Questions de connexions #5 : le deuil, quelle portée a-t-il sur notre être entier et comment en sortir ?
K : Bienvenue pour ce 5e épisode de la rubrique Questions de connexions, une rubrique où médecine, psychologie et spiritualité se retrouvent autour du fonctionnement de notre être et de notre santé tant personnelle que relationnelle.
Comme vous le savez désormais, l’émission se déroulera avec Azadeh, qui est médecin, bonjour Azadeh,
A : Bonjour
K : Ainsi qu’avec Willem, qui est le leader spirituel, bonjour Willem
W : Bonjour Kelly
Et donc exceptionnellement, ce mois-ci, j’ai proposé à une consœur psychologue de nous rejoindre. Il s’agit d’Isabelle. Bonjour Isabelle.
I : Bonjour Kelly
et merci pour ta participation.. Si nous accueillons Isabelle, c’est parce que nous allons aborder une thématique sur laquelle Isabelle a exercé en tant que formatrice de soignants en cancérologie et soins palliatifs, en plus de l’accompagnement des patients. Vous l’aurez compris, la thématique en question, c’est le deuil, mais pas uniquement la perte d’un être cher et c’est que vous allez très vite découvrir.
Nous allons répondre ensemble à la question de connexions : le deuil, quelle portée a-t-il sur notre être et comment en sortir ?
Car qu’on le veuille ou non, nous sommes malheureusement tous confrontés au deuil à un moment donné de notre vie.
D’ailleurs Isabelle peux-tu nous expliquer ce qu’est le deuil et quelles formes il peut prendre ?
I : On peut définir le deuil comme l’ensemble des réactions physiques, psychologiques, affectives et comportementales consécutives à toute perte significative. Le deuil constitue un authentique traumatisme psychique et physique, et génère un stress violent.
A ce titre, certains deuils difficiles pourront impacter notre rapport à la séparation en général et être réactivés à chaque perte.
Le deuil correspond au processus de séparation qui va de la souffrance de la perte à l’acceptation.
Dans la vie nous traversons une multitude de deuils que ce soit : ds la mort, mais aussi dans la séparation amoureuse ; quitter son pays, la perte d’un animal, d’un objet, d’un idéal, un déménagement peut représenter un deuil également. Et même en amitié nous vivons des deuils !
En fait, toutes les pages que l’on tourne vont activer un processus de deuil + ou – douloureux en fonction de son histoire de vie et de deuil et de si ils ont pu être anticipés ou pas.
Effectivement, merci Isabelle.
Willem, la souffrance du deuil et ses différentes formes font-elles partie du plan initial de Dieu pour les êtres humains ?
A l’origine, dans le contexte de la création de l’être humain, homme et femme, dans un environnement parfait et en constante interaction avec Dieu, on pourrait dire que la réponse est non. Cependant, la question, me semble-t-il, reste ouverte parce que la démonstration n’a pas été apportée au-delà de la première génération, d’êtres humains.
Mais puisque les humains ont fait des choix qui les ont chassés de cet environnement parfait, que leur relation avec Dieu s’est considérablement détériorée, et qu’en plus une limite leur a été imposée pour la durée de leur vie, alors forcément, la perte d’un être cher par décès, par exemple, fait désormais partie intégrante du quotidien des humains, sans compter la multitude de deuils que vient de nous présenter Isabelle.
On peut supposer que si dès l’origine, on avait pu conserver un monde sans maladie, sans détérioration du corps, sans passage par la mort, sans conflit, sans perte de quoi que ce soit, et bien autre chose, la souffrance du deuil aurait pu être évitée, mais cela reste difficile à affirmer, car nous avons été créé libres !
Rien ne garantit que, générations après générations, personne ne commette le premier acte qui injecte un grain de sable dans cet environnement parfait, pour détériorer le processus du bonheur continu … alors oui, un plan initial divin peut comporter des paramètres qui permettent de bons résultats, mais les circonstances et les décisions humaines peuvent orienter ce plan dans une certaine direction qui n’est pas la meilleure, avec des souffrances et des deuils …
De plus, il me semble qu’un environnement parfait comme cela était le cas à l’origine, ne garantit pas forcément que je ne me fasse pas mal tout seul, ou que je ne fasse pas mal à autrui de manière involontaire. Il faudrait pour cela que je sois parfait ! L’environnement peut être parfait, mais est-ce que je le suis ?
