E20 : Avez-vous des questions sur le pardon ? (1/2)

Hello, bienvenue sur le 20e épisode de Relationnellement Vôtre.

Déjà 20 semaines d’existence du podcast. Ca passe tellement vite. En tout cas, je tiens à remercier chacune, chacun d’entre vous du fond du cœur pour votre implication et votre soutien. J’ai tellement de thématiques à vous partager, vous me donnez envie de vous donner plus, tellement plus.

Ce n’est que le début, en tout cas, quelle qu’en soit la durée, je suis ravie de faire ce bout de chemin avec vous. Merci encore.

Alors… Ca fait quelques semaines que nous passons sur la thématique de l’amour et le pardon est revenu de manière assez récurrente que ce soit dans les caractéristiques d’une personne aimante ou dans les témoignages partagés. Car qu’on le veuille ou non, aimer vraiment implique de savoir pardonner, mais peut-être pas selon la représentation que la plupart des gens en ont. Vous allez très vite comprendre pourquoi.

Je vous propose une fois de plus de passer 2 épisodes sur une même thématique, sachant que nous reviendront probablement dessus à plusieurs reprises dans ce podcast.

Dans la 1ère partie, nous allons voir ou revoir ensemble des propositions de réponses à 9 questions courantes sur le pardon et vous en saurez plus sur la 2e partie en fin d’épisode.

Pour le moment on se focalise sur la 1ère partie avec la question suivante :

  1. Qu’est-ce que le pardon ?

L’écrivain, formateur, conférencier et spécialiste en développement personnel Olivier Clerc, définit le pardon à travers plusieurs métaphores dans son livre intitulé « peut-on tout pardonner ? ». Voici les métaphores en question :

  • La 1ère métaphore : le pardon est la cicatrisation, la guérison des blessures du cœur. Il est le baume qui permet de les soigner. Il est le remède à ce poison émotionnel que constitue la haine, la rancœur et le ressentiment.
  • La 2e métaphore : le pardon est la douche du cœur. Il peut littéralement laver notre cœur des émotions déplaisantes accumulées dans la journée et ainsi éviter leur accumulation et leur cristallisation progressive en nous.
  • La 3e métaphore : le pardon est la résurrection de l’amour. Il arrive qu’à la suite d’un événement tragique, une trahison, un deuil, une violente rupture amoureuse, voire de la maltraitance, quelque chose s’éteigne et meure en nous. Nous refusons de souffrir et donc nous refusons d’aimer. Notre source intérieure se ferme, s’assèche et tarit, entrainant une traversée du désert relationnel, un désert de glace, une véritable banquise intérieure. Lorsque la personne parvient un jour au bout du processus du pardon, on assiste à une véritable renaissance, une résurrection de cet amour qui était mort. L’individu reprend vie, son cœur se remet à aimer. 

L’auteur explique magnifiquement bien, qu’en l’absence de pardon, la guérison n’est pas achevée. La plaie est juste dissimulée, mais elle peut se rouvrir et saigner à nouveau à tout moment. Il encourage à une douche émotionnelle quotidienne au moment du coucher pour s’endormir le cœur léger et délesté de tout poids inutiles.

 

Dans son article intitulé « le pardon, alchimie de la cicatrisation émotionnelle », Anne Guion donne une définition du pardon tout aussi parlante :

« Le pardon, c’est la faculté à abandonner nos rancunes et à changer notre regard sur la personne qui nous a blessé ».

Comme vous le savez ou l’avez compris, le pardon est une démarche qui a plus à voir avec soi qu’avec l’offenseur.

 

Vous avez probablement déjà entendu cette citation de Carrie Fisher :

 

« Le ressentiment c’est comme boire du poison et attendre que l’autre personne meurt ».

Le pardon est un mouvement libérateur pour nous, pour favoriser la guérison, la cicatrisation de la blessure causée et vraiment relâcher, évacuer le poison qui nous envahit.

