E77 : La culpabilité traumatique : comment se libérer de ce sentiment paraxodal ?
Hello bienvenue sur ce 77e épisode de Relationnellement Vôtre.
Cela fait quelques mois maintenant que nous avançons dans la série d’épisodes sur le trauma complexe. Et nous abordons tout juste les mécanismes psychologiques et relationnelles qui découlent de ce type de trauma.
Lors de situations traumatiques répétées, nous ressentons le besoin de recréer mentalement ce qu’il s’est passé, en essayant d’y trouver du sens, un sens. Dans le cadre de cette rumination, deux sentiments très forts prennent forme : l’un est la honte et l’autre, la culpabilité traumatique.
Dans l’épisode précédent, vous avez découvert la honte sous un autre angle, avec des tips pour vous libérer de ce sentiment si toxique. Cette semaine, je vous propose d’en faire autant avec la culpabilité traumatique.
Qu’est-ce que la culpabilité traumatique ?
De manière générale, la culpabilité est un sentiment qui émerge en nous quand nous croyons que nous avons fait quelque chose de mauvais ou commis une erreur. Elle peut se manifester aussi quand nous croyons ne pas avoir fait une chose que nous aurions dû faire.
Cette culpabilité est animée par notre conscience, ce garde de sécurité censé nous aider à protéger notre santé et nos relations en nous alertant dès que nous franchissons les limites de nos valeurs, de nos croyances, de la morale, de l’éthique ou de la loi. Cette alarme nous fait mal intérieurement en nous rappelant que ce n’est pas sans conséquences : blesser autrui, endommager une relation ou notre propre vie. L’alarme s’éteint normalement une fois que nous faisons en sorte de prendre des résolutions, en revenant dans le cadre établi, en demandant pardon et si nécessaire en réparant les torts causés. Une fois l’alarme éteinte, nous retrouvons un sentiment de sérénité, d’apaisement ou de joie. C’est le but de la conscience et c’est ainsi qu’elle est censée fonctionnée « normalement ». En ce qui concerne la culpabilité traumatique* :
il s’agit du sentiment d’être responsable de ne pas avoir évités les situations traumatiques ou de la croyance erronée d’avoir provoqué voire mérité la situation de violence, d’abus, de perte ou de négligence vécue. Même si dans les faits nous ne sommes pas coupables du traumatisme, c’est comme ça que le cerveau l’interprète pour faire face à la situation. C’est un mécanisme de défense dans le but de reprendre le contrôle de la situation subie au départ.
Cette culpabilité traumatique prend la forme de pensées et de conjectures associées à des fausses idées sur ce que l’on aurait pu faire ou ne pas faire pour éviter ou limiter les dommages que nous avons subi. Nous commençons à nourrir des réflexions du genre “J’aurais dû mieux me défendre”, « j’aurais dû partir de la maison », « j’aurais dû raconter ce que je vivais », etc
Un sentiment paradoxal…
Le paradoxe de la culpabilité traumatique réside dans le fait que la personne qui a subi un dommage se sent responsable de ce dernier, alors qu’elle n’en est pas la cause. Mais pourquoi une victime se sentirait-elle coupable ?
Eh bien les paroles dévalorisantes, humiliantes, les violences physiques, les négligences et les blessures émotionnelles vécues à travers les relations partagées modifient notre conscience et les filtres avec lesquels nous lisons la réalité. Les paroles et comportements violents, les absences sont intériorisés et retournés contre soi. Au final, notre évaluation de ce dont nous sommes responsables est biaisée. La lecture des faits n’est plus objective, il n’y a plus de répartition des responsabilités, tout retombe sur nos épaules. Notre conscience devient un juge intérieur et l’alarme sonne constamment C’est alors que les croyances suivantes prennent place : « c’est moi qui ai provoqué cette situation », « si je n’avais pas dit ou fait cela, toute cette situation aurait pu être évitée », « si j’étais plus comme ci ou moins comme ça, tout cela ne serait pas arrivé ». On est d’accord que ce sont des croyances erronées.
