QUESTIONS DE CONNEXIONS #1
K : Bonjour et bienvenue sur ce 1er numéro de la rubrique « Questions de connexions ».
C’est une toute nouvelle rubrique du podcast, où médecine, psychologie et spiritualité se rejoignent pour parler des connexions et des interactions entre notre corps, notre âme et notre esprit.
Vous me retrouverez donc une fois par mois, accompagnée d’Azadeh qui est médecin généraliste, bonjour Azadeh
A : Bonjour
et nous serons aussi en compagnie de Willem qui est leader spirituel, bonjour Willem…
W : Bonjour Kelly
Alors, merci pour votre participation.
La question à laquelle nous allons tenter de répondre aujourd’hui, c’est : « que veut dire être en bonne santé ? »
L’idée que chacun de nous soit un être spirituel, donc un esprit, prenant forme humaine en étant équipé d’une âme et d’un corps est parfois un sujet controversé. Pourtant il existe bien une interaction entre ces 3 dimensions de l’être. D’ailleurs le 2e épisode du podcast Relationnellement Vôtre vous en donne un aperçu.
Sans plus tarder, rentrons dans le vif du sujet de la bonne santé avec une définition.
Azadeh, en tant que médecin, peux-tu nous expliquer ce qu’est être en bonne santé ?
A : alors, je vais vous suprendre parce qu’on pourrait croire que je vais parler que du corps, du côté physique, mais en fait non. Vous allez voir que la définition que l’Organisation Mondiale de la Santé fait elle-même de la santé est une définition très complète. Alors elle dit clairement une chose, voici : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social. Elle ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Et c’est ça qui est très intéressant. Parce qu’effectivement, on pourrait croire dans une pensée très humaine et habituelle, en fait quand on souhaite une « bonne santé » à quelqu’un on pourrait croire qu’il s’agit que de sa santé corporelle, mais en fait non. Au contraire de nos jours, de plus en plus, on parle de santé mentale et les gens s’intéressent et sont conscients effectivement qu’il se passe quelque chose dans le mental.
Egalement on parle de santé sociale. Les interactions sociales ont un réel impact sur la santé psychique et corporelle également. Donc la manière dont on vit toute ces choses va avoir un impact sur notre santé de façon globale.
D’ailleurs une chose que j’aimerais rajouter et faire remarquer c’est que à un moment donné, il y a eu une promotion sur la santé dans différents pays et la 1ère conférence qui a eu lieu à ce sujet était en 1986 à Ottawa et cette conférence a adopté une charte dans laquelle, on voit plusieurs aspects qui sont promus, qui sont encouragés pour avoir une bonne santé. Et il y a une partie où il s’agit d’un schéma qui inclut l’aspect des ressources nécessaires pour avoir une bonne santé. Et ce schéma explique plusieurs choses, dans la partie qui concerne le savoir-être, il y a quelques petites rubriques, comme des clés et il est mentionné très précisément, que dans le savoir-être, ce qui participerait à une bonne santé, ce sont :
- les représentations
- les attitudes
- les croyances
- et les émotions
Donc les croyances sont reconnues comme faisant partie des facteurs de savoir-être qui vont influer sur les comportements et les pratiques d’un individu, qui vont évidemment influer sur son état de santé.
Il y a d’autres choses que j’avais relevé, que je vous dis rapidement, qui étaient intéressantes, c’est une des parties de cette charte qui était carrément consacrée à décrire que l’acquisition d’aptitudes individuelles, par rapport à certains défis dans la vie, va aussi coopérer à sa bonne santé. Parce que finalement ça va prévenir certaines formes de souffrances et de maladies, le fait de pouvoir faire face finalement à certains défis de la vie.
Et dans cette partie, la phrase que je veux vous citer est celle-ci : « il est crucial de permettre aux gens d’apprendre à faire face à tous les stades de leur vie et de se préparer à affronter les traumatismes et les maladies chroniques. »
Donc vous voyez finalement, il n’y a pas que les fruits et les légumes, c’est vrai, même si c’est très important j’insiste, mais il y a aussi cette partie que l’OMS reconnait comme étant un besoin pour la santé de l’être humain.
