E87 – Traumas complexes : comment aller de l’avant sans demande de pardon ?

Hello bienvenue sur ce 87e épisode de Relationnellement Vôtre.

La saison d’épisodes sur les traumatismes complexes continue avec un sujet un peu particulier : Comment aller de l’avant sans demande de pardon ?

Combien d’entre nous avons attendu, espéré qu’une personne qui nous a blessé présente des excuses ?? Mais lorsqu’il s’agit de nos parents, d’un partenaire de vie, d’un.e amie ou tout autre personne avec laquelle nous avons tissé des liens traumatiques suite à des violences, des abus, des négligences sous diverses formes, que faire ???

Si vous avez l’impression que votre vie est sur pause, qu’une partie de vie demeure dans l’attente d’une démarche que vous ne voyez pas venir, ou si vous connaissez quelqu’un est dans cette situation, alors je vous propose d’écouter cet épisode jusqu’au bout. Nous allons voir ensemble ce qui se cache derrière la tendance à attendre des excuses lorsqu’on a été blessé, d’autant plus après un trauma complexe. Ensuite nous verrons en quoi il est préférable de sortir de cette attente. Et enfin, je vous partagerai quelques exemples des moyens qui s’offrent à vous pour guérir et aller de l’avant sans excuse présentée, ni demande de pardon.

Pourquoi avons-nous tendance à attendre des excuses ?

Si vous regardez le comportement des tout-petits, vous remarquerez que lorsqu’un enfant fait mal à un autre enfant, l’enfant blessé va spontanément regarder la réaction de l’adulte. Derrière ce regard, il y a implicitement et même inconsciemment divers besoins : un besoin immédiat de réconfort, accompagné d’un besoin de soutien, un besoin de reconnaissance et de validation de sa douleur, ainsi qu’un besoin de justice. L’enfant n’a pas conscience de tout ça. Mais c’est ce qui se cache derrière cette démarche. Il y a une profonde insécurité, qui va renvoyer à : j’ai mal, que faire de cette douleur ? Est-elle légitime ou pas ?? Et que l’adulte va-t-il en faire ??? Il y a tout un message à travers ce regard plein de larmes : « aïe, ça fait mal ! Tu as vu ce qui s’est passé, on est d’accord que ça ne se fait pas. Non mais il.elle ne peut pas s’en tirer comme ça. » J’extrapole, mais très sincèrement, quand on voit le regard d’un enfant qui a été bousculé, mordu, ou a qui un enfant a mis un coup avec un jouet ou des choses comme ça, vous vouez dans le regard de cette enfant qu’il est désemparé, il ne sait pas quoi faire.

Si ces besoins sont pris en considération et comblés, bien souvent l’adulte va demander à l’enfant qui a fait mal de demander pardon. L’enfant apprend que cette démarche est légitime, lorsqu’on lui a fait mal à quelqu’un, que ce soit volontaire ou pas, on demande pardon. Mais lorsque les besoins ne sont pas pris en compte ou lorsqu’il n’y a pas d’adulte pour transmettre les compétences sociales, les codes relationnels, l’enfant peut développer inconsciemment un sentiment de colère, d’injustice, un besoin de reconnaissance et de validation de sa souffrance. Des besoins qui peut ressortir dans la démarche de systématiquement solliciter une tierce personne pour combler ces besoins, ou celle de faire justice soi-même en se vengeant ou encore l’enfant peut garder tout ça au fond de lui. Et c’est malheureusement ce qui crée le plus de dégâts sur le plan émotionnel et relationnel.

Je ne sais pas quel comportement se rapproche le plus de votre mode de fonctionnement : si c’est le côté de chercher la validation d’autrui, d’une tierce personne, sa défense, sa protection, si c’est de vous venger ou si c’est au contraire de tout intérioriser, de ne rien dire, de ne pas réagir… En tout cas, ce que je viens de vous expliquer permet d’illustrer d’où vient cette attente d’une demande de pardon. Elle vient de nos besoins de considération, de respect, de validation, de justice. Le fait qu’une personne reconnaisse qu’elle a mal agi, qu’elle n’aurait pas dû le faire, qu’elle le regrette… Ca vient répondre à ces besoins.

