E22 : Et l’amour au sein du couple, on en parle ? ITW d’une psy, thérapeute de couple et sexologue
Hello, on se retrouve pour le 22e épisode de Relationnellement Vôtre.
Les 8 épisodes précédents vous ont permis de voir ou revoir ce qu’est l’amour vrai, sachant qu’il n’est pas un sentiment, de savoir comment faire de l’amour votre mode de vie et de choisir une forme d’amour qui favorise votre épanouissement relationnel. Puis ensuite y’a eu la parenthèse sur le pardon.
Alors, c’est chouette tout ça, sauf que passer de la théorie à la pratique, c’est une autre histoire.
Vous est-il déjà arrivé de prendre la résolution d’aimer votre conjointe en vous montrant plus patient avec elle ou d’aimer votre conjoint en vous montrant plus patiente avec lui et de ne pas y arriver ?
Ou de décider d’être plus démonstratif.ve, plus généreux.se, que ce soit en paroles, en gestes, en temps passé ensemble, en services rendus ou en cadeaux et que ça ne dure pas plus d’une semaine ?
Avez-vous été confronté.e à des soucis d’honnêteté au sein de votre couple ?
Avez-vous des difficultés à pardonner ?
Pas évident d’être un partenaire de vie aimant ou une partenaire de vie aimante, peu importe la météo de votre vie ou de la relation n’est-ce pas.
Du coup, que dites-vous de faire appel à une professionnelle pour nous aider à mieux comprendre les difficultés rencontrées en voulant être un.e partenaire de vie aimant.e au quotidien ?
Pour l’épisode de cette semaine, j’ai demandé à Colombe de me rejoindre. Colombe est psychologue, thérapeute conjugale et sexologue. Bonjour Colombe
Bonjour,
et merci d’avoir accepté d’intervenir sur cet épisode.
Avec grand plaisir
Merci !
Alors Colombe, en tant que thérapeute conjugale et sexologue, tu es probablement amenée à accompagner des problématiques diverses et très variées… Quels sont les motifs de consultations les plus fréquents, les plus récurrents chez les couples ?
Ca ne va pas tout à fait être les mêmes motifs en fonction de l’orientation des consultations. Ca dépend s’ils viennent me voir plus pour la partie psychologie ou pour la partie sexologie, même si les 2 vont s’imbriquer. La plupart du temps les couples vont avoir des problèmes liés soit à des choses très pratiques, des difficultés qui nécessitent finalement de pouvoir mettre les pieds dans le plat sur un sujet précis et de pouvoir enfin avoir des discussions qu’ils n’ont pas réussi à avoir jusque-là, que ce soit sur l’éducation des enfants, un problème dans la sexualité, la place que va prendre le travail de l’un, de l’autre, un désir de déménagement d’un côté et pas de l’autre…
En fait, la plupart du temps, ça va plus être de trouver un espace et un temps pour se poser et avoir une opportunité d’avoir une communication de meilleure qualité.
Ils peuvent arriver avec un problème déjà identifier qu’ils viennent régler, pour lequel ils ont besoin d’aide pour s’en sortir et reconstruire les choses à 2 correctement.
Certains couples viennent parce que finalement ils sentent qu’ils sont sur le chemin de la rupture et ils ont aussi besoin d’aide pour ça. C’est plus rare mais ça arrive parfois que des couples viennent pour réaliser ensemble, ce qu’ils savent déjà individuellement. Parfois ce qui va en ressortir c’est : « j’étais venu.e pour une séparation mais en fait on continue ensemble » et parfois ça va être l’inverse. Mais ils vont vraiment se servir de l’écrin qu’est le travail proposé, pour finalement arriver en toute vérité, dans leur vérité à eux, les conclusions dans lesquelles ils ont envie d’arriver ensemble.
Très intéressant
Ensuite pour la partie sexo et bien finalement, il y a pas mal de troubles vécus par les couples. Contrairement à ce qu’on peut croire, il y a énormément de couples qui ont des problèmes du côté de leur sexualité. Quand on regarde les magasines, les films, tout ça, on nous fait croire que ça roule chez tout le monde, sauf chez 2-3 couples vaguement particuliers, mais en fait il y a énormément de difficultés dans les couples au niveau de la sexualité, que ce soit en terme de plaisir ou de désir.
