E72 : le trauma complexe : vous sentez-vous bloqué.e en mode hyperactivation ?

Hello bienvenue sur ce 72e épisode de Relationnellement Vôtre.

Nous sommes au cœur de cette série d’épisode sur le trauma complexe et notamment sur l’explication de notions clés qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe en nous suite à un psychotraumatisme. Si vous vous demandez ce qu’est un psychotraumatisme ou un trauma complexe, je vous invite à écouter l’épisode 70.

Dans l’épisode précédent, vous avez eu quelques notions de neurobiologie ou de neurophysiologie, afin d’identifier ce qui se passe dans notre tête et notre corps dans un mode de fonctionnement « sain » et lorsque ce mode de fonctionnement a été perturbé, chamboulé par le stress chronique caractéristique du traumatisme complexe.

Je vous ai donc parlé des 2 parties du système nerveux autonome, à savoir le système nerveux sympathique qui est l’activateur, l’accélérateur de notre corps. Et l’autre partie du système nerveux autonome, qu’est le système nerveux parasympathique. C’est donc l’économiseur, le frein de notre corps. Le principal acteur du système nerveux parasympathiique est le nerf vague, qui agit en 2 branches : le nerf vague ventral qui est comme le frein à pédale du corps et le nerf vague dorsal qui serait comme le frein à main que notre corps enclenche en dernier recours. Tout va dépendre du degré de danger perçu. S’il s’agit d’un degré de danger modéré, la réaction va être sympathique, dans le sens où c’est le système nerveux sympathique qui va s’activer. Et si le danger est perçu comme étant un danger mortel, alors là pour le coup, c’est le système nerveux parasympathique qui s’active pour amener à une immobilisation, un figement.

Il est important de préciser que les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques sont constamment en activité, il y en a juste un des 2 qui va s’exprimer plus fort que l’autre, mais aucun n’est à l’arrêt. C’est ce qui permet une régulation de nos états et donc un équilibre entre un certain niveau de calme et un degré plus ou moins important d’activation en fonction de l’environnement dans lequel on se trouve et du sentiment de sécurité ou de danger.

Ce que je vous partage est une petite partie d’une théorie élaborée par le neuroscientifique américain Stephen Porges, à savoir la théorie polyvagale. Cette théorie explique les rôles joués par le système nerveux autonome dans nos réactions face à l’environnement, nos comportements quand nous nous sentons en sécurité ou au contraire en danger, qu’il s’agisse d’un danger réel, perçu ou anticipé. Vous avez peut-être déjà entendu parlé de cette théorie sur les réseaux sociaux. En tout cas, elle est de plus en plus citée pour expliquer et soigner les maladies chroniques, les traumatismes et autres dérèglements qui impactent les différentes sphères de nos vies, car les répercussions touchent l’ensemble des domaines propres à notre santé générale. Il ne s’agit pas uniquement de neurobiologie, de neurosciences, ni de santé physique, la santé mentale est impliquée et la santé relationnelle aussi sur différents plans.

Je fais volontairement le choix de ne pas développer cette vaste et complexe théorie en un épisode. Je vais la décomposée en plusieurs épisodes en ciblant essentiellement ce qui concerne le traumatisme complexe.

Dans l’épisode 71, j’ai évoqué le fait que dans le cas d’un traumatisme complexe, la neuroception, cette capacité a évalué le degré de sécurité et de danger est perturbée. Le système nerveux est maintenu en état d’alerte à cause d’une insécurité répétée, prolongée, une surstimulation du système nerveux. Si je peux me permettre d’imaginer ainsi, c’est comme si cette surstimulation du système nerveux endommage les fils, les câbles et peut même bloquer la pédale d’accélérateur, le bouton d’alerte. Du coup, soit ce bouton se déclenche à la moindre sensation de danger ou alors il sonne constamment l’alarme. Le mode de fonctionnement reste le mode survie, sachant qu’il peut être enclenché :

  • en mode lutte ou fuite avec une hyperactivation du système nerveux sympathique et un hypotonus du nerf vague
  • Ou en mode immobilisation, figement avec une hypoactivation du système nerveux sympathique et une hyperactivité du nerf vague

Je vous propose de voir en détail chacun de ces états en 2 épisodes. Et nous commencerons aujourd’hui par voir ce qui se passe lorsque le bouton reste bloqué en hyperactivation sympathique, lorsque le système nerveux sympathique crie, hurle et que le système nerveux parasympathique ne réussit plus à suffisamment se faire entendre. Il reste quand même en activité, sinon ça sera compliqué. Et comment sortir de ce mode de fonctionnement par défaut.

