E75 – Ce comportement reflète-t-il vos Expériences Négatives de l’Enfance

Hello bienvenue sur ce 75e épisode de Relationnellement Vôtre.

La saison d’épisodes sur le trauma complexe suit son cours. Après vous avoir partagé la manière dont notre corps réagit au stress chronique, revenons plus particulièrement aux situations qui provoquent ce stress, ainsi que les conséquences sur notre santé mentale, physique, spirituelle et relationnelle.
Il existe différents types de traumas complexes, en fonction de nos caractéristiques personnelles, de la période de la vie à laquelle le trauma complexe est vécu et en fonction des circonstances qui l’ont provoqué.
Comme vous le savez sûrement, les expériences vécues durant notre enfance, qu’elles soient agréables ou désagréables ont un impact sur la construction de soi et la construction des modèles relationnels que nous utilisons tout au long de notre vie. Or lorsque le trauma complexe survient durant l’enfance, les retentissements sur la santé globale sont d’autant plus importants. Par santé globale, j’entends la santé mentale, physique, spirituelle et la santé relationnelle.

Des études menées au Etats-Unis ont mis en évidence une corrélation entre les traumatismes de l’enfance et des problèmes de santé mentale et physique à l’âge adulte. Il s’agit des études ACE (Adverse Childhood Experiences), faites par Vincent Felitti et Robert Anda, en français, on parle d’Expériences Négative de l’Enfance (ENE).  

Qu’est-ce que les Expériences Négatives de l’Enfance ?

Il s’agit d’expériences stressantes ou traumatisantes qui se produisent pendant l’enfance et qui peuvent augmenter le risque de conséquences importantes sur la santé et le comportement à un stade ultérieur de la vie.

Ce terme est né suite à des études menées dans les années 90, dans laquelle plus de 17 000 adultes ont été interrogés sur leurs antécédents concernant 10 catégories d’Expériences Négatives dans l’Enfance :

  • les violences et abus physiques,
  • les violences et abus psychologiques
  • les violences et abus sexuels,
  • la négligence physique,
  • la négligence émotionnelle,
  • l’exposition à la violence familiale
  • la séparation ou le divorce des parents
  • la présence d’un parent souffrant d’une maladie mentale,
  • la consommation de substances proactives au foyer (présence d’un parent souffrant de toxicomanie)
  • l’absence d’un parent décédé, incarcéré ou parti sans plus donner de nouvelle.

Les recherches ont mené aux conclusions suivantes : premièrement, les traumatismes liés à l’âge sont très courants et, deuxièmement, ils ont un effet très important. Je laisse de côté des données statistiques, car elles sont propres à la population américaine. Toutefois, plus il y a d’expériences négatives dans l’enfance parmi les catégories citées, plus le risque de développer des maladies physiques, des troubles psycho-affectifs ou des dysfonctionnements relationnels est élevé.

Il existe un questionnaire vous permettant d’évaluer votre score ACE et de connaître le pourcentage de risque de développer des troubles ou maladies en conséquence de ces expériences traumatiques de l’enfance. Personnellement, je choisis d’éviter de vous le proposer car il me semble préférable d’être accompagné.e dans la démarche, avec un professionnel avec lequel échanger au sujet des résultats, qui peuvent surprendre, inquiéter ou décontenancer.

Quelles conséquences les expériences négatives de l’enfance ont-elles sur l’enfant ?

La libération de toutes les hormones de stress comme l’adrénaline et le cortisol, et toutes les autres substances qui accompagnent la réponse au stress modifient le fonctionnement du corps, du système nerveux. C’est ce que nous avons pu voir dans les épisodes 72,73 et 74. De plus, les comportements de l’enfant vont s’adapter, s’ajuster à l’environnement toxique et donc aux relations dysfonctionnelles. C’est ainsi que plusieurs comportements considérés comme habituels, voire naturels, on se dit : « ce p’tit gars, cette petite fille est comme ça : renfermé.e, agité.e, agressif.ve ou encore tout lui fait peur». Mais en réalité son mode de fonctionnement reflète des réponses traumatiques.

Les enfants sont particulièrement vulnérables à cette réponse au stress, car leur cerveau et leur corps sont en plein développement. Cette exposition au stress toxique affecte la façon dont le cerveau de l’enfant se développe, en modifiant le développement de son système hormonal, de son système immunitaire et même la façon dont l’ADN est lu, transcrit et dont il réagit. Ces changements à long terme constituent ce que nous appelons la réaction au stress toxique.

Ces réactions affectent donc le mode de fonctionnement de l’enfant, ses stratégies de coping, c’est-à-dire les manières dont il va faire face aux situations et les schémas relationnels qu’il va utiliser.

