ceci, de façon directe, honnête et appropriée.

Donc c’est quelque chose évidemment qui se fait tout au long du développement de l’enfant et c’est quelque chose qui n’est pas si facile à faire que ça, parce que s’exprimer sans être agressif et ne pas tomber dans un comportement passif, est quelque chose auquel on est confronté tout au long de la vie.

L’affirmation de soi, pour ceux qui ne le savent pas, elle fait partie en fait d’un pilier, le pilier de l’estime de soi. 

On est estime que pour constituer cette estime de soi, il faut avoir :

  • confiance en soi
  • l’amour de soi
  • et l’affirmation de soi

J’aime bien le synonyme de l’affirmation de soi, qui est faire preuve d’assertivité. C’est donc justement faire valoir ses droits, mais d’une façon posée, sans tomber dans un mode syndicaliste, j’ai le droit de faire ci, j’ai le droit de faire ça.

Et c’est pas si facile que ça.

L’affirmation de soi peut être influencée par les personnes importantes de l’entourage de l’enfant, forcément, donc au sein du cercle familial, mais aussi on n’y pense pas aussi souvent que ça, mais on le sait, le milieu scolaire a un fort impact sur le développement de l’enfant, aussi bien, son développement affectif que son futur développement professionnel. 

Combien de fois j’ai pu rencontrer des personnes qui ont dit : « ah mais tel prof m’a dit que j’étais nul.le, tel prof m’a dit ceci et cela ». Donc ce sont des choses qui peuvent marquer d’une façon positive ou négative. 

Des parents surprotecteurs aussi peuvent influencer, dans le sens où ils vont dire : « ne fait pas ça tu vas tomber », « mais tu n’y arriveras pas… », des choses comme ça, donc ça va brider la façon d’être de l’enfant et on va avoir quelqu’un qui va être timoré, qui ne va pas forcément se sentir en confiance justement pour exprimer ses besoins par exemple.

Et puis comme je vous l’ai dit au niveau de l’échec scolaire, on peut avoir des adultes qui ne sont pas forcément dans la bienveillance et qui vont étiqueter l’enfant avec certains qualificatifs qui peuvent entraver le bon développement de sa scolarité.

Alors heureusement, on peut être amené à croiser des profs « mentors » qui vont pouvoir un peu casser cette image que l’enfant, l’adolescent peut avoir de lui, mais c’est pas forcément évident et des fois ça met du temps et des fois c’est au moment de l’âge adulte que des personnes peuvent entreprendre une reconversion professionnelle ou peuvent se remettre en question et faire des choses qui les épanouissent professionnellement.

Donc comme je vous l’ai dit, l’affirmation de soi elle se développe tout au long de la vie en fait. Donc rien n’est perdu si dans l’enfance on n’a pas forcément des figures parentales positives. Rien n’est perdu tout au long de la vie on peut rencontrer des personnes qui peuvent nous aider à cheminer pour pouvoir s’affirmer d’une façon paisible et sereine.

Merci Marianne pour ces explications. D’ailleurs dans ces phases de développement de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, il y a plusieurs étapes clés du développement, telles que « le terrible two », c’est typiquement la phase d’opposition de l’enfant dans sa construction, dans son développement, cette phase du non, cette phase de l’affirmation de soi. Et puis il y a aussi cette phase qu’on retrouve à l’adolescence, où il y a un peu plus d’opposition avec les parents, de démarcation de sa pensée.

Que penses-tu justement de ces étapes de développement dans l’affirmation de soi ?

Je pense que ces étapes sont universelles, dans toutes les cultures, on a des phases où les relations justement, parent-enfant, passent par ce type d’opposition.

Je dirai qu’en tant que parent, il ne faut pas les fuir, de toute façon on y passe, il faut les affronter et surtout je dirai, il ne faut pas faire preuve de complaisance.

C’est vrai qu’on est dans la mode de l’éducation positive, la communication non violente, dans quelque chose des fois qui, alors bien sûr il y a du positif là-dedans, je ne vais pas faire un hors sujet, mais on est dans une relation qui est asymétrique.

Il y a le parent et il y a l’enfant, donc on n’est pas égaux dans le sens où le parent est une figure d’autorité et il doit l’assumer. 