Hors je ne crois pas que ce soit l’idée de Dieu dans son plan initial … C’est plutôt l’idée d’être en relation avec une créature libre de faire le choix d’entrer dans cette relation. Ce sont justement ces choix libres qui rendent la relation avec Dieu soit proche et intime, soit distante et détériorée.
Je dirais au final que certaines souffrances ne peuvent être évitées même dans un environnement parfait et que d’autres souffrances découlent de nos mauvais choix ou de ceux d’autrui, sans que cela soit une fatalité …
K : Effectivement, nous sommes des êtres imparfaits, donc même dans un environnement parfait, il y aurait des souffrances. C’est très juste. D’ailleurs concernant ces souffrances, on retrouve leur expression dans notre être entier, dans la mesure où il y a cette connexion entre notre esprit, notre âme et notre corps. Du coup, Isabelle, par rapport aux pertes que tu as évoquées précédemment, aurais-tu des exemples de répercussions sur le plan psycho-affectif, donc au niveau de l’âme ?
I : Oui effectivement, par exemple lorsqu’on quitte son pays natal par exemple on peut perdre une partie de son identité, de ses souvenirs cela peut générer un sentiment de déracinement, un sentiment d’insécurité avec une perte de sécurité interne, une perte de repères aussi, une perte du familier et parfois, ça peut aller jusqu’à la perte du sentiment d’avoir une place quelque part !
La Rupture amoureuse quant à elle peut réveiller l’angoisse d’abandon, réactiver les problématiques d’attachement et de séparation.
Si je prends un autre exemple, enfin, la perte d’un emploi peut activer les traumas liés à la dévalorisation, en altérant l’image de soi, réactiver des problématiques de rejet plus anciennes, des problématiques de désaveu, d’estime de soi et de rapport à sa propre valeur.
K : Merci Isabelle. Azadeh, qu’en est-il du corps lors d’un deuil, quelles problématiques retrouves-tu le plus chez les patients confrontés à une perte ?
A : alors il peut y avoir pleins de manifestations physiologiques très différentes, qui sont liées surtout bien évidemment à l’angoisse, à la dépression parfois même.
Alors ça peut être des maux de tête récurrents, des troubles digestifs, comme avoir des diarrhées, des douleurs au ventre ou des constipations qui s’installent alors que c’était pas le cas auparavant.
Des troubles du sommeil bien sûr, avec l’insomnie ou l’inverse, l’hypersomnie, c’est-à-dire que ce sont des gens qui vont se réfugier dans le sommeil pour ne pas penser à ce deuil.
Des palpitations cardiaques, donc des manifestations cardiaques. Parfois des pics d’hypertensions artérielles, alors que la personne n’avait pas ce genre de souci avant.
Parfois même une vision qui est troublée comme un flou visuel qui vient, qui perturbe les gens.
Une grosse fatigue bien sûr, quand l’âme est malade, forcément, ça atteint le corps. L’apathie, ça veut dire l’envie de ne rien faire. Il y a une démotivation profonde qui s’installe.
Parfois ça va jusqu’à l’isolement avec un repli sur soi-même. D’ailleurs les personnes n’ont même plus cet entrain d’aller vers les autres. Elles s’enferment dans un cercle vicieux de pensées qui les enferment.
Ou alors au contraire, il y en a qui vont se jeter dans une forme d’hyperactivisme, en essayant de combler le vide pour que leurs pensées ne soient pas accaparées par ce manque.
Parfois ça peut être dans l’inconscient des rêves, des cauchemars la nuit.
Les personnes peuvent-être aussi irritables, à fleur de peau en fin de compte, avoir des accès colériques. Et l’entourage s’en rend compte souvent en disant, c’est bizarre, tu n’es pas comme d’habitude.
Et bien sûr, malheureusement, ça peut aller jusqu’à la dépression qui s’installe.
