E71 : le système nerveux après le traumatisme, c’est une autre histoire…

Hello bienvenu sur ce 71e épisode de Relationnellement Vôtre.

Nous sommes au cœur de cette nouvelle saison du podcast sur le psychotrauma autrement appelé le trauma complexe.
C’est un sujet passionnant bien que douloureux. Il y a énormément à partager sur cette thématique et aujourd’hui je vous propose de regarder ce qui se passe du côté de notre système nerveux. Nous allons faire quelques minutes de neurobiologie :

Pour rappel, juste au cas où… qu’est-ce que le système nerveux ?

 

Le système nerveux est un système qui coordonne la communication rapide entre les différentes parties du corps, ainsi que les actions que nous avons avec l’environnement extérieur. Le système nerveux est une structure complexe et vitale qui gère toutes les fonctions de notre corps, de la perception à la motricité, en passant par la régulation des processus internes (le système immunitaire, la digestion, la régulation de la température du corps, le sommeil, la vigilance, nos besoins primaires tels que la faim, la soif, etc..).

Notre système nerveux est doté d’un « régulateur » dont le bon fonctionnement est lié à ce qu’on appelle le système nerveux autonome, qui est composé de 2 branches :

  • le système nerveux sympathique* qui est en quelque sorte l’accélérateur de notre organisme
  • et le système nerveux parasympathique* qui agit comme un frein.

C’est deux branches jouent un rôle important dans la gestion de l’énergie du corps. Le système nerveux sympathique va encourager la dépense d’énergie alors que le système nerveux parasympathique va favoriser la conservation et l’économie d’énergie.
Face à un danger, le système nerveux sympathique va s’activer pour nous sauver la vie. Et une fois le danger écarté, le système nerveux parasympathique va s’activer pour amener le retour au calme. J’ai parfois des patients endeuillés qui sont surpris de ne pas réussir à pleurer face au deuil. En fait tant qu’ils sont dans les démarches lié à la perte de l’être cher, qu’il s’agit d’un décès ou d’une séparation (une séparation est aussi un deuil), ils sont dans l’action, la gestion de tâches. Il y a comme une interdiction au laisser-aller. C’est le système nerveux sympathique qui leur permet de tenir, d’être en activité par rapport à la charge, qu’il s’agisse de la charge mentale ou de la somme de choses à faire. Puis une fois que ces démarches sont terminées, le corps s’autorise à relâcher la pression, c’est donc le système nerveux parasympathique va intervenir, les larmes peuvent alors couler. Un médecin dont je ne me souviens plus du nom disait que tant que nous sommes en hypervigilance, c’est donc le système nerveux sympathique qui est en action, on ne pourra pas pleurer. les larmes sont activées par le système nerveux parasympathique. 

Comment le système nerveux fonctionne-t-il « en temps normal » ?

La tâche la plus importante de notre cerveau consiste à assurer notre survie, même dans les pires conditions. Tout le reste devient alors secondaire. Afin de remplir cette mission, le cerveau doit :

  • Produire des signaux internes indiquant ce dont notre corps a besoin.
  • Le cerveau va créer une carte du monde pour nous indiquer où satisfaire nos besoins
  • Produire l’énergie et les actions nécessaires pour nous y conduire
  • Nous prévenir des dangers potentiels sur le chemin
  • Adapter nos actes aux exigences du moment, de l’environnement dans lequel nous nous trouvons

Dans la mesure où nous sommes des êtres faits pour vivre en étant en relation avec les autres, atteindre les objectifs cités nécessitent bien souvent de la coordination et de la collaboration avec autrui.

De manière schématique, on pourrait dire que le cerveau se construit de bas en haut, de la partie la plus primaire, appelée le cerveau reptilien à la partie la plus élaborée, qu’est le cerveau rationnel, cognitif, en passant par le système limbique où se trouve le centre des émotions.

Le cerveau rationnel cherche à comprendre comment les choses et les gens fonctionnent, comment attendre nos buts, nos objectifs, comment organiser notre temps et nos actions.

Le cerveau reptilien s’assure de l’équilibre du corps en coordonnant les fonctions et les besoins primaires du corps, à savoir les fonctions cardiaques, pulmonaires, hormonales, immunitaires avec les besoins de respirer, manger, dormir, évacuer les déchets, réguler la température et les niveaux d’énergie du corps.