Je pense qu’il ne faut pas non plus tomber dans le piège de la négociation permanente. Je pense qu’il y a des choses, selon les règles de vie de la famille qui sont non-négociables et puis d’autres petites choses où on peut se « permettre » de parlementer mais pas trop.

Un enfant qui a 2 ans, on ne va pas parlementer 50 ans,  pour « est-ce que tu mets tes chaussures ou pas ». 

Je dirais qu’il faut savoir choisir ses batailles. mais il faut aussi s’écouter, se faire confiance et ne pas justement penser que tous les enfants se ressemblent et parce que moi ce modèle-là d’éducation, ça doit se passer comme ça, moi je n’y arrive pas donc forcément, il ya quelque chose que je ne fais pas bien.

Ou alors mon enfant n’est pas comme les autres…
Oui votre enfant est singulier, vous êtes singulière, à vous aussi de faire les choses instinctivement. Ce qui va marcher chez l’un ne va pas forcément marcher chez l’autre. 

Et ça c’est pour tout. Et pareil pour l’adolescence, on est quand même dans un siècle où l’individualisme est glorifié, donc je dirais que l’adolescence justement, avec cette génération qui n’est pas beaucoup sortie, à cause du COVID, qui est plutôt repliée sur elle-même, là c’est l’occasion justement avec cette phrase d’égocentrisme qu’est l’adolescence, de pouvoir justement, quand il y a ces oppositions, cette façon de faire, d’ouvrir les horizons de l’adolescent, en disant : « voilà t’es pas tout seul, on n’est pas une île, de faire preuve de solidarité, de lui faire comprendre que voilà, la famille, c’est un cercle, tout ce qu’on fait a une conséquence positive ou négative dans le cercle, dans le système.

On est dans un système de toute façon qu’il soit familial ou extérieur et le fait de s’opposer, voilà, on s’oppose pour quoi ?

Comme j’aime à dire aussi, c’est pas de moi, mais je pense que tu l’as entendu aussi, on a des droits mais on a aussi des devoirs. Donc qu’est-ce qu’il exige cet adolescent, il faut voir ce qu’il exige. 

Pareil, il faut choisir ses batailles, tout n’est pas négociable, faire face à ses responsabilités aussi, il veut qu’on le considère comme un adulte, bon, bah on attend aussi des choses plus mature de son côté. 

Mais on ne peut pas échapper à cette opposition là et c’est formateur. Ca fait partie de la construction de la personnalité, parce qu’un enfant à qui on a tout passé, il va faire comment quand il aura ses 1ers échecs scolaires ou ses 1ers jobs, il va pas tenir.

Quand on va lui dire passe un balai, va ranger, c’est mal fait, c’est pas possible, ça donne des adultes déséquilibrés, des adultes frustrés, des adultes qui ne sauront pas s’insérer dans une société, qui ne sauront pas, justement, interagir avec leurs pairs. Parce que être en conflit et savoir le gérer, après là je parle un peu avec le lexique de l’emploi, c’est-à-dire on appelle ça la résolution de conflit, quand on est dans les RH, résolution de conflit, résolution de problème, leadership, etc.

Ils ne sauront pas en fait, faire face à ça. Et la justement soit on retombe dans les comportements négatifs de l’affirmation de soi, soit on va avoir un comportement agressif ou soit on va avoir un comportement passif.

Ou passif-agressif, tout à fait. Effectivement, tu as utilisé un mot très important, c’est l’équilibre. 
L’affirmation de soi est nécessaire dans la construction de soi comme tu l’as très justement souligné et cet équilibre permet d’acquérir les facultés nécessaires pour relationner de manière saine et le déséquilibre du coup amène à un comportement agressif, soit l’agressivité est tournée vers soi, soit elle est tournée vers l’autre donc l’équilibre en soi est vraiment une précieuse clé. Merci Marianne.

Il arrive parfois que la culture familiale, l’éducation reçue soit telle que la voix de l’enfant ou de l’adolescent n’est pas écoutée. Comment la faire entendre une fois adulte ?

