Questions de connexions #4 : en quoi de simples mots ont-ils le pouvoir d’impacter notre être entier ?
K : Hello on se retrouve pour le 4e épisode de la rubrique Questions de Connexions.
Je suis donc en compagnie d’Azadeh qui est médecin, bonjour Azadeh
A : Bonjour
et nous sommes toutes mes 2 en compagnie de Willem qui est leader spirituel, bonjour Willem
W : Bonjour à toutes les 2.
Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous vous proposons de répondre à la question: en quoi de simples mots ont-ils le pouvoir d’impacter notre être entier ?
Il n’est plus à prouver l’effet que des mots lus ou entendus peuvent avoir sur nos émotions, notre humeur, sur l’image de soi ou l’estime de soi.
D’ailleurs, c’est très tendance d’avoir recours à des affirmations positives pour développer un certain état d’esprit, gagner en confiance en soi ou se sentir mieux dans son corps.
Il y a donc une croyance établie d’une relation de cause à effet entre ce qu’on dit et ce qui se passe dans nos vies personnelles et relationnelles. C’est ce que nous allons approfondir aujourd’hui.
Les mots sont comme des graines semées qui vont trouver ou non un terrain favorable en nous pour prendre racine, germer et porter des fruits aux saveurs parfois tout-à-fait bénéfiques et d’autres fois malheureusement nuisibles.
L’impact des mots s’étend aux 3 dimensions de l’être à savoir la dimension physique, la dimension psycho-affective, la dimension spirituelle et les paroles affectent aussi nos relations. C’est valable aussi bien pour ce qui est dit autour de nous, donc ce qui est dit par les autres, que ce que nous pouvons dire de nous-mêmes.
1. Dans un 1er temps, Willem, y a-t-il une explication spirituelle au fait que les paroles libérées par notre bouche ou celle des autres aient un tel effet ?
W : Oui Kelly ! Je vais reprendre ta question sous forme affirmative : « il y a une explication spirituelle au fait que les paroles libérées par notre bouche ont des effets sur nous et sur les autres. » Quelle est cette explication ?
Nous l’avons déjà évoqué, mais cette question me donne l’occasion de revenir sur le texte de la création du livre de la Genèse sous un autre angle. Ce texte nous rapporte qu’ « 1 Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. 2 La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. 3 Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. »
Ces deux petits mots qui forment l’expression « Dieu dit » reviennent 8 fois dans le récit de la création ! C’est donc à partir de sa parole que Dieu crée toutes choses et exprime sa volonté. L’auteur Donald Carson déclare à ce propos que Dieu est un Dieu qui parle.
Par ailleurs, il faut remarquer que le mot original en hébreux « ‘elohiym » traduit par Dieu est au pluriel. Sans entrer dans les détails, on pourrait ainsi résumer cette situation par rapport à notre sujet d’aujourd’hui : il y a dans ce pluriel divin une sorte d’entente, une complicité entre « plusieurs êtres » pour qu’ils disent ensemble, qu’ils fassent ensemble quelque chose qui soit BEAU et BON !
Puisque Dieu nous a créés, nous les êtres humains, à son image, elle est là l’explication spirituelle qui répond à ta question : tout comme Dieu « ‘elohiym » (dans son identité plurielle), nous sommes des êtres créés pour entrer en relation avec les autres et nous sommes dotés de la parole.
D’ailleurs, l’auteur Jacques Poujol écrit quelque chose de très intéressant à ce propos, je le cite : « On a besoin de se raconter pour se comprendre, s’accepter, se guérir. Or on ne peut pas se dire à soi-même, il faut toujours un autre (voir un Tout Autre [de l’ordre de la transcendance comme par exemple] Dieu) pour se dire. Si l’autre n’est pas là, il y a une absence (ou un ab-sens, un manque de sens). Paradoxalement, le plus court chemin de soi à soi-même passe par l’autre, et l’écoute de soi passe par le fait d’être écouté par un autre. »
Les 3 mots clés pourraient être : moi, parole, l’autre. Si j’ai la parole mais que l’autre n’est pas là, je ne me construis pas, je ne m’épanouis pas !
De la même manière que Dieu, dans son identité plurielle, a fait émerger la belle création par sa parole, nous les humains pouvons faire émerger par nos paroles de bonnes choses, mais aussi, hélas, de mauvaises choses, si nos propos sont prononcés pour ce but!
On peut donc affirmer que dans l’explication spirituelle il y a un pouvoir dans la parole : un pouvoir de bienfait, un pouvoir blessant, etc.
Pour terminer, je veux rappeler ce que nous avons déjà évoqué dans un précédent podcast : si Dieu nous a créé, c’est qu’il nous a désiré et aimé et le but est qu’il veut que nous entrions en relation avec lui et que nos relations avec les autres se rapprochent, ou prennent comme repère, sa relation pluriel « ‘elohiym »!
Ce serait donc intéressant de savoir ce que Dieu dit de moi, ce qu’il dit de nous, pour que je puisse me le répéter à moi-même, que je puisse dire à l’autre cette bonne chose de la part de Dieu, ainsi mon estime personnelle et ma façon de vivre avec les autres peut être une excellente chose si elle se rapproche de l’intention originelle du Créateur.
K : Merci pour cette explication Willem. Azadeh, que nous dit la science sur la manière dont les mots peuvent nous affecter ?