Cette culpabilité ne mène nulle part, pourtant elle donne l’impression, l’illusion que vous auriez vraiment pu faire les choses différemment, autrement, afin d’éviter ce qui vous est arrivé. Alors que si vous replacez les choses dans le contexte, votre réaction au moment où vous avez vécu la situation à la base du traumatisme, était à ce moment-là la seule réaction que vous pouviez manifester. Le cerveau analyse les paramètres et met en œuvre la réaction qui lui semble la plus efficace sur le moment, avec ce que vous avez comme ressources et les paramètres qui lui sont fournis. Quand il est en état d’alerte, les réactions sont primaires, comme nous avons pu le voir dans les épisodes 70 à 74. Donc avec du recul, vous aurez forcément l’impression que vous auriez pu penser à faire différemment, mais ça n’a pas été le cas, pour des raisons propres au contexte dans lequel vous vous trouviez à ce moment-là et à l’état d’alerte de votre cerveau dans cette situation précise. Une fois le sentiment de menace ou de danger éloigné, vous aurez bien sûr beaucoup plus d’idées et tout un éventail de réactions que vous pouvez imaginer et que vous auriez aimé avoir à ce moment là. C’est si évident avec du recul, une fois sorti.e de la situation de « danger ». Ce n’est plus si évident en situation d’alerte. Et c’est important de vous le rappeler.
La culpabilité traumatique grignote progressivement l’estime de soi. C’est alors que nos réactions vont prendre une toute autre ampleur en fonction des difficultés ou des situations d’échec rencontrées :
- Certains d’entre nous vont réagir en exprimant une forme de désespoir : de toute façon c’est peine perdue, je n’y arriverai jamais, à quoi bon…
- D’autres personnes vont prendre sur elle toute la responsabilité : j’aurais pu mieux faire », « j’aurais dû penser à ci ou ça », « tout est de ma faute »
- Et d’autres personnes parmi nous vont vouloir cacher, camoufler autant que possible cet échec, faire en sorte de le rendre secret, avec la peur de la réaction des autres : « ils vont se moquer, m’humilier, me sanctionner, me rejeter… »
On retrouve les mêmes mécanismes toxiques que la honte. La culpabilité traumatique est souvent associée à un sentiment de honte. Elle pousse tout autant à garder le silence, à entretenir le secret.
Une chose indéniable, la culpabilité traumatique tue à petit feu. Elle tue l’estime de soi, qu’il s’agisse de l’image de soi, l’amour de soi, de la confiance en soi. Elle éteint l’espoir, l’optimisme, cette vie qui vaut la peine d’être vécue. Faute d’outils, nous ne savons pas comment faire face à la culpabilité, comment la réguler et comment nous libérer de son action destructrice. Que faire ?
Comment se débarrasser de ce sentiment destructeur ?
Il y a différentes manières d’y arriver : des manières temporaires, superficielles et des manières profondes.
Par manières temporaires et superficielles, je veux parler de toutes les alternatives que nous pouvons utiliser pour fuir ou faire taire notre conscience « déréglée », ce juge intérieur qui passe son temps à nous accuser. Tous les moyens sembleront bons pour détourner notre attention ou nous anesthésier : consommer certaines substances, se réfugier dans des activités de manière excessive, s’abrutir devant un écran (téléphone, ordi, tablette ou télé) afin de ne plus réfléchir, et ce n’est pas un jugement, il m’arrive aussi parfois d’utiliser ce mécanisme là. Bref tout ce qui stimulera le fameux circuit du plaisir, nous permettant de nous évader sera le bienvenu, au risque de basculer dans un ou plusieurs addictions. Sauf qu’au bout d’un moment, la substance n’a plus d’effet, l’activité s’arrête, les vidéos sont terminées et la culpabilité est toujours là.
