Episode 47 : Comment renoncer à l’idéal personnel et relationnel (deuil de l’idéal) ? 1/2
Hello, bienvenue sur le 47e épisode de Relationnellement Vôtre.
La semaine dernière, dans la rubrique Questions de Connexions nous avons parlé du deuil, des formes de perte auxquelles nous sommes amenés à faire face.
Du coup, cette semaine, j’aimerais aborder plus particulièrement, un deuil fréquemment vécu dans les relations, il s’agit du deuil de l’idéal.
La définition donnée à l’idéal, c’est :
ce qui donnerait une parfaite satisfaction aux aspirations du cœur ou de l’esprit.
Dans le domaine des relations, je dirais que la quête de l’idéal prend principalement 3 formes :
- l’idéal recherché chez soi, dans notre vie personnelle, avec des critères bien précis sur la manière dont on aimerait être, que ce soit intellectuellement parlant, affectivement parlant, spirituellement, physiquement, financièrement ou encore matériellement parlant,
- l’idéal recherché chez l’autre, que ce soit dans ma manière d’être ou par rapport à sa situation. Et là on peut reprendre les mêmes caractéristiques qu’énoncées à l’instant, mais recherchées chez l’autre, du coup.
- et enfin, il y a aussi la quête de la relation idéale avec une représentation précise de ce que devrait être le couple idéal, la relation parent-enfant idéale, les relations fraternelles idéales, l’amitié idéale, etc.
Certains idéaux sont humainement impossibles à atteindre, notamment tout ce qui se rapporte à une quête de la personne parfaite, alors que d’autres peuvent sembler plus accessibles. Tout dépend du niveau d’exigence de chacun et des représentations mises derrière cet idéal justement.
Par exemple, si l’idéal pour une personne, c’est d’avoir une vie avec un travail, un conjoint, des enfants, une maison, sans plus d’exigences, je vous l’accorde, c’est très cliché et ça reste tout à fait accessible humainement.
Par contre, si l’idéal recherché, c’est un époux, une épouse, avec des critères très précis au niveau de son physique, de sa personnalité, de sa spiritualité, de sa situation professionnelle, matérielle, financière, là ça devient compliqué.
Ca peut aussi se retrouver sur le plan amical, cette quête de l’ami.e idéal.e qui a que des qualités et aucun défaut. Là encore, je pense que vous serez d’accord avec le fait que c’est difficilement accessible humainement parlant.
Alors, c’est complètement normal de rêver à la manière dont on aimerait être et d’avoir une représentation de ce qu’on aimerait construire comme vie et comme relations.
Ca devient problématique quand ça se rigidifie, au point de croire que le seul moyen d’être heureux.se, épanoui.e, c’est d’atteindre cet idéal, de le garder ou de le retrouver. Ce manque de flexibilité et d’adaptation au changement, ainsi qu’à la réalité dans laquelle on vit, peut enfermer dans bien des cercles vicieux et des souffrances.
Par exemple, si vous vous focalisez sur le fait de partager la relation parent-enfant idéale, vous risquez de passer complètement à côté de votre enfant, de qui il est et de votre mission de parent qui est de l’aider à se découvrir, s’aimer et s’accepter tel qu’il est.
Et puis ça va appliquer une pression énorme sur vos épaules de parent, au risque vous aussi de passer à côté de la petite enfance, de l’enfance, de l’adolescence de votre petit qui grandit. Bref, je pense que vous aurez compris l’idée. A vouloir courir après la perfection, après l’idéal, on va se focaliser sur des détails, qui si on les replace dans quelque chose de plus singulier et propre à chacun et bien la valeur accordée à ces détails, peut vraiment perdre en importance.
Or réussir à lâcher-prise par rapport à cette recherche de l’idéal, passe nécessairement par un deuil, par un cheminement dans le processus de deuil.
J’aimerais vous proposer de voir ensemble, sur 2 épisodes :
- tout d’abord, cette semaine, 3 éléments qui alimentent la recherche de l’idéal dans les relations
- et la semaine prochaine, 3 effets nuisibles de cette quête de l’idéal et une astuce associée à chacun d’eux pour vous aider à avancer dans le processus de deuil.
Donc cette semaine, voyons d’où vient cette quête de l’idéal. Car comprendre la manière dont cet idéal s’est construit, sa fonction dans votre manière de concevoir la vie, vous permettra d’y voir plus clair pour trouver comment en faire le deuil et avancer vers l’acceptation. En d’autres mots, une fois qu’on comprend ce qui se passe, on voit plus clairement comment agir.