En sexo, ils vont plus arriver avec des choses déjà identifiées ou alors qui sont en cours d’identification, parce que c’est pas toujours facile de s’y retrouver dans les difficultés ou les pathologies en sexologie. ils posent leur(s) problème(s) et on cherche ensemble quelles en sont les causes. Que ce soit le vaginisme, l’éjaculation précoce, les troubles de l’orgasme,… c’est très très varié.
D’accord.
Il arrive bien souvent qu’on se méprenne sur ce qu’est l’amour au sein du couple. Est-ce le cas des couples que tu rencontres ?
Oui, enfin… j’aurais tendance à répondre oui en tout cas.
Les couples vont arriver avec une vision un peu abîmée de l’amour, qui va souvent être la logique selon laquelle parce qu’il y a de l’amour entre nous et bien c’est de l’acquis. Y’a plus besoin de prendre soin de l’autre, si on s’aime tout est censé être une évidence entre nous. Sauf que l’évidence n’existe pas. 2 personnes différentes ont forcément des vécus différents et à partir de là, les besoins sont différents, les attentes, les émotions sont différentes. Donc il s’agit toujours un peu de remplacer cette notion d’appropriation de la relation, de sortir de la notion de possession pour pouvoir rentrer dans autre chose.
En fait, à chaque fois il s’agit de mettre de l’équilibre, parce que les gens vont aussi souvent confondre amour et passion. « Je viens vous voir parce que je ne l’aime plus, vous voyez bien, je ne l’aime plus, je ne suis plus passionné.e, on ne fait pas l’amour comme avant, alors qu’avant c’était tout le temps, il ne me regarde plus comme avant, elle ne me fait plus les bons p’tits plats que j’aime tant, alors qu’elle sait que je n’aime que ces plats là ». Du coup, il y a des malentendus qui viennent petit à petit. C’est insidieux, mais quand on commence à prendre l’autre pour acquis, à penser qu’il n’y a que l’amour passion qui compte et pas la tendresse ou l’attention tout simplement, c’est plus large que juste le côté passionnel et fluctuant.
Y’a le côté surprotection ou jalousie qui peut prendre aussi une place « vous voyez bien je l’aime puisque je suis jaloux! » Oui, c’est pas faux, mais peut-être que la façon d’aimer ou de recevoir l’amour est détournée l’air de rien par d’autres blessures et finalement, remettre les choses à la bonne place.
Quand l’amour devient sujet de pression, d’obligations, de devoirs, c’est là où il s’agit de remettre de l’équilibre.
Oui, c’est très juste
Et souvent, finalement on se rend compte que oui, il y a forcément des responsaiblités dans le fait d’aimer et d’être aimé.e, mais à partir du moment où ça implique un devoir un peu tyrannique que nous impose l’autre, c’est que le couple ne vit pas la bonne définition de l’amour. Y’a de la tyrannie, des problèmes de confiance trop intense.
Hum hum.
Dans ce que tu as pu partager, justement, tu as évoqué les représentations erronées de l’amour telles que la possession, la jalousie… Quelles sont les représentations de l’amour les plus communes chez les couples qui te consultent ?
Certains vont arriver avec la notion de passion, de quelque chose de très très fort et finalement de très très fluctuant aussi. Ca va être : « quand je ne suis pas avec l’être aimé je n’arrête pas d’y penser, je ne suis que là-dedans et quand je suis avec l’autre, finalement j’arrive pas à redescendre non plus » et il y a un truc assez exclusif du coup, qui va faire que la personne n’a plus vraiment les pieds sur terre. Pourtant c’est ce qui fait du bien dans le côté passionnel, mais ce qui peut aussi amener parfois à des côtés passionnels un peu moins sympathiques, c’est quand c’est vraiment l’émotion qui prend le pas systématiquement. Quand on ne gère pas nos émotions, il y a d’autres choses que juste le côté agréable qui peuvent sortir et parfois dans le côté passionnel, c’est aussi là qu’on va retrouver certaines violences, sans forcément aller vers les violences les plus dures, mais le côté « je t’aime, je t’appartiens, tu m’appartiens, on est ensemble pour la vie et rien ne pourra nous séparer… Oui c’est un bel objectif,
Il faut s’assurer que c’est bien partager hein
Il faut s’assurer que c’est partager et il faut savoir y mettre tout simplement la mesure du fait que tout ça, on va le viser bien évidemment, on va viser le bonheur tous les 2, on va viser des belles choses, mais en sachant que tu es humain, que tu es imparfait, que je suis humaine, donc je suis imparfaite et à nous 2 on va essayer de conjuguer quelque chose de sympa, mais il va y avoir des moments plus compliqués, est-ce qu’on est prêts à les vivre ensemble ?