K : c’est très intéressant qu’il soit précisé dans la bonne santé de l’être, de se préparer à faire face aux stades de la vie. Ca met vraiment en évidence l’importance de tenir compte de cette partie de notre être qu’est notre esprit et la dimension spirituelle qui y ait rattachée. Qu’en penses-tu Willem ?
W : Oui, c’est vrai que l’individu à un moment de sa vie, peu importe les tournants de sa vie, se pose des questions de sens : d’où je viens ? Non pas dans le sens familial du terme, mais dans le sens de l’existence. Également qui je suis ? Non pas dans le sens identité culturelle ou identité ethnique, mais dans le sens existentiel.
Que signifie être ? Par exemple, que signifie être un humain ?? Et des questions sous-jacentes suivent : Que dois-je faire dans ce cas-là, comment le faire ? Pour aller où? Pour aller vers quoi ?
Quel sens donner à mon investissement, là où je suis, dans ma famille, la société, le monde ? Quelle part, je prends à l’édifice construit du monde, de l’humanité globalement, mais aussi plus précisément, qu’est-ce que je fais, moi dans mon environnement ? Il y a une question fondamentale que l’on se pose généralement en deuxième moitié de vie : y a-t-il une vie après la mort ?
Alors c’est vrai que dans la 1ère moitié de vie d’un individu, il va souvent chercher à faire avec ses ressources propres, avec ses forces aves ses capacités. Mais dans la 2e moitié de vie, on se rend compte que les capacités s’amoindrissent, on constate que la jeunesse s’en va et qu’il y a peut-être autre chose dans la vie que « moi et moi seul ». J’ai peut-être ce besoin de me raccrocher à autre chose que « moi ».
S’il n’y a que moi, cela ne me posera généralement pas de problème, mais dans la 2e moitié de la vie, on se rend compte que je ne suis peut-être pas si « superman » ou « superwoman » que ça et vient ce besoin de se raccrocher à quelque chose et donc vient cette question : qu’est-ce qu’il pourrait y avoir après la mort ? Un jour je vais y faire face, mais comment y faire face ?…
Et donc toutes ces questions existentielles permettent de cheminer dans la quête de sens, d’avancer. Il peut y avoir ce début de questionnement et cela permet d’être en interaction avec son psychisme, son propre vécu intérieur. Et évidemment, quand on parle de mort, on parle d’un corps qui va se dégénérer, qui va perdre quelque chose. Donc il y a pour moi une interaction entre le questionnement de sens, qui fait partie de la spiritualité, et les 2 autres parties de l’être.
K : C’est très intéressant. Et pour aller plus loin concernant la santé, c’est vrai qu’on arrive à savoir quand quelque chose cloche dans notre corps à partir des douleurs, des symptômes qu’on ressent. Mais comment savoir quand notre esprit est en souffrance Willem?
W : Je dirai que la souffrance spirituelle, ça peut être le commencement d’une quête de sens, qui a été « étouffée ». Alors je m’explique : lorsqu’on commence à se poser des questions de sens, des questions existentielles, c’est pour moi le début d’un cheminement spirituel à l’aide de son esprit. Ce n’est pas l’âme qui va s’exprimer, encore moins le corps, mais pour moi c’est l’esprit qui commence à s’exprimer. Et ce cheminement, ceux qui cheminent, peu importe à quelle vitesse, ils vont vivre une certaine satisfaction en recevant quelques petites réponses à leurs questions, même si elles sont partielles. À ce stade la définition de la spiritualité n’est pas très importante, mais c’est un début qui va leur apporter une certaine satisfaction intérieure.
Par contre, ceux qui, par conviction ou par peur ou par évitement, se disent: « oh bah moi j’aurai le temps plus tard, en ce moment, je suis trop occupé.e », ça, c’est pour moi un étouffement des questions de sens, qui serait l’équivalent d’un début de souffrance. Une souffrance qui est peut-être naissante certes, mais qui peut éventuellement grossir ou s’amplifier, parce que je ne fais pas face à cette invitation de mon esprit, c’est-à-dire les questions de sens.