Et parfois aussi les gens vont essayer de compenser, je parlais de l’hyperactivisme. Ils peuvent compenser aussi par des addictions. En consommant des produits toxiques, l’alcool, la drogue, etc, pour essayer d’endormir leur cerveau et leur mal-être même physique, parce qu’ils se rendent compte qu’avec certaines substances bah ils se détendent et du coup même les symptômes physiques peuvent disparaître.
K : Et d’un point de vue spirituel Willem, aurais-tu des précisions à apporter sur les manières dont un deuil peut nous affecter ?
W : Oui, cela peut être très subtil, mais il est intéressant de noter le rôle majeur que peut jouer un deuil sur notre relation avec Dieu par exemple.
Je veux d’abord commencer par dire que dans nos souffrances, nos pertes et nos deuils, Dieu désire se tenir à nos côtés pour entendre, comprendre, et compatir, tel un Père aimant et plein de compassion.
Comme je le disais plus tôt, le but de Dieu est de nouer une relation avec nous, dans un choix librement consenti, avec une intimité qui se travaille au quotidien. Il s’avère que lors d’une grosse perte, notre état émotionnel et même physique, comme on vient de le voir avec Azadeh, peut être tellement affecté que cela empiète sur notre spiritualité, sur notre relation avec Dieu. Plutôt que de s’adresser à lui, de s’en remettre à sa personne plus grande et plus puissante que nos tempêtes pour pouvoir les traverser, nous perdons une certaine “lucidité spirituelle” et nous “subissons” les évènements. Dans ce cas, si les évènements subis ne deviennent pas une occasion de nous rapprocher de Dieu pour utiliser les ressources qu’il met à notre disposition, alors ces mêmes évènements subis vont nous éloigner de Dieu et mettre un ou plusieurs coups à notre relation avec Lui.
Pour tenter d’illustrer mon propos, j’ai une anecdote à vous raconter. Il y a de cela plusieurs années, j’ai côtoyé une mère qui a perdu sa fille adolescente. Elle croyait en Dieu et espérait en lui pour être restaurée après cet événement tragique. Seulement, année après année, ce sont les souvenirs, puis la nécessité de garder intact certains éléments appartenant à sa fille, comme l’état de sa chambre dans les moindres détails par exemple, qui ont pris le pas sur son processus de deuil. Le jour où la mère m’a permis d’entrer dans la chambre de sa fille décédée depuis déjà des années, j’ai eu l’impression d’entrer dans un “temple” dédié à la mémoire de quelqu’un ! Et que l’entretien de ce souvenir était plus important que n’importe quoi d’autre. Il m’a fallu constater également que la spiritualité de la mère avait changée et que ce n’était plus une force sur laquelle elle pouvait s’appuyer.
Un deuil peut affecter notre spiritualité, notre relation avec Dieu, même nos croyances et leur remise en cause.
C’est pour cela que côtoyer une communauté spirituelle bienveillante, avec des personnes ressources qui comprennent le processus du deuil, peut être un point fort sur lequel les personnes endeuillées peuvent s’appuyer, car dans les moments difficiles, la tentation de l’isolement n’est jamais très loin et il faudrait, au contraire, accepter de partager ses fardeaux … cela peut se faire dans la confession à une personne de confiance, que l’on trouverait dans la communauté ou dans son entourage bien sûr, dans le partage de sujets de prière avec d’autres partenaires spirituels, ou encore dans la participation aux activités de la communauté pour renforcer notre état intérieur.
K : Merci Willem.
La grande question maintenant, c’est de savoir comment sortir du deuil. Ca implique tout un processus.
Isabelle, peux-tu nous en dire plus sur le processus du deuil et ses étapes ?
I : Le processus de deuil est un chevauchement d’états émotionnels, qui visent à l’adaptation, à l’ajustement psychologique pour faire face à la perte.
Pour chaque personne le chemin du deuil est différent même quand on perd la même personne !
