Episode 49 : La famille : que faire quand ça tourne au conflit ?
Hello bienvenue pour ce 49e épisode de Relationnellement Vôtre.
Aujourd’hui je suis en compagnie d’Hélène Bourg, conseillère conjugale et familiale ainsi que sexologue.
Bonjour Hélène,
Bonjour Kelly,
Merci pour votre participation. Je sollicite à nouveau votre expertise, suite à l’émission Parlons Relations, Parlons Vrai de la semaine dernière, où 4 invités nous ont partager leurs réflexions et leur vécu concernant la thématique des conflits familiaux.
Et cette semaine, j’aimerais qu’on puisse aller plus loin sur cette même thématique, en pointant quelques conflits en particulier et en voyant ensemble des astuces qui pourront aider nos auditeurs. Mais avant d’aller plus loin, afin de lever toute confusion entre la notion de conflit, de confrontation et de dispute, pouvez-vous nous rappeler ce qu’est un conflit ?
Alors un conflit ou une situation conflictuelle, on peut le définir comme un état d’opposition entre des personnes, qui implique une charge émotionnelle pouvant aller de la colère, de la frustration, de la rancune au dégoût.
C’est parfois chargé d’agressivité, de violence verbale et/ou physique. Il y a une notion de durée, de profondeur du sujet et aussi on pourrait parler d’une certaine intensité.
J’ai envie de dire avant tout que c’est une composante inhérente aux relations humaines, on ne peut y échapper. Les désaccords sont inévitables, ils font partie de la vie et il y aurait une certaine illusion, une certaine utopie à imaginer qu’on peut éviter à tout prix tous les conflits.
Et le fait que cela vient souvent de façon inévitable, ne signifie pas que tous les conflits sont bons ou souhaitables. Il y a des désaccords, des disputes à gérer pour ne pas dégénérer en conflit.
On peut aussi rappeler que la famille est un lieu de toutes les rivalités, que c’est inhérent au système relationnel de la famille, parce qu’il y a un souhait d’avoir l’exclusivité de l’amour parental et de la mère en particulier.
Alors le conflit et ses réalités, qu’est-ce qu’on peut y avoir…
On peut y avoir la dispute, celle qui se déclenche parce qu’on n’a pas la même vision des choses, parce qu’une promesse n’a pas été tenu ou qu’il y ait quelque chose qui éclate, paf, une dispute.
On peut avoir un désaccord, là on a des points de vue différents dans la dispute aussi parfois, mais dans la confrontation, le désaccord, on n’a pas le même point de vue et on n’arrive pas à trouver une entente par rapport à ça.
Et puis il y a le conflit. Alors lui, le conflit, ce sont les disputes et les désaccords qui n’ont pas été gérés, qui n’ont pas été intégrés, dont les différences n’ont pas été intégrées et travaillées. Ca n’a pas été dépassé et ça porte atteinte aux personnalités, à l’amour propre, aux valeurs, aux croyances, aux blessures…
La mésentente, c’est encore quelque chose d’un petit peu différent, mais ce sont des désaccords assez généraux, un peu plus diffus et durables, qui peut s’alimenter de désaccords et de conflits. Cela peut aussi être la cause de conflits répétés, les mésententes.
Alors ce qui est très important à souligner, c’est que être en conflit, ne veut pas dire qu’on ne s’aime pas. Heureusement d’ailleurs, j’ai envie de dire, c’est même très sain d’avoir des conflits quand on s’aime, parce que ça permet de nettoyer un peu la relation. Et ce qui est très important aussi, c’est de pouvoir justement prévenir les conflits qu’on peut éviter qui ne sont pas utiles et gérer ceux qui sont inévitables et utiles pour faire avancer la relation, dans la famille, dans le couple. Et ce que j’ai envie de dire, parce que ça me paraît très important, c’est que le conflit peut être très positif, quand il est bien géré et bien appréhendé.