Alors généralement, l’individu va vouloir remplacer, étouffer la question de sens, par une activité, par son p’tit bonheur à lui, à elle : la fabrication de quelque chose. Ce substitut peut prendre plusieurs formes possibles, comme par exemple : la réussite au travail, la réussite dans le sport, les sensations fortes, les divertissements et bien d’autres choses. Mais je ne fais que remplacer cette fameuse question de sens qui m’aurait amené quelque part, vers une découverte de moi-même et même une (re)découverte de mon monde extérieur. Une quête qui me permettrait de découvrir ce qui est plus grand que moi, ce qui est plus élevé que moi, qui est même dans l’au-delà et par lequel je peux commencer à me connecter. Mais si j’ai peur de cela, ou si par non-croyance, je ne veux pas avoir à faire à cela, je vais le remplacer par une autre quête, comme je l’ai dit, ça peut être les sensations fortes, le travail, le sport, etc. Et donc je vais fuir cette spiritualité, mais cela va engendrer un inconfort au début. Si j’insiste pour ne pas y faire face, j’avance, pour ma part, que c’est une forme de souffrance qui s’amplifiera et qui s’imposera tôt ou tard.
K : d’ailleurs quand tu dis dans cette définition de la souffrance spirituelle qu’elle peut engendrer un inconfort, j’aimerais ajouter que que cet inconfort peut provoquer une souffrance psychique, qui découlerait de la connexion existante entre l’esprit et l’âme.
L’angoisse de la mort est une angoisse présente chez beaucoup de personnes. Sachant que l’angoisse est une forme de souffrance psychique. Alors, on parle de souffrance psychique, lorsque le bien-être est perturbé par des ressentis désagréables persistants tels que l’angoisse, l’amertume, la culpabilité, par exemple, ou le bien-être peut être perturbé par des blessures affectives ou relationnelles, comme une séparation, une trahison, du harcèlement… On peut aussi parler de souffrance psychique quand l’équilibre mental est perturbé au point de provoquer des troubles, des maladies, comme les troubles obsessionnels compulsifs (les TOC), le burn out, la dépression, etc.
Il arrive souvent que cette souffrance, cette douleur affective, psychique soit difficile à accepter, elle peut aussi être niée par la personne elle-même ou elle peut être banalisée par l’entourage, parce que cette souffrance n’est rattachée à aucune blessure visible.
Or tout comme la souffrance spirituelle, une souffrance psychique qu’on essaie de fuir, d’ignorer ne reste pas sans effet, elle finit par s’exprimer de manière involontaire, par des réactions disproportionnées, des oublis, des actes manqués, des crises de larmes incontrôlées et peut prendre bien d’autres formes.
Une souffrance psychique qui n’est pas prise en compte, qu’on essaie d’ignorer, de taire, de nier peut aussi se manifester à travers des douleurs et des symptômes physiques n’est-ce pas Azadeh ?
A : Effectivement, c’est ce qu’on appelle les troubles psychosomatiques.
Mais juste avant d’en parler, j’aimerais rebondir sur ce que tu viens de dire sur la souffrance physique, liée effectivement au psychisme, ce qui est quand même terrible avec la souffrance psychique, c’est qu’elle est invisible, elle ne se voit pas. Et cependant, il faut savoir une chose, c’est que le monde médical a découvert qu’au niveau cérébral, à travers les IRM, les IRM cérébrales, les imageries, que la même zone du cerveau qui est affectée ou qui réagit lors des coups, lors d’une souffrance physique, réagit à la souffrance psychique. Par exemple, elle réagit aux paroles négatives, injurieuses, etc, par une réelle douleur qui est ressentie au niveau cérébral quand même. Donc comme tu disais, il ne faut surtout pas le minimiser.
Et pour en revenir à la psychosomatisation, c’est un mot qui es composé du mot grec « psyché » qui est le psychisme et du mot « soma » qui est le corps. Donc cela désigne des troubles physiques occasionnés ou aggravés par des facteurs qui seraient psychiques. Et c’est ça la somatisation, en réalité, c’est la traduction dans le corps d’une souffrance qui vient du mental, du psychisme.