Alors question difficile ma chère Kelly. C’est pas facile, parce que dans beaucoup de culture, je pense que c’est universel, il y a le respect de l’aîné, il y a le respect de l’ancien, d’ailleurs j’ai une anecdote par rapport à ça,

il faut savoir que psychologue n’est pas mon 1er métier, avant j’étais infirmière et à un moment donné, j’ai voulu me lancer dans le libéral et j’avais une amie qui le faisait et elle m’a dit : « si tu veux accompagne moi sur des tournées pour voir comment ça se passe. »

Donc super, elle habite dans la région nantaise et donc on est allé chez plusieurs patients et donc elle m’expliquait qu’il y avait une patiente d’un certain âge qui était restée célibataire toute sa vie, etc. Et elle me disait, mais tu sais dans le coin, ça se fait que le dernier ou un enfant désigné soit le bâton de vieillesse désigné de ses parents. Voilà, c’est lui qui s’occupe de ses parents, etc et c’est quelque chose que j’ai pu voir aussi dans d’autres régions de France et maintenant on dira en 2023 : « mais c’est pas normal ». Mais ça se fait, on la connait cette expression, on est le bâton de vieillesse de ses parents et voilà il y a des enfants qui ne font pas leur vie.

On peut avoir des schémas comme ça, de vie, où il y a cette non émancipation parce que on a une dette, on parle beaucoup de ça dans la psycho-généalogie, la dette familiale qu’on peut avoir envers ses parents en fait. 

Donc je dirais, comment faire une fois adulte, très facile de le dire comme ça, mais être libre d’être soi-même, voilà, c’est pas facile ça, être libre d’être soi-même. 

Alors déjà il faut déjà se connaître, on repart aussi dans la question identitaire, qui je suis ? Qui je suis face à moi-même ? Qui je suis dans mon cercle familial ? Qui je suis par rapport à mes parents ?

Et cette liberté il faut l’assumer. Je dirais que, comment la faire entendre une fois adulte, ça va être quelque chose, qui peut être tellement facile et pour d’autre tellement difficile, c’est savoir dire non. 

Savoir dire non c’est quelque chose hein de savoir dire non.

C’est tout un art.
 

C’est pas si facile que ça et puis comme tu le dis c’est un art, il faut savoir le dire en plus. Il faut savoir le dire sans dire le mot non souvent, vis-à-vis des parents.

C’est pas facile. Là je parle de situations familiales « normales », on n’est pas dans des relations toxiques, des parents toxiques. Une relation familiale « normale », dans le sens où ce qu’on peut rencontrer avec les patients se sont un peu par exemple, les mères assez envahissantes, les belles-mères assez envahissantes, soit dans l’éducation des enfants, soit dans le faire de leur rendre visite, le fait d’imposer leurs visites, etc, dans ce style de relations.

Ou alors des parents qui vous ont toujours étiqueté.e, « tu feras ça », t’es pas capable de faire ça, qui vont critiquer vos choix, qui vont anticiper. Ils ont déjà vu le film, ils ont déjà tout vu le scénario, ils savent déjà comment ça va se terminer, vous n’avez pas encore commencé votre projet. 

Et vous avez déjà essayé tout au long de votre vie, ce sont des parents qui vont écouter mais qui ne vont pas entendre. 

Donc ce style de fonctionnement j’ai envie de vous dire, ne vous attendez pas, en fait, à ce qu’il y ait une fin hollywoodienne, c’est-à-dire qu’ils vont comprendre et ça va aller, euh… non.

On peut avoir des améliorations dans la relation, mais il faut accepter aussi que vos parents ne vont pas forcément changer comme vous le voulez. 

Et finalement vous dites les choses, mais rien ne change. Mais vous vous avez changé, vous vous avez cheminé. C’est ça qu’il faudra voir dans ce voyage en fait. 

La personne ne va pas forcément cheminer comme vous le voudrez. 

Donc ça il faut en être conscient, de se dire bon voilà, allez, guerrière, je dis les choses et finalement vous n’avez pas la victoire que vous avez espéré. 

Ca il faut en être conscient pour ne pas être déçu et ne pas s’en vouloir en fait, d’avoir fait tout ce chemin là, parce que vous, en tout cas, vous aurez changé.

