E83 : Traumas complexes et limites : des limites toxiques aux limites saines 2/2

Hello bienvenue sur ce 83e épisode de Relationnellement Vôtre.

Moi c’est Kelly, je suis psychologue et ce podcast a pour objectif de vous partager des informations, des outils sur vos modes de fonctionnements, de contribuer à la marche sur le chemin de vos guérisons à la fois émotionnelles, spirituelles, physiques et relationnelles bien sûr.

Cet épisode est en quelque sorte la 2e partie de l’épisode 82 sur les traumas complexes et  les limites. Dans l’épisode précédent, je vous ai partagé en quoi le trauma complexe affecte notre manière de concevoir les limites que nous posons, la manière dont allons respecter celles qui nous sont posées et les difficultés à établir des limites saines. Aujourd’hui j’aimerais vous parler des manières de revenir à un rapport sain en ce qui concerne les limites. Comment réussir à fixer un cadre, des bornes saines après un trauma complexe ?

1. Restaurer l’estime votre estime personnelle et revaloriser votre non

Tout d’abord, la guérison a besoin de se faire au niveau de l’estime de soi, restaurer votre estime personnelle et revaloriser votre NON. Je vous le partageais en bonus de l’épisode précédent : le fait de reconnaître que vous avez de la valeur au même titre que tout autre être humain et que votre NON compte, vous aidera à accorder autant d’importance et de respect à vos opinions, vos principes, vos besoins, vos ressentis, qu’à ceux des autres.

Réussir à poser une limite qu’elle soit personnelle ou relationnelle est bien évidemment lié à la notion de respect. Or dans le trauma complexe, la difficulté est de se croire digne de respect malgré le manque de respect vécu durant plusieurs années, au sein de relations toxiques. La première étape est donc de rétablir un regard sain sur vous-même. Je ne me lasserai pas de le répéter, ce que vous avez vécu ne vous retire pas votre valeur, car votre valeur ne dépend pas d’un être humain, mais uniquement de Celui qui vous a créé.

Vous accordez-vous le respect suffisant pour vous dire :

  • Je veux prendre soin de moi, de ma santé, je vais revoir mon alimentation
  • Si je me sens fatigué.e je l’exprime afin de prioriser le repos au lieu de tirer sur la corde.
  • J’accepte que refuser une invitation ne marque pas la fin de la relation. Mes relations sont suffisamment solides pour que mes limites soient accueillies.

Nos relations nous traitent de la manière dont nous les autorisons à nous traiter, en fonction des limites que nous posons ou n’osons pas poser. En apprenant à vous traiter comme vous voudriez que votre entourage vous traite, vous chercherez à faire preuve de cohérence et de congruence, c’est-à-dire que ce que vos actes sont bien le reflet de vos mots et ce, en restant constant.e. C’est ainsi que le respect s’instaure et que vos limites pourront être considérées. Vous ferez preuve  de soin, de respect, de bienveillance, de douceur, envers vous. Il y aura des faux pas, c’est normal, comme dans tout apprentissage, nous faisons des erreurs. L’essentiel, c’est de persévérer sur cette voie, de continuer à viser cet objectif qui est de rétablir une estime de soi suffisant solide, positive, pour oser poser des limites et les faire respecter.

 

  1. Déterminer vos valeurs, vos principes fondamentaux, vos priorités

Les environnements propices aux traumatismes complexes ne permettent pas à l’enfant, ni à l’ado de s’exprimer, de s’affirmer. Le mode survie est enclenchée, il n’y a pas d’espace de réflexion sur ce qui compte vraiment pour nous. La construction de soi se fait en réponse à l’environnement en question. La seule préoccupation, c’est comment faire face au quotidien en limitant la souffrance, le stress et tout autre problème rencontré. Il n’est pas trop tard pour vous poser ces questions : que voulez-vous vraiment pour votre vie, en tenant compte de vous, de qui vous êtes. Je vous encourage vivement à être accompagné.e par un.e professionnel.le dans cette démarche. L’aborder dans la réflexion partagée, l’échange sera probablement plus productif et moins anxiogène.