Ce chemin va dépendre :
- de notre histoire individuelle,
- de la rupture brutale ou attendue,
- des deuils passés,
- de la qualité de la relation à la personne que l’on a perdu (satisfaisante ou non)
Paradoxalement on peut se remettre plus facilement de la perte d’une personne avec qui on était en bon terme quand la perte n’est pas trop brutale. Donc tous ces éléments vont déterminer la durée et l’intensité du deuil. Le temps du deuil est propre à chacun et c’est important de le respecter ;
Malgré tout, il y a quand même des phases communes à tous dans le travail de deuil qui vont se succéder de manière non linéaire et il peut y avoir des aller/retours entre ces différentes phases.
Pour décrire ces phases je me réfère essentiellement à 2 psychiatres spécialistes du deuil que sont Elisabeth Kûbler-Ross et Christophe Fauré, que j’apprécie particulièrement.
1. La 1ère phase est une phase de sidération, d’état de choc, appelée également la phase de déni :
Des mécanismes de défense se mettent en place pour mettre à distance la douleur face à la réalité trop violente. Donc, la personne oublie de temps en temps que la perte est arrivée ; elle n’y croit pas ; c’est le fameux « ça n’est pas possible » Dans cette phase il y a de vrais moments d’oublis
A cette phase la personne endeuillée peut alterner les moments de décharge émotionnelle incontrôlée et de pleurs intenses et incontrôlés, avec des moments d’anesthésie émotionnelle où elle a l’impression de flotter.
2. La 2nde phase est une phase de colère, de révolte face à ce qui arrive ;
« Pourquoi moi… », « ça n’est pas juste ! »… Azadeh en a parlé aussi.
Souvent à cette phase on va rechercher un responsable à ce qui arrive, voire même un coupable. Ca permet de décharger et d’avoir un objet à sa colère. A cette phase la personne endeuillée a besoin d’en vouloir à quelqu’un ce qui évite de retourner la culpabilité contre soi.
La mort particulièrement génère de la culpabilité chez celui qui survit à l’autre ; la culpabilité de ne pas avoir assez fait, dit, montré qu’il aimait ou simplement de vivre alors que l’autre n’est plus là.
Dans cette seconde phase C Fauré décrit également comme un double mouvement psychique : la fuite et la recherche ; fuite dans le travail, dans des activités pour penser à autre chose et Azadeh en a parlé aussi, fuite dans des addictions pour ne plus penser, pour échapper à la peine, à la douleur.
L’autre mouvement psychique, c’est la recherche. La recherche de la personne disparue au travers de photos, souvenirs, objets. C’est ce qui est arrivé dans le témoignage que tu disais Willem. La personne dans un 1er temps a cherché à garder intactes les souvenirs en gardant les objets, en gardant la chambre de sa fille. La personne endeuillée se raccroche aux objets et souvenirs pour continuer de faire exister la personne disparue. C’est une des phases du processus de deuil.
3. La 3ème phase est une phase de dépression, de tristesse nécessaire au deuil.
La personne endeuillée a pris conscience de la perte définitive en souffre et l’exprime. Elle a envie de se replier. Là encore Azadeh en a parlé. Elle n’a plus envie de lutter. Elle se sent très seule, c’est une phase de désespoir.
Des symptômes de dépression vont pouvoir se manifester à cette phase et là encore c’est dans l’ordre des choses.
Christophe Fauré pour décrire cette phase, parle de destructuration.
4. La 4ème phase est la phase d’acceptation
La personne endeuillée recommence à pouvoir formuler de nouveaux projets ; la relation avec la personne disparue est intériorisée ou la relation avec la perte, la perte est intériorisée et son évocation est moins douloureuse.
Et la encore, Christophe Fauré parle de phase de restructuration.
En fonction de la perte vécue ce processus de deuil peut prendre de quelques mois à plusieurs années.
Pour finir j’aimerais citer le psychanalyste Jean Allouch qui dit :« La perte réelle va occasionner un trou dans notre système de représentation où va s’engouffrer le manque de l’autre… » Et je crois que c’est ça la difficulté, c’est de faire face au manque.
K : Oui, merci beaucoup Isabelle. Azadeh, en tant que médecin, que conseilles-tu pour aider à cheminer dans le processus du deuil ?
