Episode 39 : Comment entretenir la connexion avec son ado distant.e ? – Avec Isabelle, psychologue

Hello bienvenue pour ce 39e épisode de Relationnellement Vôtre.

Aujourd’hui je suis en compagnie d’Isabelle, une psychologue que vous avez déjà entendu dans d’autres épisodes du podcast. 

Bonjour Isabelle

Bonjour Kelly, 

Merci de nous partager ton expertise en répondant à quelques questions sur la thématique du jour, à savoir comment entretenir la connexion avec son ado distant.e ?

Tout d’abord Isabelle, est-ce normal qu’un ado se montre distant avec ses parents ?

Oui, tout à fait. L’adolescence est une période de vulnérabilité psychique et émotionnelle et il y a une distance normale qui va s’instaurer entre l’enfant et soi à l’adolescence, notamment liée à la pudeur que celui-ci développe.

Cette période de l’adolescence, c’est une période où l’identité sexuelle et le désir sexuel vont se manifester de manière consciente chez les ados et ils vont dont se distancier physiquement de leurs parents, surtout du sexe opposé. Il faut respecter cela.

Et cette distanciation est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur les formes qu’elle peut prendre ?

Par exemple les ados ne vont plus avoir envie de venir faire la bise, ne vont plus s’asseoir sur les genoux d’un adulte et c’est dans l’ordre des choses. Et il ne faut pas trop susciter ou chercher à avoir de contacts physiques avec les ados, en tout cas, il ne faut pas demander aux ados qu’ils aient ces contacts physiques avec nous. On peut nous, continuer de manifester notre tendresse, mais sans les forcer eux, à être dans cette réciprocité-là.

Oui, c’est très juste. Donc là tu nous a effectivement donné des exemples de distanciation sur le plan physique, est-ce que tu vois d’autres formes de distance dans la relation, dans le rapport à la famille ?

Oui, les adolescents vont également prendre des distances par rapport aux valeurs, aux codes ou aux habitudes familiales. L’adolescence c’est également une péride de fragilité identitaire, les adolescents ont des complexes et ça génère le besoin d’appartenaire à des groupes avec des signes identitaires forts et de porter, revendiquer ces signes, en se démarquant des codes parentaux.

C’est à dire que l’adolescent va compenser sa fragilité identitaire par l’affirmation d’une identité communautaire forte. Etre comme les autres, appartenir à un groupe, pour ne pas se sentir différent et seul. Voilà.

Et en général, ils vont se démarquer des codes vestimentaires des parents, voire même des codes éducatifs des parents, pour se centrer et pour appartenir à leur groupe. Et je dirai qu’il faut accepter cela et même favoriser l’intégration de nos ados dans des groupes sportifs, associatifs, parce que de toute façon, ils iront chercher un groupe et autant les orienter vers des groupes sains, des groupes qui fédèrent autour de valeurs qu’on peut avoir nous également. 

Oui, effectivement. Donc là tu nous rassures sur le fait que cette distance peut être totalement normale et à quel moment doit-on s’inquiéter, s’alerter ?

Alors quand un adolescent devient trop mutique ou s’il se renferme totalement, qu’on ne le croise plus. S’il semble se mettre en danger s’il change trop, si on ne reconnaît plus son enfant, pour moi il faut s’alerter. Ca peut être le signe d’un mal-être important. 

C’est très intéressant ce que tu viens d’évoquer Isabelle, et du coup, quoi faire quand ces signaux d’alerte sont allumés ?

Alors si on a un ado qui a coupé complètement la communication, qu’on ne reconnaît plus, qui semble aller mal, on peut aller vers lui, lui dire qu’on s’inquiète pour lui.elle. Qu’on se que quelque chose n’a pas l’air d’aller et voir si ça permet de recréer de la communication, sinon lui proposer un soutien extérieur, voir un psychologue notamment, parler à un membre de la famille qu’il.elle aime bien. 

Essayer d’avoir un temps seul à seul de loisirs pour voir s’il se réouvre ou pour voir s’il se confie.

Essayer de voir ce qui peut susciter cette isolement ou ce mal-être. Demander à l’ado si il.elle a vécu des choses difficiles. Voilà, vraiment aller poser les questions qui font peur : « est-ce qui t’es arrivé quelque chose ? Est-ce qu’on t’a fait du mal? » Chercher les raisons comme ça

Et puis le cas échéant, consulter.

Effectivement, bien sûr. Comment réduire cette distance avec l’ado, tout en respectant ses besoins ?

C’est un mot important pour l’adolescent, même s’il s’isole de continuer à lui montrer notre attention, notre intérêt et de manifester notre présence, même face à une porte fermée.

A la période de l’adolescence, je crois qu’il faut être encore plus focalisé que d’habitude sur nos ados et notamment les plus discrets, c’est ce qu’on vient d’évoquer. Donc continuer, même si la communication est rompue, même si notre ado nous parle plus, de lui parler, de lui poser des questions, de lui demander comment s’est passée sa journée, d’organiser des activités ou des temps conviviaux, s’intéresser à ce qu’ils aiment, les accompagner dans leurs activités privilégiées (sport, shopping…). Voilà, d’aller se mettre à leur place. D’aller les chercher là où ils sont, être avec eux là où ils sont dans ce qu’ils aiment.