Dans le cas de traumas complexes, le message attendu derrière une vraie demande de pardon peut prendre des formes différentes. Toutefois, la finalité demeure la même, à savoir : répondre à un des besoins énoncés. Au final, ça peut prendre la forme de :

  • Je reconnais avoir mal agi
  • Je reconnais t’avoir fait du mal
  • Tu ne méritais pas ça, je te demande pardon
  • J’entends ta souffrance et je regrette terriblement de t’avoir fait du mal
  • Je n’aurai pas dû agir comme ça, je vois combien tu en souffres
  • J’assumerai les conséquences du mal que je t’ai fait et j’aimerais pouvoir réparer. 
  • Je ferai tout ce que je peux pour ne plus recommencer

Ce sont des phrases qui peuvent être présentées comme demande de pardon. Ce sont ces besoins non comblés qui tendent à alimenter inconsciemment la position d’attente d’une reconnaissance, d’une validation, d’une considération, à travers ces mots « je te demande pardon ».

Le hic, c’est que la plupart des traumas complexes sont causés durant l’enfance ou l’adolescence dans des relations dites toxiques. La personne dont le comportement est négligent, peut ne pas se rendre compte des conséquences de ces négligences dans la vie de l’enfant et va donc continuer, sans pour autant présenter d’excuse pour le coup. Et même une fois adulte, lorsque des enfants devenus adultes expliquent à leurs parents combien ils ont souffert de certaines négligences, les parents vont leur dire « je ne me suis pas rendu compte, je n’avais pas réalisé » et ils n’auront pas le réflexe de demander pardon. Certains le font effectivement et ça peut apporter comme un baume sur la blessure. Mais ce n’est pas le plus fréquent. Sans prise de conscience, il peut difficilement y avoir de remise en question et donc sans remise en question, il ne peut pas y avoir de demande de pardon. Dans le cas de personnes au comportement violent, abusif, bien souvent, il y a ce réflexe de trouver un motif, une explication à leur comportement, qui évite d’en assumer la responsabilité. Ou alors leur structure psychique est telle que même avec l’intervention de la justice, la personne concernée n’est pas capable d’empathie, ni de remise en question. Et ca maintient donc dans une position d’attente que ce besoin de considération, de reconnaissance de la souffrance, de validation soit comblé.

Un autre élément qui peut involontairement encourager à rester dans l’attente, c’est lorsqu’au fond de vous il y a l’espoir d’un changement de comportement, d’une amélioration de la relation, ou même d’une réconciliation. Vous vous imaginez ce que serait la relation si cette personne agissait différemment, si vous pouviez faire quelque chose pour ne plus être rejeté.e, humilié.e, violenté.e, abusé.e… pour tout simplement être aimé.e. Il y a cette volonté de maintenir le lien, de garder cette personne dans votre vie, malgré la souffrance que cette relation crée. Vous vous dites si seulement il.elle reconnaissait le mal qu’il.elle m’a fait, me présentait des excuses, ça pourrait aller mieux. En d’autres termes, la difficulté à mettre de la distance avec cette personne fait que vous espérez cette demande de pardon, pour maintenir le lien, maintenir la relation.

Qu’il s’agisse de cet espoir ou des besoins énoncés plus tôt, en demeurant dans l’attente c’est comme si vous vous enfermiez dans la prison de la souffrance en pensant que la clé de cette prison est entre les mains de la personne qui vous a fait du mal, alors que cette clé est dans cette prison, juste à côté de vous, parce qu’elle vous appartient.

Avant de voir comment sortir de cette prison de l’attente d’une demande de pardon. J’aimerais vous expliquer en quoi il est préférable de mettre fin à cette attente, plutôt que d’y demeurer.

En quoi est-il préférable de cesser d’attendre une demande de pardon ?

J’aimerais vous partager 3 raisons pour lesquelles l’option de sortir de la prison de l’attente est préférable. Il y en a plus, bien sûr, 3 c’est de quoi ouvrir la réflexion dans votre tête et laisser tranquillement infuser jusqu’à ce que cela descende au fond de vous, sur votre cœur.