De toute façon, là je reprends un peu les termes de la systémie familiale, dès qu’un élément change, le système change donc comme vous aurez changé, évolué, y’a des choses qui vont quand même évoluer, même si vos parents, voilà, comme on dit on ne se refait pas. Ils auront certainement toujours des remarques, des discours que vous avez maintes et maintes fois entendus, vous, vous aurez évolué.

Je dirais aussi pour des situations beaucoup plus pesantes et difficiles à vivre, qu’il ne faut pas hésiter à se faire accompagner par un thérapeute, soit par un coach, un psychologue, la personne avec laquelle vous êtes en confiance. 

Parce que des fois il faut quelqu’un de neutre, quelqu’un qui va vous aider à prendre du recul, parce qu’il y a des situations où, bah déjà vous êtes pris dans vos affects avec vos parents, vos amis, ils ont aussi un autre point de vue, donc des fois c’est bien, si on peut, de se faire aider par quelqu’un d’extérieur.

Alors bien sûr, il faut honorer ses parents, il faut les respecter, mais quand la relation est abusive et toxique, il faut vraiment prendre du recul.

On ne peut pas se laisser kidnapper dans quelque chose de malsain.

Là je vais citer ma chère maman qui disait, on n’est pas le paillasson de quelqu’un.

On est un être humain, on n’est pas le punching-ball de quelqu’un, que ce soit son père, sa mère, son mari, peu importe.

On a de la valeur, on est un individu plein et entier, avec des droits, on a le droit aussi d’être respecté. Même si votre parent vous a donné la vie, a fait ci, a fait ça pour vous, donc oui et non on doit des choses à ses parents, bien sûr.

C’est bien quand l’amour est là, le respect est là et tout ça. Mais tu sais bien Kelly que malheureusement la vie c’est pas Hollywood, il y a des parents défaillants, il y a des parents maltraitants, il y a des parents violents, il y a des parents toxiques, bah il faut s’en détacher. 

On ne peut pas et il ne faut certainement pas culpabiliser. C’est pour ça que je vous dis, ce travail là, c’est bien de se faire accompagné, parce que c’est pas évident de tourner le dos des fois.

Pas tourner le dos pour faire du mal à l’autre, mais tourner le dos pour prendre soin de soi.

Parce que c’est pas une vie de subir une relation, surtout une fois adulte.

Une fois adulte, vous avez votre vie d’adulte, vous avez vos enfants et on sait très bien que les souffrances familiales se transmettent.

Et c’est important de le souligner parce que c’est parfois oublié ou mis de côté, cette souffrance familiale est vraiment réelle.
 

Alors, en préparant l’émission, j’ai trouvé un citation d’Alain Braconnier, qui dit : « un être humain accompli n’est pas un être effacé et aligné, c’est quelqu’un qui s’exprime avec un sens de ses droits. »

Et je pense que c’est quelque chose que nous devons avoir en tête, en fait. Voilà, on n’est pas sur terre pour être assujettis, alors je ne vais pas tomber dans un discours politique ou un discours philosophique, dans le sens où on doit se sentir libre de dire les choses en fait. 

Je pense que beaucoup de choses peuvent se dire, du moment qu’on y met le ton, la bonne intonation et qu’on choisit le bon timing en fait. 

Et ça, peu importe la religion, l’origine, ce qu’on a vécu. Je pense que le minimum de liberté c’est ça, enfin, ça devrait être ça.

Ca ne l’est pas forcément, mais ça devrait, en tout cas au sein de sa famille, ça devrait l’être, parce que là vraiment on parle de la famille, 

Bien sûr de temps en temps on se force pour faire plaisir à quelqu’un, etc, mais quand c’est systématique et que vous n’avez pas forcément le retour de la personne ou que la personne n’entend pas en fait, que vous n’avez pas forcément envie.

Même si l’enfant devenu adulte ne vous dit pas non, vous pouvez voir normalement au bout de temps d’années que vous vous connaissez que la personne n’est pas très enthousiaste, il y a le langage non verbal aussi.

Mais comme je l’ai dit au début de l’émission, il n’est jamais trop tard. 

Il n’est jamais trop tard pour inverser la tendance.