D’ailleurs on connaît tous plus ou moins certaines maladies ou certains symptômes du moins, parce que ça peut être d’abord d’ordre fonctionnel, c’est-à-dire des symptômes qu’on a sans pour autant que ça ait atteint l’organe. Quand c’est fonctionnel, ça veut dire que c’est des troubles qui seraient passagers. On connaît tous, par exemple, la boule au ventre, les nausées, les vomissements quand on est très stressé.e ou autre. Mais parfois ça peut aller jusqu’à des lésions organiques et on connaît tous plus ou moins le terme « l’ulcère de stress ». C’est-à-dire quand même que l’acidité gastrique à cause du stress augmente et est capable de créer une lésion, un trou dans l’estomac, donc c’est quand même pas rien.
L’eczéma aussi, au niveau cutané, les personnes qui ont des peaux atopyques le savent bien. Une poussée d’eczéma donc des plaques qui démangent de partout lors d’un stress. Et malheureusement ça peut aller jusqu’aux problèmes cardio-vasculaires, avec les infarctus, etc. Donc ça nous démontre une fois de plus l’interaction entre l’âme et le corps, le psychique et le physique quand même.
J’aimerais juste faire allusion à une autre chose qui est quand même intéressante et que la plupart des gens connaissent aussi, c’est ce qu’on appelle « l’effet placébo ».
Qui n’a pas entendu parlé de ça, l’effet placébo ? On en rigole même parfois en disant c’est un effet placébo, mais en fait typiquement, c’est quoi ? C’est une substance pharmacologiquement inactive et les scientifiques s’en servent pour voir l’efficacité d’un traitement qui va être mis sur le marché. Donc il vont regarder si ce traitement est vraiment efficace au niveau moléculaire ou si c’est un effet placébo qui fait que les gens le prennent et se sentent mieux.
Donc ils prennent un groupe qui prend ce placébo et l’autre groupe qui prend le réel médicament, mais personne ne sait qui prend quoi et les molécules, les médicaments, les comprimés quand il y en a, sont représentés exactement de la même manière. Et à la fin, après l’interrogatoire, ils récoltent finalement les bienfaits de ce médicament. Et figurez-vous qu’il y a parfois quasiment 35% d’effet placébo, où les personnes, par exemple, vont effectivement ressentir une diminution de la douleur. Alors que finalement ils n’ont pas pris le médicament avec la molécule chimique. Donc c’est dire quand même l’impact réel du psychisme sur le corps.
W : et oui, quand tu as parlé d’ulcère gastrique et d’infarctus Azadeh, l’exemple qui m’est venu et qui illustre l’interaction entre l’esprit, l’âme et le corps, c’est quand quelqu’un est en colère contre une autre personne. Quelqu’un m’a fait quelque chose de significatif et je suis très en colère, ce qui n’est pas une situation banale de la vie de tous les jours. J’en veux absolument à cette personne. Et donc pour moi, le cheminement spirituel qui devrait suivre, ce serait s’interroger. Qu’est-ce qui fait que quand je pense à cette situation, mon cœur s’accélère, je transpire… Qu’est-ce qui fait que mon corps génère quelque chose, juste en pensant à cette personne ou à cette situation.
Il y a, pour moi ici, une connexion des trois parties : le corps réagit avec l’accélération du cœur, la transpiration. L’âme et le psychologique va envoyer des signaux qui me feront penser : « j’en veux à cette personne ». Et il se peut qu’à ce moment je commence à éprouver de la haine contre cette personne. Et la connexion spirituelle, c’est de se poser la question : « qu’est-ce que je suis censé.e faire avec ce poids qui me pèse ? A qui je peux remettre ce poids qui est manifestement trop lourd ? ».
Ne pas accueillir ces questions en gardant ce poids, cela rejoint justement ce que tu viens de dire Azadeh : cela génère un mal, pas uniquement un mal-être, mais le possible développement d’un infarctus, ou d’une cellule cancéreuse. Au départ, la cellule cancéreuse ne se voit pas, elle ne se ressent pas, mais à force de ne pas s’en occuper, elle finit par produire un cancer. Effectivement, la science l’a prouvé, la haine, par exemple, peut produire un cancer. Et c’est ça le cheminement spirituel qui permet de traiter une situation de la vie.