A : Il y a plusieurs études qui montrent vraiment l’impact des mots. Tu disais tout à l’heure, tu employais le mot « le pouvoir des mots » et c’est fascinant de voir certaines études que je vais vous citer sur les différents impacts.
Par exemple, au niveau cérébral, c’est très simple de nos jours de faire des scanners cérébraux et puis de regarder les zones du cerveau qui vont s’activer en fonction du stimulus qu’on va provoqué.
Il y a un savant, neuroscientifique et psychologue américain qui s’appelle Dr Mettiew Lieberman. Il fait une étude, en fait il a visionné des cerveaux humains au scanner et il a essayé d’étudier la réponse du cerveau, de certaines zones du cerveau à certains stimuli, c’est-à-dire qu’on provoque une réaction et après on voit ce qui se passe. Et donc il a constaté qu’au niveau du cerveau, la réaction qui va avoir lieu en réponse à la douleur physique, si on pinçait la personne par exemple et bien elle est exactement la même au niveau du cerveau, c’est exactement la même zone du cerveau qui s’allume quand on va lui dire des mots qui vont la blesser, quand c’est de l’ordre des injures, des mots rabaissants, etc.
C’est comme si la réaction du cerveau à la douleur physique et aux blessures sociales était exactement la même. Et c’est terrible, parce que ça prouve tout simplement par ces études scientifique que les mots blessent, au même titre qu’on peut blesser le corps, on peut blesser l’âme d’une personne et le cerveau réagit de la même manière.
De la même manière, par rapport à tout ce qui est stimulation motrice, ce qui nous met en mouvement. A la lecture de certaines phrases, quand on lisait un récit par exemple, à la lecture d’une simple phrase du style : « et John saisit l’objet » et bien à ce moment-là, on constate que le cerveau, au niveau de la zone qui transmet l’information depuis le cortex pour mettre en mouvement le bras, va s’allumer. Donc c’est fascinant parce qu’effectivement on constate que tout simplement le mot n’est plus qu’une simple désignation d’une chose, mais elle devient presque la chose elle-même dans notre être.
Et j’aime une phrase de Victor Hugo qui a dit : « Beaucoup plus qu’un moyen, le langage est quelque chose comme un être. Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant » (Victor Hugo, Les Contemplations).
On peut dire qu’en tant que grand écrivain, il avait compris le pouvoir de ses écrits, de ses mots.
Et donc en plus de cela, par rapport à notre fonctionnement, notre raisonnement, c’est incroyable le pouvoir des mots, dans la mesure où par exemple : une étude a montré que nous percevons une situation de façon complètement différente en fonction des mots utilisés pour la décrire.
Ils ont fait une expérience, ils ont pris un certain nombre de personnes. Ils leur ont montré une vidéo d’un accident de voiture sans conséquences graves, entrechoc de 2 voitures. Ensuite ils ont séparé ces personnes-là en 3 groupes. On leur a demandé d’estimer la vitesse à laquelle roulaient les véhicules au moment où ils se sont :
- pour le 1er groupe : « rencontrés »
- pour le 2e groupe : « heurtés »
- pour le 3e groupe : « percutés ».
Ca va crescendo dans la violence du mot. Et bien figurez-vous, alors qu’ils avait vu la même vidéo, les différents groupes ont estimé à peu près une différence de 50km. Comme quoi ils avaient perçu à travers la question posée et les mots choisis, une violence un peu plus importante. Leur jugement a été influencé, de façon plus ou moins consciente, par un simple mot, avec une connotation particulière.
Enfin pour finir, je pourrais aussi citer par exemple le pouvoir des mots qu’il y a vraiment 2 faces opposées. Comme disait Willem, ça peut être positif, ça peut être négatif, ça peut être une malédiction, ça peut être une bénédiction. Vous savez l’être humain a évident un être qui est créé dans l’émotion aussi, qui a ses propres émotions et son centre de la peur est quand même quelque chose au niveau cérébral, qui s’active très facilement.
Et quand on va utiliser en fait des mots positifs plus que des mots négatifs, on va stimuler le centre de motivation du cerveau et ça va se traduire en actes qui vont être productifs et positifs. Et à l’inverse, quand on utilise des mots encore plus négatifs et bien on va empêcher certaines substances neurochimiques de notre cerveau de se produire et ça va contribuer à une tension cérébrale. Et comme je le disais malheureusement, le centre de la peur de notre cerveau est facilement excitable, à cause de notre réflexe humain de protection face au danger, d’adaptation aux situations dangereuses et inconfortables. Ce qui fait que cette toute petite zone du cerveau qui s’appelle l’amygdale d’ailleurs, qui est le siège de la mémoire affective et qui commande toutes les émotions. Mais aussi qui emmagasine tout un répertoire de souvenirs sans que nous en soyons même conscients, en reliant les événements passés aux événements actuels.
Quand il y a des mots qui vont évoqués quelque chose de négatif de notre passé dans notre mémoire, on va décharger toute une batterie d’hormones de stress qui vont inonder notre système cérébral et ça va interrompre même la logique et les modes de raisonnement de notre cerveau.
Et ça va jusqu’à un point tel que la neuroplasticité cérébrale, c’est-à-dire que le cerveau à un certain niveau et dans certaines zones, peut s’hypotrophier c’est-à-dire diminuer de taille ou au contraire augmenter de taille, s’hypertrophier. Des études prouvent qu’à force d’angoisse et de stress, d’exposition à des faits négatifs, à des mots négatifs, etc, et bien cette zone, l’amygdale du cerveau, qui est la zone de la peur, des émotions, va s’hypertrophier, va augmenter de taille et finalement le reste du cerveau de l’émotion qui appelle l’hippocampe, cette partie-là, va plutôt s’hypotrophier, diminuer et en fait, ça va générer un état anxieux chronique et des réactions d’hypervigilance, d’irritabilité et voire même la dépression.