Voici quelques exemples de comportements observés, quand certaines zones du cerveau sont modifiées par ce stress accru et prolongé durant l’enfance :
– le centre du plaisir et de la récompense, lorsqu’il dysfonctionne, c’est la porte ouverte aux addictions.
– le cortex pré-frontal, nécessaire au contrôle des impulsions et à la fonction exécutive, est une zone critique pour l’apprentissage.
– l’amygdale, le centre de la réponse à la peur, qui est impliqué dans les réponses de survie combattre, fuir, se figer va être impliqué dans cette difficulté à percevoir le danger tel qu’il est réellement et donc à mettre en place des réactions de survie dans des situations où il n’y a pas de danger avéré.

Les expériences négatives de l’enfance vous ont peut-être amené.e à vous enfermer dans des boîtes, dont les étiquettes peuvent contenir : 

  • enfant à problème « il tient pas en place, elle tient pas en place »
  • enfant parfait : « on ne l’entend jamais, elle ne bouge pas, il est d’un calme, d’une discrétion, on l’assied quelque part, on pourrait l’oublier ».
Ces comportements d’agitation accrue ou de discrétion accrue peuvent être des réponses traumatiques.
 
 
Quelles sont les conséquences des expériences négatives de l’enfance une fois adulte ?

 

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous rappeler une chose : vous ne méritiez pas les mauvais traitements et négligences subis durant votre enfance. Vous n’êtes pas fautif, ni responsable du comportement que cet adulte a eu vis-à-vis de vous. C’est à l’adulte de gérer et réguler son comportement. Vous n’êtes pas fautif.
Vous le savez probablement, mais ça reste quand même difficile d’en être convaincu.e. Une partie de vous se sent coupable, voire honteuse. D’ailleurs, deux des diverses conséquences des expériences négatives de l’enfance dans votre vie d’adulte, ce sont ces sentiments de culpabilité* et honte* qui ont tendance à vous poursuivre, sans forcément comprendre pourquoi vous les ressentez. Il y a alors cette volonté d’être irréprochable, de manière de réduire ces sentiments qui collent à la peau. Des mécanismes de « people pleasing » / de faire plaisir*, de paraître*, de mensonges et de perfectionnisme* se sont installés sans que vous n’en ayez conscience et vous vous dites que vous êtes comme ça. Or, ces modes de fonctionnement sont probablement des réponses traumatiques.

Vous vous dites que vous auriez pu empêcher ou éviter ces violences, ces abus, ces négligences, cette perte en étant plus comme ci ou moins comme ça. Mais je le répète, rien de tout cela n’est de votre faute. En tant qu’enfant vous avez fait face comme vous le pouviez, avec ce que vous aviez comme ressources à cette période-là, dans ce contexte particulier de l’époque. 

Il est possible que ces expériences négatives de l’enfance vous aient amené à une tendance à la sur-responsabilité* comme à la sous-responsabilité*. Vous avez peut-être dû assumer des responsabilités qui n’étaient pas celles d’un enfant et vous avez gardé ce mode de fonctionnement d’assumer plus que ce qui vous incombe réellement. Ou peut-être qu’au contraire, les expériences négatives vécues durant votre enfant ont eu un impact tel qu’assumer des responsabilités vous fait peur, vous avez donc tendance à les fuir.

Une conséquences fréquente retrouvée à l’âge adulte, c’est la peur* déclinée sous bien des formes : la peur du changement, la peur de l’inconnu, la peur de souffrir, la peur de l’échec, la peur de la réussite, la peur d’espérer en l’avenir, la peur du jugement / du regard des autres…

On remarquera aussi que des adultes qui ont vécu des expériences négatives dans l’enfance sont plus susceptibles d’avoir une estime de soi faible et négative*. Comme évoqué il y a quelques instants, les boîtes dans lesquelles vous vous enfermé.e et les étiquettes qui vous ont été collées durant l’enfance modifient votre perception de votre valeur, de votre identité, de vos qualités, de vos capacités, etc. Vous ne vous sentez pas assez ou trop en des termes dévalorisants. Ou encore vous ne vous sentez pas légitime parce que vos idées, vos ressentis et vos besoins n’ont pas été considéré durant votre enfance, donc il vous est difficile de croire que votre voix a une place, cela peut compter, que ce que vous dites, ce que vous pensez, ce que vous ressentez, croire que vous comptez.