Sinon, dans l’exemple d’une colère éprouvée contre quelqu’un, le corps devient, au fur et à mesure, le réceptacle d’un cheminement spirituel que je ne fais pas ! Le développement de ce cheminement spirituel permet de traiter cette situation qui pèse lourd en prenant en compte la colère. Cela permet d’en venir à la remise des griefs, mais aussi au pardon quand l’offenseur reconnaît ses torts, ou au lâcher prise quand l’offenseur ne reconnaît pas ses torts. Souvent les gens vont vouloir rapidement en venir au pardon. Ou ils vont vouloir rapidement oublier pour, justement, ne pas faire face à chaque étape de leur situation, parce que c’est trop douloureux. Mais la douleur est nécessaire, elle est même salutaire, car elle envoie un signal d’urgence. Se faire accompagner permet de cheminer à son rythme, pour encore une fois, éviter que le corps ne soit le réceptacle d’une conséquence désastreuse.
K : C’est très vrai. Alors, on voit bien effectivement l’interaction entre l’esprit, l’âme et le corps. Du coup, la question qui me vient c’est est-ce qu’on peut souffrir dans une seule sphère de notre être, donc avoir uniquement une douleur physique, ou uniquement une souffrance psychique ou encore uniquement une souffrance spirituelle ? Ou y a-t-il forcément des répercussions sur les autres sphères quand l’une d’entre elle souffre ?
A : moi personnellement, je dirai plutôt que ça va dépendre du type de souffrance et de la durée de cette souffrance. Une seule sphère, effectivement pourrait être atteinte, par exemple s’il s’agit, je sais pas moi… Je dirai une entorse au doigt. Ca peut faire très mal, ça peut être handicapant pendant pendant 15 jours, mais on va pas forcément déprimer pour ça.
Mais s’il s’agit d’une personne pour qui ça va coûter très cher, je dirais du point de vue investissement, un pianiste, lui effectivement, si c’est son métier, si c’est sa passion, pendant 15 jours, ça peut lui coûter très très lourdement psychiquement également. Donc je pense que ça peut dépendre effectivement, de la durée, mais aussi je vais dire, cette même entorse, si elle tourne mal, si elle reste handicapante et qu’elle dure 3 ans parce que la personne n’arrive pas à récupérer de ce doigt qui reste déformé, ça va lui coûter tout autant et effectivement, elle va commencer aussi peut-être à déprimer à ce sujet. Mais je pense que ça ne sera pas systématique, selon le degré, la durée de la souffrance.
W : Oui, de mon côté, sur le plan spirituel, je dirai qu’une même douleur physique pourra être surmontée en fonction de la réponse à la question suivante : « dans ma vie, je poursuis quoi ? » la fameuse quête de sens. En fonction de la quête de sens que je donne à la situation, la connexion entre les 3 parties de mon être donne tel ou tel résultat. Pour reprendre l’exemple d’Azadeh, un enfant qui ne veut pas aller à son cours de piano sera « content » d’avoir une entorse au doigt, car lui ne poursuit pas le but de jouer du piano, au contraire, pour lui c’est une corvée donc une entorse est une bonne nouvelle dans un certain sens. Par contre le pianiste de métier poursuit ce but, va mal vivre cette entorse du doigt.
A : d’après ce que tu viens de dire Willem, moi je vois comme une espèce de hiérarchie. Comme si l’esprit va dépasser les autres sphères. Les autres sphères que son corps et âme. Par exemple, dans une phase de sa vie, lorsqu’une personne est en souffrance pour une perte et bien la foi pourrait venir faire effectivement une différence. Comme par exemple, dans le domaine du deuil, les psychologues, les thérapeutes s’en servent aussi, par rapport à cette notion de la foi. Même parfois le pardon, je sais qu’il y a des thérapeutes qui se servent du pardon, pour aider
K : tout à fait
A : Voilà, je pense que Kelly tu peux le confirmer.