Et donc évidemment à l’inverse, si on utilise plutôt des mots positifs, plutôt des idées, des pensées positives et bien on va stimuler une zone du cerveau qui est le lobe frontal, qui est le lobe de la réflexion, qui va stimuler à son tour d’autres lobes, le lobe pariétal et ça va influer sur le reste du cerveau pour avoir des pensées de plus en plus positives. C’est vraiment le cercle vertueux dans ces cas-là, on commence même à avoir une vision positive de soi-même, qui va influencer évidemment notre vision positive aussi des autres, alors qu’évidemment tout ce qui est négatif, va être le cercle vicieux qui va entrainer le négatif.
Donc voilà tout simplement, c’est incroyable de voir finalement comment le cerveau lui-même se modèle, en fonction de l’exposition aux mots et donc aux émotions qui vont avec.
K : Merci beaucoup Azadeh.
Sur un plan psycho-affectif et relationnel, ce que j’ajouterai c’est que chaque mot que nous entendons trouve une résonance positive ou négative en nous, en fonction de notre cadre de référence, c’est-à-dire l’ensemble de nos valeurs, nos croyances, nos représentations liées à notre culture, à l’éducation reçues, à nos expériences vécues, etc.
Donc un même mot, une même phrase n’auront pas le même impact chez tout le monde et ne provoqueront pas la même réaction. De plus, chaque mot dit, entendu ou prononcé s’imprime dans notre cerveau, à notre insu. Les mots suscitent des images et des représentations multiples dans notre cerveau. Voilà pourquoi une simple phrase peut nous faire passer du rire aux larmes, du calme à l’explosion de colère ou au contraire, nous aider à passer de l’angoisse à l’apaisement, du sentiment de solitude à celui d’être aimé, sans toujours comprendre ce qui se passe.
Il est important de garder en tête que nos mots peuvent blesser comme ils peuvent soigner. Ils peuvent contribuer à démolir, comme ils peuvent contribuer à bâtir et renforcer :
- l’estime de soi (le fait de reconnaître qu’on a de la valeur),
- la confiance en soi (le fait de croire en nos capacités, nos compétences),
- l’image de soi (la représentation qu’on se fait de qui on est)
- l’amour de soi (le fait de s’accepter et s’apprécier tel qu’on est)
Je ne peux que nous encourager à être vigilants aux mots que nous employons dans nos relations, même pour plaisanter, on peut parfois causer plus de dégâts qu’on ne le pense. Soyons d’autant plus vigilants s’il s’agit d’un enfant ou d’un ado. Ils sont en construction et s’appuient énormément sur ce que l’entourage dit d’eux. Aidons-les à développer une estime de soi positive et solide.
- On se rend bien compte que ce qu’on dit positivement ou négativement de soi ou des autres n’a pas directement ou immédiatement un effet… Selon vous, à quoi est-ce dû ?… Azadeh, qu’est-ce qui fait que le corps va plus ou moins réagir aux paroles entendues, dites ou lues ?
A : C’est vrai que comme on l’a déjà évoqué, les mots ont un réel pouvoir, ils peuvent engendrer, ils peuvent transformer, ils peuvent détruire aussi. Et ce pouvoir là, qui est un sacré pouvoir d’action, c’est vrai que la question se pose mais sur quoi est-ce qu’il s’exerce?
Et bien c’est ce qu’on appelle la réalité psychique, ce sur quoi les mots vont agir. De la même manière que Freud d’ailleurs s’en servait et il appelait ça la méthode analytique. Il parlait d’un traitement psychique, d’âme, avec ce psychisme qu’il définissait finalement comme une espèce de matière sur laquelle les mots allaient avoir un pouvoir d’action, par le moyen des mots, par le verbe, la parole justement, disait Freud lui-même.
C’est intéressant par rapport à ce que Willem disait tout à l’heure, c’est vraiment l’impact de ça. Et la différence, je pense que c’est tout simplement entre ce qu’on croit et ce qu’on ne croit pas. Ce à quoi on adhère ou on n’adhère pas.
Un enfant effectivement croit tout et comme tu le soulignais très bien, d’où sa fragilité, sa vulnérabilité. L’adulte lui-même a quand même cette vulnérabilité même s’il ne croit pas tout, il croit quand même beaucoup de choses, de nos jours il y a beaucoup d’informations fausses qui circulent. Même s’il fait ses choix, l’adulte est quand même conditionné par son enfance et par ce qu’il a entendu et reçu, effectivement comme tu disais, comme image de lui-même.
Et n’oublions pas aussi ce que je citais tout à la l’heure, l’amygdale, le petit centre de tous nos souvenirs passés, ce répertoire de souvenirs et qui nous fait réagir en faisant aujourd’hui le lien entre notre présent et notre passé.
Si je prenais l’exemple là, de la PENSEE POSTIVE :
C’est quoi ? Très brièvement, c’est apparu dans les années 1950, des études ont montré que la pensée positive et l’optimisme permettraient de rester en bonne santé physique et mentale, augmenterait la longévité et favoriserait le succès dans la vie personnelle et professionnelle ; ça fortifie même le système immunitaire chez les personnes qui ont une vision optimiste, qui vont voir le verre plutôt à moitié plein qu’à moitié vide.