Le 1er élément potentiellement à l’origine de cette quête de l’idéal, ce sont les représentations de ce que sont le bonheur et l’épanouissement.
Il y a un besoin de satisfaction et de bien-être propre à tout être humain, c’est tout-à-fait normal. Le hic, c’est quand ce bien-être et cette satisfactions sont associés à la perfection, avec l’idée que le seul moyen d’être heureux et épanoui, c’est réussissant à atteindre cette perfection ou du moins en réussissant à s’en rapprocher autant que possible.
Heureusement pour nous, le bonheur et le bien-être ne dépende pas du tout de la perfection puisqu’elle n’est pas de ce monde. Par contre, le bonheur, le bien-être ainsi que l’épanouissement reposent justement sur la capacité à accepter la réalité de nos imperfections et à composer avec ce que nous avons à notre portée, tant spirituellement, qu’affectivement, que physiquement, que relationnellement ou matériellement pour faire de la vie une belle expérience.
Une citation de Ralph Waldo Emerson illustre bien l’idée :
« l’idéal de la vie n’est pas de devenir parfait, c’est la volonté d’être toujours meilleur ».
C’est toute la différence entre le perfectionnisme et l’excellence. D’un côté, avec le perfectionnisme, il s’agit de courir après l’impossible inexistant à cause d’une difficulté à se satisfaire de qui on est, de ce qu’on a, ou une difficulté à en voir la réalité et de l’autre côté, avec l’excellence, il est question d’améliorer quelques détails de ce qui existe déjà, qui est apprécié comme tel et dont on veut utiliser ou développer le potentiel.
Donc là où la quête de perfection va exiger une relation de couple où tout est beau, tout est rose, ce qui est purement irréaliste. L’excellence, va encourager à faire le point sur la relation et voir comment chacun peut faire de son mieux pour que la communication soit plus efficace, ou que les conflits soient gérés dans la non-violence, par exemple.
Et si vous vous arrêtez un instant, une relation où la communication, le conflit se font en bonne intelligence, avec bienveillance, empathie et bien, c’est déjà une relation plutôt épanouissante, n’est-ce pas ?
Donc effectivement, une représentation erronée du bonheur et de l’épanouissement peuvent pousser à courir après un idéal, une perfection hors de portée, au risque de s’épuiser, de se déprimer à force d’échouer à chaque tentative pour y arriver.
Si seulement ces représentations erronées étaient le seul élément à l’origine de cette quête de l’idéal, ça serait vite réglé. Malheureusement, il y en a d’autres.
D’ailleurs, un 2e élément à l’origine de cette quête de l’idéal, c’est l’environnement social dans lequel on a grandi
D’un point de vue psychanalytique, en vous évitant toutes les explications freudiennes, disons que tout enfant se forge un idéal auquel il veut se conformer, à partir :
- de l’image idéalisée qu’il a de lui-même,
- et de l’identification aux idéaux de ses parents ou de leurs substituts, auxquels s’ajoutent les idéaux collectifs (c’est à dire, les idéaux véhiculés par la société, l’école, les groupes d’amis et autres groupes fréquentés par l’enfant).
Certains idéaux seront atteints, d’autres vont laisser place à cette quête, ce désir insatiable de répondre, de correspondre à une image la plus proche possible des idéaux en question.
Par exemple, si les idéaux véhiculés par les parents, par l’école, par la société, c’est d’être intelligent. Il va y avoir cette quête insatiable de « il faut absolument que je sois intelligent ». Et ça se poursuit à l’âge adulte, sans vraiment se rendre compte qu’on ne sait pas ou plus pourquoi on veut atteindre cet idéal. Or si on prend le temps de s’arrêter un instant, peut-être qu’il ne correspond pas ou plus à ce qu’on veut vraiment dans la vie. Après tout, sommes-nous obligés de calquer aux idéaux de notre environnement social ?
D’ailleurs, cette quête de l’idéal entraine bien souvent un mécanisme inconscient qui consiste à rechercher chez l’autre ce qu’on n’a pas en soi et donc de chercher chez l’autre, cet idéal auquel on n’a pas réussi à s’identifier.
Par exemple, si l’idéal recherché c’est être une personne charismatique, sociable, cultivée et que vous avez la sensation que quoi que vous fassiez, c’est hors de votre portée. Il est fort probable que vous recherchiez ce profil de personne dans vos amitiés ou comme partenaire de vie.