Donc ce côté passion là souvent est une représentation qui revient très souvent.
Le côté qui va avec, c’est « c’est forcément le bonheur parfait d’être ensemble, même s’il n’y a pas ce côté passion, ça va être juste quelque chose qui ne fera jamais de vagues », alors que si, on peut être heureux tout en ayant des moments plus compliqués, mais l’important c’est de savoir ce qu’on vise en fait. Un peu comme si on avait dans le couple un accord tacite, de se dire « ok ça va être compliqué, mais on va de l’avant ».
Y’a la notion de fusion qui va un peu avec, l’alignement des valeurs, des réactions : « tu deviens moi, moi je deviens toi » et finalement on se retrouve dans quelque chose où on se perd un peu l’un l’autre, l’un dans l’autre, l’un avec l’autre et finalement cette représentation-là, elle n’aide pas les membres du couple à être sujets. Elle noie un peu chaque individu dans un couple où c’est très agréable peut-être d’être porté.e et de porter l’autre en même temps, mais on perd un peu le côté sujet bien dans sa peau, qui pourtant a du sens.
Et puis certains vont amener le côté, un couple qui va bien, c’est forcément un couple où la sexualité va être torride, où finalement il n’y a que ça qui nous lie, mais au moins y’a ça. Et pour certains couples, effectivement, il n’y a que ça qui les lient, mais ils n’arrivent pas à se séparer parce que s’il n’y a plus ça, il n’y a rien. S’il n’y a plus ça, je ne suis rien, du coup ça devient compliqué. Il faut réussir à vraiment trouver le juste milieu dans tout ça.
C’est très vrai.
Et à ton avis Colombe, quels sont les obstacles qui compliquent la tâche pour être un.e partenaire de vie aimant.e au quotidien ?
il y a pleins d’obstacles possibles (rires)
Je ne te facilite pas la tâche, je le reconnais, je te pose des questions larges et compliquées, mais il y a tellement de choses intéressantes dans ce que tu dis (rires)
Il y a pleins d’obstacles et il y a aussi pleins de belles choses qui permettent de vivre des belles histoires, mais ça en général, on arrive toujours plus ou moins à trouver la façon de vivre correctement les côtés positifs.
Après les obstacles pour n’en citer que quelques-uns, je pense que les blessures du passé et les colères non résolues, ça revient toujours dans les séances de couples, d’un côté ou de l’autre. Ce qui est tout à fait normal, c’est logique, c’est la vie qui veut ça. Il y a des blessures des 2 côtés qui n’ont pas forcément la même tête, la même cicatrice et il va falloir réussir à vivre avec et à conjuguer les blessures. Je ne sais pas si ça se dit mais je vais le dire. C’est à dire, qu’il faut trouver le moyen que ça ne soit pas forcément l’autre qui vienne nous aider à cicatriser, mais qu’en tout cas, il puisse faire avec le fait que ces blessures peuvent encore parfois faire un peu mal. Le tout c’est qu’on ait la possibilité de travailler sur ces blessures-là pour que ça n’amène pas de nouvelles blessures dans le couple. Des blessures qui sont sans cesse des réouvertures de la cicatrice passée, avec des colères non résolues qui reviennent systématiquement. Il y a des crises parfois dans les couples, on se dit « mais vous rendez-vous compte que c’est la même crise qui se rejoue systématiquement ? Colère après colère, violence après violence ? »
En fait ce sont des choses qui viennent vraiment du passé, ces blessures sont un élément important, qui amène souvent la sensation d’être incompris et de ne pas pouvoir être accueilli.e dans ce qu’on est, dans ce qu’on vit dans nos émotions, parce que « toi tu comprends pas, tu n’as pas vécu ce que j’ai vécu. » Oui c’est vrai, peut-être tant mieux en fait, sinon on ne pourrait peut-être pas se conjuguer, parce que nos blessures feraient trop écho l’un à l’autre. Et ce vécu d’injustice va souvent de pair avec les colères, avec une sensation de déséquilibre ou d’un manque de reconnaissance aussi ça arrive souvent.