  • La première raison pour laquelle il est préférable de sortir de l’attente, c’est parce que c’est bénéfique pour votre santé physique, psychologique, affective, spirituelle et relationnelle. Rester dans cette prison, c’est étouffer qui vous êtes, c’est regarder uniquement à ce passé qui ne vous définit pas. C’est vous éteindre alors que vous avez la vie devant vous. Être dans l’attente, c’est considérer que le cours de votre vie appartient à la ou aux personnes qui vous ont blessé.e et c’est cette fausse croyance que vous ne pourrez reprendre le cours de votre vie que lorsque cette personne aura décidé de vous y autoriser. Une personne qui vous a fait du mal continuera à avoir du pouvoir sur votre vie, uniquement si vous acceptez que ce soit le cas. Quand vous êtes enfant, vous êtes vulnérable et dépendant, mais une fois adulte, vous avez cette liberté de choisir si vous restez, si vous entretenez la relation ou si vous mettez une certaine distance, ou même parfois si vous voulez couper les ponts. Non, vous n’êtes pas obligé.e de subir. Si une alarme s’allume en vous pour vous dire que ce n’est pas normal ce qui se passe, que ça suffit. Vous avez la possibilité de prendre votre vie en main, de solliciter l’aide nécessaire pour vous libérer de l’emprise de cette relation. Ce sera la première démarche dans le sens de prendre soin de vous. Et c’est important.
  • Ce qui m’amène à la deuxième raison pour laquelle il est préférable de sortir de l’attente d’une demande de pardon, c’est parce qu’en choisissant cette option, pour une fois, vous vous choisissez. Là il n’est plus question de laisser la volonté, les besoins, les désirs, les tout ce que vous voulez des autres passer avant vous. Vous êtes belle et bien en vie, alors que dites-vous de vivre cette vie, de ne plus la subir en fonction des autres. Et une fois de plus je ne peux que vous encourager à vous faire accompagner en ce sens.
  • La troisième raison pour laquelle sortir de l’attente d’une demande de pardon est préférable, c’est parce que guérir, c’est ne plus être sous l’influence négative de ce qui nous est arrivé. Vous avez le choix de la prison de l’attente ou le choix de la liberté de soigner petit à petit les blessures causées et leurs conséquences à votre manière, à votre rythme, selon vos conditions. Vous êtes une personne qui a du pouvoir sur sa vie. C’est important d’en avoir conscience pour cesser de donner trop de pouvoir et trop d’importance aux autres sur vous-mêmes, sur votre vie.

Alors, vous vous dites peut-être c’est bien beau de dire ça Kelly, mais concrètement, comment fait-on pour aller de l’avant après un ou plusieurs traumas complexes, sachant que cela contribue à la guérison lorsqu’une personne reconnait ses torts et demande pardon. Comment faire sans ?

Comment soigner ses traumas, guérir, aller de l’avant sans excuse présentée ni demande de pardon ?

Tout d’abord, il est important de savoir où vous en êtes par rapport aux liens traumatiques. Êtes-vous actuellement en relation avec l’une des personnes ayant amené le trauma ? Votre réponse à cette question est fondamentale, car il y a une différence entre guérir d’une blessure passée et guérir d’une blessure en cours. Continuer à donner pleinement accès, émotionnellement, continuer à donner votre temps, votre énergie, à quelqu’un qui continue à vous faire du mal et n’exprime ni remord, ni regret, vous n’avez  aucun repentir de sa part, alors il sera difficile de guérir, car ce n’est pas un événement passé, mais quelque chose qui se poursuit. Il est temps de réfléchir au niveau de connexion ou au niveau d’accès que vous voulez accorder à ceux qui continuent à vous faire du mal.

1. Une première étape sur le chemin des guérisons sans demande de pardon, c’est de prendre le temps d’identifier quels sont vos besoins spécifiques cachés derrière cette attente de pardon. Qu’auriez-vous aimé entendre et de la part de qui ?

Je vous propose de le faire à l’écrit et une fois que vous avez fini de noter ce que vous auriez aimé entendre et de la part de qui, de pouvoir dire à haute voix : « je reprends le contrôle de ma vie et je me libère de cette attente de demande de pardon. Je sais que ce que j’ai vécu n’est pas normal, cela n’aurait pas dû se passer ainsi. J’en ai souffert, j’en souffre encore parfois et je choisis de guérir, je choisis de vivre, que cette demande de pardon arrive ou pas. Je n’en ai pas besoin pour aller de l’avant, j’y arriverai sans ».

2. Une deuxième étape sur le chemin des guérisons sans demande de pardon, c’est de ramener votre regard sur le présent, non plus sur le passé.

Le présent vous offre des opportunités d’évolution, de changement, quel que soit votre passé. Quelle vie voulez-vous construire et de quoi avez-vous besoin pour avancer dans cette direction ? Peut-être besoin de l’aide d’un ou d’une professionnel.le pour avoir de la clarté, pour savoir par où commencer. Il est vrai que les traumas complexes ont tendance à mener à un sentiment de confusion, de perte de sens, comme expliqué dans les épisodes précédents. Donc si la réponse à cette question ne vous vient pas spontanément, c’est ok, laissez-vous le temps, allez-y à votre rythme avec les moyens qui s’offrent à vous.

3. Une troisième étape sur le chemin des guérisons sans demande de pardon, c’est de voir ce cheminement comme un cadeau que vous vous faites à vous-même.

