E73 : trauma complexe : quand le corps se met en veille…
Hello bienvenue sur ce 73e épisode de Relationnellement Vôtre.
C’est le premier épisode de l’année 2025, je vous présente donc mes vœux les meilleurs pour cette nouvelle année. Le désir de mon cœur, c’est que vous puissiez vivre de belles expériences de guérisons physiques, émotionnelles et spirituelles. S’il y a des témoignages, je ne pense pas être la seule à en être friande donc vous pouvez librement nous les envoyer par mail à relationnellementvotre@gmail.com, nous vous en serons très reconnaissants.
Sans transition, nous poursuivons la série d’épisodes sur le traumatisme complexe. Après avoir vu ce qui se passe quand le trauma provoque une hyperactivité du système nerveux autonome sympathique, les conséquences et quelques clés pour tenter de sortir de cette hyperactivité sympathique, voyons aujourd’hui ce qui se passe dans le cas inverse, c’est-à-dire lorsque le trauma provoque une hypoactivité du système nerveux sympathique. On parle alors d’hypoactivation sympathique.
Qu’est-ce que l’hypoactivation sympathique ?
Le stress chronique provoqué par l’exposition répétée et prolongée à des relations où règnent négligences, abus et/ou diverses formes de violences affecte le système nerveux autonome. Ce système de protection et de régulation du corps peut, malgré nous, se mettre à dysfonctionner et être comme bloqué en mode survie, alors qu’il n’y a plus de danger avéré. Comme nous avons pu le voir précédemment, les 3 principales réactions de survie sont le combat, la fuite et le figement, l’immobilisation. Cette 3e réaction est normalement provoquée par le système nerveux lorsque le cerveau ne voit pas d’autre solution, notamment lorsqu’il perçoit une menace pouvant mener à la mort. Cette réaction est imposée par le système nerveux qui réagit avant qu’on ait le temps de dire euh… bah non il n’y a pas de danger. L’organisme ralentit, jusqu’à se mettre « en veille », on parle de réaction d’arrêt même parfois, même si le corps ne s’arrête pas totalement de fonctionner. Il y a comme un instinct de conservation qui se met en place et donc le mode économie d’énergie comme j’ai pu vous l’expliquer dans l’épisode 71. C’est donc cela l’hypoactivation du système nerveux autonome sympathique et c’est donc le système nerveux parasympathique qui est trop actif pour le coup. Devinez quel nerf est derrière tout ça, eh oui c’est une fois de plus le fameux nerf vague, plus particulièrement le nerf vague dorsal. Si vous êtes abonné.e à la newsletter, les schémas se trouvent dans l’espace abonnés.
Cette réaction peut donc se produire lorsque vous êtes submergé.e, épuisé.e. Lorsque vous avez été confronté.e à une menace trop grande, trop importante, trop rapide ou trop longue, ou que vous l’avez fait sans soutien ni ressources, lorsque vous êtes isolé.e et honteux.se, votre corps peut se mettre en mode de protection. Encore une fois, ce n’est pas votre corps qui vous veut du mal, bien au contraire. Il se met en mode économie de l’énergie pour tenter de vous protéger. Cette réponse de survie permet d’éviter de « contrarier un ennemi » ou de rester caché.e à la base, c’est une réponse primaire, mais qui du coup devient une réponse traumatique lorsqu’il y a eu une exposition à un stress chronique lié à des relations toxiques.
Pour rappel, le traumatisme est en quelque sorte le système d’apprentissage profond de notre cerveau et de notre corps face à tout ce qui dépasse notre capacité à réagir. Dans le cas du trauma complexe, c’est-à-dire lorsque nous vivons un facteur de stress chronique durant plusieurs mois, voire années, le traumatisme est la façon inconsciente de notre système nerveux d’enregistrer ces circonstances et de créer des réactions rapides.
Par exemple, si vous êtes un enfant dans un foyer violent, et que vous savez que lorsque votre mère rentre grincheuse du travail, il est temps de garder la tête baissée, de faire profil bas, de vous cacher ou de vous en aller. Si cela se répète assez souvent dans l’enfance, si cette réaction de cachette et de retrait va être ancrée, et vous pourrez développer ce type de réaction dans d’autres environnement, même une fois adulte, notamment au travail pour éviter toute forme de confrontation. Vous ne vous rendez même pas compte que vous le faites. C’est ce qui peut être déstabilisant, c’est qu’on n’a vraiment pas conscience de ces réactions. C’est comme un apprentissage inconscient profond. C’est une autre manière de voir le traumatisme si vous voulez.