Le pardon est une démarche qui fait bien souvent peur, car de la confusion s’est glissée dans les représentations du pardon. Voyons donc la 2e question :

  1. Comment surmonter les idées reçues concernant le pardon ?
  • La 1ère idée reçue, c’est que le pardon est démarche purement religieuse. Dans la mesure où le pardon est avant tout une démarche de guérison des blessures du cœur, il est accessible à toute personne, peu importe qu’elle soit croyante ou non. L’avantage que peut nous procurer la relation avec Dieu, c’est qu’elle nous offre la possibilité de nous tourner vers plus grand que nous, lorsque nous sommes confrontés aux épreuves et aux souffrances de la vie. ça permet de lâcher prise en lui remettant la situation et en lui faisant part de nos ressentis et ça aide à se libérer du ressentiment et de la haine. C’est le lâcher-prise qui permet au pardon d’être effectif. On peut être en relation avec Dieu mais si on ne lâche pas prise, le pardon ne pourra pas opérer. Donc si nous n’arrivons pas à pardonner, ce n’est pas que Dieu ne nous y aide pas, c’est que nous avons des difficultés à lâcher-prise.
  • La 2e idée reçue c’est que le pardon est un cadeau qu’on fait à l’autre. En réalité, la 1ère personne qui souffre du non pardon, c’est soi-même et non l’autre. Si une personne nous blesse, que nous saignons abondamment, soigner la blessure pour favoriser la cicatrisation, c’est prendre soin de soi. Donc pardonner est avant tout une démarche personnelle. On pardonne pour se libérer du poison du ressentiment, de la rancœur et guérir notre propre cœur. Le fait de se libérer du ressentiment, nous libère de tout ce que nous retenions contre l’offenseur, ça ouvre la possibilité d’une réconciliation, mais ce n’est pas systématique. Et surtout nous avons la liberté de revoir votre manière d’être en relation avec cette personne par rapport à ses actes. Non pas pour la punir, mais pour vous permettre d’avancer en prenant en compte nos expériences vécues et les leçons apprises.
  • La 3e idée reçue c’est que pardonner signifie accepter, excuser ou cautionner. Il y a une distinction à faire entre nos ressentis et nos jugements. Le jugement peut être que les torts causés sont irrespectueux, humiliants, inacceptables, injustifiés, illégaux, etc. Et ce jugement peut demeurer après avoir pardonné, car le pardon opère sur nos ressentis. Nous pouvons nous libérer de la haine, de la rancœur et soigner nos blessures affectives, ça n’empêche que les torts causés demeurent irrespectueux, humiliants, inacceptables, injustifiés, illégaux, etc. C’est ainsi qu’on peut pardonner à une personne le mal qu’elle nous a fait, elle n’en reste pas moins responsable de ses actes et devra en assumer les conséquences, qu’elles soient sociales ou pénales. Il peut arriver que certaines personnes dans leur démarche de guérison et de pardon fassent preuve de clémence quant aux conséquences des actes de la personne et demande ou fasse en sorte que la peine infligée soit allégée. 
  • La 4e idée reçue c’est que pardonner signifie oublier. Sur ce point Olivier Clerc invite à trouver un juste milieu entre ce qu’il est nécessaire de garder en mémoire et ce qu’il est préférable d’oublier. Ça demande du discernement et de la finesse selon lui. Nous pouvons choisir de garder et de partager les leçons apprises et en même temps laisser l’oubli faire son œuvre. Car nous ne nous souvenons pas toujours des détails de ce qui s’est passé et ce n’est pas plus mal.