Alors les différentes formes de conflit, je vais le redire, il y a une infinité de cas particulier, mais j’ai quand même envie de dire et d’insister sur la notion de conflit, les disputes, les désaccords, pour vraiment avoir une vision claire de toutes ces questions, parce qu’il m’apparaît important que l’on puisse savoir qu’on est dans une situation de conflit, pouvoir le percevoir, pouvoir percevoir qu’il y a une certaine agressivité.
Quand on est aux prises avec toutes sortes de relations familiales, parfois complexes ou qui dysfonctionnent, on n’a pas nécessairement la conscience qu’on est dans un conflit.
Et c’est d’autant plus important de pouvoir le cerner pour pouvoir mieux le gérer.
Donc différentes formes de conflit :
- le conflit ouvert : alors celui-là il est évident, on a conscience de la situation, on sent qu’il y a des tensions, des menaces, des remous dans l’entourage, voire de la violence verbale ou physique. Et on peut être dans une situation d’évitement ou d’agressivité, de dispute, d’auto-défense.
- On va avoir aussi le conflit qui lui va être un peu plus latent, larvé, c’est celui où on va focaliser sur un problème qu’on s’efforce de résoudre, mais en fait derrière il y a un conflit plus profond. Et un conflit, une dispute ou une mésentente ou autre, va être une manière de laisser un conflit plus profond, de façon larvée, latente, qui n’est pas résolu.
On n’a pas toujours conscience de ce conflit ou on refuse de le voir et ça va provoquer une certaine insécurité psychologique, psychique, qui va affadir la relation, qui va augmenter les divergences de point de vue intellectuel, social et on va être dans une situation de : on n’est pas vraiment dans une crise apparente.
Voilà, on est dans cette situation un peu larvée, voilà, c’est ça.
Oui, merci Hélène pour ces précisions.
Quand le conflit touche une problématique générationnelle, que ce soit entre enfants et parents, entre petits-enfants et grands-parents, entre neveux/nièces et oncles/tantes, comment conseilleriez-vous de le gérer ?
Alors la gestion des conflits, j’ai envie de dire qu’elle est, elle se traite de façon générale par un certain nombre de techniques, de façons d’être et d’état d’esprit.
Mais ce qui va rendre plus particulier la problématique générationnelle, c’est qu’on va être dans un rapport d’autorité ou de figures d’autorités. Le parent, le grand-parent, l’oncle ou la tante peut représenter une certaine figure d’autorité et rendre plus compliqués, les rapports et la gestion du conflit. Donc ça va être dans cette configuration qu’on va avoir une spécificité à ce type de conflit. Mais il va y avoir aussi, une recherche affective, qui va pouvoir compliquer la gestion du conflit. On ne veut pas perdre l’affection du parent, du grand-parent, de l’oncle ou de la tante. Et comment je fais pour me positionner par rapport à ça.
Alors ce que j’ai envie de dire, c’est que dans la relation familiale, la plupart des conflits tournent autour, bien souvent, de la question du respect de la règle et du pouvoir et de l’ordre.
Qu’est-ce que j’ai comme autorité, qu’est-ce que j’ai comme pouvoir ou capacité à donner des ordres, à édicter des règles… Mais aussi qui va s’opposer à la question de la liberté que j’ai, du positionnement que je peux avoir dans la famille aussi, il y a une question de posture et de positionnement, mais par rapport à la confrontation, au respect des règles, pouvoir, autorité et il va y avoir en versus la question de la liberté et de ne pas avoir de contrainte. Ca va souvent tourner autour de ça.
Est-ce que les règles sont non-négociables, versus, les règles sont négociables, on peut en parler ou pas.
Il y aussi la question du positionnement qu’on a dans la famille, par rapport justement à des figures d’autorité. Quelle position je peux avoir : est-ce que j’ai mon mot à dire, est-ce que j’ai ma place ? Est-ce que je dois obéir comme un p’tit toutou ou pas.
Donc là, on a un rapport je dirai de force et est-ce que le but personnel va être d’empêcher l’atteinte du but de l’autre. Ca va tourner autour de ces questions là, dans les relations parent-enfant.