Justement dans ce que tu explique, tu mets en évidence les comportements toxiques dans la relation parent-enfant, pourrais-tu nous partager quelques caractéristiques d’une relation parent-enfant qui tend vers la santé et l’équilibre une fois l’enfant devenu adulte ?
 

Alors je pense qu’il y en a certainement d’autres, mais j’en ai listé quelques-uns.

Je dirai qu’il y a une abolition de la domination ou de l’autorité des parents vis-à-vis de l’enfant. C’est-à-dire que comme je l’ai dit, dans l’enfance, dans l’adolescence, même si à l’adolescence les rapports commence à se modifier, il y a une autorité naturelle et ça quand vous êtes adulte, c’est terminé.

Votre mère ou votre père peut vous dire, je sais pas « assieds-toi droit » ou quelque chose qu’on va dire à un enfant de façon péremptoire, on n’est plus dans cette relation-là.

La relation, même si c’est votre parent, mais vous, vous êtes adulte, donc vous avez et là j’en viens à la 2e caractéristique, c’est qu’une relation équilibrée entre un parent et un enfant devenu adulte, c’est que l’adulte il est censé être autonome, il est censé être indépendant.

On n’est plus dans… justement tu parlais d’individuation, là c’est censé être fait.

Je ne veux pas que les auditeurs se méprennent, des fois on a des relations très très proches avec un des 2 parents et très bien, des fois c’est vrai qu’il y en a qui s’appellent très souvent, mais si vous n’avez pas eu votre mère, vous n’êtes pas censé vous inquiéter parce que vous ne l’avez pas eu ce jour-là.

Oui, je vois ce que tu veux dire, par rapport aux relations fusionnelles, il y a des choses derrière qui expliquent ce fonctionnement là et donc du coup, je suppose que tu voudrais encourager à pouvoir se poser des questions et peut-être se faire aider ?

Oui je pense parce que si, et d’autant plus si l’enfant adulte est marié et a une famille. Parce que là on se dit que la séparation individuation elle ne s’est pas faite correctement.

Oui le cordon n’a pas été coupé.

Voilà, voilà, alors quand on prend son envol, dans le sen où on se met en couple, où on se marie avec quelqu’un, bah vous recréez une nouvelle famille.

Alors bien sûr les parents sont là mais ils ne sont plus centraux, ils sont autour du cercle, vous formez un nouveau cercle avec quelqu’un.

Donc oui je pense qu’il faut s’interroger sur qu’est-ce qui fait que, bah on arrive pas à se détacher du parent pour faire son couple avec le conjoint en fait. Des fois on parle de couple à 3, j’suis désolée, je cite souvent les belles-mères mais c’est un fait, les belles-mères qui squatte chez la fille tous les jours, des fois t’habites dans la même ville, tous les jours elles sont chez la fille ou chez le fils.

D’ailleurs, par rapport à ça si je peux me permettre une petite parenthèse, y’a un épisode enregistré avec Hélène Bourg où on parle de cette relation de couple et de la place de la famille par rapport au couple. Si vous avez des questions par rapport à ça, n’hésitez pas à aller écouter l’épisode 44.

Je te relaisse la parole Marianne.

D’accord, merci.

Alors je voulais aussi parler de, la caractéristique d’une relation équilibrée, c’est aussi la liberté.

Je pense qu’un enfant devenu adulte qui a des relations saines avec ses parents, il doit se sentir libre de faire les choses. Voilà, même si le parent n’approuve pas forcément. Et on peut ne pas approuver quelque chose, même si la chose est bonne, dans le sens où elle est ni illégale, ni anormale, ni toxique.

Des fois c’est un point de vue, on voit bien, là je prends l’exemple des études, les parents qui veulent que leurs enfants fassent tel, tel type d’études. Des fois l’enfant suit puis 10-15 ans après reconversion, parce que c’est pas ce que l’enfant voulait mais il n’y a pas de problème, on n’est pas en train de faire quelque chose de… du moment que c’est pas, après, selon votre échelle de valeurs, du moment que c’est pas illégal, du moment que c’est pas quelque chose qui nuit à quelqu’un il faut pas s’empêcher de le faire parce que vos parents ne sont pas d’accord. 