Ensuite dans les obstacles on a aussi toute la partie un peu plus narcissique, de fierté mal placée, ou de complexe d’infériorité ou de supériorité qui ne sont pas résolus. C’est aussi en lien avec les blessures du passé, mais c’est quelque chose de plus profond et moins identifié. C’est plus latent, c’est quelque chose de plus large que juste une anecdote où on peut dire « bah là il s’est passé ça et ça a complètement cassé ma vie et depuis j’ai du mal à m’en remettre. »
Parfois quand c’est des complexes d’infériorité par exemple, c’est beaucoup plus profond, c’est pas aussi clairement identifié dès le départ, donc on peut travailler dessus pour trouver les causes, mais c’est vrai que ces complexes là sont souvent difficiles à déloger et ils peuvent pas mal parasiter le couple de manière générale.
Je veux bien le croire
Ensuite dans les autres obstacles, on a tout ce qui va avoir un rapport avec les codes finalement, les problèmes de communication qui font qu’on ne peut pas partager nos besoins avec l’autre, soit parce qu’on ne se sent pas écouté.e, soit parce que nous n’arrivons pas à verbaliser le problème.
Parfois ça peut être lié à des codes culturels ou familiaux qui sont différents. Quand je dis codes culturels, la différences culturelles peut aussi bien se jouer et se jouer très fort entre un Breton et un Normand ou un Corse, c’est pas forcément quelque chose de forcément extrêmement éloigné. Parfois il y a de vraies différences culturelles même dans un même pays et on a tendance à négliger ce côté là alors que pourtant ça joue.
Les différences de culture familiale aussi jouent énormément. Il y a des familles où on va dire « je t’aime » et des familles où on ne le dira certainement jamais parce que ça ne se fait pas et rien que ça, ça va avoir un impact sur les couples et la façon dont le couple va pouvoir verbaliser ou non les émotions qui circulent, donc forcément ça joue.
Et du coup la possibilité de partager et d’admettre les différences, elle va aussi être liée à tout ça. Si je peux dire que je pense différemment de toi, si tu m’acceptes ou pas dans ce que je dis, ça va forcément avoir un impact sur notre façon d’être ensemble.
Après ça rejoint des choses que tu as déjà évoqué dans les autres podcasts, mais les langages de l’amour différents, quand ils ne sont pas connus et quand ils ne sont pas explorés, ça va aussi faire obstacle pour aimer l’autre du mieux possible au quotidien.
Si mon langage de l’amour c’est les moments de qualité et que l’autre ne fait que me couvrir de cadeaux en pensant que parce qu’il m’offre une voiture, ça veut dire qu’il a toute mon attention, bah non, moi j’ai besoin de temps avec toi. C’est gentil la voiture (rires) mais c’est pas ça qui me nourrit (affectivement)
C’est tellement enrichissant de t’écouter que je n’ai même plus envie de poser de question, mais bon… il faut bien avancer (rires)
Aurais-tu Colombe, des clés à nous partager, à partager à celles et ceux qui nous écoutent ou nous lisent pour surmonter ces obstacles justement ?
Oui, ce que j’aurais tendance à proposer, c’est même si on parle de couple, ça va être de commencer par bien se connaître soi-même. Ca va peut-être de soi ou peut-être pas. Le fait d’être au clair avec qui on est nous-mêmes, ça va vraiment permettre de pouvoir s’amener en toute clarté, en toute bienveillance et en toute vérité dans le couple. En fait plus on se connait soi, plus on s’apprécie un minimum quand même, il s’agit de s’aimer. Ca se fait peut-être pas de le dire, mais si, il faut s’aimer soi-même, pour bien prendre soin de son couple et bien aimer son couple et bien aimer l’autre. Donc il s’agit de bien se comprendre soi-même, c’est vraiment important. Tout simplement parce qu’après, il va falloir pouvoir donner les clés de qui je suis à l’autre. Et je pense que quelque chose qui aide les couples à aller bien, c’est quand on peut dire « attends, stop, en fait quand tu fais ça, moi, ça résonne comme ça chez moi. Je sais bien que c’est pas du tout ce que tu as voulu faire ou dire, mais alors moi, ça fait tel effet émotionnel, ça me fait monter l’angoisse et du coup quand tu me dis ça, ma réaction, ça va être d’avoir envie de sortir ou de te dire d’aller te faire voir ou de monter dans l’agressivité, alors que je sais bien que ce n’est pas ce que tu veux. Mais là, par exemple, la prochaine fois que ça arrive, j’ai besoin que tu réagisses comme ça… et en faisant ça, je vais comprendre que tu as voulu me dire ça, comme ci, comme ça, moi ça ne fera pas réagir quelque chose en moi, qui n’est pas adapté à la situation. »
Je pense que finalement il s’agit d’être la meilleure version de soi-même, indépendamment du couple, de se dire comment moi, j’ai envie d’avancer pour pouvoir vraiment donner le meilleur de moi-même à la fois à moi-même et en même temps de pouvoir l’offrir sur le territoire commun du couple.