C’est un concept qui est né au milieu du XXème siècle, par Vincent Norman Peale, pasteur et auteur américain. C’est une technique, une méthode étroitement liée avec la notion d’optimisme : une personne qui perçoit le monde de manière positive et qui voit le « bon côté des choses » se sentira en meilleure santé mentale et physique qu’une personne qui pense négativement, anxieuse, voire déprimée. Et effectivement, c’est prouvé. Contrairement à quelqu’un qui va être plus dans une pensée négative, anxieuse, voire déprimée. Il y a vraiment une différence entre ces 2 types de population.
Ce n’est pas un concept nouveau, on parle beaucoup de la méthode Coué (mise au point par le pharmacien et psychologue Coué) : une méthode thérapeutique fondée sur l’autosuggestion, dont le but est de faire adhérer le patient aux idées positives qui vont lui amener une meilleure santé mentale et physique.
Par exemple, ça serait de répéter une vingtaine de fois par jour des messages positifs du type « je suis heureux » ou « je vais de mieux en mieux », il est démontré que l’individu accède à un bien-être et acquière une santé optimale.
MAIS ce n’est pas tout cette technique ne suffira pas avec l’autosuggestion seule. La pensée positive repose sur 2 autres principes fondamentaux :
- L’émotion : l’émotion positive qui doit aller avec ce qu’on dit : la joie, la satisfaction, la bonne humeur, l’amitié, l’amour… Il faut qu’il y ait de l’émotion qui l’accompagne, pendant qu’on formule ces phrases-là pour renforcer la pensée positive.
- La conviction. Se convaincre de la véracité des formulations facilite l’intégration des pensées positives. Il faut croire en ce que l’on dit ou pense,
Voilà, c’est tout simplement c’est idée de penser et d’émettre des mots positifs. Et il est important de faire la distinction entre la pensées positive et la pensée magique. La pensée magique, ça serait bon « je vais bien tout va bien ». Et je me le répète et en fait j’y crois pas, je suis juste en train de le répéter et effectivement je ne rentre pas dedans, je n’y adhère pas, je ne le crois pas.
Quand on a une pensée positive, on a aussi une attitude qui va avec, une attitude psychique, une attitude dans les actes, qui vont générer les bienfaits, parce qu’on va y associer des gestes et le comportement qui vont aller avec.
K : C’est ça, merci Azadeh. D’un point de vue psychologique, l’impact va varier en fonction de l’écho que ces paroles vont trouver en nous, du terrain dans lequel elles seront semées. Si elles sont semées sur le terrain du conscient, de ce que nous traitons volontairement, intentionnellement, les paroles vont germer et notre manière d’y réagir contribuera à leur effet.
Par exemple, si une personne nous fait un compliment. Si on croit que ce qu’elle dit est faux, faute d’une estime de soi suffisante, ce compliment pourra difficilement prendre racine dans notre coeur. Par contre si on croit que c’est vrai, il fleurira assez rapidement.
C’est donc à nous de choisir si nous voulons arroser, cultiver ces paroles et les laisser porter du fruit ou au contraire, faire en sorte de les détruire et ce jusqu’à la racine. Un soutien relationnel, professionnel et même spirituel peuvent y contribuer. Parfois, se confier à un proche, à un professionnel de la santé physique, mentale ou spirituelle et même à Dieu sur ce qui nous a blessé, peut aider à évacuer les émotions désagréables engendrées. Ca permet aussi de déraciner les graines négatives, dévalorisantes, mensongères énoncées pour semer des graines positives, des graines de vérité.
La nature a horreur du vide, donc si nous voulons déraciner une parole dont les fruits ont été toxiques, il est nécessaire de la remplacer par une parole dont les fruits seront bons pour la santé physique, psychique et spirituelle.
Par exemple, si une personne nous insulte et que nous sommes convaincus que ses propos sont infondés, nous pourrons faire ce qui nous semble approprié pour que la graine de l’insulte soit déracinée et remplacée par ce qui est juste à nos yeux.
Toutefois, il arrive que certaines paroles soient semées sur le terrain de notre inconscient, cette partie de notre psyché qui échappe à notre conscience. Ces paroles vont donc germées sans qu’on se rende compte de leur présence, ni de leur l’impact. Jusqu’au jour où les fruits toxiques montreront qu’il y a un souci. C’est bien souvent ce que les patients réalisent en thérapie. En mettant des mots sur leur mal-être, sur le manque d’estime de soi, en creusant dans leur histoire et bien certaines paroles remontent à la conscience. Et là ils se disent, je n’avais pas réalisé que d’entendre dire toute mon enfance : “c’que tu peux être maladroit”, avait pu créer tant de dommages dans ma vie personnelle et relationnelle.
Sur un plan spirituel, Willem, peut-on considérer que le fait de croire ou non, d’accepter ou pas ce qui est dit, change l’impact des mots?