Concrètement comment se comporte une personne dont le système nerveux est bloqué en hyperactivation sympathique ?

Si vous êtes une personne dont le système nerveux est en hyperactivation sympathique, il est fort probable que vous vous sentiez menacé.e. Vous vous sentez anxieux.se sans savoir pourquoi. Vous êtes en hypervigilance. Vous vous sentez profondément sensible aux images, aux sons, aux stimulations. Vous pouvez avoir l’impression que votre cœur s’emballe, que vos pensées s’emballent. Vous voyez des menaces partout, ce qui vous rend irritable et nerveux.se. Vous pouvez avoir de grandes difficultés pour vous contrôler, vous interrompez les gens, vous sentez que vos muscles sont constamment en tension, ce qui vous pousse à vous occuper en permanence. Vous vous trouvez dans une forme de course, qu’il s’agisse d’exercice physique, de perfectionnisme, de procrastination ou de distraction. Vous avez besoin d’être constamment dans l’action, en activité car c’est le message qui est émis par votre système nerveux. Ces comportements sont bien sûr inconscients. Ce sont des mécanismes censés permettre la lutte ou la fuite, sauf qu’il n’y a plus de danger à éviter. Vous aimeriez pouvoir vous apaiser, mais vous n’y arrivez plus, le système nerveux sympathique crie et le système nerveux parasympathique n’arrive pas à se faire entendre. Et c’est profondément épuisant.

Les effets se font sentir à plusieurs niveaux : 

• Il y a des répercussions physiques, notamment une prise de poids, le corps stocke pour avoir les ressources nécessaires afin de lutter ou de fuir le danger, même s’il n’y a pas de danger avéré. Il peut aussi y avoir des douleurs aux muscles, aux articulations, au thorax à force d’être sous tension. 

• Il faut savoir que lorsque le système nerveux sympathique est en activité, il interrompt temporairement la digestion et ralenti le système immunitaire, afin de mobiliser notre énergie vers le combat ou l’évitement du danger. Sauf que cela peut provoquer des troubles digestifs du type diarrhée ou constipation, des nausées, des étourdissements et une faiblesse immunitaire. Le système de détoxification du corps diminue en efficacité.

• Il y a aussi des répercussions au niveau cognitif, notamment des problèmes de concentration, de mémoire, des difficultés à réfléchir, à raisonner et donc  un manque de jugement, une négativité accrue et des pensées anxieuses. L’hyperactivation sympathique mobilise essentiellement le cerveau émotionnel, donc ce duo formé par le cerveau reptilien et le système limbique, le centre des émotions. Cela va interférer dans l’utilisation du cerveau cognitif, rationnel qu’on appelle plus communément le cortex. En d’autres mots, lorsque le bouton est bloqué en mode hyperactivation sympathique, on a des difficultés à réfléchir, à raisonner normalement, c’est parasité par l’activité des autres zones du cerveau qui sont prioritaires en mode survie.

• Enfin on remarque aussi des effets au niveau émotionnels, avec des sautes d’humeur, de l’irritabilité, de l’agitation, une incapacité à se détendre et bien souvent la conséquence sur le plan relationnel, la conséquence, c’est l’isolement. Ce qui peut amener à une forme de dépression. Et oui, la dépression ne s’exprime pas uniquement dans une forme d’hypoactivité. Une personne déprimée peut se montrer très active. Selon une étude menée par le psychologue Nicolas Daumerie (2001) auprès de plusieurs thérapeutes, plus d’un tiers estiment que l’hyperactivité est réactionnelle à une dépression. Elle aurait une fonction “anti-dépressive”, soulignant l’impossibilité à envisager la position dépressive. Il y a un refus des symptômes dépressif et une forme de résistance à l’expression de la dépression en étant actif.