Peut-être que vous avez été habitué à ce qu’on vous dise quoi faire, quand le faire, comment le faire durant votre enfance et votre adolescence. Vous avez été privé de cette période saine de la fameuse crise d’ado, qui n’est autre qu’une période de remise en question de ce qui a été inculqué, afin de savoir ce que vous voulez vous approprier, reproduire, conserver dans votre vie d’adulte, ou ce que vous préférez faire différemment ou encore ce que vous refusez de perpétuer. Cette phase qu’est la crise d’adolescence contribue à la construction et surtout à l’affirmation de soi. C’est plus cohérent de défendre un point de vue quand vous savez avec conviction pourquoi c’est le vôtre désormais. plutôt que d’adhérer à une opinion parce qu’on vous dit que c’est comme ça et pas autrement est bien plus compliqué à argumenter en cas de désaccord. C’est le même principe pour les limites. En ayant vous-même déterminé vos valeurs, vos priorités, vos non-négociables, vous saurez les soutenir, les protéger, les défendre.

Oserez-vous prendre le temps de déterminer ne serait-ce que 5 valeurs fondamentales ou 5 non-négociables dans votre vie personnelle, des limites que vous vous fixez ou vous fixerez à vous-même et 5 autres valeurs, des valeurs relationnelles que vous défendez dans vos relations ?

 3. Occuper votre position d’adulte

Une autre clé importante dans l’établissement ou le rétablissement de limites saines dans votre vie, c’est de vous installer dans votre position d’adulte. Le trauma complexe est bien souvent causé par des expériences négatives de l’enfance et/ou de l’adolescence. Or, ces situations provoquent comme des fixations sur le plan affectif, telles que même si vous prenez de l’âge, vous pouvez garder des comportements, des réactions propres à l’âge que vous aviez quand les violences, les abus, les négligences, les pertes et autres situations complexes se sont produites.

Par exemple, si vous avez grandi dans un environnement où la violence verbale et parfois même physique faisait partie de votre quotidien, vous remarquerez que même à 30, 40, 50 ans ou plus, vous pouvez avoir les mêmes réactions de peur, de figement, de panique intérieure ou d’agressivité, de colère que vous aviez étant enfant. Vous vous sentez dans la même vulnérabilité, la même impuissance alors que la donne a bien changé depuis. Vous avez beaucoup plus de ressources pour vous protéger, vous défendre de manière appropriée. Le hic, c’est que votre système limbique, ce cerveau émotionnel va directement réagir à partir de vos expériences vécues. Le cortex, qui permet la réflexion et l’élaboration de stratégies, n’a pas le temps d’intervenir. C’est donc l’enfant en vous qui va se manifester et non l’adulte que vous êtes.

Réussir à rétablir des limites saines nécessite de ramener l’adulte à sa juste place. Un moyen intéressant d’y arriver peut être de demander à l’adulte que vous êtes, ce qu’il ferait pour aider l’enfant, le protéger d’une manière appropriée. Petit à petit, ce ne sera plus l’enfant en danger qui réagira quand vous serez face à une situation qui nécessite de vous positionner fermement. Ce sera l’adulte qui répondra. Ca va demander du temps, du travail sur vous et une fois de plus ça en vaut vraiment la peine. Vous pourrez alors entretenir des relations saines au lieu de subir des relations toxiques.

Il faut le reconnaître le trauma complexe cause une forme d’immaturité sur le plan psycho-affectif. Nos réactions ne sont pas celles que nous sommes censées avoir en tant qu’adultes. Il vous est sûrement déjà arrivé d’avoir l’impression qu’un collègue de travail se comporte en enfant. Ou peut-être vous êtes vous déjà surpris.e vous-même par l’immaturité de vos réactions dans des circonstances bien particulières, telles qu’une injustice, un sentiment de rejet, d’abandon, d’humiliation ou de trahison. Eh oui, chacun de nous a un enfant en lui et pour beaucoup d’entre nous, celui-ci a malheureusement été blessé, trahi, rejeté voire même violenté, abusé ou négligé… Les adultes que vous et moi sommes devenus ont un rôle a joué pour aider cet enfant à guérir afin que l’adulte puisse pleinement occuper sa place, s’exprimer et avancer dans la vie, dans ses relations.