Il s’agit de prendre soin de soi, bien évidemment sans pour autant délaisser l’autre complètement. Il faut faire l’équilibriste, arriver à prendre soin de soi, sans que ce soit au détriment de la relation ou de l’autre.
Je pense que c’est un 1er point important. En fait l’idée c’est de pouvoir se dire, plutôt que de chercher à ce que l’autre devienne l’homme idéal, ou la femme idéal, de se dire comment moi, je peux être ma propre femme idéale, mon propre homme idéal (pour les hommes), parce que finalement c’est en étant bien soi-même au summum de ce qu’on peut être que dans la relation, si chacun fait cette partie là, l’équilibre se trouve de soi-même, il n’y a pas besoin de dire mais tu devrais faire ci. En fait j’y travaille déjà donc tout va bien.
Et souvent on le voit dans les suivis, quand il y en a un des 2 qui est un peu moins motivé que l’autre pour avancer et remettre la dynamique dans le couple, quand on arrive à dire : « écoutez, si chacun fait sa part, ça va finir par payer. »
Parfois, il y en a un des 2 qui décide coûte que coûte d’essayer d’être plus patient.e, « je voudrais être une femme patiente, c’est toi qui va en bénéficier, mais la meilleure version de moi-même, elle est patiente, donc je vais être patiente quoi qu’il arrive, je vais vraiment essayé de rester zen quand tu vas me dire des bêtises qui vont m’énerver. »
Et au final, l’autre en face, finit par se rendre compte que c’est vrai que finalement on s’embrouille moins, parce qu’elle est vraiment patiente ou il est vraiment plus patient et je vois bien qu’il ou elle a fait des efforts. Et du coup comme j’ai moins besoin de monter dans les tours pour faire valoir ce que j’ai besoin de dire, moi aussi finalement, j’ai plus de place pour pouvoir avancer sur ce qui nous est difficile. Et en fait, ça crée une synergie positive, un cercle vertueux. Il faut bien qu’il y en ait un des 2, soit les 2 qui commencent en même temps, c’est encore mieux quand c’est les 2 bien évidemment. Mais parfois quand il y en a un qui dit : « je suis responsable autant que l’autre, mais moi je suis responsable de ma partie de la relation et pour ma part, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir. » Si l’autre est dans une dynamique où le but c’est effectivement de repartir ensemble et de repartir bien, en général, ça trouve un bon écho et ça marche vraiment bien.
Bien évidemment quand un couple arrive et qu’il y en a un des 2 qui n’a qu’une envie, c’est de se casser et dire en fait je viens t’annoncer que je vais divorcer, l’autre peut faire ce qu’il veut, ça changera rien.
Hélas !
Après, je pense que le 2e élément important, ça va être de passer du temps avec l’autre, du temps de qualité. Là ça n’a rien à voir directement avec les langages de l’amour, même si ça se rejoint. Mais il s’agit de pouvoir dire « OK, en fait, finalement j’ai qu’une vie. Donc le temps c’est ce que j’ai de plus précieux, ça va pas être l’argent, ça ne va pas être autre chose. J’ai les personnes que j’aime et en dehors de ça, tout le temps que je ne passe pas avec toi, je ne pourrai pas le rattraper. »
Ce qui va jouer souvent, c’est pouvoir passer du temps avec l’autre, se poser, avoir un temps où on dit officiellement « on coupe le téléphone ». Je suis obligée de le verbaliser, parce qu’il y a beaucoup de couples qui oublient de le faire. En fait ça joue vachement. On coupe la télé aussi, j’oublie de le mentionner, mais on coupe la télé, l’ordi, la tablette, tous les écrans, la montre connectée s’il faut aussi, voilà.