Ce que j’ai envie de dire aussi c’est que la famille est un lieu d’apprentissage relationnel, c’est un lieu où on s’entraîne à notamment gérer les conflits, le plus pacifiquement possible, mais aussi c’est un lieu d’apprentissage du pardon et c’est aussi un lieu où on va apprendre à s’affirmer et à prendre sa place. Et ça, ça ne se fait pas forcément sans douleur. Il va y avoir une question de conflit qui va être en jeu quelque fois, qui va être nécessaire, parce que la figure d’autorité ne va pas nécessairement laisser cette place de façon aisée et ne va pas forcément autoriser un véritable dialogue.
Alors, ce qui est aussi important de dire, c’est que la famille est un lieu d’apprentissage aussi, de la différence. De pouvoir intégrer les différences qu’on peut constater dans notre famille.
Comment on gère ? On gère toujours avec le dialogue et avec des techniques de communication ou d’approches du conflit qu’on va développer par la suite, mais en gros j’ai envie de vous dire qu’il y a d’abord :
- la capacité à écouter le point de vue de l’autre
- la capacité à vouloir entrer en dialogue
- et puis de confronter les points de vue, d’être dans une recherche de solutions
- et il y a aussi une approche qu’on peut voir un peu plus en détail et je pense que vous allez me le proposer, de la communication non-violente, qui va s’intéresser à l’idée que l’autre n’est pas forcément malveillant et que le conflit va naître souvent parce qu’on le pense. Si on recherche véritablement l’intention de l’autre et qu’on recherche une solution ensemble, on va s’apercevoir que le conflit que le conflit peut être dépassé.
Donc par rapport à la question de la proximité affective, la question va se jouer autour de l’idée de : est-ce qu’il y a un enjeu de perte d’affection réelle ou imaginée ? Parce qu’on peut imaginer qu’on va perdre l’affection de quelqu’un, mais on peut aussi ressentir très fortement que dans le conflit, la figure d’autorité, peut nous faire perdre l’affection qu’il nous donne.
Voilà, ça c’est un enjeu donc, c’est délicat et je dirais qu’il n’y a pas de réponse toute faites là-dessus, je pense que ça va être du cas par cas, du vécu de la personne, de ce qu’il peut y avoir dans les relations.
Il ne faut pas oublier que dans les relations familiales en général, il y a une ambivalence toujours qui il a entre les solidarités et les tensions / conflits avec des questions autour de l’identité individuelle, du positionnement de la personne, de l’autonomie et de la dépendance.
Il y a un mouvement de balancier qu’il y a entre l’autonomie de la vie privée et puis dépendance, devoir filiale, devoir par rapport aux grands-parents, etc. Et dans ce mouvement de balancier, il y a à trouver un certain équilibre entre ce que moi je veux pour ma vie privée, pour mon autonomie et ce que je suis prête à donner dans la relation de dépendance que je peux avoir vis-à-vis d’un certain nombre de figure d’autorité, que ce soit les parents, les grands-parents, les oncles et tantes.
Ce que j’ai envie de dire aussi, c’est qu’on peut avoir une image des parents actuels, des grands-parents actuels, comme celles qu’ils avaient quand nous étions plus jeunes, dans l’enfance et qu’on a gardé de cette enfance.
Or ce qui est important à prendre en considération, c’est que ces parents, les grands-parents, les oncles et tantes sont des personnes qui comme nous évoluent, changent et ont une histoire, un processus d’évolution et que c’est important aussi, de garder à l’idée que notre regard peut changer sur ces personnes-là, ce qui peut nous aider aussi à voir les enfants, les petits-enfants différemment, parce que eux aussi évoluent, grandissent et font leur vie et s’autonomisent. Mais aussi les parents, les grands-parents, les oncles et tantes, ils vieillissent, ils ont eu une expérience, ils ont pu aussi évoluer et changer de regard et accepter l’idée d’évolution dans les relations, ça me paraît aussi important.