W : oui, comme nous le disons tous les 3 : les mots ont un pouvoir ! Donc toute parole a un effet. Ce n’est que l’expression extérieure de cet effet qui est visible ou pas, et surtout en combien de temps il devient visible, ou en combien de temps il se matérialise … je m’explique :
Sur la base de ce que tu viens de dire Kelly, je ne crois pas que la croyance ou non dans ce qui est dit, annule le pouvoir des mots. C’est vrai que la semence des mots qui prennent racines rapidement donneront de belles fleurs. Ceci est possible parce que la terre est de bonne qualité et propice à fertiliser ce type de semence. Par contre, si la semence est lancée sur une terre où, pour l’instant, elle ne prend pas racine et ne donne aucun germe, la semence reste sur le sol et peut rester là, silencieusement, passivement, sans se transformer.
Et on sait que la semence en elle-même contient un « pouvoir », une capacité de se transformer, ce n’est qu’une question de conditions … et ceci est valable pour n’importe quelle semence, n’importe quelle graine. Le jour où la terre est arrosée, enrichie et propice à la croissance de certaines plantes, la semence qui était là, peut-être depuis très longtemps, des années, va subitement germer et donner ce pourquoi elle était faite …
Dans ce cas, si on fait un parallèle avec une insulte qui, dans un premier temps, semble ne pas me toucher et s’il y a un pouvoir des mots bien réel, alors il y a une semence qui a été déposée en moi, comme tu le disais, dans mon intérieur, dans ma mémoire, ou quelque part dans mon être … pour l’instant, cette insulte reste tapie, sans effet immédiat, mais un jour, ces mots malveillants, le souvenir de cette situation, tout cela peut ressurgir lors d’une occasion particulière et commencer à me faire mal …
On peut également expliquer ce pouvoir des mots d’une autre manière. Je peux immédiatement être diminué, ou limité, à cause de ce pouvoir insultant, sans m’en rendre compte, comme tu le disais et on peut expliquer cela :
On pourrait dire que systématiquement, la semence insultante crée rapidement en nous une fleur. Comme cette fleur ne nous plait pas, qu’elle n’est vraiment pas belle, on l’arrache et on la jette tout aussi rapidement … mais savez-vous qu’arracher une plante, ou même une mauvaise herbe et tout le monde peut faire l’expérience dans son jardin, peut ne pas être suffisant pour totalement s’en débarrasser ! Et les mauvaises herbes ont cette « qualité » d’être coriaces. S’il reste dans le sol, ne serait-ce qu’une petite racine, elle peut repousser, si les conditions sont là : si je l’arrose avec des pensées, cette fameuse parole insultante, des souvenirs, alors elle revient et revit …
Il me semble que si l’on ne prend jamais le temps de prendre soin de soi en évacuant le pouvoir des mauvais mots prononcés à notre encontre, y compris ceux qui sont faux, on prend le risque d’accumuler un poids qui sera bientôt trop lourd à porter !
Par exemple, la chose toute simple à faire quand on est insulté, ou victimes de mauvais mots, est d’en parler avec quelqu’un de confiance, quelqu’un qui nous aime, en lui disant : untel m’a dit telle chose alors que ce n’était pas vrai, je ne suis pas comme ça, je n’ai pas fait telle chose, qu’est-ce que tu en penses ? A ce moment-là, on devrait avoir une approbation, une validation de notre positionnement, ce qui nous aide à « tuer » la semence insultante … ceci rejoint l’explication spirituelle de la première question : quand il s’agit de la parole, l’autre ou les autres sont impliqués pour me construire, je ne peux jamais le faire de manière totalement isolée !
Je crois donc qu’il il est préférable de ne pas laisser le pouvoir d’un mauvais mot s’installer en nous sans que nous ne réagissions … tôt ou tard, une semence peut germer !
K : C’est très juste.
3. Comment peut-on développer un discours qui soit bénéfique pour soi et pour nos relations ?
Je ne vous apprends rien en vous disant que nos émotions affectent notre discours. Si nous voulons garder un discours dont on peut entendre la bienveillance, l’amour, l’apaisement. Il est nécessaire de faire régulièrement pour ne pas dire quotidiennement un p’tit nettoyage des filtres de notre âme, de notre psyché. D’évacuer tout ce qui peut négativement l’encombrée. Une eau claire peut difficilement sortir d’un robinet encrassés, n’est-ce pas ?
J’aime beaucoup cette citation des Ecritures qui dit que “c’est de l’abondance du coeur, que la bouche parle”.
Par exemple, si nous ruminons des blessures subies, des expériences désagréables, des rancœurs passées, il est fort probable que nos mots soient imprégnés de dureté, d’amertume et de colère.
De la même manière, si nous pensons à la super soirée que nous avons passée la veille, il est fort probable d’avoir un discours plein de joie, d’optimisme et d’encouragement.
J’aime beaucoup cette citation de l’auteur québécois Melki Rish “Nous avons le choix de nourrir le positif en nous ou de nourrir le négatif, le plus fort est celui que l’on nourrit le plus”.
Nous avons le choix d’alimenter nos pensées positives ou négatives. Nos paroles en seront donc le reflet.
D’ailleurs Willem, peux-tu nous expliquer comment alimenter notre esprit, afin de faire en sorte d’avoir un discours bienveillant envers soi et les autres ?
W : Je reprendrai un de mes propos précédents qui disait que ce serait intéressant de savoir ce que Dieu dit de moi, ce qu’il dit de nous, pour que je puisse me le répéter à moi-même, que je puisse dire à l’autre cette bonne chose de la part de Dieu …
Pour ce faire, on peut utiliser les conseils contenus dans les Écritures ou entretenir une vie de prière pour soi-même, mais aussi prier en faveur des autres, ce qui développe une empathie, une reconnaissance et bien d’autres qualités … On pourrait développer ce sujet de manière expansive. Très rapidement, je dirais que plus l’on a conscience que l’on est soi-même créé à l’image de Dieu, tout comme notre prochain, parce que nous sommes tous aimés de lui, alors ce bon début de prise de conscience nous ouvre la porte à la dignité humaine, le respect de ma propre personne et le respect du prochain et donc j’accède à des relations interpersonnelles bienveillantes.