Dans un de ses livres, Geneviève Krebs, psychopraticienne en thérapie brève explique que « Si oublier est impossible et ne peut se désinscrire de notre cerveau, le pardon sait agir au niveau de la mémoire émotionnelle (ventre) pour cicatriser et panser la plaie. On se souviendra de l’événement, mais on se sentira détaché, comme si on avait pris de la distance. C’est un peu comme une cicatrice… Sa présence rappelle une blessure, une zone de son corps marquée à tout jamais, mais lorsqu’on le touche, l’endroit n’est plus douloureux. »

  • La 5e idée reçue c’est que pardonner c’est se réconcilier. La démarche du pardon est une démarche entre soi et soi-même. Comme l’explique le psychologue Robert Enright, qui étudie le pardon depuis plus de 30 ans, « la réconciliation est une stratégie de négociation où deux personnes décident de revenir l’une vers l’autre et de se refaire confiance. Mais vous pouvez pardonner à quelqu’un en qui vous n’avez pas confiance ! » C’est possible de pardonner, car le pardon consiste à se libérer des effets du tort causé sur soi et à relâcher tout ce qu’on retient contre l’offenseur. Alors que la réconciliation consiste à accepter de laisser la personne rentrer à nouveau dans notre vie et d’entretenir une relation avec elle. Il y a bien une différence entre les 2. 
  • La 6e et dernière idée reçue que j’évoquerai c’est l’idée que pardonner est un signe de faiblesse. Le pardon est synonyme de vulnérabilité, qu’il s’agisse de faire la démarche de pardonner ou de demander pardon. Et contrairement à ce qu’on croit, la vulnérabilité est une force. Ça demande d’oser déposer l’armure derrière laquelle on se barricade, c’est la force d’assumer qui on est, ce qu’on fait, en surmontant la honte, la peur du jugement. Si pour vous tout ça c’est encore faire preuve de faiblesse, alors je vous encourage à lire le livre de Brené Brown sur le pouvoir de la vulnérabilité.
Le chercheur en neurosciences sociales Thomas Baumgartner explique que :

« loin d’être une faiblesse, le pardon répond à un mécanisme neuronal complexe qui fait appel à la fois à nos facultés de maîtrise des émotions, notre empathie et à nos capacités cognitives. »

Une fois qu’on a dépassé toutes ces idées reçues vient la question :

  1. Pourquoi pardonner ?

De nombreux scientifiques dessinent aujourd’hui un lien clair entre pardon et santé sur le long terme. Une étude menée en 2007 par Robert Enright a ainsi montré que les personnes souffrant de maladies coronariennes pouvaient voir leur état s’améliorer après avoir suivi une thérapie spéciale. D’autres chercheurs évoquent un meilleur système immunitaire ou une tension plus saine.

Les neuroscientifiques, les psychologues et les médecins sont unanimes sur les effets toxiques de la rancœur et donc les effets bénéfiques du pardon sur la santé mentale et la santé physique.

Certains psychologues vont même plus loin, en déclarant « qu’il y aurait beaucoup moins de patients dans les hôpitaux psychiatriques si les gens savaient pardonner. Le pardon, celui qu’on donne et celui qu’on reçoit, est au cœur de notre santé mentale. »

Voici 4 raisons pour lesquelles pardonner est bénéfique :