K : je confirme
A : je veux dire, même dans le monde laïc, c’est vraiment un outil clé et j’aimerais, parce que je viens vraiment de le vivre y’a à peine 3 jours, une histoire. C’est que personnellement j’ai vécu un pardon qui a été tellement libérateur et j’ai partagé ça lors d’une conférence et une jeune fille est venue me voir en me disant, en entendant ça, donc Willem, c’est pour te dire, physiquement une colère qu’elle avait d’un manque de pardon, étant tellement monté en elle, qu’elle avait une oppression thoracique qui devenait douloureuse. Donc elle m’a dit je veux que ça parte ça.
Et donc on commence à parler, effectivement, elle avait beaucoup de souffrances passées, une enfance très très terrible et en grandissant, elle avait bravé énormément de symptômes que ce soit des choses étiquetées par la médecine comme des crises d’épilepsie, que ce soit de l’asthme tellement elle avait des suffocations, des crises de dyspnées, c’est-à-dire des troubles respiratoires, etc. Et pleins d’autres choses une sècheresse oculaire, elle avait du mal dans l’obscurité, à conduire ou autre. Elle était tétanisée dans le noir et elle savait qu’en même temps c’était lié à beaucoup d’angoisse du noir. Bref. On est passées par cette étape du pardon de son père. Elle a versé beaucoup de larmes, mais après cette étape-là, elle était obligée de me raccompagner dans le noir. Et quand elle est rentrée chez elle cette jeune fille, miraculeusement, elle m’a appelée, donc depuis 3 jours, elle m’appelle chaque jour pour me dire tel symptôme a disparu, tel symptôme a disparu,…
Donc elle m’a raccompagnée dans le noir, elle est rentrée chez elle, elle a vu parfaitement. elle est allée se coucher, alors qu’elle avait peur du noir, qu’elle repoussait toujours son heure du coucher à 1h du matin, elle est allée se coucher tout de suite parce qu’elle était épuisée. Elle n’a pas vérifié, tu parlais de TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) Kelly, alors qu’il y a avait des TOC de vérification que la porte soit bien fermée à clé avant d’aller se coucher. Elle n’a pas vérifié, elle est allée se coucher tout de suite.
Et depuis, elle respire bien, elle voit bien, elle n’a pas de tremblement, c’est incroyable l’effet sur son corps, au point que sa collègue quand elle l’a revue, elle dit : « mais ton visage a changé, c’est bizarre, qu’est-ce qui t’es arrivé ? »
L’efficacité, l’emprise même de l’esprit, de notre esprit sur le reste de notre corps.
W : superbe témoignage
K : oui, vraiment, vraiment magnifique et cette idée de hiérarchie est très parlante.
W : pour moi, la question de l’intérêt de l’individu est une question fondamentale. Si l’intérêt est positif ou si l’intérêt est négatif, la réaction et l’après vont en découler. C’est vraiment déterminant.
K : c’est vrai et c’est là que le spirituel prend toute sa prédominance, c’est-à-dire qu’en fonction de l’intention et de la foi qu’on a, on peut surpasser la douleur, vivre une guérison miraculeuse par exemple. Et c’est un très beau témoignage que tu nous a partagé Azadeh. Donc finalement même si ce qui se passe au niveau du corps ou de l’âme est douloureux, l’importance qu’on accorde au spirituel peut prendre le dessus et ramener un mieux-être ou soulager la souffrance.
W : oui parfaitement et on peut même illustrer ce propos avec les sportifs qui pratiquent la course à pied. Par exemple dans un marathon, on sait qu’au 30e km, notamment pour les débutants, il y a ce qu’on appelle « le mur du marathon ». Le physique est tellement atteint que c’est le mental qui doit prendre le relais. Donc le sportif va souffrir physiquement mais comme il a un but, il va tenter de surpasser la douleur.
Dans le spirituel c’est pareil. Quand par exemple, j’ai affaire à quelqu’un qui m’a mis en colère, encore cet exemple très parlant ou que je fais face à une perte, le deuil comme disait Azadeh. C’est en ayant ce repère de plus grand que moi ou cette espérance qui me dépasse à laquelle je me raccroche, qui va me permettre de traverser l’épreuve, traverser la difficulté, traverser la douleur, la souffrance, peu importe. Dans ce cas, ce n’est plus moi, ça sera quelqu’un d’autre de plus grand que moi auquel je me raccroche et c’est ça l’enjeu dans le spirituel qui est comparable à l’épreuve sportive. Je vais regarder au-delà de la situation en me raccrochant à quelqu’un de plus grand que moi.