Imaginez qu’un collègue de travail s’arrange pour que vous fassiez une partie de son travail. L’enfant en vous craint la confrontation car vous avez grandi dans un environnement où les disputes éclataient en une fraction de seconde et prenaient des proportions effrayantes. Ca dégénérait assez facilement. Vous appréhendez la réaction du collègue en question. Mais en même temps, l’adulte en vous trouve totalement injuste de devoir assumer une charge de travail qui n’est pas la vôtre. Vous avez la possibilité de laisser l’enfant subir la situation par peur d’aller au conflit. Ou en tant qu’adulte, vous pouvez envisager différentes manières de mettre votre collègue face à ses responsabilités en lui exprimant vos limites. Une astuce en passant, c’est de poser des questions avec une pointe d’humour ou de sarcasme : « il me semble qu’une partie de ton travail s’est égarée dans mes tâches du jour, je lui indique le chemin jusqu’à toi ou tu te charges de la récupérer ? ». C’est un exemple, après libre choix à vous de customiser, de personnaliser en fonction de qui vous êtes bien sûr.

 

  1. Réapprivoiser la discipline comme une alliée, dans l’équilibre

Un élément essentiel dans l’établissement ou le rétablissement de limites saines, c’est la discipline. C’est souvent compliqué de faire preuve de discipline après un trauma complexe. Dans ce cas, la discipline est fortement associée aux abus, à l’atmosphère oppressante, contraignante, stressante qui a contribué au trauma. Il y a comme un refus viscéral de la discipline, une opposition réactionnelle à la contrainte. L’enfant qui a été privé de liberté d’être, de liberté de choisir, pousse l’adulte que nous sommes devenu à rechercher cette liberté. Cela se fait fréquemment dans l’excès ou l’extrême opposé.

On observe alors un refus de la discipline sous la forme anarchique ou rebelle : je fais ce que je veux quand je veux, on ne m’impose rien. Je vis selon mes règles, à savoir aucune. Ou alors il peut aussi se produire une volonté d’avoir du cadre, mais avec une grande difficulté à le conserver, que ce soit sur le plan personnel ou relationnel, une difficulté à se freiner, à s’arrêter face à une source de plaisir. C’est ainsi que des excès puis des addictions se développent.

Par exemple, vous prenez un verre d’alcool, vous vous sentez bien, vous avez envie d’en prendre un autre, puis un autre et c’est l’engrenage. Autre exemple, vous vous faites un p’tit plaisir avec une délicieuse pâtisserie. Vous ne voulez pas que cette sensation de plaisir s’arrête. Vous êtes tenté.e de manger autre chose et sans même vous en rendre compte, vous videz les placards. Ou encore, vous êtes avec une personne avec laquelle vous passez un super moment. Ca peut être sur un plan amical ou amoureux. C’est très compliqué pour vous de mettre fin à ces moments partagés avec cette personne en particulier. Vous avez l’impression de ne plus pouvoir vous passer de cette relation. Vous n’avez qu’une envie, c’est de passer de temps avec cette personne et vous vous coupez progressivement de tout autre relation.

Les limites ne sont pas censées nous priver de liberté, elles ne sont pas des ennemies, elles sont censées nous protéger. L’objectif est donc de réapprivoiser la discipline en la considérant comme une alliée qui vous protège en étant dosée dans l’équilibre. La discipline n’est pas censée être l’arme blessante que vous avez connue dans des relations abusives.

Rien que le mot discipline peut vous faire tiquer, libre choix à vous de le remplacer. L’objectif c’est de vous donner un cadre de vie qui favorise votre bonne santé, qu’elle soit spirituelle, émotionnelle, physique, relationnelle.

De quoi avez-vous besoin pour rester en santé dans chacun de ces domaines ? Quel objectif visez-vous ? Personnellement, je vise l’épanouissement.

Pour rappel, dans Relationnellement Vôtre l’épanouissement, c’est :

L’épanouissement c’est l’art et la manière de vivre en étant authentiquement soi-même, tout en sachant préserver ou ramener l’harmonie dans sa vie et ses relations, quelle que soient les circonstances ou la météo de la vie.

Chacun est libre de trouver cet épanouissement comme il le souhaite. Si vous voulez quelques trucs et astuces. Je vous partagerai les miens sur un plan perso sur une autre chaîne YouTube en construction, qui s’appelle @maboxàressources. Je laisserai de côté ma casquette de psy pour vous partager en toute simplicité les ressources qui m’aident à continuer d’avancer sur le chemin de mes guérisons et contribuent à mon épanouissement. Il n’y a pas encore de contenu publié mais ca ne saurait tarder. Vous pouvez d’ores et déjà vous abonner comme ça vous serez directement informé.e de la mise en ligne de tout nouveau contenu. 