Et ça c’est pas si facile à assumer malheureusement, parce qu’on ne veut pas décevoir. On a parlé un peu des dettes familiales et ça on rentre là-dedans.

Effectivement accepter de faire sa propre histoire et de ne pas être dans le prolongement de l’histoire des parents, c’est pas évident, c’est pas évident.

Alors justement par rapport à la liberté, j’ai trouvé aussi en préparant l’émission : « se libérer ne veut pas dire ne plus aimer. »

Voilà il faut vraiment être conscient que c’est pas parce que je fais ça que je suis en train de trahir mes parents, que les parents comprennent ça aussi, en fait.

Je pense que l’un des signes aussi d’une relation équilibrée, c’est quand nous enfants, nous enfants, devenus adultes, on a fait ce travail de pardonner à nos parents ce qu’ils ont fait et ce qu’ils n’ont pas fait.

Je pense vraiment que la clé majeure pour avoir une relation équilibrée avec nos parents c’est de faire ce travail-là et je peux vous dire que c’est pas en une journée.

De pardonner ce qu’ils ont pu faire et ce qu’ils n’ont pas pu faire.

Oui et de pouvoir faire le deuil du parent rêvé, du parent idéal, j’aurais aimé que mes parents soient comme ça et non, ils n’ont pas été comme ça.

Et voilà et ça c’est quelque chose qui demande une maturité personnelle et de prendre du recul. Et ça pareil, c’est bien si on peut se faire accompagner, c’est bien. Parce que des fois, c’est pas si évident que ça.

Et puis c’est vrai que moi je suis une passionnée de psycho-généalogie, mais des fois en faisant son génogramme, en regardant les histoires familiales, on arrive à mieux comprendre son histoire et à pouvoir justement comprendre ses parents, comprendre pourquoi ils ont réagi comme ça, comme ci, etc.

Et on progresse, parce que souvent comme on l’a dit, nous-même adultes, on est parents. Donc comme tu l’as dit des fois pour casser les répétitions familiales, c’est bien de faire ce travail-là.

Et souvent en travaillant l’histoire des personnes on arrive à ce qu’elles aillent mieux en fait, quand elles comprennent qu’elles portent des choses qui ne leur appartiennent pas on a des résultats, j’aime pas trop parler en termes de… des évolutions, on va dire, dans leur vie, qui sont remarquables.

Alors dernière caractéristique, je dirais qu’une relation saine, il y a une absence de culpabilité, dans le sens, ma mère m’a appelé pour venir manger, j’ai la flemme d’y aller, j’ai pas envie de sortir, je vais lui dire non. 

Et bah voilà, il faudrait arriver, pour les personnes qui ont du mal à dire non, à ne pas se sentir coupable.

Là j’ai pris cet exemple là, j’ai pris un exemple très neutre, pas impliquant émotionnellement, mais rien que ça je sais qu’il y a des personnes qui ne peuvent pas se le permettre, qui vont y aller forcément.

Et donc cette absence de culpabilité, pareil, ça se travaille, c’est pas en un jour.

Hum hum, on va voir justement dans un instant quelques clés pour réussir finalement à accepter d’être en désaccord.

Parce qu’on est d’accord qu’une relation parent-enfant saine implique d’avoir des désaccords, des conflits avec ses parents, sachant qu’on peut être en conflit sans se disputer. Le conflit n’est rien de plus qu’une divergence de points de vue. Pourtant, il arrive qu’il soit redouté, notamment lorsqu’il s’agit des parents. 

Donc justement, Marianne, en quoi le conflit est-il normal et en quoi peut-il être constructif dans la relation avec nos parents ?

Alors, le conflit est normal parce que nous sommes des individus uniques et heureusement. Des personnes qui sont d’accord que tout à 100%, il y a un problème pour moi. 

Donc c’est normal de ne pas être d’accord et ça amène une richesse parce qu’on entend l’avis des autres, l’autre va avoir des arguments, vous allez avoir des arguments, vous allez réfléchir, vous allez peut-être trouver une solution ou autre en échangeant et plus c’est aussi comme ça qu’on apprend à se connaître plus en profondeur parce que l’image qu’on a des parents quand on est enfant, elle se modifie à l’âge adulte, puisqu’à l’âge adulte, vous allez avoir des conversations d’adultes avec vos parents. 