Quelles sont les conséquences de cette hypoactivation sympathique sur notre mode de fonctionnement et notre santé ?
Le stress consomme de l’énergie, des ressources, des nutriments. Nous pouvons passer beaucoup de temps à courir et pas assez à réparer, à guérir et à nous reposer. Notre corps s’épuise. Qu’il s’agisse d’un événement bref et intense ou d’un stress chronique, l’hypoactivation sympathique peut ressembler à un épuisement plus communément appelé le burn out ou à une dépression. Vous pouvez vous sentir léthargique, fatigué, gelé, engourdi. Vous pouvez avoir un métabolisme lent, un rythme cardiaque lent, une respiration faible, une faible énergie, une faible motivation. C’est comme si le système nerveux se disait « à quoi bon… c’est peine perdue de continuer ». Il y a donc cette difficulté à ressentir du plaisir.
Il existe également des symptômes cognitifs. L’hypoactivation sympathique nuit à la créativité. Les personnes dont c’est le cas décrivent un brouillard cérébral. Un ralentissement de la pensée. Elles expriment des difficultés de concentration, de mémorisation, des difficultés pour résoudre un problème. Initier et mener une tâche a bien est compliqué ce qui laisse place à la procrastination.
Si vous êtes dans cet état de blocage, vous pouvez également ressentir un retrait social, une forme d’isolement, ainsi qu’une baisse du désir sexuel, une baisse de la libido, un manque d’intérêt pour les passe-temps ou les activités que vous aviez l’habitude d’apprécier. Ça vous fait penser au burn out ou à la dépression n’est-ce pas ? Des recherches scientifiques ont montré que l’hypoactivation du nerf vague pourrait être un facteur explicatif de la dépression.
Il arrive parfois un sursaut d’énergie ou un effort rapide, comme si vous faisiez un sprint et accomplissiez quelque chose, puis vous vous retrouvez de nouveau à plat, dans l’épuisement. Si vous expérimentez cette hypoactivation du système nerveux sympathique, rassurez-vous il n’y a rien d’iirréversible, ni de permanent. Vous pouvez réentraîner votre système nerveux, activer ou plutôt réactiviter le système nerveux sympathique.
Une autre conséquence de cette réponse traumatique qu’est l’hypoactivation sympathique, c’est la dissociation, cette impression de déconnexion de soi, de nos ressentis, de nos pensées, du sens à notre existence.
Bien souvent les patients décrivent un genre de tourment intérieur, marqué par un manque d’émotion, de sensation, un sentiment de vide, de passivité, voire parfois de paralysie, dans le sens d’une forme d’incapacité à agir.
J’aimerais vous lire un extrait très parlant du livre de Bessel Van Der Kolk intitulé « le corps n’oublie rien », afin de vous illustrer l’engourdissement intérieur et la dissociation :
« Le pire des symptômes de Tom était sans doute son engourdissement émotionnel. Il voulait désespérément aimer sa famille, mais il n’arrivait simplement pas à éprouver de sentiment profond pour sa femme, ses enfants. Il se sentait distant de tout, comme si son cœur était glacé et qu’il vivait derrière un mur de verre. Il se sentait ainsi coupé de lui-même. Il ne pouvait rien ressentir d’autre que sa honte et ses crises de rage. Il se reconnaissait à peine dans le miroir quand il se rasait.
Quand il s’entendait plaider au tribunal, il s’observait à distance de lui-même et se demandait comment ce type, qui par ailleurs, lui ressemblait et parlait comme lui, pouvait présenter des arguments aussi pertinents. Lorsqu’il gagnait un procès, il feignait d’être content et s’il perdait, c’est comme s’il avait vu l’échec venir et s’y était résigné d’avance. Il avait beau être un avocat brillant, il avait toujours l’impression de flotter dans l’espace, sans but ni motivation. »
Ce phénomène de paralysie de l’organisme peut souvent être compris comme étant à l’origine de nombreux symptômes ou d’états anxieux tels que les attaques de panique, les TOC, les phobies…
Vous l’aurez compris, un état d’hypoactivation prolongé n’est clairement pas recommandé. Nous avons besoin de ces oscillations entre activation du système nerveux sympathique et activation du système nerveux parasympathique. L’hyperactivation et l’hypoactivation sont des extrêmes, les extrêmes sont rarement bon, ce que nous recherchons c’est l’équilibre. Alors comment sortir de cette réponse traumatique ?
Comment sortir de l’hypoactivation du système nerveux sympathique ?