Une autre alternative qui semble plus durable, mais pas forcément saine pour autant, c’est de tenter d’étouffer ou de masquer la culpabilité traumatique en essayant d’être parfait : le fameux perfectionnisme en réaction traumatique. Si je fais en sorte d’être irréprochable, ça devrait bien se passer, l’alarme devrait c’était. On est d’accord que ce sont des mécanismes inconscients, mais c’est pourtant ce qui se passe. Et cette stratégie est épuisante, puisque l’objectif est inatteignable. Nous aurons l’occasion d’approfondir dans un épisode sur le perfectionnisme.
Sortir de cette culpabilité traumatique de manière durable nécessite d’affronter la culpabilité et de la démonter étape par étape.
- La première étape, c’est de trouver la relation de confiance au sein de laquelle vous pourrez en parler. Sortir du silence, tout comme la honte, reste la première étape.
- Ensuite il s’agit de ramener les faits petit à petit, à votre rythme, afin de replacer la part de responsabilité de chacun, là où elle doit être. Non tout n’est pas de votre faute, cette croyance est erronée et il est important de l’accepter si vous voulez vous libérer de cette culpabilité. D’ailleurs, chaque fausse croyance aura besoin d’être démontée sur le chemin des guérisons.
Ca va faire remonter des émotions et c’est complètement ok. Ca signifie que vous êtes connecté.e ou reconnecté.e à vous-même que vous êtes sorti.e de la dissociation, de la déconnexion bien souvent provoquée par le trauma complexe et ses mécanismes de survie, comme évoqué précédemment.
Il est fondamental de vaincre le silence, de réinterpréter ce qui a eu lieu avec un critère plus réaliste et flexible et de donner un sens à la souffrance.
- La dernière étape et pas des moindres, c’est le processus de pardon, réussir à vous pardonner et à avancer sur le chemin de la réconciliation avec vous-même. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a rien d’extraordinaire au fait de continuer à avancer malgré les trauma vécus, pas le choix, il faut aller de l’avant. Et si vous preniez juste le temps d’être fier.e de vous si vous avez trouvé, gardé ou retrouvé cette force de vivre malgré les traumas vécus. C’est une victoire et elle vaut plus que la peine d’être célébrée n’est-ce pas ?
Juste un rappel en bonus
J’aimerais juste faire un rappel sur l’importance de s’arrêter et de faire une vérification concernant la culpabilité, savoir si vous avez besoin de vous en libérer. Car ce sentiment peut-être une porte ouverte aux relations abusives. Les personnes manipulatrices ont des radars qui détectent lorsqu’une personne se sent coupable et surtout lorsqu’une personne se sent excessivement coupable. Elles vont alors appuyer sur cette culpabilité pour vous amener à faire ce qu’elles veulent.
Vous n’avez probablement pas envie de devenir prisonnier, prisonnières de cette personne qui n’assume aucune responsabilité et vous renvoie constamment que c’est de votre faute. Peut-être s’agit-il d’un membre de votre famille, d’un votre voisin, de votre manager, d’un collègue, peu importe, je tiens à vous rappeler que rien ne vous oblige à subir cela.
Si vous savez que la culpabilité à tendance à camper dans votre cœur, que dites-vous de demander de l’aide de manière à vous en libérer. Ca en vaut la peine afin de retrouver l’estime personnelle qui vous permettra de poser des limites et de partager des relations saines.
Voilà, ce 77e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager, vous pouvez le faire en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com.
Si vous pensez que cet épisode peut aider, encourager un de vos proches, un ami, peu importe. N’hésitez surtout pas à lui partager le lien. On ne sait jamais l’impact qu’une phrase de l’épisode peut avoir dans une vie. Je ne vous dis pas ça pour me gonfler, loin de là, je vous le partage parce que je l’ai constaté à travers vos retours et vos témoignages très touchants. je ne mesure pas l’impact des épisodes dans vos vies, c’est vous qui me le témoignez, qui me le rappelez à travers vos commentaires et témoignages, je vous en remercie encore du fond du coeur.
Au plaisir de vous partager un nouvel épisode dans deux semaines et d’ici là, bonne continuation à vous sur le chemin de vos guérisons.