Les idéaux véhiculés dans l’environnement dans lequel l’enfant grandi, passent par différents canaux de manière volontaire ou pas forcément d’ailleurs. L’analyse transactionnelle, qui est une approche propre à la psychologie humaniste, parle de messages contraignants*, aussi appelés drivers.
Il s’agit d’injonctions inconscientes émises par l’environnement de l’enfant, injonctions qui vont régir le comportement de ce dernier. L’analyse transactionnelle en détermine 5 :
- « Sois parfait, »
- « Sois fort »
- « Fais plaisir »
- « Fais un effort »
- « Dépêche-toi »
Vous l’aurez compris, le message contraignant « sois parfait » est celui qui encourage le plus à cette quête de l’idéal. Ca provoque chez l’enfant une insatisfaction constante associée à un haut niveau d’exigence et une quête de perfection qui seront intégrée par l’enfant et qu’il va donc appliquer à lui-même et aux autres. Ca amène un schéma comportemental du type : « Je dois être parfait, avoir une vie parfaite, côtoyer des personnes parfaites pour partager des relations parfaites ». Alors, c’est un peu caricatural, mais dans certaines situations, c’est pas si loin de la réalité, quand on y réfléchit.
Donc entre les représentations erronées du bonheur, de l’épanouissement, les injonctions et les idéaux véhiculés par l’entourage, on pourrait se dire, c’est déjà pas mal comme explications. Et bien ce n’est pas fini, il y en a une 3e dont j’aimerais vous parler.
Il s’agit des blessures narcissiques et émotionnelles vécues. Et oui, c’est un 3e élément fondamental dans l’origine de cette recherche de l’idéal.
Une blessure narcissique correspond à toute atteinte qui altère l’amour de soi, donc la capacité à s’accepter et s’apprécier tel qu’on est et qui altère aussi l’estime de soi qui est l’estimation qu’on a de notre propre valeur. Une blessure narcissique amène la sensation d’être trop…, pas assez…, de n’avoir que des défauts, de ne pas être comme il faut, etc.
Une blessure émotionnelle est la conséquence d’une mauvaise expérience vécue dans le passé. Ce sont bien souvent des expériences vécues dans l’enfance dont on prend conscience des conséquences une fois adulte.
Il y a 5 blessures les plus connues, étudiées et notamment développées par Lise Bourbeau, qui sont :
- la blessure de rejet
- La blessure d’abandon
- La blessure d’humiliation
- La blessure d’injustice
- Et la blessure de trahison.
Parfois 2 autres blessures sont ajoutées à la liste. Il s’agit :
- des blessures liées aux violences intra-familiales
- et des blessures liées à la peur de l’inconnu
Chacune de ces blessures affecte la relation à soi, comme les relations aux autres. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans quelques temps. Je vous tiendrai informé.e. Mais l’une des conséquences des 5 premières blessures évoquées, c’est justement que ces blessures vont renforcer la quête d’être parfait, de correspondre à un certain idéal, de manière à éviter le rejet, l’abandon, l’humiliation, l’injustice ou la trahison. Et si en plus on peut être en relation avec des personnes qui répondent à un certain idéal, ça limite les risques de souffrir après tout… Donc voilà, il va y avoir cette quête de l’idéal en soi et l’idéal chez l’autre.
Du coup, l’idéal recherché n’est pas une question de goût, de préférence, ni d’exigences particulières, c’est le reflet de tout ce qu’on veut éviter, par peur de souffrir. Et là, ça réduit drastiquement le champ des possibles, en termes de relations. Car qu’on le veuille ou non, entre personnes imparfaites, on se blesse. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes dotés de la capacité à pardonner, à cicatriser, à faire preuve de résilience pour avancer malgré tout. Celui qui nous a créé avait tout prévu, nous sommes équipés du nécessaire pour pallier aux aléas des relations, en nous laissant bien sûr le choix de les utiliser ou pas.