On coupe et c’est juste toi et moi dans un même espace, dans une même pièce. Dans l’idéal, il faut que ce soit un espace qui soit propice pour pouvoir passer du temps ensemble, avec du temps devant soi pour que les enfants soient couchés. On définit notre temps de rendez-vous tout simplement. On va passer du temps ensemble, à faire le point, à dire « voilà est-ce que tu sens qu’il y a des choses qu’on a besoin d’améliorer l’un avec l’autre, est-ce que je t’ai blessé.e dans la semaine, est-ce qu’il y a des choses sur lesquelles tout simplement tu as besoin de revenir parce que tu n’as pas compris pourquoi j’ai dit ça comme ça ou pourquoi j’ai fait ça comme ça. Ah je voulais te dire d’ailleurs, j’ai fait ça parce que les choses se sont enchaînées, du coup j’ai pas pu te demander ton avis avant, j’ai pensé que tu étais d’accord, maintenant si tu n’es pas d’accord, la prochaine fois je ferai les choses différemment… »
Tout simplement verbaliser tout ce qui s’est passé dans notre tête depuis la dernière fois où on s’est posé et comment on peut faire pour s’expliquer l’un à l’autre comment on a fonctionné et pourquoi on en arrive à cette conclusion et comment on fait si on n’est pas d’accord avec cette conclusion pour faire différemment la fois d’après.
Pour moi, c’est important de revenir sur les éléments pratiques qui ont été source de tensions, les émotions que ça a pu susciter, les crises,… de communiquer en fait. Et là, il s’agit d’écouter vraiment l’autre.
Une phrase qui me semble très importante et que je dis souvent à mes patients :
« c’est qu’il s’agit d’écouter pour comprendre et pas pour répondre »
Et ça c’est tout un art.
C’est précieux ça, c’est une clé qui est très précieuse chers auditeurs et auditrices.
Mais je pense que ça marche même en dehors des couples, ça marche dans les relations parents/enfants, dans les relations frères/soeurs, au travail, toutes les relations.
Ecouter pour vraiment comprendre et pas pour répondre, finalement, ça va permettre de laisser vraiment la parole libre chez l’interlocuteur et le fait de ne pas vouloir être systématiquement dans la réponse, fait qu’on n’entre pas dans la crise, on n’entre pas dans l’embrouille, parce que je n’ai pas besoin de te donner mon avis si je suis complètement en désaccord avec toi, si j’essaie juste de comprendre pourquoi toi, tu en arrives à des conclusions qui me paraissent peut-être aberrantes, même si moi au fond ça ne change peut-être pas ma façon de penser, mais j’arrive à comprendre le cheminement par lequel tu passes et à te dire, ton raisonnement me gêne à tel endroit. Et peut-être que l’autre, juste de pouvoir se rendre compte que bah oui, c’est vrai qu’effectivement… ou alors non, je dis ça parce qu’en fait… d’autres raisons font que j’en arrive là.
Quand on essaie d’être dans la démarche de compréhension et non de réponse, on sort, on fait un pas de côté et on sort de la possibilité d’une crise. On rentre dans la relation, vraiment, en disant, « je n’avais jamais pensé que tu pouvais penser les choses comme ça ou voir les choses comme ça ou imaginer » et en fait, c’est là qu’on apprend à connaître l’autre.
Ca me paraît important de passer des temps comme ça et souvent je propose aux couples d’avoir des temps, au moins 1h par semaine, ça me paraît être le minimum en fait, si c’est pas un quart d’heure tous les jours pour faire le point le soir avant de dormir, il faut que ce soit 1h par semaine, on prend un rendez-vous dans l’agenda et où on sait qu’il n’y aura rien du tout, jamais, sauf urgence vraiment urgente. Genre emmener un enfant aux urgences, mais sinon voir un collègue, ce n’est pas une urgence. Un match de foot n’est pas une urgence non plus. Ou alors c’est juste une incitation à reporter à la veille ou au lendemain, mais il ne s’agit pas de reporter systématiquement. Il faut vraiment qu’il y ait des temps comme ça de qualité.
Ca rassure le couple et ça rassure les 2 partenaires en fait de pouvoir vivre ça. Et c’est aussi des temps où on peut parler de la sexualité. En disant bah voilà, hier, la façon dont tu m’as abordé.e ça m’a plu ou ça ne m’a pas plu, la prochaine fois je préfèrerais que ça se passe comme ça… Finalement tout ça, ça fait partie de la sexualité. Je reprends la casquette sexologue.
Parler de la façon dont on a pu avoir des relations sexuelles ou dont on aimerait avoir des relations sexuelles, ça fait partie finalement de la sexualité. Il ne faut pas se priver d’oser parler. Il ne s’agit pas de parler que de ça, mais de pouvoir l’évoquer sans tabou, naturellement. C’est vraiment important.