  • Le pardon est nécessaire pour notre santé spirituelle : le non pardon amène à vivre dans le ressentiment, la culpabilité et la peur. Le ressentiment vis-à-vis de l’offenseur, la culpabilité de ne pas avoir évité l’offense et la peur d’être à nouveau offensé/e. Or pour rester en bonne santé, notre esprit a besoin de paix.  Le ressentiment, la culpabilité, la peur au delà d’être des émotions et des sentiments, sont aussi des forces destructrices sur le plan spirituel. Si nous voulons nous connecter à Dieu, elles forment un barrage et créent de la distance. De plus, ces 3 forces déforment notre manière d’être et dévient notre trajectoire de vie qui n’est plus choisie mais subie. La peur, la culpabilité et la rancoeur nous amènent à penser, parler, agir sous l’influence de ces 3 forces qui ne reflètent pas l’essence de qui nous sommes vraiment. En prenant des décisions en fonction du ressentiment, de la culpabilité et de la peur, nous prenons des directions opposées à celles que nous prendrions en temps normal. En pardonnant, nous libérons notre esprit de ces 3 forces pour laisser place à l’amour et la paix. Il est alors à nouveau possible d’être pleinement soi et d’être acteur dans la trajectoire de nos vies.
  • Le pardon est nécessaire pour notre santé psychologique : vivre dans le ressentiment, l’amertume, la culpabilité et la peur entraînent bien souvent des troubles anxieux et même des troubles dépressifs, avec des retentissements sur le sommeil, l’appétit, l’attention/concentration, la libido, etc. Le non de pardon génère donc plus de souffrance qu’autre chose psychologiquement. Alors qu’en pardonnant, vous laissez l’amour et la paix couler dans votre âme. Comme évoqué dans l’épisode 3 la respiration de l’âme, c’est aimer et être aimé. C’est compliqué d’aimer quand l’amertume et le désir de vengeance remplissent l’âme n’est-ce pas ? Donc pardonner c’est pouvoir aimer à nouveau et ça ne peut être que bénéfique psychologiquement.
  • Le pardon est nécessaire à notre santé physique : les problèmes psychologiques et spirituels du non pardon ont forcément un retentissement sur le corps : la fatigue physique, des manifestations physiques du stress et de l’anxiété avec des problèmes digestifs, des problèmes de peau, des problèmes cardio-vasculaires. Le pardon permet à l’amour, la paix, la joie, la liberté de reprendre place et de couler de l’esprit vers le corps en passant par l’âme. 
  • Le pardon est nécessaire à notre santé relationnelle : Une personne amère, imprégnée de colère et de haine, va difficilement pouvoir développer des relations saines. Elle va malheureusement avoir tendance à blesser l’autre, à véhiculer une atmosphère qui reflète l’amertume et le ressentiment présents dans son coeur. C’est compliquer de donner de l’amour quand le cœur est envahi par du ressentiment et de la rancoeur. Et recevoir de l’amour demande de réussir à passer par-dessus les murs ériger par la personne, de créer des brèches par lesquelles faire rentrer cet amour. Donc ça demande beaucoup de patience, de persévérance et d’efforts de la part des personnes qui donnent de l’amour à celui ou celle dont le non pardon est devenu un mode de vie. En pardonnant, vous vous offrez une vie relationnelle à l’image du présent partagé avec la personne en relation et non à l’image des souffrances de votre passé. C’est une recette qui sent plutôt bon pour avancer relationnellement épanoui/e n’est-ce pas ?
  1. A qui est-il nécessaire de pardonner ?

Et bien à toute personne qui a pu nous causer du tort, provoquer une blessure en nous. Il peut s’agir d’un membre de notre famille, d’un/e ami.e, d’un/e collègue, un/e voisin/e, de notre partenaire de vie, de nos enfants ou même d’un/e inconnu/e.

Même si nous pardonnons plus facilement à un proche qu’à une personne hors de notre cercle de relations, à partir du moment où une blessure est causée, elle a besoin de cicatriser, peu importe la personne qui en est à l’origine.

Il est important de noter que cette personne peut aussi être soi-même. Nous avons tendance à penser à la démarche de pardonner aux autres, pourtant, pour guérir et bien cicatriser d’une blessure il est aussi nécessaire de savoir se pardonner à soi. Lorsque nous nous faisons des reproches, que nous nous jugeons après coup et que nous culpabilisons de ne pas avoir pu éviter ce qui s’est passé, de ne pas avoir réagi comme nous aurions voulu, de ne pas avoir fait ce qu’il fallait à nos yeux, etc Tous ces reproches et jugements négatifs nous plongent dans un mécanisme autodestructeur de culpabilisation, de dévalorisation et de perte de confiance en soi. Pouvoir guérir de la blessure provoquée c’est non seulement relâcher les émotions négatives envers la personne, par rapport à ce qui s’est passé et c’est aussi pouvoir relâcher tout ce ressenti négatif envers soi.