Oui, les rejoindre dans leurs centres d’intérêt.

Oui, tout à fait ! Tout à fait, de les rejoindre dans leurs centres d’intérêt, de dégager du temps pour être seul à seul avec eux aussi, par rapport au reste de la fratrie. Donc ça c’est un point.

Et puis paradoxalement, de les laisser prendre le large, de les laisse s’autonomiser, les autoriser à être seul.e, moins avec nous, à faire de nouvelles activités sans nous. Les autoriser à moins apprécier les temps avec nous, à ce qu’il aient moins envie de passer du temps avec nous. Voilà. 

Ca peut être frustrant ça pour les parents (rires)

Ca peut être frustrant voire même rejetant, on peut avoir l’impression que notre ado ne nous aime plus, nous aime moins, mais c’est pas le cas.

Et ça, c’est vrai que c’est important de le souligner.

Voilà. Et puis la dernière chose ça sera aussi de respecter leur besoin d’intimité. Et les laisser aussi également affirmer leurs opinions, leurs goûts, sans les dévaloriser. Sans critiquer leurs choix, leurs opinions, leurs goûts, leurs nouveaux copains, leurs nouveaux groupes de potes, leurs nouveaux vêtements, voilà. Ne pas les juger et en revanche, ce qui n’est pas toujours évident, c’est d’accepter leurs critiques, qu’ils nous remettent en question, parce que c’est dans l’ordre des choses.

S’autonomiser c’est à un moment donner mettre à distance et rejeter certaines choses.

Oui, finalement les autoriser à ne pas être d’accord avec ce qu’on peut leur communiquer en tant que parents, à donner leur point de vue et essayer d’être à l’écoute, d’entendre ce qu’ils peuvent émettre comme opposition. C’est ce que tu conseillerais ?

C’est tout à fait ça. Accepter qu’ils se construisent en marge de notre façon de voir.

Hum, très intéressant. Et selon toi, quelles sont les différentes manières d’entretenir la connexion dès l’enfance si on veut éviter que cette connexion soit totalement rompue à l’adolescence ?

Instaurer une bonne communication dès l’enfance va être garant de la suite. 

Une bonne communication, c’est une communication réciproque, où on peut dire des choses à l’enfant et où il peut nous en dire aussi. 

C’est très juste.

Donc ça c’est un bon facteur de communication à l’adolescence. Un bon lien de confiance réciproque avec l’enfant aussi, lui montrer qu’il est compétent, lui montrer qu’on a confiance en lui. Et puis susciter une image positive chez l’enfant en l’encourageant. Si l’enfant est assez sûr de lui, la période de l’adolescence sera moins difficile. Et il y aura moins de rupture de la communication. 

Effectivement.

Mais c’est quand même dans l’ordre des choses que les adolescents prennent leurs distances à un moment donné. 

Oui, autant l’accepter. 

Alors, pour finir l’épisode avec un bonus, quelle astuce, quel conseil, quelle clé directement applicable donnerais-tu aux parents qui nous écoutent pour entretenir le lien, la connexion avec leur ado ?

Alors la clé du succès, ça serait quand on y arrive, de désamorcer les conflits par l’humour. Faire preuve d’humour vis-à-vis de soi-même et réinstaurer du rire dans la relation.

C’est chouette ça !

C’est pas toujours évident de prendre les choses avec humour (rires)

Alors voilà, on peut utiliser l’humour de l’ado. Attention quand même, car ils sont très 1er degré, donc c’est pas parce qu’ils se moquent qu’ils aiment qu’on se moque d’eux. Surtout pas, ça altère leur image.

Mais effectivement, voilà, l’humour peut être… Rire ensemble, ça rapproche.

C’est très joliment dit : rire ensemble, ça rapproche !

C’est magnifique comme fin d’épisode ça.  Merci Isabelle

Merci

C’est toujours une joie de partager un épisode avec toi et c’est pourquoi on va se retrouver un peu plus fréquemment cette année, ça va être vraiment chouette. Merci encore. 

On se dit à très bientôt ?

A très bientôt, avec plaisir Kelly, merci à toi.

Astuce proposée par Isabelle

Désamorcer les conflits par l’humour. Faire preuve d’humour vis-à-vis de soi-même et réinstaurer du rire dans la relation. Rire ensemble, ça rapproche.

Voilà ce 39e épisode du podcast est terminé. Si vous avez des questions, vous pouvez les poser en envoyant un mail à relationnellementvotre@gmail.com

Et de notre côté, on se retrouve la semaine prochaine avec un nouveau numéro de l’émission Parlons Relations Parlons Vrai.
4 invités me rejoindront pour échanger sur la thématique « amour, séduction, manipulation : pas de place pour la confusion dans nos relations ». Ça promet n’est-ce pas ?

Aller à la semaine prochaine et surtout prenez bien soin de vous.

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