A : Au début l’état des gens va être légitime quand ils ont des symptômes physiques, émotionnels, etc, et je vais leur proposer de les aider par des traitements adaptés effectivement. S’ils font plusieurs nuits blanches et que leur corps a absolument besoin de se reposer, je vais leur proposer des médicaments dans ce but-là, contre l’anxiété aussi parfois. Quand il y a des crises d’angoisse, quand ils perdent leurs moyens avec les pleurs incessants etc. Il y a aussi des médicaments pour les aider.
Et parfois aussi je les mets en arrêt maladie évidemment, parce qu’ils ont besoin de retrouver leur famille, etc, pour faire ce processus de deuil et puis se reposer aussi mentalement, pouvoir récupérer quand ils font beaucoup d’insomnies dans la journée, faire des siestes, etc.
Et puis ils sont incapables aussi, tellement ils sont affectés, de se rendre sur leur lieu de travail. Donc parfois je propose l’arrêt de travail et d’autres fois plutôt non. Il y en a même qui me le disent, qui préfèrent aller au travail parce que ça va leur changer les idées quand l’environnement est sain.
Et quand la dépression s’installe, bien-sûr là j’attends quelques mois, parce que comme je le disais au départ, c’est légitime, que les différentes phases arrivent, comme le décrivait Isabelle.
Et quand une dépression s’installe et que les personnes ont du mal vraiment à remonter la pente au bout de quelques mois, là effectivement, on tombe dans un traitement plutôt antidépresseur.
Et là je vais aussi encourager à ce qu’ils consultent un spécialiste, comme Isabelle, pour le deuil, qui est tout un chapitre évidemment, à approfondir dans sa vie et que les psychologues, les psychothérapeutes ou que les psychiatres ont étudié.
Donc je ne néglige absolument pas le travail des professionnels dans ce domaine-là. Et voire même parfois je le propose quand je vois des années plus tard, que la personne ne montre pas trop de manifestation, mais qu’elle est comme restée figée dans une des étapes qu’Isabelle a décrite et qu’elle n’avance plus et que ça devient quand même source de souffrance dans sa vie, sous une forme quand même assez masquée.
Il y a des personnes qui vont tomber un peu dans l’hypocondrie, qui vont avoir peur de la maladie. Et quand on creuse le sujet, ils vont référer à cette personne qu’ils ont perdu, la maladie qui les a frappé, etc.
Ou alors les relations dans leur couple aussi vont se détériorer. Voilà, il y a des choses comme ça qui s’installent et quand on en parle et que je vois que ça revient à cet épisode qui date de plusieurs années, là aussi je conseille fortement que les personnes fassent le pas de voir un professionnel de santé, pour faire ce travail de deuil et d’avancer dans ces différentes phases.
K : C’est très juste. Merci Azadeh. Willem, y a-t-il des clés spirituelles qui favorisent le cheminement dans le processus évoqué et la sortie du deuil ?
W : Oui, je l’ai partagé un peu plus tôt : on peut s’appuyer sur la communauté spirituelle bienveillante et les personnes ressources qui comprennent le processus du deuil. On peut se choisir des partenaires spirituels également, qui vont nous aider à prier, à nous remettre à Dieu, et à continuer à croire en ses promesses, en gardant intact l’espoir.
J’insiste quelque peu sur le rôle que peut jouer une communauté dans la traversée de nos souffrances. J’aimerais citer un auteur qui m’a beaucoup influencé dans cette façon de penser, il s’appelle Edward P. Wimberly et il dit ceci :
“Pour les personnes en crise, il est possible d’ajouter de nouvelles dimensions de sens à la vie, dont la dimension thérapeutique à travers la communauté. Puisque les personnes sont plus ouvertes à l’influence des autres pendant les périodes de crise, en comparaison à toute autre période de leur vie, le bon emploi des systèmes de soutien dans la communauté ecclésiale peut être très thérapeutique à ce moment-là.”
Selon E. P. Wimberly, un système de soutien est défini comme un ensemble de liens continus avec des personnes significatives qui aident la personne en crise à maintenir son intégrité émotionnelle et physique pendant les périodes de crise. Dans la pratique, le système de soutien aide la personne en crise à : renforcer sa propre capacité à faire face aux situations de crise ; exprimer ses émotions et à contrôler ses pulsions ; fournir à une autre personne une validation communautaire de son identité et de sa valeur personnelle ; satisfaire le besoin d’une personne proche et attentionnée. Et on voit là qu’il ne s’agit pas que de moi, la personne qui traverse la crise, mais je peux aussi aider quelqu’un d’autre.