Vous allez pouvoir connaître leur enfance, connaître des choses que vous n’auriez pas su avant. C’est ça aussi la richesse d’une relation, c’est qu’on a jamais fait le tour de quelqu’un.

Jusqu’à présent, ma mère a 81 ans, j’apprends des choses qu’elle a fait, j’étais pas au courant.

Donc c’est ça la richesse, c’est de pouvoir toujours avoir quelque chose à apprendre de l’autre.

En fait, le conflit nourrit aussi. Le conflit peut nourrir une relation. Entre conflits on s’entend, on parle de désaccords sur les opinions, sur la vie, sur la politique, sur des choses de la vie courante.

Je pense que c’est sain dans le sens où ça fait partie de la normalité d’une relation et heureusement.

S’il y a zéro conflit, je pense qu’il y a des non-dits. Parce que ça veut dire que des 2 côtés, on tait les désaccords et on fait semblants, on est dans une dissimulation, dans une restriction, dans quelque chose qui tend vers le négatif, en fait.

Et puis les avantages à s’affirmer justement, c’est qu’on est soi-même, on vit son individualité, on est spontané, on peut satisfaire ses besoins, ce besoin d’être entendu et d’être écouté, c’est un des besoins quand on reprend, pour ceux qui connaissent, la pyramide de Maslow, il y a ce besoin-là. On n’est plus dans les besoins primaires là, on est dans les besoins un peu plus hauts dans la pyramide mais il y a ces besoins-là. 

Ca permet de développer son estime de soi, sa confiance en soi et puis en fait à chaque fois ça va être de plus en plus facile.

Et puis justement parce que vous vous exposez quelque part aussi, être en conflit, c’est s’exposer, c’est dire ce qu’on pense, l’autre aussi, bah il y aura moins de conflits parce que vous arriverez à vous connaître mieux aussi.

Donc ça permet aussi de  diminuer les frustrations, les rancoeurs, puisqu’on est dans une communication, même si on est en conflit, on communique. 

Donc il y a vraiment des avantages finalement. 

Et oui, merci Marianne.

Et justement, aurais-tu une clé, un conseil à partager en bonus pour aider les auditeurs qui fuient le conflits, qui évitent d’être en désaccord avec leurs parents au risque de faire des choix qui ne leur correspondent pas ?

Alors j’ai envie de vous dire, à vous qui m’entendez, courage ! Il n’est jamais trop tard.

Comme je l’ai redis tout à l’heure, il ne faut pas vous attendre à une fin hollywoodienne. Tant mieux si tout, la relation change, tant mieux, je vous le souhaite, mais mon expérience me faire dire qu’il faut le faire vraiment pour vous, pour vous sentir mieux. Il ne faut pas vous mettre dans la tête que vous allez changer vos parents. De toute façon vous le savez, vos parents, ils sont comme ils sont si quelqu’un doit changer, évoluer, c’est vous. 

La seule personne qu’on peut changer c’est nous-même, finalement.

Donc je dirai que, comme Rome ne s’est pas construite en un jour, pareil, c’est des petites choses, fixez-vous des petits challenges, des petits objectifs. Comme par exemple votre maman qui dit : « bah tiens demain vient ». Bah non, vous vous aviez prévu autre chose, voilà.

Fixez vous des petits challenges et surtout pour les personnes qui ne savent pas dire non, en fait, proposez des alternatives. Votre mère vous appelle et vous propose de venir demain. Vous pouvez répondre pourquoi pas dimanche ou je peux t’inviter tel jour.

En fait, vous dites non sur le moment, mais vous reportez l’invitation. Donc je vous dirai pour être plus confortable, pour ne pas avoir à dire ce mot « non », proposez une alternative de cette façon là.

