E76 : Comment se libérer de la honte toxique liée au trauma complexe ?

Hello bienvenue sur ce 76e épisode de Relationnellement Vôtre.

Nous entamons un virage dans la série d’épisodes sur le trauma complexe. Nous abordons les réponses traumatiques, ces modes de fonctionnements, ces comportements développés en accommodation aux expériences négatives ou aux expériences traumatiques de l’enfance.
Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous allons zoomer sur la honte, ce sentiment dont on a absolument besoin de se débarrasser après avoir vécu des abus, des violences, des négligences sous des formes diverses, quelles qu’elles soient.

Qu’est-ce que cette honte ?

Je vous propose de commencer par la définition de la honte au sens large, celle proposée par le Dr Brene Brown, une chercheuse qui a longuement étudié la honte, la culpabilité, l’empathie et la vulnérabilité.

Elle explique l’ABC de la honte :
A : la honte est universelle. C’est l’une des émotions les plus primitives.
B : tout le monde a peur de parler de son sentiment de honte
C : moins on parle de la honte, plus elle prend le contrôle.

Selon Brené Brown, la honte se définit comme le sentiment ou l’expérience intensément douloureuse de croire que nous sommes défaillants, pleins de défauts, pas assez, et par conséquent indignes d’amour, d’intimité ou de contact.
Avec des discours tels que « je suis une mauvaise personne », « je suis un gâchis »…

Brené Brown ajoute que la honte a besoin de 3 ingrédients pour grandir et demeurer : le secret, le silence et le jugement. Voilà pourquoi la honte est un sentiment qui s’accroche tant lorsqu’il y a un trauma complexe précoce, c’est-à-dire au trauma vécu durant les expériences négatives de l’enfance. L’enfant ne sait pas que ce qu’il vit ne devrait pas se passer comme ça. Il sait juste qu’il ne faut pas parler. Puis quand il se rend compte que sa situation n’est pas « normale », un discours intérieur prend place. Un discours alimenté par la peur des réactions et du regard des autres: 

« ca se trouve ils vont dire que c’est de ma faute, ils vont le ou la défendre… »
« si je le dis on ne va pas me croire »
« et si plus personne ne voulait me parler après ça ?… »
« je suis sûr.e qu’ils vont se moquer de moi si je leur raconte »

Chaque pensée vient renforcer l’idée qu’il est préférable de ne pas en parler. L’environnement dans lequel le trauma est vécu et le trauma complexe en lui-même, provoquent une mésestime de soi ou une perte d’estime de soi. La représentation de soi est donc négative, pleine de défaut. Cela génère la peur d’inscrire cette même image négative, défaillante chez l’autre. Conclusion, le cerveau qui cherche très vite la meilleure option pour nous protéger, il choisira le secret, le silence.
Quelle double peine. Il y a non seulement le poids des souffrances vécues auquel vient s’ajouter la honte et ses injonctions : « tais-toi, cache, mens, fais tout ce qu’il faut, il ne faut surtout pas que ça se sache ». En voulant se protéger des conséquences de dire, la honte amène à l’isolement, l’enfermement dans le silence. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a écrit en 2010 un livre intitulé « mourir de dire : la honte ». Un titre très parlant qui illustre si bien ce qui rend la honte indicible.

Quels mécanismes sont alors mis en place pour supporter la honte ?

La honte provoque une autocritique, une dépréciation et un sentiment d’infériorité.
L’agression, la violence, l’abus, la négligence amènent à croire les représentations erronées selon laquelle l’autre vaut plus ou vaut mieux que soi.
« Je n’ai pas réussi à m’opposer, me protéger, me défendre, m’affirmer » : je ne suis pas capable, je ne suis pas assez… » et vous mettez ce que vous voulez derrière.
Toutefois ce qui est surprenant c’est qu’une personne souffrant d’un trauma complexe, en lutte avec ce sentiment de honte, trouvera malgré tout une grande énergie pour protéger d’autres personnes en situation de vulnérabilité.

Une chercheuse et théoricienne de la culture et des relations nommée Linda Hartling expliquent différentes stratégies de détachement utilisées pour supporter la honte. Elle parle de stratégie de détachement, car il s’agit de réduire la douleur générée par le sentiment de honte. Linda Hartling expose plus particulièrement 3 stratégies :