Vous faites preuve d’auto-compassion, vous vous positionnez en votre faveur, vous défendez votre santé et vos intérêts, en d’autres mots, vous acceptez petit à petit de vous donner de l’amour. Je dis bien petit à petit. On ne méprise pas les petits commencements, car ce sont ceux qui durent le plus longtemps. Chaque pas, chaque progrès compte et mérite d’être valorisé, quelle que soit son ampleur.

4. Vous pouvez faire autant d’étapes que nécessaires. Personnellement je m’arrêterai à 4 dans cet épisode. Et donc une quatrième étape sur le chemin des guérisons sans demande de pardon, c’est de considérer qu’on ne peut guérir seul.e. Les besoins de reconnaissance, de validation, de soutien évoqués en début d’épisode peuvent aussi être comblés par une tierce personne à qui vous partagez la situation vécue et ce que vous auriez aimé recevoir des personnes présentes à ce moment-là. Ne vaut-il pas mieux une présence différée et une personne avec laquelle vous vous sentez en sécurité, que pas de présence du tout ?

Nous approchons de la fin de cet épisode et en bonus, j’aimerais vous partager une clé dont l’impact peut avoir une portée qui nous dépasse. Il s’agit de la demande de pardon par procuration. 

En bonus : la demande de pardon par procuration

Je n’ai pas inventé cette démarche, en tout cas je l’utilise en psychothérapie quand je sens que c’est adapté et nécessaire. Cela consiste à demander pardon à la personne blessée, au nom d’une figure, d’une personne que je ne suis pas, mais que je vais symboliquement et temporairement représenter.

Par exemple, il m’est arrivé d’accompagner un homme victime d’abus sexuels durant son enfance. Nous avons travaillé ensemble sur la première étape, à savoir exprimer ce qu’il aurait aimé recevoir comme demande de pardon. D’exprimer les besoins cachés derrière la colère, derrière l’insécurité qu’il ressent. Et il a pu trouver des mots pour exprimer les attentes et les besoins qu’il avait vis-à-vis des adultes qui l’entouraient à cette époque là, durant son enfance et qui malheureusement n’ont rien fait parce qu’ils ne se rendaient pas compte de ce qu’il vivait. 

La séance suivante, ce patient m’a tendu une perche et j’ai donc pu demander pardon à l’enfant qu’il était. Je me suis adressée à l’enfant en lui, au nom des adultes qui l’entouraient, qui n’ont pas vu, pas entendu sa souffrance, pas compris ce qui se passait, et qui n’ont pas pu le protéger. J’ai repris ce qu’il aurait aimé entendre à l’époque, ce qu’il a exprimé de ses besoins et là Il s’est effondré en larmes. Il a pu libérer la colère, la douleur qui étaient au fond de lui. Il y a littéralement eu un avant et un après chez lui suite à cette séance. Il a fait des progrès, des pas de géants dans son chemin de guérisons, c’était impressionnant, il n’en revenait pas lui-même. Et la particularité qu’il y avait chez ce patient, c’est qu’il a su associer sa foi à la démarche.

Je vous partage ce témoignage non pas pour que vous vous empressiez de le faire, il est important d’être accompagné et d’être à l’écoute de votre temporalité. Brusquer, précipiter, bâcler une démarche fait plus de mal que de bien en ce qui concerne les traumas et notamment les traumas complexes. Cela peut intensifier la douleur au lieu de la libérer. Ce n’est pas le but recherché. Je sais que je vous l’ai pas mal répété dans cet épisode, mais c’est pour votre bien. L’accompagnement d’un.e professionnel.le, surtout spécialisé dans les traumas. Ce sera plus approprié que de rester seul.e sur le chemin.

Si vous êtes croyant.e et que vous aimeriez bénéficier d’une approche holistique pour cheminer dans vos guérisons. C’est-à-dire une approche qui tient compte de vos dimensions, physique, psychologique et spirituelle. Vous pouvez envoyer un mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com, en précisant approche holistique en objet. On vous recontactera et on vous communiquera des contenus qui sont en cours de création, pour vous aider sur le chemin de vos guérisons. Et éventuellement vous proposer un accompagnement individuel avec cette démarche holistique. 

Ce 87e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

Vous pouvez partager vos commentaires, vos suggestions directement sur la chaîne YouTube. En pensant à vous abonner si ce n’est pas déjà le cas. Si vous avez des questions ou un témoignage à partager vous pouvez le faire par mail à l’adresse que je viens de vous communiquer : relationnellementvotre@gmail.com.

 

J’espère que cet épisode a pu vous aider. Si c’est le cas, un j’aime me permettra de le savoir et aidera le podcast à être poussé par l’algorithme YouTube, afin qu’il puisse aider encore plus de personnes.

Au plaisir de vous retrouver dans 2 semaines et d’ici là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

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