Episode 42 : Mon ado a des complexes, que faire ? – Avec Isabelle, psychologue

Hello bienvenue sur ce 42e épisode du podcast.

Je suis en compagnie d’une consoeur psychologue, à savoir Isabelle que vous avez très certainement déjà entendu plusieurs fois.

Bonjour Isabelle

Bonjour Kelly, 

Merci pour cette précieuse collaboration.

Dans l’épisode de cette semaine, nous allons traiter ensemble, la question suivante : mon ado a des complexes, que faire ?

Hélas les complexes peuvent apparaître bien plus tôt dans la vie qu’on ne le voudrait et pour être sûres que nos auditeurs nous comprennent bien lorsque nous parlons de complexes, Isabelle pourrais-tu nous expliquer ce que c’est ?

Sophie Braun qui est psychanalyste définit le complexe de la façon suivante :

« le complexe est l’expression d’un mal-être qui est préalable au complexe. Pour la plupart des ados, le complexe va exprimer un manque de confiance en soi, une mauvaise image de soi qui va venir se fixer sur un élément physique. » Si l’ado manque de confiance en lui, il va donc fixer cette état sur un élément physique ou moral et c’est là que le complexe nait et peut vite prendre beaucoup d’importance.

Et oui

J’ajouterai que le complexe naît toujours de la comparaison aux autres. Il y a le psychiatre Christophe André également, très intéressant, qui précise que les préoccupations sur l’apparence physique sont partagées par tous les adolescents, par tous les humains. Nous sommes une espèce sociale et le physique est un facteur qui conditionne notre place au sein du groupe. Finalement, tout le monde a des complexes.

Très intéressant….

Et quelles formes les complexes peuvent-ils prendre chez les ados ?

A l’adolescence le corps se transforme sous l’impulsion des hormones sexuelles et de la croissance et le corps passe par une étape de métamorphose physique disgracieuse : les boutons d’acné, la voix qui mue, la prise de poids, la dysharmonie des traits… A l’adolescence, les complexes sont donc souvent physiques, les ados se trouvent trop petits, trop grands, trop minces, trop gros, etc.

c’est ça

Comme s’ils se regardaient dans un miroir déformant en fait, et je dirais que tout ceci est souvent renforcé par la présence d’appareils dentaires et d’autres équipements, qui vont parfois générer des moqueries.

Malheureusement

Dans notre société qui attache une grande importance à l’apparence physique, qui est aussi synonyme de réussite sociale, amoureuse, de puissance… les complexes des adolescents peuvent rapidement gagner du terrain, surtout lorsqu’il s’agit d’éprouver leurs capacités de séduction. On l’a vu dans la dernière émission, les adolescents sont très destabilisés à l’adolescence et ont besoin d’appartenir à un groupe, de plaire, de se sentir intégrés, aimés.

Oui, effectivement

Et malheureusement les bouleversements physiologiques et émotionnels jouent le rôle d’un miroir déformant sur le plan psychique également.

Donc il y a à la fois les complexes physiques et il y a aussi des complexes moraux qui vont venir se fixer sur la performance scolaire, la réussite ou la situation financière du foyer parfois. Être dans les codes matériels, avoir comme les autres,… l’ado peut se sentir bête, « nul », comme ils disent, pas assez intelligent, impopulaire, pas dans le coup…

Ce qui est également très difficile pour les adolescents, c’est d’échapper aux images véhiculées par les réseaux sociaux, auxquels ils s’identifient et qui vont entretenir leurs complexes. Notamment les images de corps très musclés pour les garçons, qui vont parfois les pousser à faire de la muscu. Attention, d’ailleurs à la musculation trop tôt qui freine la croissance chez les jeunes ados.

Et les filles elles, qui risquent d’être tentée par la chirurgie esthétique, on voit des images de corps très très caricaturaux, qui peuvent faire complexer les adolescentes qui n’ont pas autant de formes.

C’est très juste

Donc les réseaux sociaux peuvent encore plus renforcer les complexes de nos jeunes ados.

Hélas oui. Et selon toi, en quoi est-ce nécessaire de prendre ces complexes au sérieux ?

Il ne faut surtout pas nier ou banaliser les complexes des ados, car ce serait nier ce qu’ils ressentent, leur souffrance et cela peut générer chez eux un fort sentiment de solitude, d’incompréhension ou l’impression de ne pas compter. 

Quels facteurs peuvent être déclencheurs ou peuvent accentuer le malaise d’un ado vis-à-vis de son apparence physique ou de sa manière d’être?

En dehors des réseaux sociaux qu’on a nommé précédemment, les critiques, les comparaisons vont être très délétères pour l’adolescent.

Attention aux comparaisons entre frères et soeurs, aux comparaisons aux parents. Des fois on dit : « oh bah t’as les yeux de ton père, t’as les oreilles d’intel », c’est très peu flatteur pour l’enfant s’il ne s’identifie pas à la personne à laquelle on le compare. 

L’adolescent en cette période d’autonomisation, peut avoir du mal à accepter des traits physiques qui lui rappellent sa filiation. Les ado n’aiment pas trop s’identifier aux parents et parfois les comparaisons, même si pour nous elles vont être flatteuses, elles ne veut pas être du tout appréciée par eux. 

C’est très juste !

Et je dirais d’une façon générale, d’une manière générale, d’éviter toutes les remarques sur le physique, même humoristique. Les ados n’ont pas d’humour sur leur physique et on peut les comprendre. Et les ado n’aiment pas non plus que les adultes posent un regard sur leur corps. 