  • La 1ere, c’est la fuite : le fait de se retirer, de s’isoler, se cacher
  • La 2e stratégie, c’est d’aller vers les autres en cherchant à plaire, à apaiser, à éviter de faire des vagues ou à masquer le sentiment de honte à travers des performances, des ambitions.
  • Et la 3e stratégie pour supporter la honte, c’est d’aller non pas vers les autres, mais contre les autres en essayant de prendre le pouvoir, d’avoir le dessus, en se servant de l’agressivité ou en amenant les autres à ressentir de la honte, pour combattre la honte.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on retrouve à nouveau les 3 réactions de survie : se figer, fuir ou combattre. Nous sommes tous susceptibles d’utiliser l’une de ces stratégies ou même les 3, avec différentes personnes, à différents moments de nos vies, pour diverses raisons. Ces modes de fonctionnement bien souvent inconscients sont relativement efficaces en surface et très coûteux en économie psychique et en énergie physique.En d’autres mots, fonctionner comme cela est épuisant. Par exemple, si vivre avec le sentiment de honte implique de compenser avec des performances, des ambitions, c’est sans fin !! Je n’ose imaginer l’énergie déployée et tout ce que ça implique dans le paraitre.
Si on prend l’exemple de l’agressivité, l’opposition constante pour avoir le dessus, c’est épuisant de vivre dans le conflit, le combat constant avec l’autre. Et concernant le fait de se taire, Boris Cyrulnik souligne :

« il n’y a rien n’est plus épuisant pour l’organisme que l’inhibition, la contrainte à ne pas dire, à ne pas bouger. La honte se transforme en agresseur intime. Le traumatisme ou la douleur passée continue à agir dans le présent et l’on persiste à répondre à une agression passée dans un milieu à présent sans violence. »

Il utilise l’expression de la honte qui empoisonne la vie, qui devient un poison pour l’âme. Et compte tenu de ce que je viens de vous partager, nous comprenons mieux en quoi c’est le cas. Mais alors, que faire pour sortir de ce sentiment de honte rattaché à un trauma complexe ?

Comment sortir de la honte ?

Comme vous l’avez probablement compris, la honte trouve son pouvoir dans le secret et le silence. Se libérer de la honte passe donc par le fait de lui faire perdre son pouvoir en parlant, en cessant de se taire, donc en parlant. L’antidote à la honte, c’est la verbalisation, l’expression. Brene Brown utilise les images suivantes : « en nommant et en exprimant la honte, on lui coupe littéralement l’herbe sous le pied. Une fois nommée, elle commence à se faner. De la même manière que la lumière est mortelle pour les Gremlins, le langage et le récit éclairent et détruisent la honte. »

Mettre des mots sur les traumas, plus facile à dire qu’à faire n’est-ce pas ? C’est là que la résilience fait son entrée. Quels sont vos tuteurs et vos facteurs de résilience ?

Pour rappel : 

la résilience, c’est la capacité à reprendre un type de développement après un traumatisme.

Les tuteurs de résilience sont donc des relations qui vont nous aider à surmonter les traumatismes vécus. Ca peut être un partenaire de vie, un membre de la famille, un ami, un mentor, un coach, etc même Dieu, la relation avec Dieu fait partie des tuteurs de résilience.

Les facteurs de résilience sont des éléments qui vont favoriser le rebond, la reprise du processus de développement. Pour en citer quelques exemples : l’optimisme, le sens de la moralité, la spiritualité, l’humour, l’activité physique, le fait d’avoir un modèle, la capacité à faire face à la peur, le fait d’avoir une mission, un objectif.

On en revient à ce qui a été partagé dans les épisodes précédents. Plus nous réussissons à trouver ou à ramener de la sécurité dans nos relations, dans des activités qui contribuent à sortir de l’hypoactivation ou de l’hyperactivation et donc à rester dans notre fenêtre de tolérance, mieux nous réussirons à mettre des mots sur nos traumas.

C’est en sortant du silence que vous pourrez bénéficier de l’aide dont vous avez besoin pour restaurer votre estime personnelle et soigner vos blessures.
Quelle relation vous permet de vous sentir accepté, écouté, accueilli sans jugement ?
Cette relation est-elle un lieu sûr dans lequel vous pouvez commencer petit à petit, un pas après l’autre à mettre des mots sur ce qui provoque ce sentiment de honte ?
Si vous vous dites qu’aucune de vos relations actuelles ne vous permet de vous sentir en sécurité, il est possible que la honte ait fait son job jusqu’au bout, en vous amenant à vous isoler.

Boris Cyrulnik explique qu’il y a 3 facteurs anti-résilience, 3 facteurs qui empêchent la reprise d’un type de développement après un trauma : l’isolement, le non-sens (l’incapacité à faire un récit de ce qui m’est arrivé) et la honte.

Si la honte et donc le retrait social vous empêche temporairement de trouver des tuteurs de résilience, elle n’est pas aussi efficace concernant les facteurs de résilience. Quelles activités vous permettent de vous dire que comme tout être humain vous avez de la valeur, ni plus, ni moins ? Serait-ce le dessin, la peinture, la musique, la danse, le chant, bref l’art ? Ou plutôt le sport et là vous avez l’embarras du choix ? Et il a bien d’autres activités qui peuvent vous permettre de sentir que vous comptez, que vous avez de la valeur. 