On approche de la fin de cette 1ère partie, sur la thématique du deuil de l’idéal. En mettant des mots, des explications sur l’origine de cette quête de l’idéal ou la construction de cet idéal et bien ça vous permet de pouvoir commencer à voir, à entrevoir la manière de faire le deuil va pouvoir se faire… peut-être en commençant un travail sur soi, avec un ou une professionnel.le, amorcer une certaine prise de recul, une prise de distance par rapport aux idéaux qui ont été véhiculés par l’environnement dans lequel vous avez grandi, ou par rapport au processus de guérison concernant les blessures que vous avez vécues dans votre enfance ou dans les relations que vous avez pu partager jusqu’à aujourd’hui. Ou bien ces pistes, ces explications peuvent aussi vous permettre de revoir les représentations que vous avez par rapport au bonheur, par rapport à l’épanouissement.
On arrive à la fin de cet épisode et pour vous laisser avec un bonus, cette semaine, j’aimerais vous proposer non pas une astuce, ni un conseil, il s’agit plutôt d’un encouragement.
En bonus, un encouragement
Le passé permet d’expliquer le présent mais il ne détermine en aucun cas votre avenir. Vous avez la possibilité et la liberté de laisser tomber ces idéaux qui vous enferment et vous complexent.
Avez-vous tendance à vous focaliser sur ce qui semble vous manquer ? Et s’il était possible de regarder à votre valeur ajoutée, dans l’environnement dans lequel vous vous trouvez…
Avez-vous déjà envisagé que votre manière d’être, tel.le que vous êtes aujourd’hui, contribue à aider des personnes, contribue à tirer des gens vers le haut, amène du bonus, du plus dans la vie de certaines personnes ?
Alors bien sûr on vise l’excellence, donc votre situation est amenée à évoluer, votre manière d’être est amenée à s’améliorer. Mais tel.le que vous êtes aujourd’hui, c’est important de considérer qu’il y a déjà une valeur ajoutée.
Ensuite, faire le deuil de l’idéal, c’est retrouver de la joie et de la gratitude, en se replaçant dans une vision plus large de nos vies, une manière de voir qui ouvre une toute autre perspective :
Il s’agit d’avoir en tête que nous avons été créé avec un potentiel certes énorme et qui reste toutefois limité, afin d’éviter l’autosuffisance et de nous amener non pas à chercher ce que nous n’avons pas, mais à découvrir ce que nous pouvons accomplir à partir de ce qu’il y a en nous et la manière dont nous pouvons l’utiliser dans l’environnement. Vous et moi sommes donc équipés pour un but et la clé de l’épanouissement, c’est de vivre en accomplissant ce but.
Il n’est donc plus question d’un idéal à trouver (chez soi, chez l’autre ou dans la relation), il est plutôt question d’un potentiel à découvrir et révéler. Il y a déjà en vous ce dont vous avez besoin pour vivre une vie épanouissante. Les relations n’ont pas besoin d’être parfaite, elles sont là pour révéler ce qui se trouve en chacun : ce qu’il y a à soigner, à améliorer, à développer, à partager, etc. Car de nous-mêmes, nous ne ferions pas la démarche de mettre le doigt dessus, parce que ça nous ferait sortir de notre zone de confort, ça viendrait toucher à des choses désagréables. C’est pour ça qu’on a besoin d’être au contact des autres, pour pouvoir évoluer et révéler cette version de nous et les aider à révéler cette version d’eux-mêmes.
L’idéal est confortable, devenir la meilleure version de soi ne l’est pas autant, mais c’est bien plus épanouissant. Car d’un côté, le centre c’est soi, mon idéal, ma vie idéale, mes relations idéales. De l’autre, l’objectif visé est de contribuer à tout ce qu’on peut, en fonction de cette version de soi.
Et de vous à moi, courir après la perfection est une quête épuisante. Par contre, travailler à devenir la meilleure version de soi en collaborant avec Celui qui est parfait, à savoir Dieu, afin d’avancer sur le chemin de nos vies et de nos relations est une démarche apaisante et bien plus épanouissante.
Voilà nous sommes arrivés à la fin de ce 47e épisode du podcast.
Si vous avez des questions vous pouvez les poser par mail, à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com.
On se retrouve la semaine prochaine pour aborder la suite. Maintenant que vous avez quelques pistes pour comprendre d’où vient cette quête d’idéal, je vous laisse réfléchir à tout ça tranquillement, voir de votre côté ce qui a pu être à l’origine de la construction de cet idéal, comme ça la semaine prochaine, il ne nous restera plus qu’à mettre en lumière, les effets nuisibles de cette démarche et voir quelques clés pour vous aider à avancer dans le processus de deuil.
Bon et bien on se dit à très vite, en tout cas d’ici là, prenez bien soin de vous.