Mais on peut être aussi tiraillés dans l’idée d’aider ses parents et de vivre sa vie, d’être loyal et engagé dans la solidarité familiale et avec un mouvement de balancier aussi, conserver son autonomie et sa vie privée et sa place un peu aussi en dehors de la famille et ça, c’est un équilibre à trouver je pense, pour pouvoir gérer et éventuellement prévenir des conflits familiaux.
Je crois que c’est très important de pouvoir dialoguer, de pouvoir exprimer les choses, pouvoir exprimer ses émotions, ses ressentis, ses besoins, à travers tout ça, avec toute la difficulté que ça peut comporter dans le sens où on apprend pas toujours à le faire, mais c’est important d’y arriver, de rechercher à le faire, notamment en termes de positionnement et d’affirmation de soi pour la place qu’on a dans la famille de façon générale.
Oui, justement, vous parlez de positionnement et de place, comment gérer les conflits qui pourraient être généré par des jeux d’alliances, par exemple, quand un enfant fait bloque avec un parent contre l’autre parent, quand les parents s’unissent à un enfant contre le reste de la fratrie ou quand les grand-parents s’allient aux petits enfants, contre les parents ?
Alors je dirai avant tout que ce type d’alliances pourrait être qualifiée de dysfonctionnel, de perturbant dans l’équilibre général de la famille.
Je pense qu’il est important de rappeler qu’on a des rôles en tant que parents, qu’on a des rôles en tant que grands-parents, des rôles qui peuvent varier culturellement, mais qui sont importants et qui s’ils sont reconnus au sein de la famille, doivent pouvoir fonctionner, on va dire, le plus harmonieusement possible.
Donc pour moi ce qu’il est important de rappeler, c’est que les parents, je veux dire, aussi bien que possible, ont à s’allier par rapport à la fratrie, par rapport aux enfants qu’ils ont, de façon à ce qu’il n’y ait pas de faille dans l’autorité. Parce que si l’autorité est mise en question, les enfants vont s’y engouffrer pour faire un peu tout et n’importe quoi et obtenir des choses qu’ils ne devraient pas pouvoir obtenir en tant qu’enfant.
Alors je n’ai pas d’exemple en tête, là comme ça, mais
Je suis sûre que les auditeurs en ont (rires)
Alors je pense que les auditeurs en ont, je veux dire, je demande quelque chose à papa, il va dire oui, je sais que si je l’avais demandé à maman, elle m’aurait dit non. Et puis il n’y a jamais eu de discussion entre eux et même ouvertement, un parent pourra dire « oui » à un enfant, alors que l’autre parent vient de dire « non » devant l’enfant et devant le parent qui dit « oui ». Donc il y a une discordance dans laquelle les enfants s’engouffrent et ils n’ont plus le cadre et les repères dont ils peuvent avoir besoin pour se construire et grandir.
Donc ça me paraît très important de rappeler le fondement de la cohérence parentale et de pouvoir discuter entre parents justement de la fixation des règles et du respect de ces règles.
Donc quand on a dit ça… quand il y a un conflit, je pense que c’est important de revenir à un dialogue et revenir aux basiques, justement de : « qu’est-ce qu’on veut fixer comme règles à nos enfants, comment on les fait respecter, s’il y a un désaccord pouvoir en parler, mais pas forcément devant les enfants et pouvoir justement faire bloc, l’idée de bloc par rapport aux enfants, c’est très structurant, constructif pour eux. C’est constituant pour eux, ça leur permet de grandir, d’avoir des repères et de savoir naviguer dans tout ça.
Après il peut y avoir effectivement des alliances de grands-parents avec un des enfants contre leurs parents. Alors là j’ai envie de dire, même combat, il y a des rôles parentaux et une notion d’autorité parentale qui est en jeu. C’est-à-dire que en admettant que culturellement il est accepté par les parents et les grands-parents, que les grands-parents aient un rôle éducatif, un rôle à jouer vis-à-vis des enfants, il n’en demeure pas moins qu’il y a une idée d’avoir une autorité qui fait bloc vis-à-vis des enfants. Il ne s’agit pas de s’allier contre une figure d’autorité, par rapport à une autre figure d’autorité.