  1. Peut-on pardonner à une personne qui n’a pas demandé pardon ?

Ça peut paraitre bizarre, mais oui, il est possible de pardonner à une personne même si elle n’a pas demandé pardon, car le pardon est un processus de guérison intérieur. C’est le choix, la décision de guérir notre cœur en nous libérant de l’emprise de ressentis négatifs rattachés à l’offenseur et à l’offense. Ça ne dépend que de nous et non du fait que l’offenseur demande pardon.

  1. Quand est-il préférable de pardonner ?

Et bien j’aurais envie de répondre à chaque fois que le choix se présente, c’est-à-dire à chaque fois que nous sommes blessés. Le timing est relatif à chacun. Nous avons le choix entre nous libérer de la colère, la tristesse, le sentiment d’injustice, etc ou celui de garder tout ça au risque d’en souffrir de plus en plus .

Pardonner n’est pas une démarche évidente, je suis moi-même encore en chemin. En tout cas, dans la mesure où aucun de nous n’est parfait, nous avons tous de multiples occasions de blesser et d’être blessés, ce sont tout autant d’occasions de demander pardon et de pardonner.

  1. Peut-on tout pardonner ?

Dans la mesure où le pardon est un processus qui amène à la guérison, la cicatrisation d’une blessure psycho-affective, ça revient à se demander si toutes les blessures psycho-affectives peuvent cicatriser. 

 

Compte-tenu des témoignages extraordinaires que j’ai pu entendre de personnes qui ont pardonné après avoir une agression ou suite à des violences physiques, psychologiques, ou des violences sexuelles répétées. Des personnes qui se sont libérées de la haine après avoir vécu une injustice, après avoir pris une balle perdue ou après avoir été accusées à tort et mis en prison par erreur. Et même des personnes qui ont guérir de la perte d’un être cher tué accidentellement ou volontairement par une personne de leur entourage ou même un inconnu. J’aurais envie de dire qu’aucun de ces faits n’est acceptable. Oui, il a eu agression, oui, il a eu abus, violence, injustice, homicide. Ces personnes n’ont pas effacer la faute commise. Elles ont su trouver la force de se libérer de l’emprise de cette souffrance, de cette rancœur, de cette colère. ça prouve qu’il est effectivement possible de guérir de tout ça et donc de pardonner.

 

  1. Pourquoi est-ce si difficile de pardonner ?

Pour certaines personnes pardonner sera une décision spontanée, pour d’autre, c’est plus difficile et c’est ce qui est le plus fréquent. Il y a différents obstacles au pardon :

 

  • Les idées reçues partagées précédemment 
  • La peur : la peur de souffrir, la peur de la répétition, la peur de l’inconnu, que se passe-t-il de l’autre côté du pardon ?
  • Il y a aussi le cercle vicieux de la rancœur dont il n’est pas évident de sortir.

Voici la manière dont la journaliste Anne Guion décrit la mécanique de la rancœur dans l’article cité précédemment :

 

Quand quelqu’un nous blesse, la mécanique de la rancœur va naturellement faire en sorte que, les pensées affluent, que l’offense soit revécue, le tort causé amplifié et le coupable « diabolisé ». Le problème, c’est que le cerveau aime ça. Etant paramétré pour la survie, le cerveau accorde beaucoup plus d’importance à tout ce qui pourrait le menacer qu’au reste.

Les mauvaises expériences sont stockées beaucoup plus rapidement dans notre mémoire que les autres. Et à chaque fois que nous repensons à l’offense, nous activons le circuit de la souffrance émotionnelle. Or, plus nous le stimulons, plus il devient puissant et nous enferme dans la prison de la rancœur sans cesse auto-alimentée.