A : C’est vrai que tout commence par une prise de conscience, tout d’abord, c’est vrai que quand on prend conscience du pouvoir des mots dont on parle, on essaie de les manier de manière complètement différente. Parce que tout comme on l’a dit, c’est incroyable comme les mots peuvent tout comme créer un moment comme le détruire. Je dis souvent nous sommes tous des chirurgiens de l’âme et l’esprit, avec nos paroles on peut d’un seul coup de bistouri, une seule parole peut faire des ravages irréparables malheureusement ou tout au contraire peut amener à la guérison, à une intervention en réalité qui guérit !
C’est tout simplement même si ça parait énorme, c’est une question de vie ou de mort ! D’ailleurs dans les Ecritures, il y a un proverbe qui dit « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » et c’est vrai que ça se pratique dans la vie de tous les jours avec nos enfants avec nos conjoints, dans un couple, dans une famille, dans une communauté, une amitié, toutes nos relations sont au bénéfice de la vie ou de la mort, de notre comportement, des mots que l’on choisit.
Les mots peuvent blesser c’est vrai ou contraire bénir, restaurer, la science même le confirme ; il peut y avoir vraiment des exemples de comment des gens peuvent trouver même mentalement une restauration après avoir fait leur thérapie à travers les mots. Et les Ecritures disaient la même chose il y a des millénaires, il est dit dans un autre proverbe : Mais la langue des sages apporte la guérison (= salut, délivrance).
J’aime toujours ce proverbe dans les Ecritures qui dit : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue ; Quiconque l’aime en mangera les fruits. » Effectivement, comme s’il y a en conséquence de ce qu’on prononce, il y a des fruits qu’on mange soi-même et qu’on donne à manger à d’autres. Comme disait Willem, il y a des conséquences aussi sur les autres et sur nous-mêmes en fait, on se nourrit de ce qu’on est en train de dire. Ca peut être quelque chose de positif ou de négatif pour nous-mêmes dans ce dont on est en train de parler. C’est un pouvoir nutritif, puisque ça revient à notre cerveau, à notre âme, à la pensée de qui nous sommes, à notre comportement comme on l’a vu dans certaines études. Les mots qu’on emploie vont déterminer même notre vision de la réalité des choses, d’une bonne ou d’une mauvaise façon et il y aurait vraiment 3 types de paroles que nous prononçons contre lesquelles j’aimerais mettre en garde, parce qu’elles vont produire des fruits de mort en réalité :
- Les paroles négatives qu’on prononce envers nous-mêmes. Ca va apporter la destruction, parfois des bombes à retardement aussi comme disait Willem, des choses qui se révèlent tardivement et ça j’en vois au niveau de mes patients, c’est incroyable, comment durant leur adolescence ou à l’âge adulte, il y a des choses qui ressortent, des traumatismes que les enfants ont vu dans leur enfance.
- Les paroles négatives prononcées envers les autres : tout ce qui est de types commérages, les propos futiles finalement, qui sont souvent malveillants, qui sont des nouvelles sans intérêt en réalité, mais ça va apporter des fruits de mort dans les cœurs : parce que ça va apporter le jugement et la critique, donc finalement les conséquences que ça peut avoir au sein de tout un groupe et dans le coeur des uns et des autres.
- Les plaintes et les murmures : vous savez le fait de râler, d’être toujours en train de ses plaindre, de murmurer, de trainer les pattes et de toujours regarder en arrière plutôt qu’en avant, ça amène la stagnation dans une vie, ça amène même l’accusation et la rébellion dans une vie. Et effectivement ça dessert énormément la vie, la réussite professionnelle, psychique, familiale d’une personne,
D’où, si on devait se ramener à la pensée positive et les exercices qui sont justement suggérer par la PENSEE POSITIVE :
- apprendre à créer des pensées et des émotions positives (ex : face à une situation difficile, il faut se dire « je vais atteindre mes objectifs » au lieu de dire « j’y arriverai jamais », ça change la donne déjà d’essayer de voir la chose comme cela, une projection positive, de dire « je peux le faire facilement » ou « je crois en mes capacités. » en essayant déjà de chercher en soi les capacités que l’on a pour le peu qu’on a parce qu’on en a un peu quand même donc regarder à ce qui y est au lieu de ce qui n’y est pas et de faire des phrases construites dans une forme positive et formulées au présent de l’indicatif comme quelque chose que l’on veut réaliser que l’on va réaliser. plutôt que des phrases à connotation négative et formulées au futur simple (« je réussis petit à petit à diminuer la cigarette » plutôt que « « je ne fumerais plus. »)
- Répéter régulièrement ces pensées positives afin de les intégrer, petit à petit, au subconscient. De parler un peu comme à son âme en fait, c’est nourrir son âme, avec une perspective positive des choses, une perspective de réussite, une intentionnalité dans la réussite.