K : C’est super intéressant. Et pour aller plus loin dans ce que tu viens d’expliquer Willem. On sait quoi faire quand il y a une souffrance physique. Malgré quelques réticences, on sait quand même quoi faire quand on a des problèmes relationnels, une blessure affective ou qu’on ressent un mal-être. Mais quoi faire quand on est face à une souffrance plus profonde, une souffrance qui vient toucher notre esprit ?
W : une des petites astuces qui me semble très pratique, c’est de se connecter à son esprit, en prenant le temps chaque jour de faire le point avec soi-même. C’est ici un conseil que je donne souvent aux personnes qui viennent me voir au bureau. A la fin de chaque journée, prenez le temps, juste quelques minutes, pour vous poser. Trop souvent dans la vie on est pressé, ça va à 100 à l’heure, on est dans un agenda de ministre qui prend tout notre temps et on n’a même plus le temps pour soi-même. À la fin de la journée, pose-toi et fais face aux questions essentielles.
Par exemple :
- qu’ai-je fais aujourd’hui ?
- Est-ce que ce que j’ai fait à contribuer à réaliser mes objectifs ?
- Est-ce que je suis cohérent.e avec mes valeurs dans ce que j’ai fait, dans ce que j’ai dit ? Suis-je suffisamment outillé.e pour réaliser, librement et sans contrainte, ce que je veux à mon travail ou dans ma famille ?
- Comment je peux améliorer ce que j’ai fait, ce que je n’ai pas fait, ce que j’ai dit, ce que je n’ai pas dit,…
Bref, à l’aide de toutes ces questions méditatives, en fin de journée, je m’assoie, je fais face à ce qui s’est passé. Et pour moi ça permet à l’individu de se connecter à son esprit, à sa conscience. C’est aussi se mettre dans une conversation avec soi-même. Et bizarrement, quand on s’interroge seul avec soi-même avec sincérité, on se rend compte qu’il y a un début de réponse qui vient dans son esprit : c’est ce que je pourrais appeler également le début d’une connexion spirituelle.
Par exemple, ce collègue ce matin m’a mal parlé. Je l’ai mal pris, mais je ne lui ai rien dit. Forcément, si on prend ce petit moment à la fin de la journée, la situation va nous revenir en tête et un début de réponse pourrait commencer à émerger dans la méditation. Pour moi, cet exercice méditatif est un début de cheminement spirituel. Quand ce début de réponse commence à émerger, alors on fait face à ce qui va, à ce qui ne va pas, et on ose mettre des mots (m-o-t-s) sur les maux (m-a-u-x), seul à seul et avec, possiblement, l’invisible lorsque l’on souhaite développer sa foi.
Donc pour moi, quand l’esprit souffre, on peut commencer par se poser de manière méditative pour faire face aux questions et ainsi laisser émerger des débuts de réponse.
K : Et du coup, en quoi veiller à garder une bonne santé spirituelle peut toucher l’ensemble de notre être ?
W : La spiritualité permet, à mon sens, de réconcilier toutes les parties de mon être. Lorsque par exemple je vis un conflit extérieur qui a des répercussions dans mon intérieur, qu’il soit psychologique ou physique, la spiritualité joue le rôle de « facilitateur ». C’est aussi par la spiritualité que je peux réceptionner ce qui est plus grand que moi, ce qui n’existe pas en moi, pour faire face à mes défis présents. C’est par la spiritualité que je peux développer ma foi et croire que l’impossible peut survenir…
En somme, une bonne santé spirituelle améliore grandement la réconciliation de mon être entier, le vécu de la transcendance, et la traversée de l’impossible par la foi !
K : ce que tu viens de dire est important et demanderait même approfondissement. Ca tombe bien parce qu’on a plusieurs autres numéros de cette rubrique pour développer tout ça.