Et là il y a un dysfonctionnement. C’est pour ça que je pense que pareil, dans le dialogue, le plus possible, d’essayer de revenir à quelque chose de structurant.
Il ne s’agit pas de donner un pouvoir à un enfant, de façon anormale, il est important qu’il rester à sa place d’enfant, qu’il puisse avoir cette idée d’autorité, de repère, de cadre, qui ne soit pas défaillant. Qui puisse être constructif pour lui et savoir comment avancer en tant qu’enfant, se construire en tant qu’enfant, grandir, se développer.
Et quand il y a des jeux d’alliances que je qualifierais de dysfonctionnelles, là je pense que les parents ont intérêt à avoir une discussion franche et claire avec leurs propres parents pour remettre du cadre dans cette affaire-là. Jusqu’où ils acceptent que les grands-parents aient une autorité et en tout cas, ne jamais accepter qu’il y ait alliance contre eux-mêmes. Voilà, c’est ce qui me paraît important.
Qu’est-ce qu’il y a comme exemple aussi qu’on pourrait reprendre ?
Quand un enfant s’allient au couple parental contre ses frères et soeurs, donc quand un des enfants sort de la fratrie contre ses frères et soeurs, pour faire bloc avec ses parents.
Oui, alors quand c’est un enfant qui fait bloc avec les parents contre le reste de la fratrie, j’ai envie de dire qu’il y a un problème de rôle de l’enfant et de positionnement de l’enfant qui s’allie justement. Parce qu’il n’est plus à une position d’enfant, il est dans une position de parent, ce qui ne me paraît pas approprié pour sa propre construction personnelle et par rapport aux potentielles rivalités qu’il pourrait y avoir avec les autres enfants de la fratrie.
Je pense que ça serait intéressant de replacer cet enfant à sa place et de pas lui faire jouer un rôle qui n’est pas le sien.
Alors une fois qu’on a dit ça, ça paraît facile comme ça, mais je pense que c’est de rappeler aux parents que c’est à eux de gérer et ne pas faire jouer un rôle de parent à un enfant.
Alors, c’est plus facile à dire qu’à faire, parce que notamment dans les fratries un peu importantes, on peut avoir besoin des aînés parfois pour se faire un p’tit peu aider. Bon alors, à petite dose pourquoi pas, parce que la réalité de la vie fait qu’on peut en avoir besoin ponctuellement. Mais je pense que c’est très important de ne pas faire jouer un rôle de parent à un enfant de façon générale et encore moins dans un jeu d’alliance qui pourrait être très malsain et qui pourrait même se retourner contre cet enfant, parce que la fratrie peut s’opposer et jouer des mauvais tours.
Je sais pas si ça répond suffisamment à la question…
Oui, ça répond très bien à la question, merci.
Je pense que dans tout ça, l’idée de dialogue me paraît importante, en tout cas, de façon générale.
Oui, la communication reste le fil rouge dans la gestion du conflit.
Le temps passe sacrément vite et on approche déjà de la fin de cet épisode du podcast, mais avant de s’arrêter, en bonus, auriez-vous un conseil, une astuce à partager à nos auditeurs, pour les aider à prévenir les conflits et surtout les aider à les gérer les conflits en famille ?
Alors j’ai envie de dire qu’idéalement il y a beaucoup de conflits qu’on peut éviter et j’ai envie de vous partager un certain nombre de points.
J’ai envie de dire que tout ça, ça nécessite un certain état d’esprit. L’état d’esprit, c’est un état d’esprit d’écoute de l’autre. Et Dieu sait que ça n’est pas simple d’écouter l’autre. Plus on vieillit plus on s’aperçoit qu’on a plus vite fait de parler, de dire ce qu’on pense, de partir comme ça et juste pouvoir se taire, écouter et essayer d’entendre ce que l’autre a à nous dire, son point de vue, sa façon de voir les choses, c’est pas si simple, c’est un entraînement, c’est une volonté et c’est tout un état d’esprit. Et c’est pourtant la clé de beaucoup de choses.