En fait le système nerveux sympathique va stimuler la sécrétion de cortisol et d’adrénaline qui nous permettent de lutter ou fuir. Dans le cas d’une hyperactivation sympathique, le haut niveau de sécrétion de cortisol associer à l’hypoactivité du nerf vague, censé gérer le système immunitaire ainsi que des organes tels que les poumons, le cœur, le pancréas, le foie, les reins, les intestins entre autres. Ces dérèglements entrainent des problèmes de santé divers tels que : le diabète, le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou l’hypercholestérolémie et de multiples maladies inflammatoires, malheureusement.

Que faire pour sortir de l’hyperactivation sympathique ?

Vous l’aurez compris, nous ne pouvons pas nous contenter de changer notre manière de penser pour sortir de cette hyperactivation. Nous devons utiliser notre corps pour communiquer à notre cerveau et l’ensemble du système nerveux, que nous sommes en sécurité, que nous pouvons faire face à cette situation.
Il existe différentes clés que vous pouvez utiliser afin de stimuler le système nerveux parasympathique et donc le nerf vague, sachant qu’on le stimuler à n’import quel moment, le titiller. Et voici 3 clés en bonus.

En bonus, 3 clés pour stimuler votre nerf vague

Il faut savoir que le nerf vague a plusieurs composantes distinctes, dont 3 que je vous propose de cibler :

  • La transmission cutanée provenant de la partie centrale de l’oreille.
  • L’innervation motrice du pharynx et du larynx.
  • L’innervation des poumons et du coeur.

Il y a donc 3 clés rattachées à ces 3 composantes : 

La 1ère clé consiste donc à vous masser lentement l’oreille. Vous prenez votre oreille entre votre pouce et la partie extérieure de votre index, en faisant des mouvements circulaires.

La 2e clé c’est de faire bouger vos cordes vocales en chantant ou de mettre votre pharynx en activité avec des gargarisme. Vous savez c’est lorsque vous faites danser un peu d’eau dans le fond de votre gorge. Cela détend le pharynx et permet d’activer le nerf vague. Ca amène une forme d’apaisement.

La 3e clé consiste à réguler votre rythme cardiaque et votre respiration. Et là, libre choix à vous de pratiquer des exercices ciblés de respiration, de cohérence cardiaque ou de vous faire plaisir, en fonction de l’envie du moment, avec un éventail d’activité allant d’une activité sportive à la méditation en passant par le fait d’écouter de la musique ou de rire. 

Vous pouvez trouver d’autres conseils dans un livre très intéressant du Dr Navaz Habib intitulé « Activez votre nerf vague ».

Il y a bien sûr diverses thérapies spécialisées dans la guérison des traumatismes qui peuvent aider, telles que l’EMDR ou les thérapies corporelles. Je les aborderai en temps voulu, car il me semble préférable de s’arrêter là pour aujourd’hui. Vous avez déjà pas mal d’informations à digérer. Mais rassurez-vous, nous aborderons les différentes thérapies rattachées à la guérison, aux soins des traumatismes complexes.

Voilà, ce 72e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.
Qu’avez-vous pensez de cet épisode, a-t-il soulevé des interrogations, des idées, de sugggestions ? Avez-vous un témoignage à partager à ce sujet ? Vous pouvez les envoyer par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.

Nous poursuivrons cette thématique non pas dans 2 semaines mais dans 3 semaines. Eh oui, une nouvelle pause s’impose histoire de profiter de cette période de fêtes et de vacances. Pensez à vous abonner à la chaîne YouTube si vous voulez être informé.e de la mise en ligne des épisodes ou sinon vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter, le lien se trouve en description de l’épisode.

Je vous souhaite de passer de très belles fêtes de fin d’années et surtout continuez à prendre bien soin de vous et de ceux qui vous entourent.

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