Comme on approche de la fin de l’épisode, J’aimerais vous laisser méditer sur cette question : quelles activités vous permettent de vous dire que comme tout être humain, vous avez de la valeur ?

Comme vous le savez, je ne m’arrête pas avant d’avoir partagé un bonus. Ce bonus pourra peut-être vous aider niveau résilience.

Un encouragement en bonus

Comme je vous le disais tout à l’heure, un facteur de résilience, antidote à la honte se trouve dans la relation avec Dieu. Si vous écoutez le podcast depuis plusieurs mois, vous m’avez sûrement déjà entendu dire : « qui de mieux placé que le fabricant d’un élément pour en déterminer la valeur ? Dans cette logique, en tant qu’être humain, notre valeur dépend du Créateur de l’humanité, le Fabricant par excellence. » Si on reprend une image un peu plus terre-à-terre, celui qui a fabriqué le billet de 100€, a dit, c’est un billet de 100, personne ne peut venir discuter la valeur du billet authentifié. C’est 100€ point.

Avez-vous déjà vu cette vidéo où un enseignant explique à ses élèves que peu importe le traitement infligé à un billet, qu’il soit mouillé, chiffonné, piétiné, oublié, il reste un billet de 100€.
Vous avez eu votre lot de souffrances, peut-être que vous souffrez de traumas et que vous lutter pour sortir de la honte. Et si cela passait par le fait de commencer à vous voir comme une personne créée et voulue par Dieu. Une personne qui a de la valeur. Les êtres humains pensent et disent ce qu’ils veulent, vous ne pouvez pas les empêchez de parler. Mais vous pouvez réduire la valeur de leurs paroles en vous rappelant que votre valeur dépend de votre Créateur. Cette valeur ne changera jamais quel que soit le jugement des gens sur vous, quoi qu’il se soit passé dans votre vie. Ces personnes peuvent vous voir négativement, ne pas comprendre ce qui vous est arrivé, ne pas comprendre vos choix, peuvent se moquer, tenter de vous dévaloriser. Ce n’est pas parce qu’elles le font que leur point de vue est vrai. Quoi que vous ayez traversé, vous avez de la valeur ! Et c’est tout aussi valable par rapport à ce que vous pensez de vous-même. Pas uniquement le regard des autres sur vous, mais aussi par rapport à votre regard sur vous-même. Pue importe ce que vous pensez de vous, votre valeur dépend de ce que votre Créateur a estimé de vous. Une chose est sûre, ce que vous avez vécu est digne d’être verbalisé, entendu, écouté, car vous comptez, vous comptez à Ses yeux et vous comptez aux yeux de ceux qui vous aiment. 

J’aime beaucoup cette autre vidéo que j’ai vue, où une petite fille a fait un dessin à l’école, ils avaient pour consigne de faire un dessin parce que le lendemain ils allaient dans une galerie d’art, il présenterai ce dessin à un artiste connu, renommé, responsable de la galerie d’art. Et l’enseignant lorsqu’il s’est approché de la petite fille et a regardé son dessin, a poussé un cri d’horreur, en disant : « mais, ce que c’est moche ». Il a pris le dessin et l’a mis à la poubelle. La petite fille ne s’est pas laisser démonter. Elle a récupéré son dessin dans la corbeille et l’a emmené à la galerie d’art le lendemain. L’enseignant ne s’en était pas rendu compte. Lorsque l’artiste a fait le tour des dessins des enfants et qu’il est arrivé devant celui de la petite fille, qui était malheureusement chiffonné, il a trouvé ce dessin magnifique. Il a même proposé à la petite fille d’exposer le dessin en question dans sa galerie. 

Tout ça pour vous dire que votre valeur sera perçue différemment en fonction de l’environnement dans lequel vous vous trouvez et de la personne qui vous regarde. Certaines personnes vont penser que vous êtes « moins que rien » et d’autres vont se dire « mais waouw, quelle belle personne ! ». Donc vous voyez, si vous vous basez sur ce que les gens pensent, ça va constamment changer. Une chose est sûre, c’est que votre Créateur ne changera pas son regard sur vous, quoi qu’il vous arrive, quoi que vous ayez vécu. Le créateur du billet de 100€ ne dévalue pas son billet parce qu’il a été chiffonné, abimé, mouillé, piétiné, oublié. Le billet de 100 reste un billet de 100. Vous restez une personne de valeur, quoi que vous ayez vécu. Je vous laisse sur ces quelques mots.

Ce 76e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager, vous pouvez envoyer un mail à relationnellementvotre@gmail.com.
Merci beaucoup pour votre soutien et les partages des épisodes qui contribuent à faire connaître le podcast. Je vous suis vraiment reconnaissante pour ça et j’espère pouvoir continuer encore longtemps à vous proposer du contenu de qualité.

On se dit à très vite et d’ici là, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

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