Aussi essayez, alors là, c’est un travail intérieur à faire, essayez de décoder vos propres émotions, pour pouvoir après expliquer pourquoi vous n’avez pas envie de faire telle et telle chose ou de vous exprimer sur telle et telle chose. Il faut savoir ce que ça vous fait, quand votre mère vous dit ou votre père: « oh bah de toute façon tu ne seras pas capable de faire ça, donc je vais le faire pour toi. »

Vous pouvez lui dire mais maman j’ai pas 4 ans, essayez de partir dans quelque chose, où vous restez factuel en fait. Nos parents nous voient comme, voilà, ils nous on porté, comme on dit, on t’a changé les couches qu’est-ce que tu nous racontes là, mais vous, vous avez évolué, vous avez grandi, vous avez certainement fait des études, vous travaillez, vous avez ds expériences, donc vous avez des choses à dire, vous avez des choses à exposer donc forcément vous n’êtes plus la même que quand vous aviez 4 ans. 

C’est ça. Donc c’est aussi les mettre en face de vous avez grandi, ils ont vieilli, les choses doivent changer.

Je dirai pour les personnes qui sont vraiment dans quelque chose qui les fait souffrir, il y a vraiment une souffrance, je dirai que si c’est possible, qu’elles se fassent accompagner dans toute cette démarche d’essayer de modifier leurs relations avec leurs parents, parce que je pense forcément qu’elles ont de la colère en elle, de l’amertume.

On sait que quand on est dans quelque chose de négatif, il y a des études qui ont montré qu’il y a des effets sur la santé. 

Alors je n’ai plus l’étude et je ne sais plus exactement, mais je sais que se mettre en colère, pendant 2h notre immunité elle baisse. C’est fou ça. 

Alors imagine quelqu’un qui est en colère tout le temps, quelqu’un qui a de l’amertume.

Donc je les encourage à vraiment se faire accompagner parce que seules, elles auront du mal à se dépêtrer justement de… et là je vais dire un terme assez fort, mais là on tombe dans de l’emprise, vraiment quand on n’est plus soi-même, quand on a peur, quand on se dit que si on parle la personne va être fâchée et ne va plus nous parler, là on est dans une relation d’emprise en fait et il y a vraiment un grand bénéfice à être accompagné.

Un grand merci Marianne pour ces précieux conseils et un grand merci pour ta participation, qui risque de se renouveler, j’te le dis maintenant comme ça c’est fait. (rires)

Oh bah c’est super gentil, en tout cas, merci à toi Kelly pour cette opportunité, j’espère que les auditeurs m’auront comprise, parce que je n’articule pas toujours, mais vraiment, je vous invite à visiter votre histoire familiale, c’est passionnant, à vous renseigner vraiment sur ce qu’est le génogramme et surtout ne perdez pas espoir. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, tout n’est pas joué, tout n’est pas joué du moment que vous avez envie qu’il y ait du changement, il y en aura. 

Super, encore merci Marianne, on se dit donc à bientôt.

Et bien Kelly j’étais vraiment ravie de faire ce podcast avec toi, chers auditeurs je vous souhaite de belles relations avec vos parents.

Merci beaucoup Marianne. 

Astuces proposées par Marianne

  • Courage ! Il n’est jamais trop tard.
  • Il ne faut pas vous mettre dans la tête que vous allez changer vos parents. Si quelqu’un doit changer, évoluer, c’est vous. La seule personne qu’on peut changer c’est nous-même, finalement.
  • Fixez-vous des petits challenges, des petits objectifs. 
  • pour les personnes qui ne savent pas dire non, proposez des alternatives. Ex : vous reportez l’invitation. Pour être plus confortable, pour ne pas avoir à dire ce mot « non », proposez une alternative de cette façon là.
  • Essayez de décoder vos propres émotions, pour pouvoir après expliquer pourquoi vous n’avez pas envie de faire telle et telle chose ou de vous exprimer sur telle et telle chose, en restant factuel.
  • Pour les personnes en souffrance, faites-vous accompagner dans la démarche d’améliorer vos relations avec vos parents.

Voilà ce 46e épisode du podcast est terminé. Si vous avez des questions, vous pouvez les poser en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com

Si vous souhaitez faire appel aux compétences professionnelles de Marianne, il vous suffit d’en faire la demande par mail à l’adresse que je viens de vous communiquer, je vous transmettrai ses coordonnées.

Bon et bien on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro de la rubrique « Questions de connexions » et d’ici-là, prenez bien soin de vous.

Laisser un commentaire