La communauté ecclésiale dispose de ressources en lien avec la foi chrétienne qui peuvent aider une personne en crise. Ces ressources, que Wimberly qualifie de « ressources thérapeutiques historiques », sont : la communauté bienveillante, la tradition du culte, la tradition de la prière et la tradition des valeurs éthiques de l’Église. Il faut considérer que la communauté bienveillante au sein de la communauté ecclésiale joue le rôle prépondérant d’« agent de guérison » dans les systèmes de soutien. On retrouve dans la communauté bienveillante des « forces de guérison » telles que : les relations bienveillantes existantes dans les familles proches ou élargies ; les groupes de pairs ; les cercles d’amitié et de fraternité ; les rencontres informelles en face à face. Par exemple, un simple bonjour à la fin d’une réunion, ça peut être très important pour quelqu’un qui est en crise.
On peut également ajouter qu’au sein de la communauté ecclésiale, l’observation de personnes vertueuses servant directement ou indirectement de modèles ou de mentors, constitue une force de guérison supplémentaire.
K : merci Willem.
En se trouvant au cœur même de la souffrance d’une perte et pas uniquement la perte d’un être cher, plusieurs personnes se demandent s’il est vraiment possible de sortir de la souffrance du deuil ou si on la garde en quelque sorte en soi toute sa vie.
Qu’en pensez-vous ? Et auriez-vous un témoignage à partager pour appuyer vos propos ??
A : moi j’en aurais un. Inévitablement la personne qui manque, manquera toujours. Ca on ne peut pas le nier. Maintenant effectivement, il y a des choses qui peuvent vraiment aider à ce cheminement pour sortir de la souffrance du deuil, donc il y a des spécialistes, qui sont là, qui en parlent et en même temps, moi personnellement, j’ai ce privilège aussi d’avoir une communauté ecclésiale dont parlait justement Willem et d’avoir la foi. Et il est bien prouvé combien la foi aide effectivement dans ce processus de deuil, lorsqu’on a cette assurance, cette espérance, qu’après la mort physique, il y a encore une vie qui continue. Et que tout ne s’arrête pas à ce que nos yeux voient ici bas.
Et personnellement j’avais une amie qui avait également la foi et qui est décédée jeune, en ayant laissé derrière elle 2 enfants jeunes aussi. Elle s’est battue contre un cancer qui s’avérait être de plus en plus agressif, atypique, qui a échappé au contrôle de tout médecin.
Et quand elle est partie, elle était préparée, elle avait la paix pour rejoindre son Dieu et inévitablement, malgré tout cela, avec son départ, la communauté a été frappée par ce départ, de voir les enfants sans leur maman, le mari qui était démuni. Ca a été quand même très dur et malgré cela, il a fallu aussi que je fasse aussi ce processus de deuil, avec les différentes étapes, etc. Et vraiment je me souviendrai de ce moment qui m’a consolée au plus haut point, ça a été lorsque j’ai eu un coeur à coeur vraiment avec Dieu et qu’il m’a parlé à travers un livre qui est dans les Ecritures, qui est le livre de Job.
Mon amie avait tellement la foi, elle était tellement exemplaire à tout niveau, que le fait que son cancer soit aussi agressif était tellement injuste. Elle espérait que Dieu lui vienne en aide et la guérisse aussi, que les médecins puissent trouver une solution. Or ça ne s’est pas passé comme ça.
C’est vrai que j’ai interpellé Dieu, je lui ai dit : « mais qui d’autre alors pourrait être épargné, si elle avec toute la foi qu’elle avait finalement n’a pas pu être honorée durant cette maladie pour être guérie et que ça a été quelque chose de si exceptionnelle, même qui lui est tombée dessus, de rare.