Parce que si on comprend pas l’autre, nécessairement le conflit va naître. Et pour le comprendre il faut commencer par l’écouter et essayer de comprendre, de voir ce qu’il a à nous dire.
J’ai envie de dire qu’aussi, dans l’état d’esprit, pour la gestion des conflits, ce qui est très important aussi, c’est d’avoir la volonté d’avancer, de dépasser ce conflit. Parce qu’on aura beau avoir toutes les techniques du monde, on pourra communiquer merveilleusement, mais on ne débouchera pas nécessairement sur un dépassement et une gestion du conflit, parce qu’il n’y a pas vraiment la volonté d’avancer. On va rester sur ses positions, on va rester sur ce qu’on a envie de faire et puis bon, on va pas considérer l’autre dans ce qu’il a à dire et dans sa volonté.
Oui, la coopération est fondamentale.
Il y a la volonté d’avancer, de trouver une solution, de dépasser ce conflit.
L’état d’esprit dans lequel nous sommes invités à gérer nos conflits au sein de la famille est celui de l’intégration de nos différences. D’une part, pouvoir les identifier, les accepter, ce qui n’est pas toujours chose facile, mais aussi de pouvoir les intégrer dans la manière dont on va percevoir les choses et gérer nos conflits. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire de pouvoir justement, prendre en considération, le fait que nous avons des opinions différentes, des façons de voir différentes, des perceptions différentes, mais aussi des façons d’être, des façons de faire qui sont complètement différentes. Et ça c’est pas chose facile, mais quand nous y parvenons et que nous travaillons à cela, ça change complètement les relations que nous pouvons avoir et la manière de gérer nos conflits.
Je dirai aussi que une des grosses différences que nous pouvons identifier, qui est souvent gommée par la manière dont les médias en parlent, c’est justement la différence homme-femme et ça c’est aussi à prendre en considération dans la façon que nous avons de pouvoir aborder le conflit.
J’ai envie aussi de dire, ça c’est la CNV, la Communication Non-Violente qui nous l’apprend, c’est que beaucoup beaucoup de conflits, naissent, pas tous, mais beaucoup en tout cas, naissent de l’idée que l’autre aurait une mauvaise intention à notre égard, qu’il serait malveillant, qu’il le fait exprès, qu’il y a un problème avec la personne.
Et j’ai envie de dire que dans cet état d’esprit, il y aurait une espèce de présomption de bonne intention de l’autre.
L’autre, on comprend pas, il fait pas forcément tout ce qu’on a envie qu’il fasse, mais il est bien intentionné à sa manière. Et c’est à sa manière qu’on est invité à chercher à comprendre ce que c’est que cette fameuse manière qu’il a d’être bien intentionné.
Comme ce n’est pas la nôtre et bien on ne comprend pas et on peut penser qu’il nous veut quelque chose de pas très bien. Voilà !
C’est aussi, j’ai envie de dire, dans la gestion des conflits, dans l’état d’esprit général, savoir reconnaître ses torts, Dieu sait que c’est pas simple, pouvoir se dire « là j’ai pas forcément bien agi, peut-être qu’il faut que je le reconnaisse » et comme on dit souvent « faute avouée est à moitié pardonnée ». Ca aide à avancer un peu dans la gestion de nos conflits.
Demander pardon aussi, ça me paraît aussi être une bonne démarche dans la gestion des conflits, quand on a vraiment conscience qu’on n’a pas forcément fait ce qu’il fallait qu’on aurait peut-être pu faire autrement, qu’on a peut-être blessé la personne.
Et puis aussi savoir pardonner et Dieu sait que c’est pas si simple. Et comme je le disais tout à l’heure en préambule, la famille est un lieu d’apprentissage, notamment du pardon.