On oppose souvent le cerveau émotionnel, qui est le duo formé par le cerveau reptilien et le système limbique, au cerveau rationnel. On oppose « le coeur à la raison ».

Le cerveau émotionnel a pour rôle de veiller à notre bien-être. Il va être le détecteur de danger ou d’opportunité en libérant les hormones qui orienteront nos choix vers le plaisir ou la protection. Ce cerveau émotionnel est aussi central dans notre manière de relationner. Tout ce qui nous arrive dans notre plus tendre enfance va mener à la construction de cartes émotionnelles et perceptives du monde. Ces cartes orienteront notre manière d’interagir avec le monde.

Or quand un circuit est activé de manière récurrente, il tend à devenir un mode de fonctionnement par défaut. Vous commencez sûrement à voir ce qui se joue quand le mode par défaut est dysfonctionnel…

En quoi le trauma affecte-t-il le système nerveux ?

Si nous reprenons les missions du cerveau énoncées il y a quelques instants, dans le cas du trauma :

  • Les signaux internes émis par le cerveau dysfonctionnent, les besoins sont déréglés
  • Les cartes que le cerveau crée ne nous mènent pas où nous avons besoin d’aller
  • Nous sommes trop paralysés pour bouger
  • Nos actes ne correspondent plus à nos besoins, qui se sont plus comblés
  • Et nos liens aux autres sont rompus, il y a comme une déconnexion interne et une déconnexion avec le monde extérieur. Ca correspond à cette dissociation observée dans le cas des traumatismes complexes. On aura l’occasion d’y revenir, mais cette dissociation consiste à se couper de ses propres émotions, de son corps. C’est pour cela que des personnes traumatisées sont parfois ou semblent parfois insensibles à la douleur, même à la douleur physique. C’est qu’il y a vraiment cette déconnexion de soi.

Après le traumatisme, on appréhende le monde avec un système nerveux différent, qui a une perception altérée de la sécurité et du risque. La capacité à évaluer la probabilité du danger dans notre environnement est appelée la « neuroception »*. Terme proposé par le neuroscientifique américain Stephen Porges. Il explique aussi que le système nerveux autonome régule 3 états physiologiques fondamentaux. Le niveau de sécurité détermine lequel de ces 3 états sera activé à un moment donné.

Les 3 états en question sont :
– L’engagement social
– La fuite
– L’immobilisation, l’effondrement ou le désengagement.

A chaque fois qu’on se sent menacé, on se tourne d’instinct vers le 1er état qui est l’engagement social, en cherchant une aide, un réconfort auprès d’un membre de notre entourage. Mais si personne ne répond ou si le danger est imminent et qu’on n’a pas le temps de demander de l’aide, nous allons réagir de manière plus primitive, en mode survie, avec le 2e état qui sera donc une réaction de lutte ou de fuite. Si cette 2e stratégie ne fonctionne pas non plus, parce qu’il se trouve qu’on est cloué au sol ou qu’on est coincé dans cette situation perçu comme dangereuse, alors l’organisme tente de se préserver en se fermant, s’éteignant, il se met en mode économie d’énergie. Cela génère un état d’immobilisation ou d’effondrement. C’est là que le nerf vague* intervient avec ses multiples branches. 

Lorsqu’il n’y a aucune issue, que nous ne pouvons rien faire pour empêcher l’inévitable, l’ultime système d’urgence s’active, il s’agit du complexe vagal dorsal*. Le nerf vague va réduire radicalement notre métabolisme et provoquera une forme de fermeture, d’extinction qui mène à l’immobilisation, l’effondrement ou le désengagement.

Le nerf vague fait partie des centres régulateurs propres au système nerveux. C’est le plus long nerf du corps, il part du cerveau et va jusqu’en bas de notre colonne vertébrale avec des branches nerveuses étendues vers chaque organe. C’est justement lui qui assure la communication entre notre cerveau et nos organes. On dit souvent que le ventre est le 2e cerveau, car le nerf vague a plusieurs branches connectées aux organes du thorax et de l’abdomen. C’est ce qu’on appelle le complexe vagal ventral.* On aura l’occasion d’approfondir la théorie polyvagale dans de prochains épisodes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, les victimes de traumatismes se trouvent bloquées malgré elles dans un réflexe de lutte, de fuite ou une attitude de fermeture chronique, quelle que soit la situation, qu’il y ait un risque de danger ou non, car c’est devenu leur mode de fonctionnement par défaut.