 

  • Il y a aussi un obstacle au pardon dans le fait de confondre l’acte et la personne. Réduire la personne à ce qu’elle a fait de mal amène à en vouloir à la personne et à la rejeter. Ça nous aveugle au point d’oublier ce que cette personne a pu faire de bien. Ça obscurcit notre jugement nous rendant incapable de prendre du recul. Tant que nous avons cette perception de l’autre, il est impossible de cheminer vers le pardon. Parce que pardonner nécessite de pouvoir resituer le geste dans un contexte global, sans le cautionner pour autant, pour en comprendre les tenants et aboutissants. L’acte restera tout aussi atroce, inacceptable mais derrière lui se dessinera une personne, un être humain avec son parcours, ses parts d’ombres et de lumières. Comment aurions-nous agi si nous avions eu ce même parcours, si nous avions été à la place de cette personne ? Pouvons-nous être sûrs que nous aurions fait mieux ? Ca, on ne peut pas le savoir.
  • Un autre obstacle plus qu’évident, c’est le besoin de justice. J’aime beaucoup cet extrait très parlant du livre d’Harriet Lerner, « the dance of connexion » (la dance de la connexion).

« 2 enfants jouaient ensemble dans un bac à sable dans un parc, avec leur pelle et leurs seaux, quand soudain, une grosse dispute a éclaté et l’un d’entre eux se met à courir en hurlant « je te déteste je te déteste ».  Au final, en un rien de temps ils étaient de retour dans le bac à sable, jouant à nouveau ensemble comme si il ne s’était rien passé.

2 adultes observent l’interaction depuis un banc tout proche, admiratifs, « comment les enfants font-ils?  Ils étaient ennemis il y a 5 minutes ». L’autre répond : « c’est simple, ils ont choisi la joie plutôt que la justice ». Je trouve cette phrase très parlante et c’est une belle illustration du pardon « choisir la joie plutôt que la justice »

Harriet Lerner ajoute « En grandissant on fait rarement ce choix. Notre besoin d’équilibrer la balance de la justice est si fort que nous nous enfermons dans la négativité au dépend de la joie et du bien-être. » 

 

Alors tout ça c’est bien beau, mais comment faire concrètement ? C’est justement la 9e question :

 

  1. Comment réussir à pardonner ?

Pardonner est un processus qui se fait étape par étape, un pas à la fois.

Il est important de ne pas se mettre de pression. Pour qu’il y ait des bénéfices, il s’agit de pardonner parce que nous le voulons, non pas parce que nous le devons. Le pardon vient d’un choix, personne ne peut nous forcer, ni nous contraindre à pardonner.

 

C’est un processus qui met notre patience à l’épreuve, car bien que la décision de pardonner est immédiate, traverser les étapes jusqu’à la guérison rattachée au pardon demande du temps et du travail sur soi.

 

Cette pénibilité du processus du pardon est comme allégée lorsque nous avons la possibilité de le traverser en s’appuyant sur Celui qui peut nous soulager de la douleur présente en nous, en la lui confiant, en lâchant prise. C’est un bonus dont chacun est libre de choisir de bénéficier.

 

Je ne vais pas développer le processus du pardon pour le moment, car c’est ce dont il sera question dans la 2e partie de cette thématique. Du coup, j’aimerais juste vous partager un témoignage sur le pardon, c’est de celui de Fernando et de sa femme Elisabeth. Il s’agit d’une vidéo que j’ai vu sur Youtube. Je vous partage l’audio et voici le lien vidéo :

 

Fernando : A 5h3à du matin, la police arrive. On frappe à la porte, on appelle mon nom et on me demande : « êtes-vous bien Fernando Jiminez, le père de Maria Jiminez ? » Je réponds: « oui c’est moi ». Puis on me dit qu’il y a eu un accident, que ma fille n’a pas survécu… Elle est morte.

Elisabeth : Maria était une réponse à mes prières, car ayant déjà un fils, je voulais aussi avoir une fille. Elle était toujours là pour moi, toujours proche de moi. Elle était mon rayon de soleil !