Et Dieu me dit : « lis le livre de Job, regarde à la fin. C’est fascinant parce qu’en fait, c’est un homme qui perd tout. Il perd ses enfants effectivement, qui meurt, il perd tout son bien matériel, il perd même sa santé. Donc il est en plein deuil de pleins de choses, de lui-même. Et pendant des chapitres et des chapitres, pendant une quarantaine de chapitres, il parle à Dieu. Il fait un peu son espèce de plaidoyer aussi. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Pourquoi alors qu’il a toujours été intègre, en fait, Dieu permet ce châtiment qui lui arrive ?
Et ce qui est beau c’est qu’à la fin, Dieu vient lui parler, mais il ne répond à aucune de ses questions. De façon très terre à terre, Job pose des questions.
Qu’ai-je fait, j’ai rien fait, j’ai rien à me reprocher. Et Dieu ne va pas répondre à ces questions précises. Dieu va juste se montrer à lui et dire regarde qui Je suis, le Dieu, le Tout-Puissant, le Créateur.
Et Job parle à ce moment-là à Dieu et lui dit : « je reconnais que tu peux tout et que rien ne s’oppose à tes pensées. Mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon oeil t’a vu ».
Job reconnaît la divinité, la toute-puissance de ce Dieu a qui il s’adressait auparavant dans ses questions, sa souffrance et ses frustrations.
Et juste que Dieu lui dise qu’Il est Dieu. Qu’il est Celui qui est au-dessus de toutes choses, sans se justifier de ce qui arrive à Job. Job comprend à qui il a affaire. Et Job est comme immédiatement consolé et ne pose plus de question.
Il dit mes yeux t’ont vu. Alors qui a-t-il vu ? La personne de Dieu lui-même.
Et parce que ce qui est beau aussi, c’est que l’histoire ne finit pas là, c’est que après, en plus Dieu le bénit, il lui rend encore ce qu’il avait perdu, il lui rend effectivement, encore plus que ce que Job n’avait perdu.
Mais Job reconnaît et est consolé par Dieu, après l’avoir juste vu, après avoir juste reconnu. Il n’a pas besoin de tous les biens matériels, les récupérer, que le vide soit rempli à nouveau pour être consolé.
Et Dieu me disait, tu vois, ton ami, son histoire c’est ça, c’était comme un Job pour moi. Elle m’a aimé jusqu’au bout. Elle m’a honoré jusqu’au bout et c’est une telle consolation de savoir effectivement, qu’il y a une continuité dans notre vie, qui est ici terrestre mais qui va continuer. Et je suis convaincue que je la verrai et que là où elle est elle ne souffre pas, elle ne souffre plus.
Donc c’est un voyage qu’elle a fait avant moi et la consolation est évidemment sans nom dans ces cas là, on ne peut pas l’inventer, c’est quelque chose qui est au-dedans de nous, qui touche notre âme et c’est ce qui m’est arrivée justement dans cette histoire-là.
W : je ne peux pas m’empêcher de rajouter, Azadeh, après ce que tu viens de nous dire, une question… Je n’y répondrai pas mais je la pose :
est-ce que finalement, la plus belle chose qui puisse arrivée à un être humain, ne serait-ce pas que d’entrer et d’être en relation avec Dieu au point de le voir ?
Moi je trouve ça extraordinaire.
K : ça l’est ! Merci pour ce témoignage très touchant Azadeh et effectivement, cette question Willem, on la laisse en suspens, chacun pourra y répondre à sa manière.
En tout cas, merci à vous 3 d’avoir traité ce sujet si sensible et si important que le deuil.
On arrive du coup, à la fin de notre rubrique. Chers auditeurs, si vous avez des questions sentez-vous libres de les poser par mail, à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com. Soit vous recevrez une réponse directement par mail, soit cette réponse sera développée dans un prochain épisode de la rubrique.
En tout cas, Azadeh, Isabelle, Willem, merci encore et on se dit à bientôt.
De notre côté chers auditeurs, on se dit à la semaine prochaine avec un nouvel épisode du podcast et d’ici là, prenez bien soin de vous.
A : merci
I : A bientôt Kelly
K : de notre côté chers auditeurs, on se dit à la semaine prochaine avec un nouvel épisode du podcast. et d’ici là, prenez bien soin de vous.