Alors en matière de techniques de gestion des conflits, on va rentrer un petit peu plus dans le détail et je pense que je ne vais pas trop être longue, mais c’est important de le rappeler :
2-3 grosses techniques en matière de gestion des conflits :
- la confrontation des points de vue : c’est ce que Jacques Salomé nous propose comme façon de fonctionner. C’est-à-dire :
- d’écouter l’autre dans sa façon de voir les choses, dans son point de vue et reformuler en lui disant qu’on a bien entendu ce qu’il a dit, qu’on a compris. « J’ai entendu que tu m’as dit que tu penses ceci, cela. » pour que la personne se sente entendue, écoutée, etc
- Ensuite, exprimer son propre, en espérant que l’autre nous renvoie l’accusé réception qu’il a bien entendu ce point de vue.
- et ensuite, être dans une logique de « on va essayer de trouver une solution commune, gagnant-gagnant pour les 2, pour les 3, pour les protagonistes en jeu.
- la technique de la Communication Non-Violente que je vais résumer de la manière suivante, c’est
- de réaliser que l’autre n’est pas nécessairement mal intentionné, de lui donner une présomption de bonne intention,
- de pouvoir exprimer de face factuelle, sans interprétation ni jugement ce qui nous pose problème. Des faits, rien que des faits, sans jugement. « J’ai vu que tel jour, la poubelle n’était pas vidée, alors que nous avions convenu qu’elle devait l’être à telle heure et par toi. » C’est un exemple tout banal.
- identifier et exprimer les émotions que cela suscite. Vos ressentis par rapport à la situation : « j’ai vu que la poubelle n’était pas vidée, j’étais très déçue, j’étais même un peu en colère parce que ça fait plusieurs fois que nous en avons parlé. » Pas de jugement, pas de reproche, pas d’interprétation.
- j’identifie mes besoins et je les exprime par : « j’avais vraiment besoin que la cuisine soit propre et rangée, on avait de la visite et j’ai vraiment besoin de pouvoir être soutenue », par exemple. Un besoin de soutien et un besoin de propreté.
- et je finis par une demande qui soit claire, précise, réaliste et négociable : « je te demande de vider la poubelle, tous les lundis matin », rprécis, « avant midi, quand j’arrive », c’est précis, c’est réaliste, on peut imaginer que c’est réaliste. Et négociable « qu’est-ce que tu en penses, est-ce que tu es d’accord pour cette formule-là ? » Et j’ouvre un dialogue sur la position de l’autre, son ressenti, comment elle voit les choses, etc, et on essaie d’avancer comme ça.
Donc c’est vraiment toujours le même mécanisme :
- partir de la présomption que la personne est bien intentionnée,
- on expose des faits sans interprétation, ni jugement, ni reproche,
- on identifie ses émotions,
- on identifie ses besoins,
- et je fais ensuite une demande claire, précise, réaliste, négociable, en ouvrant un dialogue.
Voilà des techniques qui paraissent un peu artificielles, mais quand on s’entraîne à le faire, ça peut devenir assez fluide et assez facile, avec le temps, avec l’entraînement, en tout cas c’est très efficace. Et j’ai envie de dire, ne me croyez pas, mais essayez, expérimentez.
Voilà en gros ce que je pourrais dire sur la question bonus, de comment gérer et prévenir les conflits ? Et je dirais que dans les 2 cas, ça sert, ce que j’ai dit, à prévenir d’éventuels conflits et quand ils sont présents, de les gérer. Donc ça fait double emploi.
Merci beaucoup Hélène pour ces précieux conseils, parce que ça fait vraiment la différence. Comme vous l’avez dit, ça peut sembler comme ça plus facile à dire qu’à faire, être très mécanique. Mais en essayant, voilà, c’est prouvé et approuvé, il y a vraiment de très bons résultats, donc merci beaucoup pour ces précieux rappels.
Oui, ça aplanit énormément les malentendus, les mauvaises compréhensions et puis il y a une idée, qu’on est tous bien intentionnés, on va essayer d’avancer.
C’est ça. Et puis c’est vrai comme vous l’avez souligné, le conflit parfois vient tester le lien, vient même parfois malmener le lien et savoir gérer le conflit avec ces clés que vous nous partagez, c’est aussi une manière de protéger et de préserver le lien.