Il est important de préciser que nous n’allons pas chercher à passer d’un extrême à l’autre, car aucun des deux n’est bon pour la santé. Il s’agit donc de passer de l’hypooactivation à l’activation du système nerveux sympathique et non l’hyperactivation.
Ce retour à l’activation sympathique peut se faire de manière progressive. Tout va dépendre de ce qui vous a amené à cet état d’hypoactivation, et c’est là que je vous encourage à contacter un.e professionnel.le. Parce qu’en fait, la phase suivante vers l’activation eh bien c’est activation, dans le sens d’une mise en mouvement. Ce n’est pas évident lorsqu’on se sent vraiment au bout de tout, qu’on a l’impression de ne plus avoir d’énergie. Il est fort probable que vous n’en ayez pas forcément la motivation, et pour le coup, il est nécessaire de ne pas vous écouter, car pour sortir du cercle vicieux de l’hypoactivation sympathique, la mise en mouvement est incontournable. Une fois de plus, un accompagnement par un.e professionnel.le peut être bénéfique pour traverser cette étape. Car la mise en mouvement n’est pas que physique, il s’agit surtout de faire face un pas après l’autre, aux problèmes à résoudre qui vous ont mené à l’épuisement : Est-ce d’apprendre à affirmer votre non, à fixer des limites dans vos relations ou d’apprendre à accepter activement ce que vous ne pouvez pas changer ? Qu’en qu’il en soit, l’objectif est de restaurer, de retrouver un sentiment de sécurité. C’est ce sentiment de sécurité qui permettra de retrouver une oscillation saine entre activation sympathique et activation parasympathique.
On approche de la fin de cet épisode et en bonus j’aimerais vous proposer une clé qui contribue à la ré-activation du système nerveux sympathique et par la même occasion, une clé très utile en cas de dépression.
Une clé en bonus
Un médecin racontait l’expérience complètement loufoque d’un américain, expérience que je vous déconseille totalement de reproduire. Cet homme s’est enterré vivant pendant 7 jours. Il s’est filmé et avait tout ce qui fallait pour rester en vie, il en va de soi. Cela a amené comme éclairage intéressant sur l’hypoactivation sympathique. Le fait de rester allongé, sans activité a amené cet homme qui n’était pas dépressif à l’origine, à en développer les symptômes. Il s’est filmé durant cette expérience. Au bout du 4e jour, il s’est mis à exprimer qu’il n’a tout simplement pas envie de faire quoi que ce soit. Il a partagé un sentiment bizarre, disant qu’il se sentait très fatigué, mais pour une raison quelconque, il n’arrivait pas à dormir. Alors qu’il faisaait part de ses ressentis il s’est mis à pleurer, sans savoir pourquoi. Il ajoute que cela ne lui ai jamais arrivé auparavant, qu’il ne comprend pas ce qui se passe. Il avait perdu toute motivation pour faire quoi que ce soit.
La même observation s’est faite chez un astronaute qui était resté allongé, alors qu’il était en orbite pour une durée de 100 jours. Il était resté allongé trop longtemps, je ne me souviens pas du nombre de jours. En cessant d’être actifs, l’un et l’autre ont perdu la motivation.
La clé en question eh bien c’est l’activation comportementale : il y a un lien étroit entre action et motivation. Agir même lorsque nous n’en avons pas envie est important, car le simple fait d’agit contribue à activer le système nerveux sympathique. La plasticité cérébrale est telle que le cerveau va diminuer notre énergie lorsque nous sommes inactifs, la motivation va donc elle aussi diminuer. Et à l’inverse, il augmente notre énergie et notre motivation lorsque nous sommes actifs. Vous en avez peut-être déjà fait l’expérience. Au départ vous n’avez pas envie, vous n’êtes pas motivé.e; Et au fur et à mesure que vous êtes en activité, vous y prenez goût et limite vous n’avez plus envie de vous arrêter. En changeant votre niveau d’activité, vous pouvez rebasculer vers une activation du système nerveux sympathique, améliorer votre niveau d’énergie et de motivation. Voilà pourquoi faire de l’exercice physique est l’un des traitements les plus efficaces pour sortir de l’hypoactivation sympathique et par conséquent pour sortir de la dépression.
Voilà, ce 73e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Nous nous retrouvons dans 2 semaines pour un nouvel épisode. Si ce n’est pas déjà le cas, pensez bien à vous abonner à la chaîne YouTube, ainsi vous serez informé.e de la mise en ligne de tout nouvel épisodes de. Vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter de Relationnellement Vôtre. Les liens respectifs se trouvent en description de l’épisode.
A très vite ! D’ici là, bonne continuation à vous sur le chemin de vos guérisons !!