D’autres répercussions liées aux traumatismes précoces s’observent à l’âge adulte à travers les modes de fonctionnement suivant :
Une difficulté à vous positionner et donc vivre dans l’instabilité*, voire la confusion : vous ne savez pas/plus qui vous êtes, ce que vous voulez faire de votre vie, quelles sont vos valeurs, vos rêves… vous multipliez les expériences de vie cherchant des réponses.
– il en découle des difficultés à prendre des décisions importantes*. Le stress provoqué par la prise de décision est tel que vous vous figez. Vous n’arrivez pas à réfléchir, à envisager les différentes options, c’est le brouillard total. Comme évoqué dans les épisodes précédents, lorsque le cerveau est en surcharge, le cerveau primaire prend le dessus. Le cerveau complexe, le cerveau cognitif n’est pas en capacité à raisonner. Le complexe préfrontal est envahi et donc c’est vraiment la réponse de survie, la réponse automatique qui va passer en priorité. Vous restez donc dans un entre deux, un immobilisme inconfortable, mais plus supportable à vos yeux que le stress de la prise de décision.
Votre manière d’occuper l’espace*. Vous vous cachez, vous camouflez, vous ne voulez pas prendre de place, ni déranger et encore moins attirer attention. C’est ce que vous avez appris à faire pour ne pas avoir d’ennui étant enfant.
Une difficulté à gérer le temps* : faute de cadre, d’un environnement contenant, cadrant, ou encore la tendance à vous enfermer dans une bulle durant l’enfance, afin de vous protéger des cris, des scènes de violence, il est possible que ce mécanisme qui peut se répéter à l’âge adulte. et donc vous perdez toute notion du temps. Vous avez des difficultés à intégrer et à évaluer les durées. Cela entraîne des problèmes d’organisation, de ponctualité, de respect des échéances, avec la sensation constante de ne pas avoir assez de temps. Il en découle une forte tendance à la procrastination* (le fait de remettre à plus tard ou au lendemain).
Votre manière de gérer l’argent* et là je n’en dis pas plus, ça sera développé dans l’épisode entièrement dédié à ce sujet.
Une tendance à l’autosabotage* : les filtres avec lesquels vous regardez le monde, la vie sont déformés par ce que vous avez connu : les difficultés, les problèmes, les échecs, la toxicité. C’est compliqué de se diriger vers l’inconnu de la réussite, du bien-être, de l’apaisement, des relations saines. Alors malgré vous, vous allez faire en sorte de rester dans les difficultés, les problèmes, les échecs, la toxicité, parce que ce soit désagréable, ce sont des environnements que vous connaissez.
Une tendance à l’overthinking*, à la surréflexion avec la survenue de pensées intrusives et bien souvent négatives. Vous voulez appréhender, anticiper ce qui va se passer et donc vous passez beaucoup de temps à réfléchir.
La dysrégulation émotionnelle* : cette difficulté à réguler les émotions intenses. Nous l’aborderons aussi prochainement et j’en profite pour préciser que les caractéristiques évoquées dans l’épisode peuvent être la résultante d’autres problématiques qu’un trauma complexe précoce. Toutefois ce sont des caractéristiques qu’on retrouve couramment chez des adultes souffrant d’un trauma complexe dit précoce ou infantile.
L’hypersensibilité* peut être considérée comme une réponse traumatique, dans le sens où les moindres déclencheurs peuvent provoquer des réponses émotionnelles intenses liées au traumatisme vécu.
– Les expériences négatives de l’enfance sont aussi connues pour entraîner des addictions*, qu’il s’agisse d’addiction à des substances, mais pas uniquement, il peut y avoir des dépendances aux jeux, à la nourriture, au sxe ou des dépendances affectives.
– Un dernier exemple en ce qui concerne les modes de fonctionnement, il s’agit de la sxualité*. Le rapport à la sxualité peut lui aussi être affecté à cause des expériences négatives de l’enfance et notamment aux abus. Un épisode y sera aussi consacré prochainement.

Comme vous pouvez le constater, il y a un éventail très large de répercussions, toutefois chaque caractéristique évoquée peut être travaillée. Les traumatismes liés à l’enfance ne sont pas une fatalité. Même si une personne a vécu des expériences négatives importantes, cela ne signifie pas qu’elle aura forcément toutes les conséquences évoquées, ni qu’elle ne pourra plus jamais s’en sortir. Quand bien même ce serait le cas, tout espoir est permis sur le chemin des guérisons. Reconnaître les traumatismes exige de faire preuve de vulnérabilité, ce qui peut être vraiment effrayant, mais c’est aussi l’endroit où nous avons la possibilité de demander ce dont nous avons besoin et notamment de l’aide.

Nous arrivons à la fin de cet épisode et avant de m’arrêter, je vous propose en bonus, un angle à prendre en compte concernant le trauma complexe précoce, concernant les expériences négatives de l’enfance.

En bonus, un angle de vue complémentaire

Il est intéressant de souligner, c’est que ces traumatismes peuvent se transmettre, se répéter dans les familles, génération après génération. On parle alors de trauma intergénérationnel. 

Le Dr Mariel Buqué a écrit un livre intitulé « Rompre le cycle : guérir des traumas intergénérationnels ». Elle encourage a être un briseur de cycle, ça vous parle ?
Ca motive encore plus à comprendre ce qui se passe en nous, non seulement afin de soigner nos blessures et aussi mettre fin à la transmission. Et vous, voulez-vous être un briseur, une briseuse de cycle ? 

Voilà, ce 75e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si vous avez des questions, des commentaires ou des témoignages à partager, vous pouvez envoyer un mail à relationnellementvotre@gmail.com. 

Merci pour votre soutien et les partages des épisodes qui contribuent à faire connaître le podcast.

Hâte de vous retrouver dans 2 semaines et en attendant, bonne continuation sur le chemin de vos guérisons.

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