Fernando : le dimanche où j’ai vu Maria pour la dernière fois, elle m’a pris dans ses bras, on s’est fait la bise et je lui ai dit « on se voit dans la semaine! »

Et le lundi soir, elle avait décidé de sortir avec Nick. Tout s’est passé vers les 2h du matin, lorsque Nick a décidé de rouler à plus de 160km/h. Il a perdu le contrôle du véhicule et Maria a été blessée. Elle a été transportée directement à l’hôpital, mais elle a succubé de ses blessures. 

Je me souviens que je me suis littéralement effondré à ce moment-là. J’ai éclaté en sanglots : « que s’est-il passé, où est Maria, comment peut-elle être morte? Elle a seulement 24 ans, c’est ma fille chérie.

A ce moment-là j’étais dans une profonde colère, une fureur terrible, avec une soif de vengeance. 

Et là, tout à coup vient le jeune homme qui conduisait la voiture. Il entre dans mon appartement, éclate en sanglots, me demande pardon. « Pardonne-moi s’il te plait, pardonne-moi, je t’en supplie, pardonne-moi »

J’étais là en pleurs et il me demandait pardon. Alors j’ai pris mon courage à 2 mains et je lui ai dit : « je te pardonne fiston, oui je te pardonne fiston ».

Et lorsque j’ai prononcé ces mots, ça a été comme si on m’enlevait quelque chose. C’est la paix qui a pris le contrôle lorsque j’ai dit ces mots qui sont les plus difficiles que j’ai eu à prononcer de toute ma vie. 

Jésus m’a donné la force de pardonner à Nick alors même qu’il ne le méritait pas.

Et à présent, Nick est un fils pour nous, un véritable fils.

N.B : Il est précisé dans la vidéo que Nick a été condamné à 5 ans de prison. Les parents de Maria ont soutenu Nick durant son procès et après sa condamnation. Ils lui rendaient visite pour lui apporter réconfort et soutien.

Voici 3 clés que nous pouvons tirer du témoignage d’Elisabeth et Fernando :

  • La 1ère clé qu’il est possible de pardonner même face à la perte douloureuse d’un être cher. Elisabeth et Fernando ont dû traverser une souffrance inimaginable en perdant leur fille. Pourtant ils ont malgré tout fait le choix de libérer leurs cœurs en pardonnant à Nick d’avoir causé cet accident. Dans la vidéo, on comprend très clairement que Fernando et Elisabeth ont puisé la force de pardonner dans leur relation avec Dieu. 
  • La 2e clé, c’est que le pardon est une processus qui commence à partir du moment où nous choisissons de pardonner. Ce processus s’inscrit dans le temps, toutefois la décision de pardonner peut nous permettre de goûter aux premiers fruits des bénéfices du pardon. Fernando explique qu’en disant je te pardonne, il a senti qu’on lui enlevait quelque chose. En pardonnant à Nick, Fernando a complètement chassé le désir de vengeance.
  • La 3e  clé c’est qu’Elisabeth et Fernando n’ont pas réduit Nick à ce qu’il a fait. Ils ont continuer à le voir comme un être humain, puis comme un fils. Ils lui ont donné de l’amour allant le voir en prison, en le soutenant et en essayant de le réconforter malgré leur propre souffrance. C’est ,juste impressionnant ! Et d’entendre Fernando dire à la fin du témoignage que pour eux Nick est un véritable fils. Waouw ! Quel exemple !!!

Dans le prochain épisode

Voilà on arrive à la fin de ce 20e épisode de Relationnellement Vôtre.

Si vous avez des questions, des suggestions, ou un témoignage à partager, vous pouvez envoyer un message, en cliquant sur « je contacte Relationnellement Vôtre » tout en bas de la page.

Avez-vous trouvé des éléments de réponses à vos questions sur le pardon ?

Peut-être commencez-vous à envisager plus sereinement d’amorcer ce processus. Ça tombe bien, on se retrouve la semaine prochaine pour parler plus en détail de ce processus si libérateur qu’est le pardon.

D’ici là, prenez bien soin de vous.

Laisser un commentaire