Et le 3e point que j’amènerai pour finir sur les clés à partager, c’est de faire l’effort de prendre du temps pour faire du bien à l’autre. Alors là, c’est pas pour passer du temps avec l’autre, c’est quelque chose de plus personnel. C’est moi, en tant que moi-même, comment je vais prendre soin de toi en tant que toi-même.
Comment je vais pouvoir finalement aller sur les terrains qui te font du bien et quand je dis faire du bien, ce n’est pas que sur la question sexuelle. Ca rejoint les langages de l’amour, ça peut être, « je sais que tu apprécies les cadeaux, je n’ai pas de quoi t’acheter une voiture, mais je t’ai fabriqué quelque chose », ou « tiens j’ai entendu la dernière fois que tu parlais de tel.le artiste, bah je t’ai trouvé son CD » ou peu importe. Ca peut être « je sais que tu as du mal avec tel document administratif, je pense qu’on le faire ensemble », des services rendus. La partie de se dire tout simplement consciemment, l’autre a besoin que je le touche, c’est comme ça qu’il ou elle se sent aimé.e, donc je vais prendre la décision qu’à chaque fois que je te vois en rentrant du travail de t’embrasser. Je ne suis pas en train de parler forcément d’un truc ultra langoureux et torride, je parle juste de « tu aimes le contact physique, je t’attrape la main pendant qu’on regarde la TV ou j’te fais un bisou dans le cou pendant que tu coupes du poulet ou juste je t’embrasse en rentrant du travail. » Tout ça, ça a du sens.
Et bien évident il y a aussi toutes les paroles valorisantes, se dire qu’on s’aime, c’est jamais quelque chose qu’on regrette, donc il faut pouvoir le dire autant de fois qu’on en a envie, je pense que c’est vraiment important.
Après bien évidemment, la boucle est bouclée, tout ça dépend aussi du passé de chacun et donc il s’agit de prendre soin de l’autre, en fonction de ce qu’on sait de son passé et de ce qui est envisageable dans le présent.
Et puis quand il y a des loupés, parce que parfois il y a des loupés et bien on en parle, on dialogue là-dessus. On doit pouvoir en rire aussi, c’est très important, d’être dans quelque chose de léger, d’oser être parfois ridicule devant l’autre et de rire de soi, ça décoince pas mal de situations.
Il faut oser la créativité.
Et pour finir, j’ajouterai la reconnaissance, être reconnaissant de ce que fait l’autre, dans le même sens quand je vais faire du bien à l’autre et bien quand l’autre me fait du bien, de pouvoir dire, « vraiment je te remercie de m’avoir aidé à faire les impôts parce que ça me faisait flipper », « j’te remercie d’avoir fait le repas parce que t’as vu que j’étais fatiguée et là j’avais la flemme ». Et tout ça c’est important, d’être dans une dynamique où on fait du bien à l’autre et on reconnait le bien que l’autre nous fait.
Franchement un grand merci Colombe pour cette participation riche et j’ai pas de mot tellement tout ce que tu as pu partager est précieux. Il y a des informations, des clés dont l’application peut réellement faire la différence au sein du couple. Donc un grand merci à toi
Avec plaisir
En tout cas je tiens à te prévenir dès maintenant, je pense te solliciter, te re-solliciter, te re-re-solliciter… (rires)
(rires) Tu sais où me trouver, y’a pas de problème.
ça marche !
Je serai au rendez-vous !!
Ok ! Et bien sur ce… on arrive à la fin de cet épisode. On se dit donc à bientôt Colombe ?
A bientôt !!!
Voici un rappel des clés proposées par Colombe :
- La 1ère clé, ça va être de commencer par bien se connaître soi-même. Tout simplement parce qu’après, il va falloir pouvoir donner les clés de qui je suis à l’autre. Pouvoir dire « attends, stop, en fait quand tu fais ça, moi, ça résonne comme ça chez moi. Je sais bien que c’est pas du tout ce que tu as voulu faire ou dire, mais alors moi, ça fait tel effet émotionnel. La prochaine fois que ça arrive, j’ai besoin que tu réagisses comme ça… et en faisant ça, je vais comprendre que tu as voulu me dire ça, comme ci, comme ça, moi ça ne fera pas réagir quelque chose en moi, qui n’est pas adapté à la situation. »
Il s’agit d’être la meilleure version de soi-même, indépendamment du couple, de se dire comment moi, j’ai envie d’avancer pour pouvoir vraiment donner le meilleur de moi-même à la fois à moi-même et en même temps de pouvoir l’offrir sur le territoire commun du couple.