Absolument, c’est la prévention du conflit, c’est la nourriture. Parce que dans le conflit, on se confronte à l’autre et on est authentique, on est vrai, donc on apprend à se connaître et à voir comment l’autre fonctionne et comment on va pouvoir avancer de façon plus harmonieuse.
c’est pour ça que le conflit, même s’il est très…, il peut être difficile et douloureux à vivre, il est extrêmement constructif et positif dans la nourriture de la relation.
Voilà, c’est ça !
Et bien c’était un réel plaisir que de pouvoir partager cette épisode avec vous Hélène, merci encore.
Avec plaisir
Je vous souhaite de passer de belles vacances et pourquoi pas à bientôt sur un nouvel épisode ?!
Ce sera toujours avec plaisir et un bel à vous et à tous les auditeurs.
Merci beaucoup !
Astuce proposée par Hélène
- un état d’esprit d’écoute : essayer d’entendre et de comprendre.
- avoir la volonté d’avancer
- être dans l’état d’esprit de la présomption de bonne intention.
- savoir reconnaître ses torts
- demander pardon
- savoir pardonner
2 techniques de gestion de conflits :
- la confrontation des points de vue : c’est ce que Jacques Salomé nous propose comme façon de fonctionner. C’est-à-dire :
-
- d’écouter l’autre dans sa façon de voir les choses, dans son point de vue et reformuler en lui disant qu’on a bien entendu ce qu’il a dit, qu’on a compris. « J’ai entendu que tu m’as dit que tu penses ceci, cela. » pour que la personne se sente entendue, écoutée.
- Ensuite, exprimer son propre, en espérant que l’autre nous renvoie l’accusé réception qu’il a bien entendu ce point de vue.
- être dans une logique de « on va essayer de trouver une solution commune, gagnant-gagnant pour les 2, pour les 3, pour les protagonistes en jeu.
- la technique de la Communication Non-Violente que je vais résumer de la manière suivante, c’est
- de réaliser que l’autre n’est pas nécessairement mal intentionné, de lui donner une présomption de bonne intention,
- de pouvoir exprimer de face factuelle, sans interprétation ni jugement ce qui nous pose problème. Des faits, rien que des faits, sans jugement. « J’ai vu que tel jour, la poubelle n’était pas vidée, alors que nous avions convenu qu’elle devait l’être à telle heure et par toi. » C’est un exemple tout banal.
- identifier et exprimer les émotions que cela suscite. Vos ressentis par rapport à la situation : « j’ai vu que la poubelle n’était pas vidée, j’étais très déçue, j’étais même un peu en colère parce que ça fait plusieurs fois que nous en avons parlé. » Pas de jugement, pas de reproche, pas d’interprétation.
- j’identifie mes besoins et je les exprime par : « j’avais vraiment besoin que la cuisine soit propre et rangée, on avait de la visite et j’ai vraiment besoin de pouvoir être soutenue », par exemple. Un besoin de soutien et un besoin de propreté.
- et je finis par une demande qui soit claire, précise, réaliste et négociable : « je te demande de vider la poubelle, tous les lundis matin, avant midi, quand j’arrive », c’est précis, c’est réaliste, et négociable « qu’est-ce que tu en penses, est-ce que tu es d’accord pour cette formule-là ? » Et j’ouvre un dialogue sur la position de l’autre, son ressenti, comment elle voit les choses, etc, et on essaie d’avancer comme ça.
Voilà ce 49e épisode du podcast est terminé. Si vous avez des questions, vous pouvez les poser en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.
Si vous souhaitez faire appel aux compétences professionnelles d’Hélène Bourg, vous pouvez envoyer un mail à l’adresse que je viens de vous communiquer et nous vous transmettrons ses coordonnées.
Il reste encore un épisode avant la pause estivale du podcast, donc on se retrouve la semaine prochaine avec un nouveau numéro de la rubrique Questions de Connexions et d’ici là, continuez à prendre bien soin de vous.