Et il faut faire très attention à la malnutrition de son âme et à la malnutrition spirituelle, parce que malgré tout, on sait ce que c’est que la malnutrition tout court du corps, mais vraiment l’âme aussi peut être mal nourrie, à travers ce qu’on regarde, ce qu’on écoute, ce qu’on croit, ce qu’on visionne comme séries, etc, tout ce qui est « bad », qui tire vers le bas, qui est noirâtre et dépressif, etc, forcément ne vont pas nous aider à avoir des paroles positives qui vont nous tirer vers le haut.
Et pour les personnes qui ont des problèmes de santé mentale, il est fortement recommandé la méditation, de méditer des choses bonnes, des choses positives, des choses qui apportent la vie finalement plutôt que la mort. Il est prouvé scientifiquement l’effet que ça a sur le cerveau, les bienfaits de la méditation et aussi le fait de dire du bien, ce qu’on appelle de bénir. C’est de dire merci, l’effet positif que ça a sur le cerveau et sur l’âme. Et aussi l’empathie, Willem en parlait, le fait de se mettre au service, fait que même nos hormones, nos neurotransmetteurs basculent et provoquent des hormones de bonheur et de joie, rien que d’exercer, ce que je viens de vous dire là, très simplement, qui sont finalement dans les bonnes habitudes, la pratique des bonnes habitudes et les relations humaines, donc ça nous change nous de l’intérieur.
K : effectivement, c’est vrai qu’on ne mesure pour toujours l’impact de l’empathie et de la gratitude sur la santé et c’est juste énorme. Merci beaucoup Azadeh pour ce précieux rappel.
C’est plutôt agréable de finir l’épisode avec un partage de témoignages. En auriez-vous un à partager afin d’illustrer ce pouvoir des mots sur notre être, la manière dont des déclarations peuvent impacter une vie ?
W : et bien moi j’ai deux histoires de personnes connues à partager, l’une avec des impacts négatifs et l’autre avec des impacts positifs.
La première concerne le philosophe Emil Cioran. L’auteur Jacques Poujol rapporte que Cioran « a raconté que sa mère lui criait souvent : “J’aurais mieux fait d’avorter que de t’avoir mis au monde.” Est-ce étonnant si ses livres, aussi pessimistes que désespérés que lui-même, soulignent l’absurdité et le néant de la vie ? »
Selon Wikipédia, l’œuvre de Cioran, ironique et apocalyptique, est marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion. Le cheminement littéraire de Cioran et son trajet spirituel ont, semble-t-il, trois points de repère majeurs (selon Liliana Nicorescu) dont : « la tentation d’exister » en tant que Roumain ou juif. Dès lors, ni sa roumanité réfutée ni sa judéité manquée ne pouvaient lui offrir la moindre consolation pour l’humiliation ou « l’inconvénient d’être né ».
Le choc d’avoir été placé en pension, le mépris des écoliers, ainsi que les relations difficiles avec sa mère et les nombreuses insomnies dont il souffre durant sa jeunesse, contribueront au développement de sa vision pessimiste du monde et lui feront penser au suicide.
Cioran, dont les écrits sont très sombres, fut d’ordinaire un homme plutôt gai et de très bonne compagnie. Il déclare avoir passé sa vie à recommander le suicide par écrit, mais à le déconseiller en paroles car, dans le second cas, il faisait face à des interlocuteurs de chair et de sang. [On retrouve ici aussi la manière d’utiliser la parole et son impact !]
À l’inverse, ma seconde histoire est bien plus positive, c’est celle de Michael Jordan. Qui ne connaît pas MJ ?
Hé bien saviez-vous que c’est durant sa scolarité qu’il découvre le sport en jouant au baseball, au football américain et au basket-ball. Voyant son potentiel, ses parents l’encouragent à poursuivre une carrière sportive. Reconnaissez avec moi que l’on ne peut faire cela qu’avec des mots ! Encourager quelqu’un ne se fait pas par la pensée, mais avec des mots.
Alors qu’il est dans sa 2e année sportive, il essaie de jouer dans l’équipe de basket de l’école mais avec une taille de 1,80 m, il est considéré comme trop petit pour évoluer à ce niveau et il est écarté de l’équipe. Je pense que l’entraîneur de l’époque doit avoir un p’tit regret quand même…
On peut supposer qu’à ce moment, ses parents l’ont encore encouragé à poursuivre cette voie, on peut supposer qu’ils l’ont encore encouragé avec des mots pour continuer et ne pas s’arrêter… inutile de raconter le reste de la carrière de Michael Jordan, dit MJ, on y passerait la nuit tellement son pédigré est énorme. Il est devenu, selon une majorité de sources et il fait pratiquement l’unanimité, le plus grand basketteur de tous les temps !
Le pouvoir des mots, validé dans la relation avec l’autre, a des effets certains !
A : Moi je pourrais raconter effectivement des cas de patients que j’ai eu et effectivement, par exemple un jour, j’étais encore interne dans les hôpitaux et on avait reçu un patient en service de cancérologie pour un cancer qui était métastasé, mais bon sa chimio le maintenait bien et donc il venait pour sa Nième cure de chimio.