La parenthèse se referme là et nous pouvons revenir à nos moutons.

 

  1. Cultiver la motivation

Tout ce qui n’est pas naturel, qui n’est pas automatique nécessitera des efforts. Donc il est fort probable que certains jours vous n’ayez pas envie de poser des limites, pas envie de les respecter, ni de faire respecter, juste pas envie. Et que faire dans ce cas, quand on n’a juste pas envie ?

C’est une question de motivation. La motivation est un feu qui s’entretient, sinon elle s’éteint. En l’occurrence, qu’est-ce qui vous motive à vouloir poser des limites dans votre vie personnelle et relationnelle ?

  • Vous voulez prendre soin de vous pour une meilleure santé ?
  • Vous voulez vous sentir mieux dans votre tête et dans votre corps ?
  • Vous voulez partager des relations saines, où le respect, la bienveillance sont démontrés ?

Nous nous dirigeons vers ce que nous regardons. Si vous regardez devant vous, vous allez avancer, si vous regardez derrière vous, vous allez reculer. Dès que nous perdons l’objectif, le but visé, la motivation diminue et nous arrêtons d’avancer. En ayant bien en tête les raisons pour lesquelles vous voulez fixer des limites, vous voulez un certain cadre qui vous protège et protège vos relations, la motivation sera alimentée. Et petite cerise sur le gâteau, vous pouvez prendre le temps de regarder le chemin parcouru, de célébrer les progrès réalisés. Vous revenez peut-être de loin. Etes-vous :

  • Cet enfant dont on n’écoutait pas le point de vue qui est devenu un adulte qui dit ce qu’il pense et qui argumente son opinion ?
  • Ou cet enfant, cet ado dont le NON a été totalement ignoré qui réussi à dire NON et le maintenir fermement ?
  • Ou cet enfant, cet ado effacé.e, mis de côté qui est désormais un adulte qui occupe sa place.
  • Ou encore cet ado rebelle, anarchique qui a trouvé un équilibre dans une vie saine ?

C’est important de pouvoir à un moment donné faire le bilan et juste être reconnaissant du chemin parcouru, des victoires remportées. 

La liste de clés proposées est non-exhaustives, il y en a bien d’autres. Par contre la durée de cet épisode étant limitée, disons que ces 5 clés sont déjà un bon début. Avant de m’arrêter, en bonus, j’aimerais vous laisser un encouragement.

En bonus, un encouragement

Il est fort probable que des croyances limitantes, des mensonges du passé risquent de vous revenir en tête :

  • Pourquoi me fatiguer à essayer de poser des limites, personne ne les respecte
  • J’y arriverai jamais, c’est trop dur
  • J’ai déjà essayé, cela ne fonctionne pas

A ce genre de mensonge, j’aimerais vous demander : que dites-vous d’essayer autrement ? Vous pouvez y arrivez, croyez-en mon expérience personnelle et professionnelle. Si ça n’a pas encore fonctionné pour vous, c’est que les clés essayées n’étaient pas faites pour ces serrures-là, mais il y a d’autres clés, d’autres approches, d’autres manières de faire pour arriver à installer ou réinstaller des limites saines dans vos relations. N’hésitez pas à solliciter l’aide d’un.e professionnel.le. C’est peut-être le pas de côté dont vous avez besoin afin de regarder votre situation d’un autre angle et ainsi, de voir l’issue recherchée.

Voilà, ce 83e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

Sentez-vous libre de commenter l’épisode directement sur la chaîne Youtube. Vous pouvez aussi poser vos questions ou partager vos témoignages par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.

Si cet épisode vous a été utile, pensez à mettre un j’aime et si vous avez fortement pensé à une personne en l’écoutant, que dites-vous de le lui partager ?

 

La pause estivale approche à grand pas pour moi, elle débutera au 1er juillet, il ne reste donc plus qu’un épisode, avant que cette pause ne soit effective. On se retrouve donc dans 2 semaines pour un nouvel épisode sur la thématique des traumas complexes. D’ici là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

signature

Laisser un commentaire