Bon, il y a eu pas mal d’informations, ça peut être bien de s’arrêter là pour aujourd’hui et de poursuivre tout cela dans 15 jours. Toutefois, il est difficile de se quitter sans un p’tit bonus. 

En bonus, un élément bon à savoir

Il s’agit d’un élément bon à savoir lorsque nous sommes face aux réactions parfois déstabilisantes, d’une personne dont le fonctionnement par défaut correspond à l’un des 3 états évoqués, sans pour autant qu’on vit de danger avéré. Par exemple, vous êtes dans un lieu publique, vous discuter avec une personne qui va d’un coup, faire preuve d’agressivité vis-à-vis de vous, vous ne comprenez pas pourquoi. Ou cette personne va tout simplement vous dire : « j’te laisse, il faut que je rentre », mais d’une manière assez surprenante, vous ne vous attendiez pas à cette réaction de sa part. Ou encore vous allez avoir l’impression que cette personne est comme absente, éteinte, et vous ne comprenez pas ce qui se passe.

Lorsqu’une personne a une réaction qui nous semble disproportionnée, inappropriée, irrationnelle, nous aurons bien souvent le réflexion d’essayer de la raisonner, de la faire réfléchir au fait que sa réaction est incompréhensible ou incohérente, par rapport à notre jugement de la situation présente. Or, c’est justement la chose à ne surtout pas faire. Nous regardons la situation avec nos propres filtres, mais nous ne savons pas ce se passe chez l’autre, chez ce vis-à-vis, chez cette personne avec laquelle nous partageons le moment.

Avant tout chose, pour qu’une personne sorte du mode de fonctionnement par défaut généré par le trauma, elle va avoir besoin que les signaux d’alerte cessent de lui communiquer qu’elle est en danger, elle va avoir besoin de retrouver des signaux de sécurité. Ce n’est pas parce que vous voyez une personne réagir de manière disproportionnée ou inappropriée selon vos propres jugements, vos propres perceptions, qu’elle a les mêmes perceptions que vous. Comme je le disais tout à l’heure, malheureusement le traumatisme génère une perception déformée du danger, du risque ou d’une opportunité. Et donc une situation qui peut vous sembler être une aubaine ou un bon moment, peut être douloureusement vécu par une personne en état de stress post traumatique complexe, parce qu’elle ne percevra pas cette situation de la même manière que vous. Donc il est important de faire preuve de beaucoup de compréhension et d’empathie. Réussir à retrouver un état de sécurité suffisant pour sortir de cet état de vigilance et d’alerte constante ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un processus qui s’inscrit dans le temps. Dans la mesure où nous ne voulons pas rajouter du trauma au trauma, autant éviter de forcer la démarche, d’essayer de convaincre ou de contraindre une personne qui s’est fermée, figée, qui veut fuir ou qui se protège agressivement, qu’elle ne devrait pas réagir comme ça. Laissons-lui le temps et l’espace dont elle a besoin pour se sentir en sécurité, accueillons sa réaction.

Voilà, ce 71e épisode de Relationnellement Vôtre est terminé.

Vous savez, c’est vrai que je vous le dis à chaque fin d’épisode et c’est important. Vos avis, vos idées, vos questions et vos témoignages sont les bienvenus. Sentez-vous libre de nous les partager par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com

Je ne le dis pas par habitude, je le dis vraiment parce que vous n’imaginez pas combien un témoignage peut être un encouragement pour une personne, qui se sait ou se sent comprise parce qu’elle se rend compte que quelqu’un vit la même chose qu’elle, traverse le même type d’épreuve ou comportement, le même traumatisme qu’elle. 

Il est vrai que je ne partage pas forcément directement les témoignages, mais il m’arrive d’en partager au cours des séances ou au cours des échanges que je peux avoir avec des personnes lorsqu’on discute du podcast. Donc vraiment vos retours sont précieux et peuvent être bénéfiques à beaucoup plus de personnes que vous le croyez. 

On se retrouve donc non pas la semaine prochaine mais dans 15 jours avec un nouvel épisode. Surtout pensez à vous abonner à la chaîne YouTube si vous voulez être informé.e des mises en ligne au fur et à mesure de la publication des épisodes et si toutefois vous souhaitez bénéficier des bonus, vous pouvez vous abonner à la newsletter. Le lien d’inscription se trouve en description de l’épisode. .

On se dit à très vite et surtout continuez à prendre bien soin de vous

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