Parce que là, on arrive pratiquement à la fin de ce 1er numéro de Questions de connexions. Mais juste avant de se dire au revoir, quelles astuces pourrions-nous laisser à celles et ceux qui nous écoutent pour garder un être en bonne santé ? Azadeh ?
A : De mon côté ça serait peut-être plutôt simple, les gens connaissent un peu la leçon. Alors il y a des choses à faire et à ne pas faire, comme tout chose avec bon sens.
Donc les choses à ne pas faire, bien évidemment éviter ce qui est nocif, les substances toxiques, trop de tabac, l’alcool. Evidemment trop de café, de thé, tout ce qui est excitant. Même les écrans, vous savez que les écrans et les jeux vidéos ont été rapportés, selon les études, comme rendant les gens impulsifs et violents.
Et bien sûr, des choses à favoriser : l’activité physique. Notre corps, notre cerveau en ont besoin.
Une bonne hygiène de vie effectivement, le sommeil. Le cerveau a besoin de sommeil réparateur pour la concentration, pour la mémoire.
L’hydratation est importante évidemment. Notre cerveau fonctionne à base de neurones qui transmettent des messages électriques donc y’a besoin, cette électricité a besoin d’eau.
Bien se nourrir avec les fruits et légumes évidemment et bien s’hydrater c’est très important, mais également, par rapport à ce que disait Willem, j’ajouterai la méditation. Les faits scientifiques ne laissent pas de doute là-dessus, des études montrent les bienfaits de la méditation sur le système cardio-vasculaire, les pensées sur le ralentissement de la respiration et surtout ce qui est angoisse et stress et toutes les conséquences qui en découlent.
K : Sur un plan psychologique, j’encouragerai aussi, à avoir une hygiène de vie, tout comme on prend soin de son corps en répondant à ses besoins physiques et physiologiques et bien c’est important d’être à l’écoute de ses besoins affectifs et psychologiques, car des besoins non comblés génèrent des carences et les carences entraînent des souffrances, voire même des maladies.
Entretenir une bonne santé mentale, c’est aussi être à l’écoute des signaux d’alerte qui s’allument en nous. Ces émotions désagréables qui nous avertissent que quelque chose n’est pas passé, n’est pas digéré. Donc prendre soin de son âme c’est être à l’écoute de ces signaux d’alerte de manière à pouvoir se poser, comme l’a expliqué Willem effectivement et faire le point sur pourquoi je ressens cette émotion, qu’est-ce que j’ai besoin de digérer, d’évacuer, pourquoi je réagis de manière impulsive, etc.
J’ajouterai aussi que prendre soin de sa santé mentale c’est aussi éviter la toxicité, dans les relations et les situations. Un bon indicateur, c’est justement la souffrance. Une situation qui nous fait souffrir ou une relation qui nous fait souffrir risque d’endommager notre santé mentale à la longue.
W : oui tout à fait et dans la continuité de ce que vous dites, je trouve que le spirituel agit comme un centre de commandement. Le spirituel va aider la personne à se décentrer de ce qui peut lui paraître trop lourd pour elle. Et donc le spirituel va prendre le relais de ce poids trop important et je vais comme remettre, me décharger, demander à être plus léger à travers la spiritualité. Il ne faut bien sûr pas annuler les conseils du Docteur, pour le corps, il ne faut pas annuler les conseils de la psychologue, pour mon âme. Au contraire, le spirituel va aider à mettre en œuvre ce que le Dr et la psychologue me demande de faire, mais comme c’est trop lourd pour moi, le spirituel allège ce défi que les 2 professionnelles me donnent, une certaine traversée de l’impossible ou une traversée du difficile par la foi.
K : C’est super bien expliqué. Merci beaucoup Azadeh ainsi qu’à toi Willem pour ces éclairages vraiment enrichissants.
Donc, avoir un être en bonne santé, ça implique à la fois, la santé physique, la santé psychologique et la santé spirituelle. Les 3 sont liées et on se donne rendez-vous le mois prochain, pour aller plus loin dans le fonctionnement de ces dimensions que sont le corps, l’âme, l’esprit et la compréhension de leurs connexions.
D’ici là, prenez bien soin de vous.