Il s’agit de prendre soin de soi, bien évidemment sans pour autant délaisser l’autre complètement. Il faut faire l’équilibriste, arriver à prendre soin de soi, sans que ce soit au détriment de la relation ou de l’autre.
L’idée c’est de pouvoir se dire, plutôt que de chercher à ce que l’autre devienne l’homme idéal, ou la femme idéal, de se dire comment moi, je peux être ma propre femme idéale, mon propre homme idéal (pour les hommes), parce que finalement c’est en étant bien soi-même au summum de ce qu’on peut être que dans la relation, si chacun fait cette partie là, l’équilibre se trouve de soi-même, il n’y a pas besoin de dire mais tu devrais faire ci. En fait j’y travaille déjà donc tout va bien.
- La 2e clé, ça va être de passer du temps avec l’autre, du temps de qualité. On coupe le téléphone, la télé aussi, l’ordi, la tablette, tous les écrans, la montre connectée s’il faut aussi. On définit notre temps de rendez-vous tout simplement. On va passer du temps ensemble, à faire le point, à dire « voilà est-ce que tu sens qu’il y a des choses qu’on a besoin d’améliorer l’un avec l’autre, est-ce que je t’ai blessé.e dans la semaine, est-ce qu’il y a des choses sur lesquelles tout simplement tu as besoin de revenir parce que tu n’as pas compris pourquoi j’ai dit ça comme ça ou pourquoi j’ai fait ça comme ça. Ah je voulais te dire d’ailleurs, j’ai fait ça parce que les choses se sont enchaînées, du coup j’ai pas pu te demander ton avis avant, j’ai pensé que tu étais d’accord, maintenant si tu n’es pas d’accord, la prochaine fois je ferai les choses différemment… Tout simplement verbaliser tout ce qui s’est passé dans notre tête depuis la dernière fois où on s’est posé et comment on peut faire pour s’expliquer l’un à l’autre comment on a fonctionné et pourquoi on en arrive à cette conclusion et comment on fait si on n’est pas d’accord avec cette conclusion pour faire différemment la fois d’après.
C’est important de revenir sur les éléments pratiques qui ont été source de tensions, les émotions que ça a pu susciter, les crises,… de communiquer. Et là, il s’agit d’écouter vraiment l’autre.
- La 3e clé, c’est d’écouter pour vraiment comprendre et pas pour répondre. Ca va permettre de laisser vraiment la parole libre chez l’interlocuteur. Quand on essaie d’être dans la démarche de compréhension et non de réponse, on sort, on fait un pas de côté et on sort de la possibilité d’une crise. On rentre dans la relation, vraiment, en disant, « je n’avais jamais pensé que tu pouvais penser les choses comme ça ou voir les choses comme ça ou imaginer ça » et en fait, c’est là qu’on apprend à connaître l’autre.
- La 4e clé, c’est de faire l’effort de prendre du temps pour faire du bien à l’autre. C’est pas pour passer du temps avec l’autre, c’est quelque chose de plus personnel. C’est moi, en tant que moi-même, comment je vais prendre soin de toi en tant que toi-même. Comment je vais pouvoir aller sur les terrains qui te font du bien (ce n’est pas que sur la question sexuelle).
Après bien évidemment, tout ça dépend aussi du passé de chacun et donc il s’agit de prendre soin de l’autre, en fonction de ce qu’on sait de son passé et de ce qui est envisageable dans le présent.
- La 5e clé, c’est quand il y a des loupés; d’en parler, on dialogue là-dessus. On doit pouvoir en rire aussi, c’est très important, d’être dans quelque chose de léger, d’oser être parfois ridicule devant l’autre et de rire de soi, ça décoince pas mal de situations. Il faut oser la créativité.
- la 6e clé, c’est la reconnaissance, être dans une dynamique où on reconnait le bien que l’autre nous fait.
Voilà on arrive à la fin de ce 22e épisode de Relationnellement Vôtre.
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En tout cas, la semaine prochaine on se retrouve pour parler à nouveau d’amour, mais cette fois-ci dans la relation parent(s)/enfant(s).
Je vous dis donc à la semaine prochaine ! Prenez bien soin de vous.