1er jour, voilà on se présente etc et l’après-midi même on fait un staff avec l’équipe qui finalement décide qu’on ne le ferait pas de chimio parce que son état était trop avancé. Le lendemain on va lui annoncer. Il n’a rien dit, il a écouté, il a juste compris, on lui dit qu’on allait pas lui faire la chimiothérapie parce qu’on pensait que ça ne lui servait pas à grand chose à ce stade-là, mais on n’est pas rentré dans les détails de sa maladie, on n’a pas employé pour autant de mots négatifs mais il a compris comme si l’espoir s’arrêtait pour lui. Et bien chose incroyable, c’est que le lendemain, c’est-à-dire finalement au bout de 48h d’hospitalisation alors qu’il était venu bien dans sa tête, bien dans le reste de son corps et bien il est décédé, il s’est laissé partir. C’est comme une décision cérébrale et il est décédé 24h après la nouvelle qu’on lui a donnée.
Un autre exemple, c’est une adolescente de 12-13 ans qui au sein de son groupe d’amies, de jeunes filles, un jour a entendu par une de ses amies « tu es grosse », juste comme ça, « oh dis donc t’es grosse », alors qu’elle l’était même pas. Mais cette parole l’a poursuivie. Vers l’âge de 15 ans, elle est tombée dans une forte anorexie qui la poursuit encore maintenant, elle a 19 ans, c’est une anorexie très très cognée où elle a été hospitalisée à maintes reprises avec un pronostic vital engagé. Elle a du mal à s’en sortir à cause de cette parole. Et elle le dit très bien. Un jour sa copine lui a dit ça. Et elle est tombée vraiment dans ce travers de l’anorexie dont elle a du mal à sortir.
Je finirai par une note positive quand même, c’est une anecdote plutôt sympathique, rigolote, comme quoi ça en dit long parce qu’on se rend compte dans les faibles mots, dans les faibles choses qu’il peut se passer de grandes choses.
j’avais une patiente d’une trentaine d’année, qui à chaque fois consultait avec un visage très fermé, les cheveux complètement dans le visage, vraiment en position très voutée, on voyait bien qu’elle était comme déprimée, ça n’allait pas mais ce n’était pas l’objet de sa consultation à chaque fois qu’elle venait.
Or cette femme me rappelait une de mes meilleures amies, italienne, très très jolie qui prend soin d’elle et qui est très très belle et je trouvais que de visage, elle lui ressemblait. Vous savez parfois on se fait comme dans les films de Hollywood, en fait on voit l’avant et l’après, on a juste envie de relooker la personne qui devient une princesse d’un coup. Et franchement c’est comme si je voyais en elle le potentiel qu’il y avait mais qu’elle ne s’aimait pas. Quelque chose n’allait pas dans sa vie, dans sa tête et elle ne s’aimait pas, elle se cachait derrière ses cheveux, des grosses lunettes et puis des gros colles roulés qu’elle remontait, bref.
Un jour à la fin d’une consultation, quand elle me dit au revoir, j’ai vraiment à coeur de lui dire, juste tout simplement « vous savez vous êtes très jolie. Je voulais juste vous dire que vous avez un très beau visage. »
Et là je n’aurais pas imaginé ce qui s’est passé, elle me regarde, d’un seul coup elle fond en larmes et comme une petite fille, elle se cache derrière son manteau et me dit non, non, non c’est pas vrai c’est pas vrai. Et là j’ai vu la grosse souffrance qui se cachait derrière ce corps de jeune fille, de jeune femme. Et là, j’ai insisté, j’ai dit : « si si vous êtes vraiment très jolie, je vous dis ça parce que j’ai une amie qui a presque le même visage que vous, la seule différence, c’est que elle, elle sait la valeur qu’elle a, elle sait qu’elle est belle, elle montre le visage qu’elle a et elle en prend soin. Donc sachez que vous êtes tout aussi belle mais que vous ne le savez pas, mais c’est ça la réalité.
Et bien en effet, la fois d’après quand elle a consulté, j’étais ravie, je ne la reconnaissais pas. Elle est arrivée, je vous assure comme un déclic, je pensais pas… Elle s’était attachée les cheveux, elle s’était un peu soignée, maquillée, etc. Elle avait les épaules dégagées et il s’était passé je dirais environ 2 mois, c’est comme s’il s’était vraiment passé quelque chose dans sa tête. Ou du moins elle avait fait au moins l’effort parce qu’elle savait que moi ça me plairait, mais vraiment, elle avait une tenue même posturale qui était différente et je lui ai dit, j’ai dit « là je vous redécouvre et vous êtes très très jolie et là elle a souri et elle m’a dit merci, ce que vous avez dit a eu un impact. »
Comme quoi, voyez, un simple mot, quand on peut bénir, dire du bien, qui donne vie à quelque chose, c’est formidable. Ca marche pas tout le temps aussi, mais bon, c’est déjà un début.
Les psychologues disent d’ailleurs, pour une phrase négative, il faut 4 phrases positives pour venir compenser.
Kelly qui s’y connait mieux que moi me dit 5, elle me dit 5. Ca fait des dégâts, mais on peut réparer aussi, y’a moyen.
K : En voilà une belle note sur laquelle finir cette rubrique, parce que le temps passe vite et c’est déjà la fin. Merci à vous 2 pour le partage de ces témoignages et le contenu de qualité que vous nous apportez chaque mois. Merci beaucoup
Avant de se dire au revoir, chers auditeurs, si vous avez des questions, vous pouvez les poser par mail à relationnellementvotre@gmail.com. Soit vous recevrez une réponse directement par mail, soit la question sera prise comme thématique d’un prochain épisode de cette rubrique.
Vous retrouverez donc Azadeh et Willem le mois prochain et de notre côté, on se retrouve la semaine prochaine avec un nouvel épisode du podcast.
Prenez bien soin de vous