Je serais tentée de te demander est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Oui tout à fait, à l’adolescence il y a la pudeur qui s’installe et c’est vrai que parfois, même si les adolescentes notamment vont avoir des attitudes peut-être provocantes ou des tenues provocantes, c’est souvent pour plaire à leurs copains, à leurs copines, mais ça n’est pas à destination de l’adulte. Alors bien sûr que parfois les tenues peuvent attirer le regard adulte, mais souvent les ados n’en ont pas conscience et ça n’est pas pour plaire aux adultes, c’est pour plaire à leurs copains et à leurs copines. C’est de la séduction dédiée à leur classe d’âge.

Ok, c’est super comme précision, parce que c’est vrai que ça peut parfois prêter à confusion. Les ados n’ont pas le même langage que nous autres, les adultes. 

Exactement

C’est important de le comprendre.

Exactement

Merci Isabelle. Et en tant que parents, comment réagir aux complexes d’un ado ?

Alors, on ne peut pas résoudre un complexe chez l’ado, c’est avant tout une question de représentation, d’image de soi dévalorisée que celui-ci a de lui, mais on peut l’aider à renforcer son image de soi et lui donner une assurance en soulignant ses qualités. Ses qualités physiques, bien sûr, mais également ses dons, ses succès, ses réalisations, qui démontrent aussi qu’il n’y a pas que l’apparence physique dans la vie

C’est très juste

Un autre élément décisif dans la construction de l’estime de soi, c’est le modèle qu’offre les parents. Si on soi-même sévère ou si on s’autodévalorise, l’enfant par mimétisme en fera autant. Il y a donc un véritable travail sur soi à entreprendre en tant que parent. 

C’est très intéressant comme prise de conscience pour les parents de réaliser que le regard que l’on porte sur soi impacte la manière dont l’ado peut finalement développer des complexes.

Exactement.

Une autre façon d’aider l’ado à accepter ses complexes, c’est de le laisser avoir recours à ses stratégies pour masquer ses complexes. Vêtements larges, maquillage pour les filles. Donc dans la mesure du possible, c’est important de laisser l’adolescent avoir l’apparence qui lui correspond le mieux, même si c’est pas toujours à notre goût. 

Dans « Paroles pour adolescents ou le complexe du homard », Françoise Dolto nous précise bien ça. Elle souligne à quel point un ado est fragilisé par sa mue et les habits protègent, aident à s’intégrer dans un groupe, procurent un sentiment d’appartenance dont un ado a besoin pour surmonter ses complexes.

C’est vrai

Une autre façon d’aider nos adolescents face à leurs complexes, c’est d’oser parler de nos échecs leur âge. Même s’ils ont l’air de trouver leurs parents nuls, comme ils disent, les ados entretiennent une certaine forme d’admiration aussi à leur égard. Et de savoir que les parents ont pu vivre des échecs ou ont connu des choses similaires, c’est rassurant pour les ados.

Attention néanmoins si le complexe devient obsessionnel, empêche votre ado de sortir ou d’avoir une vie sociale normale, là il faut consulter. Parce que c’est sur ce terrain précis que peuvent se manifester des troubles comme l’anorexie ou la dépression notamment chez les filles.

C’est vrai qu’on a tendance à l’oublier, merci pour ce rappel. 

On a principalement parlé des ado. Est-ce que ça signifie qu’avant l’adolescence il n’y a pas vraiment de complexe ? 

Alors on l’a vu les complexes font vraiment partie de la phase et du développement normal à l’adolescence. 

Effectivement les enfants plus jeunes ont moins de complexes. En revanche, si un enfant montre des complexes, c’est qu’il y a eu un traumatisme ou qu’il a subi des moqueries dans son environnement.

C’est pas naturel pour un enfant plus jeune de développer des complexes importants et ça doit alerter.

Et là je dirai que c’est important de chercher à savoir si l’enfant n’a pas vécu une forme de harcèlement scolaire, quelle a pu être la source de cette dévalorisation profonde de son image, pour qu’il en vienne à développer des complexes.

Et pour ce faire, moi je dirai qu’un enfant qui évoque des complexes, c’est important qu’il puisse consulter. 

Oui, merci Isabelle, cette précision est fondamentale. 

Plus tôt les complexes sont pris en charge, mieux l’estime de soi peut ensuite se renforcer.

Exactement

Merci Isabelle.

On approche de la fin de cette émission, mais avant j’aimerais juste te demander quelle astuce pratico-pratique proposerais-tu aux parents qui nous écoutent pour aider leur ado à s’accepter tel.le qu’il.elle est ?

Alors il existe un exercice qui s’appelle l’exercice de « l’ami compatissant » qu’on peut proposer aux ados, qui consiste à leur dire : « montre autant d’indulgence envers toi-même que tu en aurais si ton.ta meilleur.e ami.e te parlait de la mauvaise image qu’il.elle a de son corps. »

Astuce proposée par Isabelle

L’exercice de « l’ami compatissant » qui consiste à leur dire : « montre autant d’indulgence envers toi-même que tu en aurais si ton.ta meilleur.e ami.e te parlait de la mauvaise image qu’il.elle a de son corps. »

Très intéressant. Un super bonus, merci beaucoup Isabelle, ce genre de billes peut vraiment aider je pense en tant que parent.

Bon, ça y est, on arrive à la fin de ce 42e épisode du podcast. Si vous avez des questions vous pouvez les poser par mail à l’adresse relationnellementvotre@gmail.com

Vous retrouverez Isabelle dans quelques semaines. On se dit au revoir Isabelle ?!

I : Au revoir Kelly, merci

Merci à toi !

Chers auditeurs, on se retrouve la semaine prochaine avec un nouveau numéro de la rubrique questions de connexions.

Prenez bien soin de vous

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